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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la woodsie à lobes arrondis au Canada – Mise à jour

Mise à jour
Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC
sur la
Woodsie à lobes arrondis
Woodsia obtusa
au Canada

woodsie à lobes arrondis

Menacée 2007

COSEPAC
Comité sur la situation des espèces en péril au Canada


COSEWIC
Committee on the Status of Endangered Wildlife in Canada


Les rapports de situation du COSEPAC sont des documents de travail servant à déterminer le statut des espèces sauvages que l’on croit en péril. On peut citer le présent rapport de la façon suivante :

COSEPAC. 2007. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la woodsie à lobes arrondis (Woodsia obtusa) au Canada – Mise à jour. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada, Ottawa. v + 20 p.

Rapports précédents :

COSEPAC. 2000. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la woodsie obtuse (Woodsia obtusa) au Canada. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada, Ottawa. v + 18 p.

Consaul, L.L. 1994. Rapport de situation du COSEPAC sur la woodsie obtuse (Woodsia obtusa) au Canada. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada, Ottawa. Pages 1-18.

Note de production :

Le COSEPAC aimerait remercier Matthew Wild qui à rédigé la mise à jour du rapport de situation sur lawoodsie à lobes arrondis  (Woodsia obtusa) au Canada, en vertu d’un contrat avec Environnement Canada. Erich Haber, coprésident (plantes vasculaire) du Sous-comité de spécialistes des plantes et lichens du COSEPAC, a supervisé le présent rapport et en a fait la révision. Avant l’évaluation du COSEPAC en 2007 cette fougère avait été évaluée sur le nom de Woodie obtuse.

 

Pour obtenir des exemplaires supplémentaires, s’adresser au :

Secrétariat du COSEPAC
a/s Service canadien de la faune
Environnement Canada
Ottawa (Ontario)
K1A 0H3

Tél. : 819-953-3215
Téléc. : 819-994-3684

Courriel du COSEPAC
Site web du COSEPAC

Also available in English under the title COSEWIC Assessment and Update Status Report on the Blunt-lobed Woodsia Woodsia obtusa in Canada.

Illustration de la couverture :

Woodsie à lobes arrondis -- Photo par M. Wild.

©Sa Majesté la Reine du chef du Canada, 2007

de catalogue CW69-14/52-2007F-PDF

ISBN 978-0-662-09364-0

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COSEPAC Sommaire de l’évaluation

Sommaire de l’évaluation – Avril 2007

Nom commun : Woodsie à lobes arrondis  

Nom scientifique : Woodsia obtusa

Statut : Menacée

Justification de la désignation : La répartition de cette espèce est très fragmentée au Canada où elle n’a été signalée que dans le sud-est de l'Ontario et le sud-ouest du Québec, dans huit petits sites localisés. Une autre population est maintenant considérée comme disparue. La fougère pousse presque exclusivement sur des pentes rocheuses et calcareuses exposées à de chaudes températures et relativement sèches. La population canadienne totale compte moins de 1 400 plants matures. La principale menace qui pèse sur la plus grande population est la perte anticipée de la qualité de l’habitat et le déclin de la population en raison de la présence et de la propagation d'un arbuste envahissant et exotique. Cependant, la plupart des sites se trouvent dans des aires protégées ou dans des emplacements non perturbés où le recrutement a lieu.

Répartition : ON, QC

Historique du statut : Espèce désignée « menacée » en avril 1994. Réexamen du statut : l'espèce a été désignée « en voie de disparition » en mai 2000. Réexamen du statut : l'espèce a été désignée « menacée » en avril 2007.

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COSEPAC Résumé

Woodsie à lobes arrondis
Woodsia obtusa

Information sur l’espèce

La woodsie à lobes arrondies (Woodsia obtusa) est une fougère petite à moyenne se caractérisant par les lobes obtus (arrondis) de ses frondes. Le rachis (axe des frondes) est de couleur paille parfois plus foncée vers la base, et il est relativement fragile. Le limbe est grossièrement découpé et bipenné (deux fois divisé) et comporte normalement 8 à 17 paires de pennes (folioles primaires). L’espèce compte deux variantes chromosomiques considérées comme des sous-espèces, dont la seule présente au Canada est leWoodsia obtusasubsp.obtusa.

Répartition

La woodsie à lobes arrondies est une espèce commune et répandue dans l’est des États-Unis. Au Canada, on n’en connaît que neuf populations, toutes situées en Ontario ou au Québec à moins de 100 km de la frontière des États-Unis. En Ontario, les populations sont concentrées le long de l’axe Frontenac. Au Québec, les populations sont réparties entre deux régions distinctes, le parc de la Gatineau et le comté de Missisquoi.

Habitat

Toutes les populations canadiennes sont situées dans la région forestière des Grands-Lacs et du Saint-Laurent, sur des rochers calcaires orientés vers le sud. L’habitat de l’espèce est généralement boisé, avec une couverture arborescente moyenne de 82 p. 100. Une étude récente de six des sites canadiens révèle que les sols y ont une profondeur moyenne de 3,5 cm et que la pente moyenne y est de 43°. Aucun des sites ne semble avoir subi des modifications importantes au cours des dernières années. La plupart sont situés dans des secteurs abandonnés ou rarement utilisés qui risquent peu de subir des perturbations directement causées par l’activité humaine.

Biologie

La woodsie à lobes arrondies est une fougère vivace isosporée (dont les spores produisent des gamétophytes mâles et femelles de forme et de taille identiques) qui produit chaque année, vers la fin de l’été et le début de l’automne, un grand nombre de spores. Ces spores se transforment en gamétophytes (plantules haploïdes productrices de gamètes). On n’a jamais observé de reproduction par voie végétative chez l’espèce, mais le gamétophyte peut être bisexué et s’autoféconder, ce qui donne des descendants entièrement homozygotes.

