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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la woodsie à lobes arrondis au Canada – Mise à jour

Taille et tendances des populations

Activités de recherche 

La plupart des activités de recherche effectuées dans le cadre du présent rapport ont visé à vérifier la présence et l’abondance des individus dans les emplacements connus. Des fougères ont toutefois été cueillies en grand nombre en Ontario et au Québec depuis de nombreuses décennies; il est donc probable que la plupart des emplacements où se trouve l’espèce sont connus. La découverte récente de deux nouvelles populations indique que de nouvelles découvertes sont toujours possibles, mais très limitées. Le type d’habitat propre à l’espèce est assez rare dans le sud-est de l’Ontario et le sud-ouest du Québec, dans les régions où l’existence de cette espèce est connue au Canada. 

Sites ontariens 

Seulement deux sites ontariens (le parc Frontenac et le lac Sand) étaient mentionnés dans le premier rapport de situation (Consaul, 1994). Deux sites se sont ajoutés depuis. Un de ces sites a en fait été retrouvé en 2001 par Daniel Gagnon (UQAM), qui l’avait lui-même découvert en 1978. L’autre a été découvert en 2004 par Shaun Thompson (MNRO). Les quatre sites ontariens ont été visités en août et en septembre 2005.

1. Parc Frontenac

Le site est visité chaque année depuis 2001, et environ 60 individus y ont été observés chaque fois. Le milieu environnant semble convenir à l’espèce, mais des recherches étendues n’ont pas permis de trouver d’autres colonies. Au cours des quatre dernières années, au moins 20 heures-personnes ont été consacrées à la recherche de l’espèce dans cette localité.

2. Westport – lac Sand

Les recherches étendues menées en 2005 ont permis de trouver environ 500 individus dans cette localité. Un total de 8 heures-personnes ont été consacrées à la recherche du W. obtusa en 2005 (2 personnes pendant 4 heures).

3. Westport – sentier Rideau

La population a été découverte par S. Thompson en 2004. En 2005, elle renfermait 82 individus. Au total, 8 heures-personnes (4 personnes pendant 2 heures) ont été consacrées à la recherche de l’espèce en 2005.

4. Zone de protection de la nature du mont Foley

La population n’avait pas été signalée dans les rapports de situation précédents, mais elle est connue depuis au moins 25 ans, puisqu’elle a été découverte en 1978 par D. Gagnon, qui l’a retrouvée en 2001. Un peu plus de 200 individus y ont été observés en 2005, lorsqu’environ 8 heures-personnes ont été consacrées à la recherche (4 personnes pendant 2 heures).

Sites québécois

Parmi les quatre sites déjà signalés dans le premier rapport de situation (Consaul, 1994), un n’a toujours pas été retrouvé malgré plusieurs tentatives, et un autre n’a pas été visité, parce que le propriétaire a refusé l’accès à son terrain. Un cinquième site a été découvert en 2000.

5. Belvédère Champlain, parc de la Gatineau

Brunton et Lafontaine (1974) signalent que seulement quelques individus, rabougris, étaient alors présents dans ce site. Malgré plusieurs recherches faites depuis 1990, aucun individu n’y a été retrouvé. Plus de 20 heures-personnes ont été consacrées à la recherche de la population au cours des dernières années. La population est probablement disparue de ce site.

6. Escarpement d’Eardley, parc de la Gatineau

L’effectif de la population est estimé à plus de 300 individus. Il est impossible d’en faire un dénombrement exact, car un grand nombre d’individus (environ 200) se trouvent sur une pente d’éboulis escarpée où toute tentative de se rapprocher suffisamment des individus pour pouvoir les compter serait certainement nuisible à l’espèce et à son habitat. Tout le secteur entourant les sous-populations connues a fait l’objet d’une recherche étendue à plusieurs reprises au cours des dernières années. Au moins 40 heures-personnes ont été consacrées à la recherche de l’espèce dans cette localité.

7. Saint-Armand, comté de Missisquoi

Le propriétaire du terrain a refusé que l’on revisite le site, qui a été observé pour la dernière fois en 2001. Cette année-là, on a estimé que la population comptait entre 100 et 200 individus, répartis entre deux colonies principales occupant chacune environ 25 . On ne connaît pas la situation actuelle de cette population. Cependant, comme l’endroit où elle se trouve est isolé et escarpé, il est peu probable qu’il ait subi une perturbation d’origine humaine.

