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Programme de rétablissement du cisco à museau court (Coregonus reighardi) au Canada

3. Information sur l'espèce

3.1 Description de l'espèce

Le cisco à museau court (Coregonus reighardi) (Figure 1) appartient à un groupe ayant une taxonomie complexe réunissant des espèces morphologiquement très similaires (Figure 2) et endémiques dans les Grands Lacs laurentiens d’Amérique du Nord (Smith et Todd 1984; Todd et Smith 1992; Scott et Crossman 1998, Cudmore-Vokey et Crossman 2000). L'espèce se caractérisait principalement par un corps cylindrique, une petite tête, un court museau avec une bouche terminale, de petits yeux, une pigmentation noire autour du museau, de courtes nageoires ventrales et peu de branchiospines [en général de 32 à 42] (Pritchard 1931, Jobes 1943, Scott et Crossman 1998). Koelz (1929) a consigné la présence de deux formes de cisco à museau court dans les Grands Lacs : le genre Coregonus reighardi reighardi dans les lacs Huron, Michigan et Ontario; puis Coregonus reighardi dymondi dans les lacs Supérieur et Nipigon. Des examens subséquents des variations morphologiques et des éléments systématiques des espèces ont conduit à associer le genre C. reighardi dymondi au cisco à mâchoires égales (Coregonus zenithicus) (Todd 1980, Todd et Smith 1980, Parker 1988). Par conséquent, on pense aujourd'hui que le genre C. reighardi a vécu uniquement dans les lacs Huron, Michigan et Ontario (Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) 2005). Pour ce qui est des autres ciscos des profondeurs des Grands Lacs, la surexploitation, la perturbation de l'écosystème et la possible hybridation peuvent avoir contribué à l'effondrement éventuel et à la disparition des espèces (Smith 1964). L'hypothèse d'hybridation des espèces de ciscos des profondeurs a été soulevée au début des années 1960. À l'époque, il semblait impossible de classer les spécimens d'échantillonnage dans un groupe quelconque et on les appelait parfois « cyprinidés hybrides » (Smith 1964). Une taxonomie et une désignation confuses ont pu fausser certaines des données disponibles pour cette espèce.


Figure 1. Le cisco à museau court (Coregonus reighardi Koelz)

Cisco à museau court (voir description longue ci-dessous).

Illustration de Paul Vecsei, 2011.

Description pour la figure 1

La figure 1 est l'illustration en couleurs d'un cisco à museau court. Ce poisson est essentiellement de couleur gris argenté, mais il y a une coloration bleu­vert le long de son dos ou sur son côté dorsal.


Nous en savons très peu sur la biologie du cisco à museau court (Parker 1988; Scott et Crossman 1998; COSEPAC 2005). Cette population constituait l'une des plus petites espèces de cisco des profondeurs, ou cyprinidés, indigènes des Grands Lacs. Todd (1980) indique que la taille des poissons adultes atteint en général de 170 à 260 mm (longueur standard), bien que des poissons d'au moins 356 mm de longueur standard et d'un poids de 539 g aient été observés dans le lac Ontario (Scott et Crossman 1998). L'espèce de cisco était la seule connue des lacs où elle vivait dont le frai se produisait au printemps. Selon les données consignées, le frai se produisait entre avril et mai dans le lac Ontario et entre mai et juin dans les lacs Huron et Michigan, à une profondeur variant entre 52 et 146 m (COSEPAC 2005). Certaines preuves indiquent qu'un frai pouvait également avoir lieu à la fin de l'automne (Koelz 1929; Smith 1964), ce qui pourrait permettre l'hybridation avec d'autres espèces dont le frai se produit au même moment (Scott et Crossman 1998). Il n'y a pas de données sur la fécondité, le développement embryologique et le début du cycle de vie (Parker 1988).


Figure 2. Groupe de ciscos des profondeurs du lac Michigan, dont le cisco à museau court

Groupe de ciscos des profondeurs du lac Michigan (voir description longue ci-dessous).

Koelz (1929).

Description pour la figure 2

La figure 2 est une illustration datant de 1929. On y voit six espèces de ciscos des profondeurs du lac Michigan. Les individus de ces six espèces se ressemblent beaucoup, et seules de petites différences morphologiques permettent de les différencier. La taille de deux de ces espèces diffère un peu plus.

3.2 Population et répartition

Le cisco à museau court n'a existé que dans les Grands Lacs, plus précisément dans les lacs Michigan, Huron et Ontario (Figure 3). Sa présence a été observée pour la dernière fois en 1964 dans le lac Ontario, en 1982 dans le lac Michigan et en 1985 dans la région de la baie Georgienne du lac Huron (COSEPAC 2005). L'espèce n'a pas été vue depuis, malgré des pêches et efforts d'échantillonnage considérables. Bien qu'on ne puisse établir que la population ait entièrement disparu, il est fort probable que ce soit le cas (Webb et Todd 1995, COSEPAC 2005, Mandrak et Cudmore 2010).


Figure 3. La répartition historique globale du cisco à museau court (Coregonus reighardi).

La répartition historique globale du cisco à museau court (voir description longue ci-dessous).

COSEPAC, 2005.

Description pour la figure 3

La figure 3 est une carte de la répartition globale du cisco à museau court. La zone géographique où le cisco à museau court s'est déjà trouvé comprend trois des Grands Lacs, soit le lac Michigan, le lac Huron et le lac Ontario.

L'espèce a déjà constitué un élément précieux des pêches commerciales aux cyprinidés. Celles-ci ont connu un grand essor vers la fin des années 1800, mais des signes de déclin sont apparus dès les années 1900 (Koelz 1926, Jobes 1943). Les prises de cyprinidés étaient rarement classifiées selon leur espèce au débarquement et très peu de collectes ont été conduites dans le but d'évaluer la taille ou les tendances de la population. Seulement 324 spécimens du lac Huron ont été consignés. Un seul spécimen a été recueilli en 1919, les autres ont fait l'objet d'une collecte entre 1956 et 1985 (Webb et Todd 1995). Avant 1980, on confondait le cisco à mâchoires égales et le cisco à museau court dans les lacs Supérieur et Nipigon; cette situation a pu empêcher de reconnaître l'état critique de l'espèce ailleurs dans les Grands Lacs.

Bien que les données sur la répartition de l'espèce soient manquantes, les habitats en eaux profondes des lacs Huron et Ontario étaient abondants. Selon une strate de profondeur convenable située entre 35 et 100 m, environ 47 % du total de l'aire du lac Huron (60 166 km2) et 26 % du total de l'aire du lac Ontario (24 157 km2) auraient pu constituer un habitat pour le cisco à museau court (COSEPAC 2005).

3.3 Besoins du cisco à museau court

Le cisco à museau court occupait les habitats en eaux claires, froides et profondes des lacs Huron, Michigan et Ontario, à une profondeur variant entre 22 et 110 m (COSEPAC 2005). Son régime alimentaire se composait principalement de crustacés d'eaux douces du genre Mysis diluviana (anciennement appelé Mysis relicta) et Diporeia, ainsi que d'une petite quantité de copépodes, de larves d’insectes aquatiques et de sphaeriidés (Scott et Crossman, 1998). On croit que le frai se produisait principalement en avril et se poursuivait jusqu'en juin, à une profondeur de plus de 52 m (COSEPAC 2005).