Taille et tendances des populations

L’espèce compte actuellement quatre sites connus en Ontario, dont seulement deux étaient mentionnés dans le premier rapport de situation. Un des deux autres sites a en fait été retrouvé en 2001 après avoir été découvert en 1978, tandis que le dernier a été découvert en 2004. Tous les sites ontariens ont été visités en 2005. Parmi les cinq sites québécois connus, celui du belvédère Champlain, dans le parc de la Gatineau, n’a pas été retrouvé malgré plusieurs tentatives et la population y est probablement disparue. Deux autres sites québécois n’ont pu être visités parce que le propriétaire d’un des terrains en a refusé l’accès et que le propriétaire de l’autre terrain n’a pu être joint. Les deux autres sites québécois ont été visités en 2005. En général, l’effectif des populations semble avoir augmenté dans chacun des sites, mais cette augmentation s’explique peut-être par le caractère plus intensif des dernières recherches ou par le fait que 2005 a été une année particulièrement propice à l’observation de l’espèce, en produisant des individus vigoureux faciles à repérer.

Facteurs limitatifs et menaces

À grande échelle, le principal facteur limitatif pour l’espèce est sans doute le manque de milieux calcaires pouvant lui servir d’habitat. À petite échelle, le principal facteur limitatif est plus probablement le microclimat, notamment en ce qui a trait à la quantité d’eau disponible. La perturbation du milieu au bord du terrain de caravanes voisin de la plus grande population (Westport – lac Sand) a probablement favorisé la propagation du nerprun cathartique, arbrisseau exotique envahissant qui pourrait nuire considérablement à l’habitat de la woodsie à lobes arrondies.

Importance de l’espèce

Les populations canadiennes du Woodsia obtusapourraient avoir une importance particulière, parce qu’il s’agit de populations isolées situées à la limite nord de l’aire de répartition de l’espèce. En effet, il se peut que ces populations aient des caractéristiques génétiques ou des régimes de variation génétique inhabituels ou rares chez l’espèce dans son ensemble.

Protection actuelle

Le Woodsia obtusa figure sur la liste des espèces en voie de disparition de l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril du gouvernement fédéral. L’espèce est également désignée et protégée aux termes de la Loi sur les espèces en voie de disparition de l’Ontario et de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables du Québec.

Historique du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité a été créé pour satisfaire au besoin d’une classification nationale des espèces sauvages en péril qui soit unique et officielle et qui repose sur un fondement scientifique solide. En 1978, le COSEPAC (alors appelé Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) promulguée le 5 juin 2003, le COSEPAC est un comité consultatif qui doit faire en sorte que les espèces continuent d’être évaluées selon un processus scientifique rigoureux et indépendant.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) évalue la situation, au niveau national, des espèces, des sous-espèces, des variétés ou d’autres unités désignables qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes comprises dans les groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, arthropodes, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes responsable des espèces sauvages des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (le Service canadien de la faune, l’Agence Parcs Canada, le ministère des Pêches et des Océans et le Partenariat fédéral d’information sur la biodiversité, lequel est présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres scientifiques non gouvernementaux et des coprésidents des sous-comités de spécialistes des espèces et du sous-comité des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit au moins une fois par année pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

Définitions

Espèce
Toute espèce, sous-espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement définie.

Espèce disparue (D)
Toute espèce qui n’existe plus.

Espèce disparue du Canada (DC)
Toute espèce qui n’est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.

Espèce en voie de disparition (VD)*
Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.

Espèce menacée (M)
Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitatifs auxquels elle est exposée ne sont pas renversés.

Espèce préoccupante (P)**
Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.

Espèce non en péril (NEP)***
Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.

Données insuffisantes (DI)****
Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d’un manque de données scientifiques.

* Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.
** Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.
*** Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».
**** Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le comité avait pour mandat de réunir les espèces sauvages en péril sur une seule liste nationale officielle, selon des critères scientifiques. En 1978, le COSEPAC (alors appelé CSEMDC) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. Les espèces qui se voient attribuer une désignation lors des réunions du comité plénier sont ajoutées à la liste.

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

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Information sur l’espèce

Nom et classification

Nom scientifique : Woodsia obtusa (Sprengel) Torrey subsp. obtusa
Synonymes : Polypodium obtusum Sprengel, Woodsia perriniana (Sprengel) Hooker & Greville
Noms français : woodsie à lobes arrondis, woodsie obtuse
Noms anglais : Blunt-lobed woodsia, Blunt-lobed cliff fern
Famille : Dryoptéridacées
Grand groupe végétal : Fougères

Description morphologique 

La woodsie à lobes arrondies (Woodsia obtusa) est une fougère petite à moyenne dont les frondes peuvent atteindre 60 cm de longueur et 15 cm de largeur (figure 1). L'espèce se caractérise par les lobes obtus (arrondis) de ses feuilles, qui conservent leur couleur vert vif jusque tard en automne. Le rachis est de couleur jaune paille parfois plus foncée à la base; il n’est pas articulé, mais plutôt fragile. Le limbe est grossièrement découpé et distinctement bipenné. Les pinnules proximales des pennes inférieures sont généralement peu profondément lobées ou simplement dentées. La woodsie à lobes arrondies se distingue de la cystoptère fragile (Cystopteris fragilis), avec laquelle on la confond souvent, par son port plus raide, son stipe opaque ainsi que les glandes et les écailles qui sont présentes sur son rachis et ses nervures.

Figure 1. Plante entière (a) et fronde (b) du Woodsia obtusa. Photos de M. Wild.

Plante entière (a) et fronde (b) du Woodsia obtusa

Description génétique

Le Woodsia obtusa comprend deux cytotypes souvent traités comme sous-espèces parce qu’ils présentent de légères différences morphologiques et écologiques et ont des aires de répartition différentes. Le cytotype tétraploïde (subsp. obtusa) occupe la partie est de l’aire de répartition de l’espèce, où il pousse sur des substrats calcaires, tandis que le cytotype diploïde (subsp. occidentalis) occupe la marge ouest, où il pousse sur des substrats gréseux ou granitiques. Selon Brown (1964), le W. obtusa pourrait être un autopolyploïde dérivé du W. oregana. Cependant, l’analyse des isoenzymes et de l’ornementation des spores montre que ces deux espèces ne sont pas étroitement apparentées. Par ailleurs, l’existence d’un cytotype diploïde du W. obtusa porte à croire à une origine distincte pour ce taxon (Windham, 1993). Le W. obtusa s’hybride avec le W. oregana subsp. cathcartiana (B.L. Robinson) Windham pour former un hybride tétraploïde stérile connu sous le nom W. ×kansana Brooks (Windham, 1993).

