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Bison des prairies (Bison bison bison)

Biologie

Reproduction

Le bison des prairies est polygyne, et la possibilité pour les mâles de se reproduire est fonction de leur rang dans la hiérarchie. La femelle est en chaleurs plusieurs fois par saison; les premières chaleurs se produisent à la fin de l’été, et d’autres ont lieu jusqu’à la fin de l’automne tant que la femelle n’est pas fécondée. Le cycle comprend généralement de brèves périodes de chaleurs d’une durée de 6 à 12 heures, la durée du cycle étant d’environ 21 jours (Dorn, 1995). La gestation dure habituellement un peu plus de neuf mois, mais peut varier de 262 jours (Towne, 1999) à 300 jours (Banfield, 1974; Haugen, 1974; Dorn, 1995).

La bisonne peut généralement se reproduire entre les âges de 3 ans et 16 ans (Fuller, 1961; Halloran, 1968; Shaw et Carter, 1989; Olson, 2002; Wilson et al., 2002b). Elle a souvent son premier veau à trois ans (McHugh, 1958; Fuller, 1961; Shaw et Carter, 1989; Green et Rothstein, 1991). Cependant, la conception peut se produire encore plus tôt, avec une première mise bas à deux ans. On constate des variations considérables dans l’âge de la première conception, tant à l’intérieur d’un troupeau que d’un troupeau à l’autre (Fuller, 1966; Haugen, 1974; Halloran, 1968; Shaw et Carter, 1989). Par exemple, Fuller (1966) signale que, dans le parc national Wood Buffalo, 5 p. 100 des femelles d’un an conçoivent; par ailleurs, on a signalé des taux de conception plus élevés chez les femelles d’un an dans certains troupeaux américains conservés à une densité plus faible et recevant un supplément alimentaire (Haugen, 1974; Halloran, 1968; Shaw et Carter, 1989).

La saison de mise bas s’étale habituellement sur trois à quatre semaines, entre avril et juin (Soper, 1941; Egerton, 1962; Banfield, 1974; Rutberg, 1984; Green et Rothstein, 1993a). Dans le National Bison Range, dans le Montana, la saison de mise bas dure en moyenne 23 jours (Rutberg, 1984); dans le Wind Cave National Park, elle dure 54 jours en moyenne (Green et Rothstein, 1993a). Dans le parc national Elk Island, la majeure partie de la mise bas survient entre mai et juin, bien que des veaux y naissent jusqu’à la fin août et même en novembre depuis que la taille du troupeau a augmenté (Reynolds et al., 2003). De même, une forte densité de population menait à un allongement de la saison de mise bas dans les parcs nationaux des Lacs-Waterton et de Yellowstone (Egerton, 1962; Meagher, 1973). Egerton (1962) a observé que les troupeaux de bisons de régions nordiques mettent bas environ deux semaines plus tard que ceux de régions plus au sud. Néanmoins, si l’alimentation est suffisante pour permettre la conception et la parturition, la mise bas peut se produire toute l’année (Soper, 1941; McHugh, 1958; Banfield, 1974). La bisonne pourrait synchroniser sa parturition avec les autres femelles en réaction aux variations du climat et de l’habitat (Rutberg, 1984; Berger, 1992; Green et Rothstein, 1993a).

Le succès de la reproduction varie d’une population à l’autre; il subit l’influence de facteurs tels que le climat (Van Vuren et Bray, 1986; Verme et Doepker, 1988) et l’alimentation (Verme, 1969; Van Vuren et Bray, 1986; Lott et Galland, 1987; White et al., 1989; Wolfe et al., 1999). Le taux de mise bas peut varier de 35 à 100 p. 100 (McHugh, 1958; Meagher, 1973; Lott, 1979; Lott et Galland, 1987; Kirkpatrick et al., 1993). Les troupeaux de bisons qui vivent dans un environnement plus rigoureux ont un taux plus faible de succès de la reproduction (Lott et Galland, 1985). Dans les troupeaux confinés, où l’alimentation est généralement meilleure que chez les troupeaux à l’état sauvage, on a observé un taux de natalité moyen de 79 p. 100 (Van Vuren et Bray, 1986). Dans le parc national Elk Island, de 1999 à 2002, on estime à 75 p. 100 le taux de gestation (Olson, 2002).

