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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Loup atlantique Anarhichas lupus au Canada - 2012

Biologie

La biologie du loup atlantique est mieux connue que celles du loup tacheté et du loup à tête large, principalement à cause du fait qu’il vit dans les eaux côtières, ce qui a notamment facilité les observations en plongée. Les études importantes concernant la biologie de l’espèce ont été réalisées par Templeman (1984, 1985, 1986), McRuer et al. (2000), et Simpson et Kulka (2002). Des études sont aussi en cours au Québec (voir Dutil et al., 2010; Lachance et al., 2010; Laroque et al., 2008). Des études de laboratoire ont été effectuées par Johannessen et al. (1993) et Lachance et al. (2010). Enfin, un sommaire des aspects connus de la biologie des loups a été présentée par Kulka et al. (2007a).

Cycle vital et reproduction

Dans les eaux de Terre-Neuve et du Labrador, Templeman (1986) a établi que la taille à laquelle 50 % des femelles atteignent la maturité sexuelle (L50) est de 51,4 cm dans la partie nord de l’aire de répartition de l’espèce (mer du Labrador et est de Terre-Neuve – 2GH+3K) et de 68,2 cm dans la partie sud (sud des bancs de Terre-Neuve – 3NOPs). La différence pourrait être due à la variation de la température des eaux, qui influe sur la croissance.

Selon une courbe de croissance construite à l’aide de la fonction de Gompertz avec des individus du golfe du Maine (Nelson et Ross, 1992), l’âge à la maturité sexuelle (A50) est d’environ huit ans dans le sud de l’aire de répartition de l’espèce. Les courbes établies par McRuer et al. (2000), fondées sur les équations de von Bertalanffy, laissent penser que l’âge à la maturité sexuelle se situe entre 10 et 15 ans sur le plateau néo-écossais, selon des données provenant du Groenland et du golfe du Maine obtenues respectivement par Beese et Kändler (1969) et Nelson et Ross (1992). Certains des paramètres démographiques estimés par Templeman l’ont été sur la base de spécimens capturés entre 1946 et 1967; ces estimations pourraient ne plus être valides pour les populations récentes.

Un examen récent de la base de données des navires de recherche de Pêches et Océans Canada a montré que pour le plateau néo-écossais, sur 48 loups atlantiques, tous les individus de moins de 24 cm étaient immatures, alors que tous ceux de plus de 38 cm étaient matures, selon l’examen visuel des organes reproducteurs (Simon et al., 2011). Cependant, la faible taille de l’échantillon fait que l’évaluation de la L50 sur la base de ces données ne peut qu’être imprécise. De plus, certaines difficultés concernant la détermination du stade de maturité pourraient avoir donné lieu à une sous-estimation de la longueur à l’atteinte de la maturité (Simon et al., 2011).

Simon et al. (2011) ont élaboré une ogive logistique pour la longueur à la maturité des loups atlantiques femelles fondée sur les relevés du National Marine Fisheries Service des États-Unis. Ils ont obtenu une L50 d’environ 35 cm, ce qui est semblable à ce qu’indiquent les résultats mentionnés ci-dessus pour le plateau néo-écossais. Vu l’incertitude liée à la détermination de la maturité des loups, Simon et al. (2011) ont adopté la L50 établie par McRuer et al. (2000) et Simpson et Kulka (2002), fondée sur les travaux susmentionnés de Templeman (1986), soit 51 cm.

Les loups atlantiques sont essentiellement solitaires, sauf quand se forment les couples durant la période de la fraye. La fécondation est interne (Johannessen et al., 1993), et la fraye peut avoir lieu aussi bien en eau peu profonde (< 150 m) dans des crevasses et des refuges rocheux qu’en eau plus profonde (150 à 200 m) (Sæmundsson, 1949, in McRuer et al., 2000). On sait peu de choses sur les activités de fraye en eau profonde. Au large de Terre-Neuve, on pense que la fraye a lieu à l’automne (Templeman, 1984).

Les loups atlantiques sont itéropares, et les pontes des femelles sont de faible taille comparativement à celles d’autres téléostéens de grande taille. Dans une étude, on a observé que la fécondité augmentait exponentiellement avec la taille des femelles : la ponte moyenne était de 2 440 œufs à la longueur de 40 cm et de 35 320 œufs à 120 cm (Templeman, 1986). Le taux de survie des œufs est probablement élevé en raison de leur forte taille (5,5-6,5 mm selon Bigelow et Schroeder, 1953, in McRuer et al., 2000). De plus, les œufs adhèrent au substrat et sont protégés par le mâle jusqu’à leur éclosion, ce qui en accroît le taux de survie (Keats et al.,1985).

Des études de laboratoire ont montré que le loup atlantique s’hybride avec le loup tacheté, espèce étroitement apparentée (Gaudreau, 2009). Cependant, il n’existe pas de preuve génétique d’hybridation dans les conditions naturelles (voir McCusker et Bentzen, 2008). Des hybrides pourraient exister étant donné que les aires de répartition des deux espèces se chevauchent, et Luhmann (1954) en a avancé l’existence sur la base de caractères morphologiques.

La durée de l’incubation des œufs du loup atlantique est inconnue. Cependant, chez le loup tacheté, son plus proche parent, on pense que l’éclosion se produit après 800 à 1 000 degrés-jours (Falk-Petersen et Hansen, 2003). Les larves fraîchement écloses mesurent plus de 20 mm de longueur (Wiseman, 1997, in Kulka et al., 2007a) et demeurent près du fond jusqu’à ce que le vitellus soit entièrement résorbé. Elles gagnent ensuite les eaux proches de la surface et dérivent avec le courant, mais leurs déplacements ne les amènent généralement pas loin de leur lieu d’éclosion (McRuer et al., 2000).