Unités désignables 

Il n’existe aucune unité désignable de rang inférieur à l’espèce, puisque seule la sous-espèce obtusa est présente au Canada. Toutes les populations canadiennes du W. obtusa subsp. obtusa se trouvent dans la zone écologique des plaines des Grands Lacs, telle qu’elle est définie dans le Manuel des opérations et des procédures du COSEPAC, et il n’existe entre elles aucune différence morphologique ou génétique significative connue.

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Répartition

Aire de répartition mondiale

Le Woodsia obtusa est largement répandu dans l’est des États-Unis, où il a été signalé dans tous les États situés à l’est du 100e méridien, sauf au Dakota du Nord et au Dakota du Sud. Vers le nord, l’espèce atteint le sud-est du Canada (Ontario et Québec); vers le sud, elle atteint le centre-sud du Texas et le nord de la Floride (figure 2), mais elle est généralement absente de la plaine côtière (Brown, 1964). L’espèce est commune dans le nord-est des États-Unis.

Figure 2. Répartition du Woodsia obtusa en Amérique du Nord (d’après Flora of North America Editorial Committee [1993], avec modifications).

Répartition du Woodsia obtusa en Amérique du Nord

Aire de répartition canadienne

Le Woodsia obtusa atteint la limite nord de sa répartition dans le sud de l’Ontario et le sud du Québec. Aucune population canadienne de l’espèce n’est située à plus de 100 km de la frontière canado-américaine. Le W. obtusa a été observé pour la première fois au Canada en 1936, par Belval et Raymond, dans le comté de Missisquoi, dans le sud du Québec (Cinq-Mars, 1969). La zone d’occurrence canadienne de l’espèce a une superficie d’environ 14 000 km² et correspond au triangle formé par le parc provincial Frontenac (Ontario), le parc de la Gatineau (Québec), plus au nord, et les stations de Saint-Armand et Frelighsburg (Québec), vers l’est. Elle compte pour moins de 1 p. 100 de l’aire de répartition mondiale de l’espèce. La zone d’occupation canadienne du W. obtusa est inférieure à 1 km². Parmi les neuf populations canadiennes connues, quatre se trouvent en Ontario, et les cinq autres, au Québec (figure 3).

Figure 3. Situation des neuf populations canadiennes connues du Woodsia obtusa.

Situation des neuf populations canadiennes connues du Woodsia obtusa

Ontario

Les sites ontariens se trouvent le long de l’axe Frontenac; ce prolongement méridional du bouclier précambrien s’étend depuis la région de Gananoque et Brockville, le long du Saint-Laurent, jusqu’à la région de Westport, plus au nord. Trois des sites sont situés à quelques kilomètres les uns des autres, sur la rive nord des lacs Big Rideau et Sand, près de Westport. Le quatrième se trouve dans le parc Frontenac, environ 20 km au sud-ouest des trois autres.

Québec

Les sites québécois, dont l’un où la population est probablement disparue, sont répartis entre deux régions séparées par plusieurs centaines de kilomètres. Trois des sites se trouvent dans le comté de Missisquoi, où les populations poussent sur un substratum de dolomie, tandis que les deux autres se trouvent dans le parc de la Gatineau, où elles poussent sur un versant de l’escarpement d’Eardley, sur un substratum de marbre.

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Habitat

Besoins en matière d’habitat

Tous les sites canadiens du Woodsia obtusase trouvent dans la région forestière des Grands Lacs et du Saint-Laurent (Rowe, 1972), où les populations poussent sur des substrats de roche calcaire (marbre, dolomie, calcaire) orientés au sud. Le W. obtusa se rencontre généralement dans des peuplements clairs d’arbres relativement petits (de 10 à 15 mètres de hauteur, de 10 à 20 cm de diamètre à hauteur de poitrine). Le pourcentage d’ouverture du couvert forestier varie d’environ 7 p. 100 (dans le parc de la Gatineau, au Québec) à environ 20 p. 100 (dans le parc Frontenac, en Ontario). Un seul site se trouve dans un milieu très dégagé, sur un affleurement rocheux au milieu d’un champ abandonné. Plusieurs des peuplements semblent relativement jeunes, peut-être à cause d’une perturbation récente (récolte de bois, incendie, etc.), mais la faible épaisseur du sol recouvrant le substratum rocheux et les conditions générales de sécheresse sont sans doute les principales causes de la petite taille des arbres. Les espèces d’arbres les plus souvent associées au W. obtusa sont l’érable à sucre (Acer saccharum), le chêne rouge (Quercus rubra), le chêne blanc (Q. alba), le frêne blanc (Fraxinus americana) et l’ostryer de Virginie (Ostrya virginiana). Dans les sites où l’érable à sucre et le chêne rouge dominent (sites du Québec), la couverture arbustive est faible; dans ces sites, les espèces arbustives les plus fréquentes sont l’herbe à puce (Rhus radicans) et le groseillier des chiens (Ribes cynosbati). Dans tous les sites ontariens (mais dans une moindre mesure dans celui du parc Frontenac), le chêne rouge et le chêne blanc sont dominants, le genévrier de Virginie (Juniperus virginiana) est commun, et le sumac aromatique (Rhus aromatica) ainsi que la viorne de Rafinesque (Viburnum rafinesquianum) sont abondants. La strate herbacée est très développée et le plus souvent dominée par le carex de Pennsylvanie (Carex pensylvanica), mais l’élyme étalé (Elymus hystrix), la verge d’or bleuâtre (Solidago caesia), la dryoptère à sores marginaux (Dryopteris marginalis) et le géranium de Robert (Geranium robertianum) sont également fréquents. D’après des relevés récents réalisés dans six des sites canadiens, la profondeur moyenne du sol est de 3,5 cm (intervalle : de 0,5 à 9,5 cm), la pente moyenne est de 43 degrés (intervalle : de 26 à 88 degrés) et la couverture arborescente moyenne est de 82 p. 100 (intervalle : de 40 à 96 p. 100) (Wild et Gagnon, 2005). Le pH du sol varie de 5,9 à 7,1 et se situe en moyenne à 6,6, et la teneur en calcium du sol est levée, atteignant presque 10 000 ppm en moyenne (Wild et Gagnon, 2005).

