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Programme de rétablissement du cisco à museau court (Coregonus reighardi) au Canada

4. Menaces

4.1 Évaluation des menaces

Tableau 1. Tableau de l'évaluation des menaces
 Menaces/attributsNiveau de préoccupationNote de bas de page aÉtendueExistenceFréquenceAmpleurNote de bas de page bCertitude causaleNote de bas de page c
Perturbation de l'écosystèmeEspèces envahissantes, changements de l'habitatÉlevéTrès répanduePassée/actuelleContinueInconnueInconnue
HybridationHybridation introgressiveÉlevéInconnueInconnueInconnueInconnueInconnue
Surexploitation (menace passée ayant contribué au déclin, mais qui ne touche plus l'espèce)Pêches commerciales aux cyprinidésÉlevéTrès répanduePasséeContinueGrandeGrande

Notes de bas de page

Note de bas de page A

Niveau de préoccupation : signifie que si l'espèce était toujours présente, la gestion de la menace ou de ses effets serait une préoccupation dont l’importance est élevée, moyenne ou faible quant au rétablissement de l'espèce. Ce critère tient compte de l'évaluation de toute l'information contenue dans le tableau.

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Note de bas de page B

Ampleur : représente les effets du côté de la population (grande : effets très importants; moyenne; faible; inconnue).

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Note de bas de page C

Certitude causale : représente les preuves connues à l'égard de la menace (grande : les preuves disponibles établissent un lien solide entre la menace et le risque à l'égard de la viabilité de la population; moyenne : il existe un lien entre la menace et la viabilité de la population, p. ex., l'opinion de spécialistes; faible : la menace est supposée ou possible).

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4.2 Description des menaces

La surexploitation, la perturbation de l'écosystème et l'hybridation introgressive ont contribué au déclin du cisco à museau court (Smith 1964 et 1967, Berst et Spangler 1973, Todd et Stedman 1989, Parker 1988, Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) 2005).


La surexploitation

Comme il y a lieu de croire que le cisco à museau court est une espèce disparue et qu'il n'en existe plus de population viable, cette espèce n'est désormais plus touchée par la menace de surexploitation posée par les pêches commerciales, qui a contribué à son déclin. Si une telle menace de surexploitation n'est plus qu'une histoire du passé, elle pourrait bien revenir dans l'actualité si les pêches commerciales aux cyprinidés reprennent à l'avenir.

Des menaces déjà reconnues, celle de la surexploitation due aux pêches commerciales aux cyprinidés est probablement celle qui a eu les répercussions les plus immédiates et les plus importantes sur le cisco à museau court (Smith 1968, Christie 1973, Wells et McLain 1973, Parker 1988, COSEPAC 2005). Dans le lac Ontario, l'espèce était abondante dans les années 1880 (Pritchard 1931), mais, dans les années 1930, ces pêches s'étaient déjà effondrées (Gray 1979). La dernière présence de cette espèce dans le lac Ontario a été consignée en 1964 (Gray 1979, Parker 1988, COSEPAC 2005). Un modèle similaire de surexploitation a été observé dans les lacs Michigan et Huron; la dernière présence de l'espèce à ces endroits a été consignée, respectivement, en1974 et en 1985 (Webb et Todd 1995). La surexploitation et l'effondrement éventuel de la population du cisco à museau court se sont produits suivant le modèle de la disparition des autres communautés de ciscos des profondeurs dans les Grands Lacs, dont le cisco des profondeurs (C. johannae), le cisco à mâchoires égales (C. zenithicus), le cisco à nageoires noires (C. nigripinnis), le kiyi (C. kiyi) et le bouffi (C. hoyi) (Smith 1968, Wells et McLain 1972, Todd et Smith 1992).

Les pêches commerciales aux cyprinidés, qui englobaient à l'époque le cisco à museau court, ont cessé définitivement dans les eaux canadiennes des lacs Huron et Ontario (L. Mohr, communication personnelle). Le niveau de préoccupation quant à la surexploitation a été déterminé comme étant élevé pour les pêches dans le passé, et il en demeurerait ainsi s'il y en avait encore des populations viables et si des pêches aux cyprinidés avaient encore cours. Pendant les années où elles se pratiquaient, les pêches commerciales étaient fort répandues. Elles sont demeurées ininterrompues à partir du milieu des années 1800 au moins, et elles ont eu leur plus forte incidence avant les années 1970. Leur incidence a toujours été élevée dans le passé, et il en est allé de même pour leur degré de certitude causale (Stone 1944, Smith 1964, Wells et McLain 1972, Berst et Spangler 1973, Parker 1988, Webb et Todd 1995, COSEPAC 2005). L'un des graves problèmes associés aux pêches commerciales aux cyprinidés tenait au fait de l'absence d'une gestion de ces pêches qui soit axée sur les différentes espèces. Après que les espèces les plus grosses aient été retirées de façon sélective, la taille des engins a été réduite afin de cibler les plus petits individus, et de maintenir ainsi les pêches dans leur ensemble (Stone 1944, Smith 1964). Cette pratique a conduit au retrait séquentiel des pêches aux plus petites espèces, puis, dans certains cas, à l'effondrement éventuel des pêches dans leur ensemble (Smith 1964, Smith 1968, Wells et McLain 1972, Parker 1988).