Le taux de gestation peut aussi dépendre du stress et du succès de reproduction antérieur. En se fondant sur les coûts nutritionnels de la production de veaux, des chercheurs ont émis l’hypothèse que le bison suivrait un cycle de mise bas de deux ou trois ans (Soper, 1941; Meagher, 1973; Kirkpatrick et al., 1993). Cette hypothèse est étayée par des indications que les femelles plus âgées pourraient être plus susceptibles de se reproduire un an sur deux (Green et Rothstein, 1991). De plus, si la lactation se prolonge, par exemple en raison de variations dans les facteurs environnementaux, l’ovulation pourrait être retardée (Kirkpatrick et al., 1996). Fuller (1961) signale que les femelles lactantes s’accouplent généralement plus tard que les femelles non lactantes. À l’inverse, Komers et al. (1994a) ont constaté que les femelles lactantes étaient plus susceptibles d’ovuler que les femelles non lactantes. D’après d’autres études, il n’y aurait aucune tendance ni dans un sens ni dans l’autre (Lott et Galland, 1985; Shaw et Carter, 1989; Green et Rothstein, 1991; Wilson et al., 2002b). La densité de la population, l’âge et le succès de reproduction antérieur peuvent influer sur le moment de la conception et, par la suite, sur la fécondité des rejetons devenus adultes. Les femelles plus âgées ont une proportion plus élevée de mise bas tardive (Green et Berger, 1990; Green et Rothstein, 1991; Reynolds et al., 2003). Les naissances gémellaires sont extrêmement rares chez le bison des prairies (McHugh, 1958; Fuller, 1961; Reynolds et al., 2003).

Le rut survient de juin à octobre, culminant vers le début d’août (Shaw et Carter, 1989). La densité de population, l’habitat, le climat et la photopériode peuvent influer sur la période d’accouplement (Egerton, 1962; Reynolds et al., 2003). Dans le parc national Wood Buffalo, la période de rut dure plus longtemps chez le bison des prairies que chez le bison des bois, soit du début de juillet à la fin de septembre (Soper, 1941; Fuller, 1960; Banfield, 1974).

Les bisons mâles établissent une hiérarchie linéaire (Wolff, 1998). De 50 à 73 p. 100 des mâles s’accouplent chaque année (Lott, 1981; Wolff, 1998). Le succès de la reproduction chez le mâle est aussi fortement corrélé au rang social (Lott, 1979). Cependant, la hiérarchie des mâles change souvent pendant le rut, à mesure que les mâles sont fatigués par les interactions agressives (Lott, 1981). Lott (1979) a constaté que la plupart des dyades connaissaient un renversement des rôles dominant-dominé au moins une fois sur une période d’étude de trois semaines. En général, les mâles quittent le troupeau de femelles pendant un certain temps au cours du rut (pour rétablir leur condition physique, suppose-t-on) et regagnent parfois le troupeau par la suite (Komers et al., 1992; Wolff, 1998). L’absence de mâles dominants peut permettre à des mâles de rang inférieur de s’accoupler. On a constaté une régression linéaire significative du succès actuel de la reproduction en fonction de son succès antérieur et de la masse corporelle dans le parc national Elk Island, bien qu’elle ne puisse guère expliquer la variabilité du succès de la reproduction (Wilson et al., 2002b). D’après d’autres études, il n’y aurait aucune relation significative entre la masse corporelle et le succès de la reproduction (Lott, 1979; Wolff, 1998). Généralement, les mâles ne se joignent pas aux reproducteurs avant l’âge de six ans, bien qu’ils réussissent à se reproduire s’il n’y a pas de mâles plus âgés (Fuller, 1961; Meagher, 1973; Lott, 1981; Rothstein et Griswold, 1991; Wilson et al., 2002a). L’effort engagé en vue de la reproduction s’accroît entre les âges de 6 à 12 ans, l’effort maximal se produisant entre 8 et 11 ans (Maher et Byers, 1987). Passé l’âge de 12 ans, les mâles consacrent encore de l’énergie à la reproduction, mais emploient moins d’efforts à l’agression, le nombre de victoires commençant alors à diminuer (Maher et Byers, 1987). L’effort de reproduction est donc beaucoup plus variable après l’âge de 12 ans. Selon d’autres études, la situation sociale, l’aptitude à se battre et le succès de la reproduction n’auraient aucune relation avec l’âge (Lott, 1979; Wolff, 1998; Wilson et al., 2002b).