Tendances en matière d’habitat

Certains des sites du Woodsia obtusa ont été légèrement perturbés au cours des dernières années, mais aucun n’a été profondément modifié. Les sites sont généralement situés sur des parois rocheuses escarpées qui ne se prêtent pas au lotissement ni à l'agriculture. La plupart se trouvent dans des secteurs abandonnés ou rarement utilisés qui risquent peu d’être perturbés directement par l’activité humaine.Le site de Westport – lac Sand fait peut-être exception : dans le premier rapport sur la situation de l’espèce, la rédactrice mentionnait que des arbres avaient été abattus et que le terrain était utilisé comme décharge (Consaul, 1994). Il ne semble pas y avoir eu de dépôt d’ordures sur le terrain depuis quelques années, mais des arbres ont été abattus récemment à proximité de la station de W. obtusa. Les ouvertures ainsi créées dans le couvert forestier sont peut-être bénéfiques pour l’espèce, puisqu’elles augmentent la quantité de lumière parvenant au sol, mais elles semblent avoir surtout favorisé une espèce exotique envahissante, le nerprun cathartique (Rhamnus cathartica).Si la population de nerprun cathartique s’accroît et s’étend, elle pourrait menacer la plus importante population canadienne de W. obtusa. Il a été démontré que le nerprun cathartique modifie les écosystèmes forestiers (Heneghan et al., 2004); il pourrait donc avoir un effet néfaste sur la population de W. obtusa.

Protection et propriété

Cinq des neuf sites canadiens du Woodsia obtusa bénéficient d’une certaine protection : deux des sites québécois se trouvent sur des terres fédérales (parc de la Gatineau, propriété de la Commission de la capitale nationale), et trois des sites ontariens se trouvent sur des terres provinciales (parc Frontenac, zone de protection de la nature du mont Foley et terres de la Couronne bordant le sentier Rideau). Les quatre autres sites (trois au Québec et un en Ontario) se trouvent sur des terrains privés. Deux d’entre eux (au Québec) font partie d’écosystèmes forestiers exceptionnels (statut attribué par le ministère des Ressources naturelles du Québec). Dans les deux provinces, les propriétaires fonciers ont été informés de la présence de l’espèce sur leur terrain.

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Biologie

La majeure partie des connaissances actuelles sur la biologie générale du Woodsia obtusa est contenue dans la monographie de Brown (1964). Depuis la publication de cette monographie du genre Woodsia, des recherches ont été faites sur les caractéristiques de l’habitat des populations canadiennes du W. obtusa et sur la disponibilité de milieux pouvant convenir à cette espèce. Les résultats de ces recherches ont été publiés par Wild (2003) ainsi que par Wild et Gagnon (2005). Dans le cadre de la préparation de sa thèse de doctorat, M. Wild mène actuellement des recherches sur divers aspects de la biologie de l’espèce, notamment sur la production de spores, sur la viabilité et la capacité de dispersion des spores ainsi que sur les taux d’établissement des gamétophytes et de survie des sporophytes.

Cycle vital et reproduction

Le Woodsia obtusa est une fougère vivace isosporée. On ne connaît pas la longévité exacte des individus de cette espèce, mais ils peuvent sans doute vivre plusieurs dizaines d’années. La production de spores survient chaque année, vers la fin de l’été et le début de l’automne. On sait que la plante est capable de produire un grand nombre de spores; en Iowa, Peck et al. (1990) ont estimé ce nombre à 60 millions de spores par individu. Des études en cours devraient permettre de quantifier la production de spores et la viabilité des spores dans les populations canadiennes, mais de grands nombres d’individus ont déjà été obtenus à partir de frondes individuelles ou de spores contenues dans le sol, ce qui indique que les spores présentent au moins une certaine viabilité. En culture, les spores mettent 6 à 15 jours à germer, et la production de sporophytes prend 3 à 5 mois (Brown, 1964). Aucune reproduction asexuée n’a jamais été observée chez le W. obtusa, mais (comme pour la plupart des ptéridophytes isosporées) la spore peut donner un gamétophyte bisexué capable de s’autoféconder, ce qui produit un sporophyte entièrement homozygote. La polyploïdie constitue un autre facteur important pour le W. obtusa. En effet, on estime que les polyploïdes présentent une vigueur accrue, une meilleure tolérance au froid et une plus grande capacité de colonisation que les diploïdes (Rabe et Haufler, 1992). Soltis et Soltis (2000) présentent les résultats de plusieurs études sur la capacité d’autofécondation intragamétophytique des fougères polyploïdes et en concluent, malgré le peu d’indices en ce sens dans le cas des fougères, que la dépression de consanguinité est sans doute réduite chez les polyploïdes. Par ailleurs, il est très probable que les populations isolées de W. obtusa qui se trouvent au Canada résultent chacune de l’arrivée d’une seule spore et qu’elles sont donc entièrement homozygotes, mais il semble possible que les effets négatifs de l’endogamie, comme la dépression de consanguinité et l’expression connexe de gènes délétères, soient contrés par la nature polyploïde des individus composant ces populations, comme l’avancent Soltis et Soltis (2000).

Herbivores

Il semble que beaucoup moins d’insectes phytophages s’attaquent aux fougères (seulement 465 espèces répertoriées, soit environ 1 espèce d’insecte pour 19 espèces de fougères) qu’aux plantes à fleurs (plus de 357 000 espèces répertoriées, soit plus de 1 espèce d’insecte pour chaque espèce de plante à fleurs) (Hendrix, 1980). Les animaux brouteurs ne semblent pas attirés par les fougères (Page, 1979). Dans les sites canadiens du Woodsia obtusa, aucun indice de broutement n’a été observé chez des individus de cette espèce, même dans les secteurs à forte densité de cerf de Virginie (M. Wild, obs. pers.).

Physiologie

Certains indices portent à croire que le Woodsia obtusa serait naturellement envahissant (Brown, 1964). Il est fort possible que les populations canadiennes de l’espèce soient limitées en grande partie par les conditions de sécheresse de leur habitat. Bryan et O’Kelley (1967) ont montré qu’un manque de calcium dans le substrat où croît le W. obtusa inhibe la formation d’archégones, d’anthéridies et de sporophytes, ce qui confirme que l’espèce a besoin d’un substrat riche en calcium.

Dispersion

En général, les fougères produisent une grande quantité de spores, qui sont de petite taille, si bien que la capacité de dispersion est rarement un facteur limitatif. Des études récentes (Wild, données inédites) révèlent qu’on peut trouver de grandes quantités de spores du Woodsia obtusa dans le sol (> 100 spores / 10 ml de sol) jusqu’à une distance relativement grande (50 m) des individus producteurs. Sachant que les spores de nombreuses espèces de fougères demeurent viables dans le sol pendant des années, il est raisonnable de penser qu’en principe, la capacité de dispersion n’est pas un facteur limitatif pour le W. obtusa. Cependant, il est possible que le milieu entourant les sites actuels de l’espèce ne puisse être colonisé par elle en raison d’un manque d’humidité.

