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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le microséris de Bigelow (Microseris bigelovii) au Canada

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Au Canada, le Microseris bigelovii est limité à une petite portion de la côte sud-est de l’île de Vancouver. Cette région, qui correspond grandement à l’aire de répartition du chêne de Garry, connaît des hivers doux et secs, et des étés frais.

Les hivers sont doux en raison des zones de basse pression relativement chaudes qui dominent dans les secteurs côtiers. La chaîne Côtière fait obstacle au mouvement vers l’ouest des anticyclones alimentés d’air froid. L’hiver, les températures le long de la côte sont tempérées par l’océan, dans lequel domine toute l’année les eaux douces du courant de la Californie.

En janvier, le mois le plus froid, la température moyenne est de 4,6 °C et la température minimale moyenne de 2,5 °CNote de bas de page1. La côte sud-est de l’île de Vancouver est caractérisée par un climat doux en hiver. Dans le sud-est de l’île de Vancouver, les hivers sont également plus secs qu’ailleurs sur la côte sud de la Colombie-Britannique. Cette région se trouve sous la zone d’ombre pluviométrique des chaînes de montagnes de l’île de Vancouver et des Olympiades, où sont interceptés les systèmes venant du Pacifique. En décembre, soit le mois le plus humide, la région reçoit en moyenne 108 millimètres (mm) précipitations (très peu sous forme de neige).

Les étés sont frais et secs. Une grande zone de haute pression semi-permanente s’étend sur la partie nord-est du Pacifique et domine la circulation générale dans l’ouest du Canada. Les chaînes de montagnes de l’île de Vancouver et des Olympiades continuent d’intercepter la majorité de l’humidité des systèmes qui parviennent dans la région. En mai, juin, juillet et août, il tombe en moyenne moins de 25 mm de précipitations par mois, ce qui donne lieu à un déficit hydrique. Le climat est grandement tempéré par l’océan à proximité et, lors de chaudes journées d’été, les températures maximales sont plus élevées de plusieurs degrés à l’intérieur des terres.

Les hivers doux et relativement secs, les étés secs et la situation méridionale sont des facteurs qui contribuent à faire du sud-est de l’île de Vancouver l’endroit recevant annuellement le plus de soleil en Colombie-Britannique.La neige et les gelées étant rares, la végétation demeure verte tout au long de l’hiver. Lors des importants déficits hydriques qui surviennent au cœur de l’été, les prés prennent une couleur brune.

Les facteurs édaphiques limitent grandement l’aire de répartition du Microseris bigelovii dans le sud-est de l’île de Vancouver et dans les îles adjacentes du golfe. La bande de faible altitude d’environnement côtier est étroite et cède rapidement la place à des hautes terres ne présentant pas les conditions mésoclimatiques qui sont propices à l’espèce. Le sol accidenté de la bande de faible altitude crée de nombreux versants plus froids orientés vers le nord et l’est où les plantes des forêts jouissent d’un avantage comparatif. Les sols, qui vont de modérément à bien drainés, sont favorables à la croissance de forêts, ce qui morcèle naturellement l’habitat de l’espèce. Le morcellement naturel est exacerbé par le développement intensif de la région (voir plus bas).

Au Canada, le Microseris bigelovii est restreint aux sites ouverts dépourvus de végétation haute. De tels sites restent ouverts parce qu’ils sont exposés au vent du large, parce que leurs sols minces subissent des torts causés par les sécheresses estivales ou parce que les suintements hivernaux les saturent d’eau. Le Microseris bigelovii est limités à des zones situées à moins de 50 mètres de la côte, là où le brouillard côtier est fréquent en automne et en hiver, et où l’océan offre une protection contre le gel en hiver.

Certaines populations se trouvent dans des sites rocheux où pousse un important couvert de lichens frutescents (principalement le Cladina portentosa). Les espèces associées sont souvent celles-ci : Selaginella wallacei, *Gnaphalium purpureumNote de bas de page2, Grindelia integrifolia, *Hypochaeris radicata, *H. glabra, Lotus micranthus, *Rumex acetosella, *Teesdalia nudicaulis, Triteleia hyacinthina, Brodiaea coronaria, Danthonia californica, Elymus glaucus, Festuca rubra, *Holcus lanatus, *Vulpia bromoides, Polytrichum piliferum, Racomitrium lanuginosum et R. elongatum. Le Cytisus scopariuspeut aussi pousser dans les fractures des rochers, mais devient rarement haut ou épais.

D’autres populations poussent autour de dépressions peu profondes, humides en hiver et où il y a peu ou pas de Cladina, mais qui sont couvertes de plantes basses : Aphanes microcarpa, Cerastium arvense, *Gnaphalium purpureum, *Hypochaeris glabra, *H. radicata, Plagiobothrys scouleri, Plantago elongata, Trifolium spp., Triphysaria pusilla, *Aira praecox, Brodiaea coronaria, *Poa annua, Triteleia hyacinthina et *Vulpia bromoides.

Tendances en matière d’habitat

La quantité d’habitat potentiel a grandement diminué au cours du dernier siècle, la côte sud-est de l’île de Vancouver ayant été développée à des fins résidentielles et récréatives.