Le sex‑ratio à la naissance chez les populations de bisons favorise légèrement les mâles, variant de 51 p. 100 à 62 p. 100 (Rush, 1932; Halloran, 1968; Haugen, 1974; Fuller, 1966; Rutberg, 1986a), avec une moyenne d’environ 54 p. 100. Dans le parc national Elk Island, le sex-ratio à la naissance sur le long terme est de 51 p. 100 de mâles (Olson, 2002). Le sex‑ratio des individus adultes est souvent légèrement plus bas, variant de 47 p. 100 à 51 p. 100 (Halloran, 1968; Rutberg, 1986a); celui d’un troupeau de bisons favorise habituellement les femelles, en raison du taux de mortalité élevé des jeunes mâles (Van Vuren et Bray, 1986).

La proportion de veaux au printemps a été établie à environ 20 p. 100 (Meagher, 1973; Fuller, 1966). Le ratio veaux-femelles est très variable, en fonction de l’incidence des maladies et de la prédation ainsi que de la structure par âge de la population (Carbyn, 1998). D’après des calculs effectués sur les données d’Olson (2002), le ratio veaux-femelles chez les bisons des prairies du parc national Elk Island se situe entre 0,70 et 0,90 depuis 20 ans. On a constaté des ratios veaux-femelles d’à peine 0,12 dans le parc national Wood Buffalo, où la prédation est prévalente et où la maladie peut avoir une incidence sur la survie des veaux (Carbyn et Trottier, 1987).

 

Survie

Le bison des prairies sauvage vit en moyenne une quinzaine d’années (Fuller, 1966; Reynolds et al., 1982). Cependant, dans les populations captives ou à l’état mi-sauvage, il peut dépasser 20 ans (Meagher, 1973; Berger et Peacock, 1988; Olson, 2002) et même continuer à s’accoupler après l’âge de 30 ans (Dary, 1989; Dorn, 1995). La longévité moyenne des bisons des prairies dans le parc national Elk Island est de 16 ans. En 2001, le plus vieux mâle d’âge connu avait 19 ans et la plus vieille femelle 26 ans (Olson, 2002).

Le taux de survie est semblable chez les mâles et les femelles dans les populations adultes non exploitées. Comme la chasse vise généralement davantage les mâles, le taux de mortalité des mâles s’accroît dans les populations exploitées. Parmi les jeunes bisons, la mortalité est aussi plus importante chez les mâles que chez les femelles. Le taux de survie des veaux est très variable. À la fin du printemps, immédiatement après la saison de mise bas, les veaux constituent 20 à 25 p. 100 environ de la population au parc national Wood Buffalo. Cependant, leur taux de mortalité étant estimé à environ 50 p. 100 (Fuller, 1962), ils ne forment plus que 5 à 8 p. 100 de la population au début de l’hiver (Fuller, 1966). Cette population de bisons des bois est sujette à la prédation par le loup, et la brucellose et la tuberculose y sont prévalentes. Le taux de survie des veaux au parc national Yellowstone est d’environ 18 à 20 p. 100 (Meagher, 1973). Le taux de survie des veaux dans les populations confinées à l’abri des prédateurs et de la maladie peut dépasser les 90 p. 100 (Van Vuren et Bray, 1986). Le taux de survie des adultes s’établit autour de 97 p. 100.