Relations interspécifiques

La compétition interspécifique pourrait avoir une incidence sur les sporophytes comme sur les gamétophytes du Woodsia obtusa (Page, 1979). Toutefois, dans des milieux pauvres en espèces tels que les milieux à substrat calcaire où se trouvent les sites canadiens du W. obtusa, la compétition interspécifique a probablement une incidence négligeable. En fait, les données recueillies dans les sites canadiens révèlent que dans l’entourage immédiat du W. obtusa, la diversité et la couverture des espèces vasculaires et non vasculaires sont faibles (Wild, 2003; Wild et Gagnon, 2005).

Adaptabilité

Une expérience en cours (Wild, données inédites) a montré que les individus obtenus à partir de spores qui sont maintenus en serre pendant six mois, puis transplantés in situ, ont un taux de survie assez élevé (environ 30 p. 100 après 2 ans).

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Taille et tendances des populations

Activités de recherche 

La plupart des activités de recherche effectuées dans le cadre du présent rapport ont visé à vérifier la présence et l’abondance des individus dans les emplacements connus. Des fougères ont toutefois été cueillies en grand nombre en Ontario et au Québec depuis de nombreuses décennies; il est donc probable que la plupart des emplacements où se trouve l’espèce sont connus. La découverte récente de deux nouvelles populations indique que de nouvelles découvertes sont toujours possibles, mais très limitées. Le type d’habitat propre à l’espèce est assez rare dans le sud-est de l’Ontario et le sud-ouest du Québec, dans les régions où l’existence de cette espèce est connue au Canada. 

Sites ontariens 

Seulement deux sites ontariens (le parc Frontenac et le lac Sand) étaient mentionnés dans le premier rapport de situation (Consaul, 1994). Deux sites se sont ajoutés depuis. Un de ces sites a en fait été retrouvé en 2001 par Daniel Gagnon (UQAM), qui l’avait lui-même découvert en 1978. L’autre a été découvert en 2004 par Shaun Thompson (MNRO). Les quatre sites ontariens ont été visités en août et en septembre 2005.

1. Parc Frontenac

Le site est visité chaque année depuis 2001, et environ 60 individus y ont été observés chaque fois. Le milieu environnant semble convenir à l’espèce, mais des recherches étendues n’ont pas permis de trouver d’autres colonies. Au cours des quatre dernières années, au moins 20 heures-personnes ont été consacrées à la recherche de l’espèce dans cette localité.

2. Westport – lac Sand

Les recherches étendues menées en 2005 ont permis de trouver environ 500 individus dans cette localité. Un total de 8 heures-personnes ont été consacrées à la recherche du W. obtusa en 2005 (2 personnes pendant 4 heures).

3. Westport – sentier Rideau

La population a été découverte par S. Thompson en 2004. En 2005, elle renfermait 82 individus. Au total, 8 heures-personnes (4 personnes pendant 2 heures) ont été consacrées à la recherche de l’espèce en 2005.

4. Zone de protection de la nature du mont Foley

La population n’avait pas été signalée dans les rapports de situation précédents, mais elle est connue depuis au moins 25 ans, puisqu’elle a été découverte en 1978 par D. Gagnon, qui l’a retrouvée en 2001. Un peu plus de 200 individus y ont été observés en 2005, lorsqu’environ 8 heures-personnes ont été consacrées à la recherche (4 personnes pendant 2 heures).

Sites québécois

Parmi les quatre sites déjà signalés dans le premier rapport de situation (Consaul, 1994), un n’a toujours pas été retrouvé malgré plusieurs tentatives, et un autre n’a pas été visité, parce que le propriétaire a refusé l’accès à son terrain. Un cinquième site a été découvert en 2000.

5. Belvédère Champlain, parc de la Gatineau

Brunton et Lafontaine (1974) signalent que seulement quelques individus, rabougris, étaient alors présents dans ce site. Malgré plusieurs recherches faites depuis 1990, aucun individu n’y a été retrouvé. Plus de 20 heures-personnes ont été consacrées à la recherche de la population au cours des dernières années. La population est probablement disparue de ce site.

6. Escarpement d’Eardley, parc de la Gatineau

L’effectif de la population est estimé à plus de 300 individus. Il est impossible d’en faire un dénombrement exact, car un grand nombre d’individus (environ 200) se trouvent sur une pente d’éboulis escarpée où toute tentative de se rapprocher suffisamment des individus pour pouvoir les compter serait certainement nuisible à l’espèce et à son habitat. Tout le secteur entourant les sous-populations connues a fait l’objet d’une recherche étendue à plusieurs reprises au cours des dernières années. Au moins 40 heures-personnes ont été consacrées à la recherche de l’espèce dans cette localité.

7. Saint-Armand, comté de Missisquoi

Le propriétaire du terrain a refusé que l’on revisite le site, qui a été observé pour la dernière fois en 2001. Cette année-là, on a estimé que la population comptait entre 100 et 200 individus, répartis entre deux colonies principales occupant chacune environ 25 . On ne connaît pas la situation actuelle de cette population. Cependant, comme l’endroit où elle se trouve est isolé et escarpé, il est peu probable qu’il ait subi une perturbation d’origine humaine.

8. Chemin Saint-Armand, comté de Missisquoi

Il s’agit du seul site canadien connu à ne pas se trouver sur une pente rocheuse orientée vers le sud. Le site est plutôt situé sur un affleurement rocheux d’environ 10 m de long, 5 m de large et 4 m de haut, dans un champ abandonné. Il a été découvert en 2000 par Jean Faubert et a été revisité en 2005. On y a alors retrouvé 120 individus.

9. Frelighsburg, comté de Missisquoi

Le site a été visité pour la dernière fois en 1993 par Jacques Labrecque qui n’y a alors observé que cinq ou six individus. En 2005, malgré plusieurs tentatives, il nous a été impossible de communiquer avec le propriétaire du terrain pour lui demander la permission de revisiter la station.

