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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la woodsie à lobes arrondis au Canada – Mise à jour

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Tous les sites canadiens du Woodsia obtusase trouvent dans la région forestière des Grands Lacs et du Saint-Laurent (Rowe, 1972), où les populations poussent sur des substrats de roche calcaire (marbre, dolomie, calcaire) orientés au sud. Le W. obtusa se rencontre généralement dans des peuplements clairs d’arbres relativement petits (de 10 à 15 mètres de hauteur, de 10 à 20 cm de diamètre à hauteur de poitrine). Le pourcentage d’ouverture du couvert forestier varie d’environ 7 p. 100 (dans le parc de la Gatineau, au Québec) à environ 20 p. 100 (dans le parc Frontenac, en Ontario). Un seul site se trouve dans un milieu très dégagé, sur un affleurement rocheux au milieu d’un champ abandonné. Plusieurs des peuplements semblent relativement jeunes, peut-être à cause d’une perturbation récente (récolte de bois, incendie, etc.), mais la faible épaisseur du sol recouvrant le substratum rocheux et les conditions générales de sécheresse sont sans doute les principales causes de la petite taille des arbres. Les espèces d’arbres les plus souvent associées au W. obtusa sont l’érable à sucre (Acer saccharum), le chêne rouge (Quercus rubra), le chêne blanc (Q. alba), le frêne blanc (Fraxinus americana) et l’ostryer de Virginie (Ostrya virginiana). Dans les sites où l’érable à sucre et le chêne rouge dominent (sites du Québec), la couverture arbustive est faible; dans ces sites, les espèces arbustives les plus fréquentes sont l’herbe à puce (Rhus radicans) et le groseillier des chiens (Ribes cynosbati). Dans tous les sites ontariens (mais dans une moindre mesure dans celui du parc Frontenac), le chêne rouge et le chêne blanc sont dominants, le genévrier de Virginie (Juniperus virginiana) est commun, et le sumac aromatique (Rhus aromatica) ainsi que la viorne de Rafinesque (Viburnum rafinesquianum) sont abondants. La strate herbacée est très développée et le plus souvent dominée par le carex de Pennsylvanie (Carex pensylvanica), mais l’élyme étalé (Elymus hystrix), la verge d’or bleuâtre (Solidago caesia), la dryoptère à sores marginaux (Dryopteris marginalis) et le géranium de Robert (Geranium robertianum) sont également fréquents. D’après des relevés récents réalisés dans six des sites canadiens, la profondeur moyenne du sol est de 3,5 cm (intervalle : de 0,5 à 9,5 cm), la pente moyenne est de 43 degrés (intervalle : de 26 à 88 degrés) et la couverture arborescente moyenne est de 82 p. 100 (intervalle : de 40 à 96 p. 100) (Wild et Gagnon, 2005). Le pH du sol varie de 5,9 à 7,1 et se situe en moyenne à 6,6, et la teneur en calcium du sol est levée, atteignant presque 10 000 ppm en moyenne (Wild et Gagnon, 2005).

Tendances en matière d’habitat

Certains des sites du Woodsia obtusa ont été légèrement perturbés au cours des dernières années, mais aucun n’a été profondément modifié. Les sites sont généralement situés sur des parois rocheuses escarpées qui ne se prêtent pas au lotissement ni à l'agriculture. La plupart se trouvent dans des secteurs abandonnés ou rarement utilisés qui risquent peu d’être perturbés directement par l’activité humaine.Le site de Westport – lac Sand fait peut-être exception : dans le premier rapport sur la situation de l’espèce, la rédactrice mentionnait que des arbres avaient été abattus et que le terrain était utilisé comme décharge (Consaul, 1994). Il ne semble pas y avoir eu de dépôt d’ordures sur le terrain depuis quelques années, mais des arbres ont été abattus récemment à proximité de la station de W. obtusa. Les ouvertures ainsi créées dans le couvert forestier sont peut-être bénéfiques pour l’espèce, puisqu’elles augmentent la quantité de lumière parvenant au sol, mais elles semblent avoir surtout favorisé une espèce exotique envahissante, le nerprun cathartique (Rhamnus cathartica).Si la population de nerprun cathartique s’accroît et s’étend, elle pourrait menacer la plus importante population canadienne de W. obtusa. Il a été démontré que le nerprun cathartique modifie les écosystèmes forestiers (Heneghan et al., 2004); il pourrait donc avoir un effet néfaste sur la population de W. obtusa.

Protection et propriété

Cinq des neuf sites canadiens du Woodsia obtusa bénéficient d’une certaine protection : deux des sites québécois se trouvent sur des terres fédérales (parc de la Gatineau, propriété de la Commission de la capitale nationale), et trois des sites ontariens se trouvent sur des terres provinciales (parc Frontenac, zone de protection de la nature du mont Foley et terres de la Couronne bordant le sentier Rideau). Les quatre autres sites (trois au Québec et un en Ontario) se trouvent sur des terrains privés. Deux d’entre eux (au Québec) font partie d’écosystèmes forestiers exceptionnels (statut attribué par le ministère des Ressources naturelles du Québec). Dans les deux provinces, les propriétaires fonciers ont été informés de la présence de l’espèce sur leur terrain.