D’après MacEwan (1995), les principales menaces pour la survie des bisons peuvent se classer comme suit, par ordre de gravité décroissant : la glace trop mince, la chasse, les feux, les prédateurs, la maladie, les marécages et le blizzard. Le manque d’épaisseur de la glace peut présenter un risque pour les bisons qui traversent une rivière ou un marécage. La surchasse a été la principale cause de la disparition presque complète du bison à la fin du XIXe siècle. Aujourd’hui, la chasse est pratiquée dans une certaine mesure sur les trois populations libres, avec des niveaux de réglementation variés. Les années de sécheresse, les feux de prairie peuvent être fréquents et chasser les populations de bisons de leur domaine vital. Cependant, certaines études ont montré que le bison préfère un habitat brûlé à cause de l’abondance de jeunes pousses qu’il y trouve (Campbell et Hinkes, 1983; Shaw et Carter, 1990; Coppedge et Shaw, 1998). Le loup représente lui aussi un risque important pour le bison, surtout en ce qui a trait à la survie des veaux. Dans l’est de la Colombie-Britannique, les bisons comptent pour 10,3 p. 100 des proies dans l’alimentation du loup (Weaver et Haas, 1998). Dans une étude sur la prédation du bison des bois, on a constaté que le bison constituait la majeure partie de l’alimentation du loup (Larter et al., 1994). Le grizzly a déjà été considéré comme une menace importante pour le bison. Actuellement, on sait que des grizzlys s’attaquent à des bisons des prairies à Pink Mountain, le seul endroit au Canada où l’aire de répartition des deux espèces se chevauche (H. Schwantje, comm. pers., 2004). Le bison constituait une part importante de l’alimentation de l’ours sous forme de proies et de charognes, en particulier après l’hibernation (Meagher, 1978). On croit qu’avant l’introduction du bétail domestique en Amérique du Nord, le bison était relativement exempt de maladies (Soper, 1941). Depuis, cependant, un certain nombre de maladies provenant directement ou indirectement des troupeaux de bétail domestique ont fait leur apparition chez les populations de bisons; il s’agit notamment de la tuberculose, de la brucellose et de la diarrhée virale des bovins (Lothian, 1981; Dragon et al., 1999; W. Olson, comm. pers., 2003).

 

Physiologie

La femelle atteint la taille adulte vers l’âge de 4 ans, mais elle continue de grandir jusqu’à 5 ou 6 ans (Banfield, 1974). Le bison mâle continue de grandir jusqu’à 8 à 10 ans (Banfield, 1974). Kelsall et al. (1978) ont constaté qu’à tour de poitrine égal, les mâles sont en moyenne de 9,1 p. 100 plus lourds que les femelles. Le poids des mâles se situe généralement entre 600 et 860 kg (Halloran, 1961), la moyenne étant de 739 ±10,0 kg (Banfield, 1974). Les mâles adultes avaient une masse corporelle moyenne de 732 kg dans le parc national Elk Island en 2001, le plus lourd pesant 877 kg (Olson, 2002). Pour leur part, les femelles pèsent entre 350 et 550 kg (Halloran, 1961), la moyenne n’étant que de 440 ±2,1 kg (Banfield, 1974). Dans le parc national Elk Island, le poids moyen à long terme des femelles de 1962 à 2000 s’établissait à 425 kg (Olson, 2002). Le poids du bison dépend de son âge, de son sexe, de la densité de population, de l’alimentation, des conditions météorologiques, de l’effort de reproduction, de la date de naissance et de la consanguinité (Rutberg, 1983; Lott et Galland, 1987; Berger et Peacock, 1988; Green et Rothstein, 1991; Komers et al., 1994b). Les veaux pèsent de 15 à 25 kg environ à la naissance (Halloran, 1961). De 1962 à 2001, le poids moyen des veaux en décembre chez les bisons des prairies du parc national Elk Island était de 164 kg pour les mâles et de 152 kg pour les femelles (Olson, 2002). En 2001, les veaux mâles avaient un poids moyen de 169 kg, le plus élevé depuis l’arrivée de la diarrhée virale des bovins (DVB) dans le troupeau (Olson, 2002). Depuis, il y a eu plusieurs cas de veaux nés tardivement pesant moins de 136 kg.