Abondance

Le tableau 1 indique le nombre d’individus matures observés et la superficie approximative qu’ils occupent dans chaque site. Les dénombrements de 2005 ont été réalisés avec soin par le rédacteur du présent rapport et devraient représenter l’effectif réel des populations. Dans la plupart des cas, ces dénombrements sont difficilement comparables aux dénombrements antérieurs, qui étaient fondés sur les travaux de terrain moins détaillés menés par d’autres observateurs.

Tableau 1. Superficie et effectif des populations canadiennes connues en 2005*
PopulationSuperficie approximativeDernière visiteNombre d’individus maturesDénombrements antérieurs
1. Parc Frontenac, ON10 20056447 (1990)
2. Westport – lac Sand, ON2 x 500 2005499~ 28 (1990)
3. Westport – sentier Rideau, ON (nouvelle population)60 200582~ 30 (2004)
4. Zone de protection de la nature du mont Foley, ON100  + 150 2005212~ 10 (1975)
5. Parc de la Gatineau – belvédère Champlain, QC< 5 1974< 10< 10 (1974)
6. Parc de la Gatineau – escarpement d’Eardley, QC500 2005~ 300~ 200 (1972)
7. Saint-Armand, QC2 x 25 2001~ 4070 (1994)
8. Chemin Saint-Armand, QC (nouvelle population)50 2005120~ 30 (2000)
9. Frelighsburg, QC< 5 19935 ou 65 ou 6 (1993)
Total~ 1930  ~ 1330~ 430

* Les populations dont il est question dans le premier rapport (Consaul, 1994) telles qu’elles ont couramment ou récemment été vérifiées sont les nos 1, 2, 6 et 7.

Fluctuations et tendances

Des quatre sites mentionnés sur six dans le premier rapport de situation (Consaul, 1994), trois (Westport, parc Frontenac et parc de la Gatineau, Eardley) ont été revisités au cours de la dernière année, et tous trois renfermaient un bien plus grand nombre d’individus que ce qui avait signalé précédemment. Dans tous les sites récemment visités, il y avait des signes de l’établissement de nouveaux individus, ce qui semble indiquer l’existence d’un recrutement dans ces populations. L’effectif de la plupart des populations semble avoir augmenté (tableau 1), mais cette augmentation s’explique peut-être par l’intensité accrue des recherches, puisqu’un grand nombre d’individus semblent bien établis. Par ailleurs, les variations climatiques survenant d’un été à l’autre semblent avoir un effet sur la taille des frondes et sur la date de leur sénescence, et 2005 a sans doute été à cet égard une année particulièrement bonne pour chercher l’espèce. Comme il s’agit d’une plante vivace, il est peu probable que ses populations connaissent des fluctuations importantes.

Comme le Woodsia obtusa est une espèce relativement difficile à identifier qui pousse généralement sur les parois abruptes peu accessibles, il est bien possible que d’autres populations canadiennes restent à découvrir. La découverte récente de deux populations (celle du chemin Saint-Armand, en 2000, et celle de Westport – sentier Rideau, en 2004) dans des secteurs bien connus des botanistes de terrain (le comté de Missisquoi, au Québec, et le sentier Rideau, en Ontario), semble corroborer cette assertion.

Effet d’une immigration de source externe

Comme tous les sites canadiens connus se trouvent relativement près de la frontière des États-Unis (< 100 km), il est possible que, à long terme probablement, de nouvelles populations canadiennes finissent par s’établir à partir de spores provenant des populations américaines. Il s’agit de l’origine historique la plus probable de propagules des populations canadiennes connues. Cependant, l’établissement d’une nouvelle population canadienne par transport de spores sur une longue distance doit être considéré comme peu probable, étant donné la grande rareté des milieux convenant à l’espèce et la difficulté que semblent présenter pour elle le recrutement et l’établissement d’individus (voir plus bas).

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Facteurs limitatifs et menaces

À grande échelle, le principal facteur limitatif pour le Woodsia obtusa semble être le manque de milieux calcaires convenant à l’espèce, qui a besoin d’un substrat riche en calcium (Bryan et O’Kelley, 1967). À petite échelle, le principal facteur limitatif est sans doute lié au microclimat. Comme les pentes rocheuses orientées au sud où le W. obtusa se rencontre au Canada sont des milieux extrêmement xériques, la quantité d’eau disponible est sans doute critique. Des recherches en cours (Wild, données inédites) ont montré que l’apport d’eau aux sols naturels renfermant des spores de W. obtusa accroît considérablement le taux de germination de ces spores et le taux de fécondation des gamétophytes. Peck et Peck (1986) ont réussi à faire passer de 13 p. 100 à 96 p. 100 (hausse de 83 p. 100) le taux de fécondation et le taux de production de sporophytes en déposant simplement de l’eau sur les gamétophytes. Il semble donc que le manque d’eau dans l’habitat des populations canadiennes de la woodsie à lobes arrondiesexplique en partie les faibles taux de recrutement et d’établissement observés dans ces populations.

Les principales menaces d’origine humaine concernent la plus grande des populations canadiennes, celle de Westport – lac Sand. On peut encore observer dans ce site des signes du dépôt antérieur d’ordures en provenance du terrain de caravanes voisin, mais aucun dépôt récent n’a été remarqué en 2005 (S. Thompson, comm. pers., 2007). Le débroussaillage et l’abattage d’arbres au sommet de la pente ont légèrement perturbé le milieu près des fougères, aux endroits où des branches ont été jetées. Cependant, ces travaux ont eu un effet encore plus nuisible en éclaircissant le couvert forestier et en favorisant ainsi l’établissement et la propagation du nerprun cathartique (Rhamnus cathartica), arbrisseau exotique très envahissant qui pourrait grandement détériorer l’habitat du Woodsia obtusa et nuire à la survie de cette espèce. L’établissement du nerprun dans le secteur résulte peut-être de l’activité aviaire accrue à proximité des mangeoires aménagées dans le terrain de caravanes, car ces mangeoires ont pu augmenter le risque que des graines de nerprun soit déposées dans le secteur avec les excréments des oiseaux (S. Thompson, comm. pers., 2007).

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Importance de l'espèce

Les populations canadiennes du Woodsia obtusa pourraient avoir une importance particulière, parce que ce sont des populations isolées situées à la limite nord de l’aire de répartition de l’espèce. En effet, il se peut que ces populations aient des caractéristiques génétiques ou des régimes de variation génétique inhabituels ou rares chez l’espèce dans son ensemble. La fougère est également largement recommandée dans les pépinières.

