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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le microséris de Bigelow (Microseris bigelovii) au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

Perte d’habitat

Les pertes d’habitat se poursuivront probablement à l’avenir. L’aire de répartition du Microseris bigelovii au Canada se trouve au cœur d’une des régions croissant le plus rapidement en Amérique du Nord. Cinq des six populations actuelles de M. bigelovii et quatre des cinq populations apparemment disparues se trouvent dans la région du Grand Victoria.

Menaces associées aux activités récréatives

Les activités récréatives et de plein air comptent parmi les principales menaces auxquelles sont confrontées les populations existantes de Microseris bigelovii. Les populations de l’île Hornby, de Oak Bay  1 et nº 2 et de Esquimalt poussent toutes dans des secteurs populaires de marche. Une légère circulation piétonne pourrait être favorable au M. bigelovii en empêchant la croissance d’espèces concurrentes. L’espèce n’ayant pas été observée directement sur les sentiers, il semble que la circulation piétonne intensive soit une menace pour elle. En 2004, on a observé des pique-niqueurs ayant posé leur couverture directement sur une grande portion de la population Oak Bay nº 2 pendant la maturation des graines. Les usages récréatifs se multiplieront sans doute sur tous ces sites à mesure qu’augmentera la population dans le sud-est de l’île de Vancouver (voir plus haut). L’installation de nouvelles structures, comme des bancs de parc ou des panneaux d’interprétation, constitue également une menace indirecte découlant des activités récréatives. Plusieurs bancs de parc ont déjà été installés sur des sous-populations de M. bigelovii ou à proximité de ces dernières à Oak Bay nº 1 et à Esquimalt de même que tout près de populations d’autres plantes rares (notamment Triphysaria versicolor, Limnanthes macounii et Callitriche marginata) ailleurs dans le secteur de Victoria. Les espèces qui préfèrent les petites zones plates, comme le M. bigelovii, sont davantage à risque puisqu’il est plus facile d’y installer des bancs et des kiosques que sur les affleurements rocheux typiques de nombreux parcs côtiers du sud-est de l’île de Vancouver.

Menaces associées à l’altération des régimes de feux

Les régimes de feux d’avant la colonisation par les Européens dans la ceinture côtière sèche du sud-est de l’île de Vancouver étaient probablement plus complexes qu’on le croît généralement. Il est certain que les Premières nations présentes dans le secteur utilisaient amplement le feu pour stimuler la croissance de certaines espèces alimentaires (Turner et Bell, 1971), plus particulièrement des racines de quamassie, lesquelles leur fournissaient une source d’amidon entreposable. Le feu était peut-être également employé pour améliorer les prises lors de la chasse aux cerfs et aux chevreuils.

Les fréquents feux de faible intensité éliminaient les jeunes aulnes rouges et Douglas taxifoliés, et limitaient la croissance des peupliers faux-trembles et de la majorité des espèces arbustives, comme le Symphoricarpos albus et le Rosa nutkana. L’augmentation de l’ensoleillement et la diminution de la concurrence qui s’ensuivaient étaient favorables à la croissance de plantes herbacées basses comme le Microseris bigelovii. Même la composition de l’étage herbacé était modifiée car de nombreuses plantes très compétitives diminuaient sous un régime de feux fréquents.

Les pratiques de gestion des feux des Premières nations ont également joué un rôle important dans la composition (et par conséquent dans la fertilité) des sols. La composante organique de la couche minérale supérieure n’a pas été grandement réduite par les feux de faible intensité parce qu’elle s’accumulait sous la surface en raison de la décomposition in situ des racines. Le matériel organique de surface a, quant à lui, brûlé au lieu de s’accumuler, libérant ainsi des nutriments. Puisque les principaux apports en matière organique provenaient des herbes plutôt que des conifères, l’horizon minéral supérieur avait une réaction relativement neutre, surtout par rapport à la nature acide des sols des forêts de Douglas taxifoliés (Broersma, 1973). De plus, les feux fréquents créaient continuellement des sites où les semences de Microseris bigelovii pouvaient germer et pousser sans qu’elles soient étouffées par la litière et les couches organiques de surface.

Les Premières nations ont cessé d’allumer des feux et il n’y a plus aucun incendie dans toute l’aire de répartition du Microseris bigelovii. En l’absence de feux, la quantité d’habitat convenable a sans doute diminué.

Menaces associées au pâturage par les animaux d’élevage

À certains égards, le pâturage par les animaux d’élevage au début du xxe siècle a peut-être compensé la modification des régimes de feux. Le pâturage a converti la litière végétale récalcitrante en matières labiles (facilement décomposées) (principalement du fumier), libérant ainsi des nutriments pouvant être absorbés par la plante et permettant sa croissance. La présence du Microseris bigelovii sur de nombreux sites (p. ex. : parc Uplands) jusqu’à la fin du xxe siècle est peut-être en partie attribuable aux effets persistants des activités de pâturage qui ont eu lieu au début du siècle.

Fait encore plus important, le pâturage a joué un rôle majeur dans l’établissement, puis dans la domination des espèces fourragères exotiques dans des sites où le Microseris bigelovii aurait peut-être autrefois été prospère.

Menaces associées aux plantes exotiques envahissantes

Les plantes envahissantes sont celles qui menacent le plus la majorité des habitats ouverts du sud-ouest de la Colombie-Britannique. Certaines populations existantes de Microseris bigelovii poussent dans des sites dominés par de nombreuses espèces exotiques envahissantes d’arbustes, de graminées et d’herbacées.

Les espèces envahissantes menacent le Microseris bigelovii de nombreuses façons. Certaines espèces (p. ex. : Trifolium subterraneum, T. dubium, Silene gallica) sont capables de pousser dans des environnements touchés par la sécheresse où pousse le M. bigelovii et posent donc une menace directe. Ces espèces exotiques peuvent entrer en concurrence pour l’humidité (plus particulièrement à la fin du printemps et au début de l’été) et les nutriments. Les espèces exotiques sont menaçantes en raison de leur capacité à prendre d’assaut de sites accueillants, soit ceux où il y a eu dans le sol de récentes perturbations et qui seraient adoptés par le M. bigelovii si ce n’était pas de leur présence. Des vivaces exotiques ont peut-être établi des couverts permanents sur des sites qui autrefois présentaient un sol minéral nu. Les plantes plus grandes peuvent ne pas survivre dans les micro-habitats caractérisés par les sécheresses où pousse le M. bigelovii, mais dans les fines mosaïques, elles peuvent occuper des sites adjacents et y produire de l’ombre.