Le métabolisme énergétique du bison varie selon la saison (Reynolds et al., 2003). En hiver, le bison abaisse son métabolisme en réaction à la réduction de l’apport en fourrage et aux températures plus basses (Rutley et Hudson, 2000). Le bison produit 40 p. 100 de moins de chaleur en hiver, lorsque l’apport alimentaire est réduit, qu’au printemps, lorsque la consommation s’accroît de nouveau (Galbraith et al., 1998). L’apport en énergie métabolisable variait de 146±22kJ W0,75/jour en décembre à 478 ± 45kJ W-0,75/jour en juin dans une étude portant sur des bisons d’un an (Rutley et Hudson, 2000). De même, le bison réduit aussi son niveau d’activité pendant l’hiver. Les données sur la vitesse de métabolisme indiquent que le bison est particulièrement bien adapté aux basses températures, mais peut-être pas aussi bien au temps chaud. Christopherson et al. (1978) ont mesuré une vitesse de métabolisme de 748 kJ par kilogramme de masse corporelle métabolique par jour chez des bisons d’un an à une température de 10 °C, mais de 584 kJ par kilogramme de masse corporelle métabolique par jour à –30 °C, ce qui laisse supposer que la température critique supérieure chez le bison est inférieure à 10 °C. En outre, le bison devient tolérant au froid vers l’âge de six mois, beaucoup plus tôt que les autres ongulés (Christopherson et al., 1978). Sa tolérance au froid est due en grande partie au pouvoir isolant de son pelage. Le bison a presque dix fois plus de follicules pileux par cm2 que les bovins domestiques (Lott, 2002).

Le bison est bien adapté pour s’alimenter dans des prairies à herbes courtes. Ses larges incisives lui permettent d’en mettre une grande quantité en bouche à la fois (Geist, 1996). Les molaires et les prémolaires sont grosses, ce qui pourrait constituer une adaptation à l’usure causée par la mastication de graminées dures et poussiéreuses (Geist, 1996). La façon dont le bison se nourrit lui permet de paître à loisir, même après de fortes chutes de neige. Contrairement à la plupart des ongulés, qui piétinent la neige pour atteindre le fourrage, le bison imprime à ses joues, son museau et sa barbiche un mouvement de balayage pour dégager le fourrage sous la neige (Pauls, 1995; Guthrie, 1980).

 

Déplacements et dispersion

Jadis, le bison des prairies effectuait des déplacements migratoires entre des domaines saisonniers. Il s’agissait soit de migrations verticales, dans les Rocheuses, par exemple (Van Vuren, 1983), soit de migrations horizontales, comme dans les prairies ouvertes. Dans le sud des Rocheuses, le bison passe l’été en montagne et l’hiver à moindre altitude (Van Vuren, 1983). La prairie ouverte est un habitat de choix pendant les mois d’été, le vent réduisant la présence d’insectes (Meagher, 1973). En revanche, White et al. (2001) rapportent que les bisons des Rocheuses canadiennes passent l’été dans les collines et les vallées, et l’hiver en altitude. Les migrations horizontales consistent généralement en un déplacement de quelques centaines de kilomètres vers le sud tous les ans, à l’automne. La distance parcourue en une journée est très variable (Carbyn, 1997; Reynolds et al., 2003). La disponibilité du fourrage et de l’eau, le climat, la densité d’insectes et la présence d’abris peuvent en effet influer sur les migrations annuelles (Meagher, 1989). D’après Meagher (1973), le bison est très fidèle à ses quartiers d’hiver. D’autres doutent que les bisons aient effectué des migrations régulières par des voies spécifiques à l’époque historique. Au contraire, les mouvements migratoires étaient probablement irréguliers, avec beaucoup de mélanges entre les troupeaux.

 

Alimentation et relations interspécifiques

On ne dispose pas de données spécifiques sur les besoins nutritionnels du bison (Reynolds et al., 2003). La plupart des renseignements concernant les besoins en énergie, en protéines, en vitamines et en minéraux proviennent d’études sur les bovins domestiques. Cependant, le bison a un système digestif plus efficace que le bœuf (voir plus loin), et on peut raisonnablement supposer que ses besoins nutritifs sont différents eux aussi.