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Protection actuelle et autres désignations de statut

L’organisme NatureServe (2005) a attribué au Woodsia obtusa la cote G5 (non en péril) à l’échelle mondiale et la cote N5 (non en péril dans le pays) à l’échelle des États-Unis. L’espèce est considérée comme en péril (at risk) dans les États suivants : Floride, Maine et Michigan (S1, gravement en péril); Delaware, New Hampshire et Rhode Island (S2, en péril); Vermont (S3, vulnérable). En ce qui concerne le Canada, l’organisme NatureServe a attribué à l’espèce la cote N1 à l’échelle du pays et la cote SI à l’échelle de chacune des provinces où elle est présente, l’Ontario et le Québec. Le W. obtusa figure sur la liste des espèces en voie de disparition de l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril du gouvernement fédéral, et une équipe de rétablissement rédige actuellement un programme de rétablissement qui devrait énoncer les mesures requises pour garantir la protection future de l’espèce. En Ontario, le W. obtusa figure sur la liste des espèces protégées aux termes de la Loi sur les espèces en voie de disparition; en mars 2003, le statut de l’espèce a été porté à une catégorie de risque plus élevé, passant de « espèce menacée » à « espèce en voie de disparition », à l’issue d’une nouvelle évaluation fondée sur des critères provinciaux plus récents adoptés par la province. À titre d’espèce ainsi désignée, le W. obtusa doit être pris en compte aux fins de la Déclaration de principes provinciale et de la Loi sur les parcs provinciauxde l’Ontario. Au Québec, le W. obtusa a récemment (août 2005) été désigné « espèce menacée » aux termes de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables.

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Résumé technique

Woodsia obtusa

Woodsie à lobes arrondies – Blunt-lobed Woodsia

Répartition au Canada : Québec, Ontario

Information sur la répartition

Superficie de la zone d’occurrence (km²) au Canada Consulter la section « Répartition » : 14 000 km²
Préciser la tendance (en déclin, stable, en croissance, inconnue).Stable
Y a-t-il des fluctuations extrêmes dans la zone d’occurrence (ordre de grandeur > 1)? non
Superficie de la zone d’occupation (km²)
Consulter la section « Répartition » :
< 20 km²
Préciser la tendance (en déclin, stable, en croissance, inconnue).Stable
Y a-t-il des fluctuations extrêmes dans la zone d’occupation (ordre de grandeur > 1)? Non
Nombre d’emplacements actuels connus ou inférés.8 emplacements existants
Préciser la tendance du nombre d’emplacements
(en déclin, stable, en croissance, inconnue).
En déclin (une population est probablement disparue; des recherches récentes représentent simplement des populations qui n’avaient pas été découvertes auparavant et des populations qui ne se sont pas établies récemment.)
Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre d’emplacements (ordre de grandeur > 1)? Non
Tendance de l’habitat : préciser la tendance de l’aire, de l’étendue ou de la qualité de l’habitat
(en déclin, stable,
en croissance ou inconnue).
La qualité diminuera probablement.

Information sur la population

Durée d’une génération (âge moyen des parents dans la population : indiquer en années, en mois,
en jours, etc.).
Inconnue (probablement des décennies)
Nombre d’individus matures (reproducteurs) au Canada (ou préciser une gamme de valeurs plausibles). < 1400
Tendance de la population quant au nombre d’individus matures en déclin, stable,
en croissance ou inconnue.
Incertain
S’il y a déclin, % du déclin au cours des dernières/prochaines dix années ou trois générations, selon la plus élevée des deux valeurs (ou préciser s’il s’agit d’une période plus courte). Degré de déclin incertain, mais le déclin est probable en raison de la propagation du nerprun cathartique
Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre d’individus matures (ordre de grandeur > 1)? Non
La population totale est-elle très fragmentée (la plupart des individus se trouvent dans de petites populations, relativement isolées [géographiquement ou autrement] entre lesquelles il y a peu d’échanges, c.-à-d. migration réussie de < 1 individu/année)? Oui
Préciser la tendance du nombre de populations (en déclin, stable, en croissance, inconnue). Très faible croissance, en raison des recherches intensives
Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre de populations (ordre de grandeur > 1)? Non

 

Liste des populations et abondance
PopulationsAbondance
1. Parc Frontenac, ON
64
2. Westport –lac Sand, ON
499
3. Westport – sentier Rideau, ON
82
4. Zone de protection de nature du  mont Foley, ON
212
5. Parc de la Gatineau (Champlain), QC
Probablement disparue
6. Parc de la Gatineau (Eardley), QC
~300
7. Saint-Armand, QC
~40
8. Chemin Saint-Armand, QC
120
9. Frelighsburg, QC
5 ou 6

Menaces (réelles ou imminentes pour les populations ou les habitats)

Menaces réelles : La propagation et l’augmentation inférées de l’abondance probable du nerprun cathartique, un arbuste envahissant, dans le plus grand site sont les plus imminentes menaces; l’activité humaine a probablement favorisé cette propagation.

Effet d’une immigration de source externe

L’espèce existe-t-elle ailleurs (au Canada ou à l’extérieur)? États-Unis : En sécurité
Une immigration a-t-elle été constatée ou est-elle possible? Possible, mais peu probable
Des individus immigrants seraient-ils adaptés pour survivre au Canada?Oui
Y a-t-il suffisamment d’habitat disponible au
Canada pour les individus immigrants?
Probablement quelques-uns
La possibilité d’une immigration de populations externes existe-t-elle? Possible, mais peu probable

Analyse quantitative

Non disponible

Statut existant

  • COSEPAC :en voie de disparition (2000), menacée (2007)
  • Ontario : en voie de disparition
  • Québec : menacée

Statut et justification de la désignation

Statut : Menacée

Code alphanumérique : Correspond au critère de la catégorie « en voie de disparition », B2ab(ii,iii,iv,v), mais est désignée « menacée », C2a(i), car la plupart des plantes se trouvent dans des aires protégées ou dans des sites non perturbés où le recrutement se produit.