La croissance des individus est rapide dans leurs premières années, puis ralentit considérablement quand ils commencent à employer leur énergie à développer leurs gonades (Nelson et Ross, 1992). Dans le golfe du Maine, on a rapporté que la taille moyenne d’individus capturés variait de 4,7 cm (âge 0) à 98,0 cm (âge 22, âge maximal rapporté dans l’étude) (Nelson et Ross, 1992). La taille maximale observée par Templeman (1986) était de 127 cm chez les mâles et de 121 cm chez les femelles. Selon Barsukov (in McRuer et al., 2000), le loup atlantique peut atteindre une longueur de 152 cm.

La durée d’une génération est définie par le COSEPAC comme l’âge moyen des parents de la cohorte courante :

   G = A + 1/M,

où A et l’âge auquel 50 % des femelles sont matures, et M le taux instantané de mortalité naturelle. Selon les données de McRuer et al. (2002), la valeur minimale de A serait de 10 ans. Par ailleurs, on peut supposer que la valeur de M pour un poisson qui peut atteindre un âge maximal d’environ 22 ans s’établirait de façon générale à 0,2. Sur ces bases, la durée d’une génération serait d’environ 15 ans.

Physiologie et adaptabilité

Le loup atlantique a été observé dans des eaux dont la plage de températures est étendue, soit de -1,5 °C à 10 °C (Albikovskaya, 1982; Beese et Kandler, 1969, in Kulka et al., 2007a), mais on le trouve surtout aux températures se trouvant vers le milieu de cette plage (Kulka et al., 2004). D’après les observations faites en plongée, il ne tolère pas les eaux saumâtres ou douces (Kulka et al., 2004).

Dispersion et migration

Les loups atlantiques adultes ne se déplacent pas sur de longues distances. Templeman (1984) a rapporté les résultats d’une étude de marquage portant sur les trois espèces de loups menée entre 1962 et 1966, dans laquelle 398 loups atlantiques ont été marqués, et 20 recapturés. La plupart des individus recapturés l’ont été à faible distance du site de marquage (environ 8 km en moyenne, toutes espèces de loups confondues). De courtes migrations ont aussi été observées dans l’est de l’Atlantique (Hansen [1958] et Jónsson [1982] in Templeman [1984]) et au large de l’ouest du Groenland (Riget et Messtorff, 1988). Cependant, des migrations sur plusieurs centaines de kilomètres ont été observées dans des études rapportées par Templeman (1984). Les loups atlantiques peuvent effectuer de courtes migrations saisonnières (de quelques kilomètres) entre les eaux du large et les eaux peu profondes (< 120 m) pour la fraye (Nelson et Ross, 1992). Les œufs ne peuvent se disperser parce qu’ils sont pondus sur le fond marin. Cependant, Kulka et al. (2004) ont observé dans la partie supérieure de la colonne d’eau une présence importante de larves et de jeunes de petite taille, d’où une dispersion possible à ces stades.

Relations interspécifiques

Templeman (1985) a montré que les loups atlantiques s’alimentent d’invertébrés principalement (85 % de son régime alimentaire en volume), et de poissons (15 %). La plupart des invertébrés qu’ils consomment sont des buccins, des oursins, des bernard-l’ermite, d’autres crabes et des pétoncles. Dans la Région des Maritimes, on a observé que les sébastes étaient les principaux poissons consommés, mais les poissons constituaient une part négligeable du régime alimentaire des loups atlantiques (Simon et al., 2010). Des données récentes indiquent aussi l’importance des invertébrés (surtout des crabes et des échinodermes) dans le régime alimentaire de l’espèce (Simpson et al., 2011). Les loups atlantiques de petite taille consomment une forte proportion d’invertébrés et une plus faible proportion de poissons (Templeman, 1985). La proportion de poissons dans leur régime alimentaire s’accroît au fur et à mesure de leur développement.

On dispose de peu d’information sur les prédateurs du loup atlantique. Des jeunes ont été trouvés dans l’estomac de phoques communs (Phoca vitulina) (Andersen et al., 2004). De plus, Mikkelsen et al. (2002) ont observé que le loup atlantique est une proie importante du phoque gris (Halichoerus grypus) dans les eaux baignant les îles Féroé. Bien que les loups ne constituent généralement qu’une faible proportion du régime alimentaire des phoques, on estime que quatre espèces de phoques – le phoque du Groenland (Phagophilus groenlandicus), le phoque à capuchon (Crystophora cristata), le phoque gris et le phoque commun – ont consommé près de 6 000 tonnes de loups en 1996 dans les eaux du Canada atlantique (Hammill et Stenson, 2000). Le phoque commun est le plus important prédateur en raison de sa forte abondance. Des loups ont également été trouvés dans l’estomac de morues franches (Sæmundsson, 1949, in McRuer et al., 2000; Simon et al., 2011), de flétans de l’Atlantique (Hippoglossus hippoglossus) (Chabot, comm. pers., 2010; Simon et al., 2011), d’hémitriptères atlantiques (Hemitripterus americanus), d’aiguillats communs (Squalus acanthius), de chaboisseaux à dix-huit épines (Myoxocephalus scorpius), de merluches blanches (Urophycis tenuis), et d’aiglefins (Melanogrammus æglefinus) (Simon et al., 2011).

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