8. Chemin Saint-Armand, comté de Missisquoi

Il s’agit du seul site canadien connu à ne pas se trouver sur une pente rocheuse orientée vers le sud. Le site est plutôt situé sur un affleurement rocheux d’environ 10 m de long, 5 m de large et 4 m de haut, dans un champ abandonné. Il a été découvert en 2000 par Jean Faubert et a été revisité en 2005. On y a alors retrouvé 120 individus.

9. Frelighsburg, comté de Missisquoi

Le site a été visité pour la dernière fois en 1993 par Jacques Labrecque qui n’y a alors observé que cinq ou six individus. En 2005, malgré plusieurs tentatives, il nous a été impossible de communiquer avec le propriétaire du terrain pour lui demander la permission de revisiter la station.

Abondance

Le tableau 1 indique le nombre d’individus matures observés et la superficie approximative qu’ils occupent dans chaque site. Les dénombrements de 2005 ont été réalisés avec soin par le rédacteur du présent rapport et devraient représenter l’effectif réel des populations. Dans la plupart des cas, ces dénombrements sont difficilement comparables aux dénombrements antérieurs, qui étaient fondés sur les travaux de terrain moins détaillés menés par d’autres observateurs.

Tableau 1. Superficie et effectif des populations canadiennes connues en 2005*
PopulationSuperficie approximativeDernière visiteNombre d’individus maturesDénombrements antérieurs
1. Parc Frontenac, ON10 20056447 (1990)
2. Westport – lac Sand, ON2 x 500 2005499~ 28 (1990)
3. Westport – sentier Rideau, ON (nouvelle population)60 200582~ 30 (2004)
4. Zone de protection de la nature du mont Foley, ON100  + 150 2005212~ 10 (1975)
5. Parc de la Gatineau – belvédère Champlain, QC< 5 1974< 10< 10 (1974)
6. Parc de la Gatineau – escarpement d’Eardley, QC500 2005~ 300~ 200 (1972)
7. Saint-Armand, QC2 x 25 2001~ 4070 (1994)
8. Chemin Saint-Armand, QC (nouvelle population)50 2005120~ 30 (2000)
9. Frelighsburg, QC< 5 19935 ou 65 ou 6 (1993)
Total~ 1930  ~ 1330~ 430

* Les populations dont il est question dans le premier rapport (Consaul, 1994) telles qu’elles ont couramment ou récemment été vérifiées sont les nos 1, 2, 6 et 7.

Fluctuations et tendances

Des quatre sites mentionnés sur six dans le premier rapport de situation (Consaul, 1994), trois (Westport, parc Frontenac et parc de la Gatineau, Eardley) ont été revisités au cours de la dernière année, et tous trois renfermaient un bien plus grand nombre d’individus que ce qui avait signalé précédemment. Dans tous les sites récemment visités, il y avait des signes de l’établissement de nouveaux individus, ce qui semble indiquer l’existence d’un recrutement dans ces populations. L’effectif de la plupart des populations semble avoir augmenté (tableau 1), mais cette augmentation s’explique peut-être par l’intensité accrue des recherches, puisqu’un grand nombre d’individus semblent bien établis. Par ailleurs, les variations climatiques survenant d’un été à l’autre semblent avoir un effet sur la taille des frondes et sur la date de leur sénescence, et 2005 a sans doute été à cet égard une année particulièrement bonne pour chercher l’espèce. Comme il s’agit d’une plante vivace, il est peu probable que ses populations connaissent des fluctuations importantes.

Comme le Woodsia obtusa est une espèce relativement difficile à identifier qui pousse généralement sur les parois abruptes peu accessibles, il est bien possible que d’autres populations canadiennes restent à découvrir. La découverte récente de deux populations (celle du chemin Saint-Armand, en 2000, et celle de Westport – sentier Rideau, en 2004) dans des secteurs bien connus des botanistes de terrain (le comté de Missisquoi, au Québec, et le sentier Rideau, en Ontario), semble corroborer cette assertion.

Effet d’une immigration de source externe

Comme tous les sites canadiens connus se trouvent relativement près de la frontière des États-Unis (< 100 km), il est possible que, à long terme probablement, de nouvelles populations canadiennes finissent par s’établir à partir de spores provenant des populations américaines. Il s’agit de l’origine historique la plus probable de propagules des populations canadiennes connues. Cependant, l’établissement d’une nouvelle population canadienne par transport de spores sur une longue distance doit être considéré comme peu probable, étant donné la grande rareté des milieux convenant à l’espèce et la difficulté que semblent présenter pour elle le recrutement et l’établissement d’individus (voir plus bas).