Perturbation de l'écosystème

La perturbation de l'écosystème a pour origine de nombreux facteurs de stress, dont les changements subis par les habitats aquatiques et côtiers, les espèces envahissantes, la contamination, les changements dans les communautés biotiques, l'exploitation des ressources, l'utilisation des terres ou la couverture végétale et les changements climatiques. Le plus important de ces facteurs de stress pour le cisco à museau court est probablement l'introduction des espèces envahissantes (Brown et coll. 1987). À l'heure actuelle, plus de 185 espèces aquatiques envahissantes subsistent dans les Grands Lacs et de nouvelles introductions futures sont probables (Environnement Canada et US Environmental Protection Agency 2009).

On soupçonne que la lamproie (Petromyzon marinus), qui est un prédateur, a contribué à l'effondrement de différentes populations de poissons, dont le cisco à museau court (Smith 1968, Berst et Spangler 1973). La rivalité ou la prédation attribuable aux espèces envahissantes, comme le gaspareau (Alosa pseudoharengus) et l'éperlan arc­en-ciel (Osmerus mordax), peut avoir contribué au déclin de la population, ou du moins, peut avoir empêché son rétablissement (Berst et Spangler 1972, Wells et McLain, Parker 1989). L'établissement récent des moules Dreissena dans les Grands Lacs et le déclin simultané du benthique amphipode du genre Diporeia pourraient également avoir touché de façon considérable les communautés biotiques des Grands Lacs (Dermot et Kerec 1997, Nalepa et coll. 1998, Lozano et coll. 2001, Mills et coll 2003, Dobiesz et coll. 2005, Nalepa et coll. 2006, National Oceanic and Atmospheric Administration [États-Unis] (NOAA) 2006, Riley et coll. 2008, Environnement Canada et US Environmental Protection Agency 2009). Le degré auquel cela aurait pu toucher l'espèce de cisco des profondeurs, qui dépend du Diporeia pour se nourrir, est inconnu. Les changements subis par l'habitat, dont l'eutrophisation, la pollution et la dégradation, ont également été considérés en tant que facteurs ayant restreint le rétablissement de la population des ciscos des profondeurs (Wells et McLain 1972, Colby et coll. 1972, Christie 1973, Parker 1988). On en sait peu sur les conséquences pour le cisco à museau court des autres facteurs de stress subis par l'écosystème énumérés ci-dessus. Le niveau de préoccupation déterminé quant à la perturbation de l'écosystème est élevé puisque cet élément aurait probablement empêché, ou a empêché, le rétablissement du cisco à museau court même si la surexploitation, qui est la menace principale, avait été éliminée ou atténuée. L'ampleur de la perturbation de l'écosystème est décrite comme étant répandue à la grandeur des lacs Ontario, Michigan et Huron, là où vivait le cisco à museau court. La perturbation de l'écosystème s'est produite par le passé et se poursuit toujours; sa fréquence est déterminée comme étant continue. La gravité et la certitude causale sont indéterminées puisque la plupart des populations de ciscos à museau court étaient déjà en baisse en raison de la surexploitation, et parce qu'aucune étude n'a été conduite pour déterminer quelles ont été spécifiquement les répercussions de l'écosystème sur le cisco à museau court.


Hybridation:

L'hybridation introgressive entre le cisco à museau court et les autres ciscos des profondeurs a été considérée comme étant un facteur ayant accéléré l'extinction de l'espèce (Smith 1964, Todd et Stedman 1989, Webb et Todd 1995). Smith (1964) indique une croissance apparente de formes uniques et différentes de cyprinidés dans le lac Michigan, selon les remarques des pêcheurs locaux, et il laisse entendre que les stocks futurs de ciscos pourraient être différents de ceux observés par le passé. Le manque de références sur la génétique des espèces de cisco rend cette menace difficile à valider. C'est pourquoi tous les attributs de cette menace sont considérés comme étant inconnus, sauf pour le niveau de préoccupation qui est déterminé comme étant élevé, selon les références historiques.