Justification de la désignation : La répartition de cette espèce est très fragmentée au Canada où elle n’a été signalée que dans le sud-est de l'Ontario et le sud-ouest du Québec, dans huit petits sites localisés. Une autre population est maintenant considérée comme disparue. La fougère pousse presque exclusivement sur des pentes rocheuses et calcareuses exposées à de chaudes températures et relativement sèches. La population canadienne totale compte moins de 1 400 plants matures. La principale menace qui pèse sur la plus grande population est la perte anticipée de la qualité de l’habitat et le déclin de la population en raison de la présence et de la propagation d'un arbuste envahissant et exotique. Cependant, la plupart des sites se trouvent dans des aires protégées ou dans des emplacements non perturbés où le recrutement a lieu.

Applicabilité des critères

Critère A (Population globale en déclin) : Non applicable.

Critère B (Petite aire de répartition, et déclin ou fluctuation) : L’espèce correspond au critère de la catégorie « en voie de disparition », B2ab(ii,iii,iv,v), compte tenu de la petite superficie de sa zone d’occupation, de la grande fragmentation de sa répartition et du déclin observé dans sa zone d’occupation en raison de la perte d’une population et de la perte supplémentaire inférée de sa zone d’occupation, de la qualité de son habitat, du nombre de ses populations et du nombre de ses individus matures si on laisse le nerprun cathartique se répandre dans le site abritant la plus grande des populations canadiennes de l’espèce.

Critère C (Petite population globale et déclin) : L’espèce correspond au critère de la catégorie « menacée », C2a(i), compte tenu de la taille totale de la population dont l’effectif est inférieur à 10 000 individus matures, de la disparition d’une population et du déclin que devrait subir la population par suite de la propagation du nerprun cathartique dans le site abritant la plus grande des populations canadiennes.

Critère D (Très petite population ou aire de répartition limitée) : Bien que l’espèce occupe une petite zone d’occupation inférieure à 20 km², la plupart des sites se trouvent dans des aires protégées ou dans des sites non perturbés de telle sorte que l’espèce ne correspond pas au critère de la catégorie « menacée » et qu’il est peu probable qu’elle ne devienne sérieusement en voie de disparition à court terme.

Critère E (Analyse quantitative) : Aucune n’est disponible.

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Remerciements et experts contactés

Nous remercions Jacques Labrecque, Daniel Gagnon, Shaun Thompson et Jean Faubert qui nous ont fourni de l’information sur la localisation des populations, ainsi que Nicole Lavoie qui nous a donné de l’information en matière de propriété foncière. Nous remercions également Shaun Thompson, Melinda Thompson et Romain Rosant qui ont travaillé sur le terrain. Le Biodôme de Montréal, avec la collaboration de Claire Vasseur, a effectué les analyses de sol.

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Sources d’information

Brown, D.F.M. 1964. A monographic study of the fern genus Woodsia, Nova Hedwigia 16:1-154.

Brunton, D.F., et J.D. LaFontaine. 1974. An unusual escarpment flora in Western Quebec, Canadian Field-Naturalist 88:337-343.

Bryan , A.L., et J.C. O’Kelley. 1967. The influence of replacing calcium with strontium on the development of Woodsia obtusa, American Fern Journal 57:27-31.

Cinq-Mars, L. 1969. L’habitat du Carex laxiculmis Schwein. et du Woodsia obtusa (Spreng.) Torr. à Frelighsburg (Missisquoi), Québec, Naturaliste canadien 96:157-165.

Consaul, L.L. 1994. Status Report on the Blunt-lobed Woodsia, Woodsia obtusa, in Canada. Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada, 23 p.

Flora of North America Editorial Committee. 1993. Flora of North America : North of Mexico, vol. 2, Pteridophytes and gymnosperms, Oxford University Press, New York.

Hendrix , S.D. 1980. An evolutionary and ecological perspective of the insect fauna of ferns, American Naturalist 115:171-196.

Heneghan, L., C. Rauschenberg, F. Fatemi et M. Workman. 2004. The impact of an invasive Shrub (Rhamnus cathartica L.) on some ecosystem properties in urban woodland in Chicago, Illinois, Ecological Restoration 22: 275-280.

NatureServe. 2005. [consulté en septembre 2005].

Page, C.N. 1979. Experimental aspects of fern ecology, p. 551-589. in A.F. Dyer (éd.) The experimental biology of ferns, Academic Press, New York (État de New York).

Peck, C.J., et J.H. Peck. 1986. Sexuality and isolate potential of isolated Woodsia obtusa gametophytes in culture and field, American Journal of Botany 73:739.

Peck, J.H., C.J. Peck et D.R. Farrar. 1990. Influences of life-history attributes on formation of local and distant fern populations, American Fern Journal 80:126-142.

Rabe, E.W., et C.H. Haufler. 1992. Incipient polyploid speciation in the maidenhair fern (Adiantum pedatum, Adiantaceae)? American Journal of Botany 79:701-707.

Rowe, J.S. 1972. Forest regions of Canada, Service canadien des forêts, Ottawa, Publication No. 1300. 172 p.

Soltis, P.S., et D.E. Soltis, 2000. The role of genetic and genomic attributes in the success of polyploids, Proc. Natl. Acad. Sci. (États-Unis) 97: 7051-7057.

Wild, M. 2003. Have five calcicolous fern species of different habitats saturated all local available habitat available to them? Thèse de maîtrise, Université du Québec à Montréal, Montréal, 55 p.

Wild, M., et D. Gagnon. 2005. Does lack of available suitable habitat explain the patchy distributions of rare calcicole fern species? Ecography 28(2):191-196.

Windham , M.D. 1993. 8.Woodsia, p. 270-280 In Flora of North America North of Mexico, Vol. 2 Pteridophytes and Gymnosperms, Oxford University Press, 475 p.

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Sommaire biographique du rédacteur du rapport

Matthew Wild est aspirant au doctorat à l’Université du Québec à Montréal. Dans le cadre de sa thèse, il se penche sur les causes de la rareté de la woodsie à lobes arrondies au Canada. Il a terminé une maîtrise ès sciences en 2003, laquelle porte sur cinq espèces de fougère rares au Canada et dont les résultats ont récemment été publiés dans la revue scientifique Ecography (Wild et Gagnon, 2005). Il est également auteur de plusieurs rapports de situation sur les fougères au Québec, dont la woodsie à lobes arrondies, la doradille ambulante (Asplenium rhizophyllum) et la pélléade à stipe pourpre (Pellaea atropurpurea).

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