Le bison des prairies est un ruminant qui consomme surtout des graminées et des carex. Le bison est toutefois un généraliste en matière d’habitats : il est capable de modifier son régime alimentaire en fonction du fourrage disponible (Larter et Gates, 1991). Le bison transforme des régimes à forte teneur en fibres et à faible teneur en protéines plus efficacement que le bœuf et les autres ongulés (Peden et al., 1974; Hawley et al., 1981; Hawley, 1987). Cela peut être attribuable à son efficacité dans le recyclage de l’azote (Reynolds et al., 1982). Comme l’azote reste généralement confiné au rumen du bison, celui-ci recycle l’urée afin d’accroître la fermentation microbienne, ce qui améliore la digestion. De plus, la faible taille du rumen ralentit le taux de renouvellement, ce qui accroît la possibilité pour les microorganismes de décomposer le fourrage plus efficacement. Comme la digestion microbienne est lente, le bison passe beaucoup de son temps à se reposer et à ruminer.

De par ses habitudes alimentaires, le bison est rarement en concurrence avec d’autres ongulés pour l’obtention de nourriture. L’habitat principal du bison des prairies peut chevaucher celui du wapiti, du cerf de Virginie, du pronghorn, du mouflon d’Amérique et du bétail, mais pas celui de l’orignal, du caribou ou du cerf-mulet. Cependant, parmi les ongulés qui peuvent avoir le même habitat que le bison dans certaines régions, rares sont les espèces ayant le même régime alimentaire que le bison des prairies. Dans le parc national Elk Island, le régime d’hiver du bison des prairies diffère nettement de celui du wapiti, le bison consommant une proportion de carex beaucoup plus élevée et une proportion de viandis beaucoup plus faible (Telfer et Cairns, 1986). Le wapiti peut choisir du fourrage semblable à celui du bison dans les régions de tremblaies-parcs, mais son rythme de récolte est plus lent (Hudson et Frank, 1987). Le mouflon d’Amérique se trouve rarement dans le même domaine que le bison et il n’y a pas de point commun dans le régime des deux espèces, ce qui réduit au minimum les risques de concurrence (Singer et Norland, 1994). Le pronghorn a un régime semblable à celui du bison mais, comme c’est un fourrageur beaucoup plus sélectif, la concurrence entre les deux espèces est probablement négligeable. Le pronghorn préfère le viandis et les dicotylédones herbacées; en général, il ne consomme guère de graminées (Lott, 2002). La concurrence alimentaire interspécifique n’est donc probablement pas un facteur limitatif de la croissance de la population de bisons des prairies.

Au Canada, il n’y a actuellement aucun chevauchement entre l’aire de répartition du bison des prairies à l’état sauvage et celle du chien de prairie (D. Fraser, comm. pers., 2003). Il existe cependant une relation historique entre ces deux espèces. La périphérie des colonies de chiens de prairie est une zone de pâturage de choix pour le bison. Ces sites offrent en effet une forte densité de jeunes pousses de graminées de grande qualité. Le bison aime paître dans les zones les plus récentes (< 8 ans) de la colonie, là où se trouve une végétation de qualité supérieure, et utiliser les zones les plus anciennes (> 26 ans) comme endroits où se rouler (Coppock et al., 1983). Bien qu’on ignore si cette relation profite au chien de prairie, on suppose que le bison réduit la prédation sur la colonie, fournit du fertilisant (Coppock et Detling, 1986) et, en la piétinant, ramène la végétation à une hauteur optimale pour le chien de prairie, ce qui est particulièrement important dans les prairies d’herbes hautes (Shaw, 1998; Lott, 2002).