La majorité des grandes zones d’habitat potentiel pour le Microseris bigelovii ont fait l’objet de relevés, mais il est difficile de faire de même pour toutes les petites parcelles d’habitat convenable. Les tendances de l’habitat potentiel pour le Microseris bigelovii peuvent être estimées de manière indirecte au moyen des indicateurs suivants.

Le Microseris bigelovii pousse généralement dans les écosystèmes du chêne de Garry. Le déclin qu’ont connu ces écosystèmes constitue donc une mesure indirecte de la perte d’habitat pour le M. bigelovii. Au cours du dernier siècle, les écosystèmes du chêne de Garry ont perdu 5 pour 100 de leur superficie originale dans la région de Victoria (Lea, 2002). Les écosystèmes du chêne de Garry persistent principalement sous la forme de communautés isolées, hautement morcelées et dépourvues des liens nécessaires aux importants échanges génétiques. Le Microseris bigelovii préfère le littoral, soit également l’endroit le plus prisé par les développements résidentiels. Les écosystèmes du chêne de Garry s’étendant au-delà du littoral, il est possible que le véritable déclin de l’habitat de l’espèce soit encore plus important.

La majeure partie de l’habitat propice au Microseris bigelovii restant a été modifié par l’envahissement de mauvaises herbes exotiques, notamment par plusieurs graminées (Agrostis capillaris, Aira caryophyllea, A. praecox, Anthoxanthum odoratum, Bromus hordeaceus, Cynosurus echinatus, Dactylis glomerata, Hordeum spp., Lolium perenne, Poa annua, P. bulbosa, Vulpia bromoides) et herbacées (Bellis perennis, Cerastium semidecandrum, Geranium molle, G. pusillum, Hypochaeris glabra, H. radicata, Plantago lanceolata, Rumex acetosella, Silene gallica, Stellaria media, Trifolium dubium, T. subterraneum, Vicia lathyroides).

L’aire de répartition du Microseris bigelovii au Canada se trouve au cœur d’une des régions croissant le plus rapidement en Amérique du Nord. Toutes les populations actuelles de M. bigelovii, sauf une, et toutes les populations apparemment disparues, sauf une, ont été enregistrées dans la région du Grand Victoria. La population de cette région est passée de 180 000 habitants en 1966 à 318 000 en 1996, et on prévoit qu’elle sera de 400 000 en 2026. Le plan régional pour la capitale adopté en 1959 a mené au cours des 44 dernières années à l’expansion de la ville dans les terrains ruraux environnants. Cette expansion se poursuivra sans doute afin d’accueillir une population grandissante (stratégie régionale de croissance, district régional de la capitale, 2003a). Au cours des 18 dernières années, le prix moyen d’une maison unifamiliale dans le Grand Victoria est passé de 94 000 $ à 313 000 $, ce qui représente une augmentation de 330 p. 100 et témoigne d’une demande contenue (stratégie régionale de croissance, district régional de la capitale, 2003a). Les propriétés les plus chères et les plus recherchées sont celles donnant sur l’océan, donc dans l’habitat du M. bigelovii.

Plusieurs populations historiques (Beacon Hill, lac Thetis, mont Tolmie, sous-population du parc Uplands et Gonzales Hill) ont apparemment disparu en raison de la perte d’habitat ou de sa détérioration, et les mêmes tendances ont été observées dans le comté de San Juan (Washington), d’où l’espèce a disparu.

Protection et propriété

Seule la population de l’île Hornby pousse dans une aire protégée. Les parcs et les aires protégées de la Colombie-Britannique ne font l’objet d’aucun plan de gestion spécifique pour la protection du Microseris bigelovii. Cela dit, en vertu de la Parks Act, il est interdit de cueillir l’espèce dans les parcs provinciaux et dans les aires protégées.

Une des populations pousse sur un terrain privé désigné lieu historique national dont la gestion est encadrée par Parcs Canada. Deux populations poussent dans des parcs municipaux qui sont à l’abri de tout développement résidentiel, mais qui sont très utilisés à des fins récréatives. Aucune municipalité n’a élaboré de plan ni de programme pour la gestion d’espèces en péril. Les deux populations de Rocky Point poussent sur des terrains du ministère de la Défense nationale (MDN) gérés par la Base des Forces canadiennes Esquimalt (BFC Esquimalt). Le ministère de la Défense nationale n’a aucun plan de gestion en place pour le M. bigelovii, mais utilise très peu le secteur où pousse la population Rocky Point nº 2.

Quatre populations (lac Thetis, mont Tolmie, Beacon Hill/route Dallas et Gonzales Hill) ont disparu malgré le fait qu’elles poussaient dans des parcs municipaux ou régionaux.

Aucun des sites où la plante pousse n’a de plan de gestion pour les mauvaises herbes ni pour la végétation qui protégerait l’habitat du Microseris bigelovii contre la succession et les espèces exotiques envahissantes.

Note de bas de page 1

Toutes ces données sont les normales climatiques de 1898 à 1988 de la station côtière Gonzales Heights, située à 69 m au-dessus du niveau de la mer et à proximité de nombreux prés maritimes où poussent des espèces en péril. Les régimes climatiques actuels de nombreux prés maritimes sont encore plus doux que ne le suggèrent ces données parce qu’ils sont situés plus près de l’océan et à de plus faibles altitudes. Source : site Web des normales climatiques (Environnement Canada) accédé en septembre 2003.

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Note de bas de page 2

Les astérisques indiquent des espèces introduites.

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