 

Comportement et adaptabilité

Dans un troupeau de bisons, on peut remarquer une importante structure sociale. La majeure partie de l’année, les troupeaux de bisons se scindent en groupes maternels et en groupes de mâles. Les groupes maternels, qui forment la majorité du troupeau, se composent de 20 à 50 femelles et veaux (McHugh, 1958). La taille des groupes est instable; elle dépend pour beaucoup du fourrage et de l’espace disponibles (Fuller, 1960; Shackleton, 1968; Van Vuren, 1983). Plusieurs observateurs suggèrent qu’il existe des sous-groupes stables d’animaux de même lignage à l’intérieur des grands troupeaux de bisons (Seton, 1929; Soper, 1941; Fuller, 1960). D’autres notent au contraire que les groupes de bisons sont très fluides et les relations entre individus, aléatoires (Lott et Minta, 1983; Van Vuren, 1983). Les mâles adultes n’ont guère d’interactions avec les groupes de femelles en dehors du rut. On voit parfois des mâles s’associer pour un temps, mais ils sont plutôt solitaires presque toute l’année.

Les mâles comme les femelles présentent une hiérarchie linéaire au sein du troupeau (Rutberg, 1983; Green et Rothstein, 1993b). La hiérarchie des mâles est en corrélation avec l’âge et la taille, alors que celle des femelles ne dépend que de l’âge (Rutberg, 1983). Les mâles les plus agressifs sont âgés d’environ quatre ans (McHugh, 1958; Fuller, 1960; Lott, 1974). Contrairement aux mâles, les femelles établissent tôt leur hiérarchie, qui n’est plus jamais contestée par la suite. Les femelles nées plus tôt dans la saison ont tendance à être dominantes (Green et Rothstein, 1993b). L’ascension hiérarchique correspond souvent à une forte croissance de la jeune femelle et à son succès comme reproductrice. Les vieilles femelles tendent à dominer les jeunes (Rutberg, 1986b).

Pendant le rut, les mâles rejoignent les groupes maternels, ce qui accroît nettement la taille et le niveau d’activité du troupeau. Le troupeau peut alors rassembler jusqu’à quelques centaines d’animaux (McHugh, 1958; Lott, 1974). Les comportements de reproduction normaux chez le mâle consistent à se battre, à se rouler au sol, à donner des coups de corne, à émettre des vocalisations, à rechercher les signes de chaleur, à garder la femelle et à la monter (Reynolds et al., 2003). La femelle s’agite et devient excitable; souvent, elle s’éloigne du troupeau (McHugh, 1958). Le mâle garde la femelle jusqu’à ce qu’ils soient prêts à copuler et ne la quitte qu’un peu plus tard, sans doute pour éviter la concurrence d’autre sperme (Lott, 1981). Les femelles peuvent traverser le troupeau au galop peu avant d’être prêtes à copuler (Lott, 1979, 1981; Wolff, 1998). Ce comportement attire l’attention de quelques mâles, qui défient le mâle de garde.

La femelle maintient des liens très étroits avec son veau pendant la semaine qui suit la mise bas. Bien que le veau reste auprès de sa mère pendant le premier été, le lien qui les unit s’estompe graduellement après le premier mois (Van Vuren, 1983). Cependant, les jeunes mères gardent par la suite des contacts plus fréquents avec leur veau que les mères plus âgées (Green, 1993). Certaines femelles passent aussi l’été suivant avec leur veau, bien que cela diminue leur potentiel de reproduction (Green et Rothstein, 1993b). Le veau se tient généralement debout dans l’heure qui suit sa naissance (Egerton, 1962; Mahan, 1978; Reynolds et al., 2003). La durée de l’allaitement varie d’un endroit à l’autre et peut durer 7 ou 8 mois (McHugh, 1958), de 9 à 12 mois (Mahan, 1978), voire jusqu’à 24 mois (Green et al., 1993). Les femelles non gravides allaitent leur veau plus longtemps que les gravides (Green et al., 1993). Les premières fois où elle allaite, la jeune femelle peut produire moins de lait qu’une plus vieille (Green, 1986).

Chez le bison des prairies, une tactique d’évitement des prédateurs consiste généralement à mettre bas à proximité d’autres membres du troupeau (Lott, 1991). La femelle protège son veau des autres bisons en se tenant toujours entre lui et le troupeau (Egerton, 1962; Mahan, 1978). Généralement, les veaux sont protégés par la présence maternelle, mais le troupeau se porte lui aussi à leur défense en les plaçant vers l’avant du troupeau s’il est poursuivi (Carbyn et Trottier, 1987).