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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le saumon coho (population du Fraser intérieur) au Canada

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COSEPAC
Résumé

Saumon coho
Oncorhynchus kisutch
Population du Fraser intérieur

Information sur l’espèce

Le saumon coho est l'une des sept espèces du genre Oncorhynchus indigènes de l'Amérique du Nord. Le coho adulte pèse généralement de 2 à 5 kg (pour une longueur de 45 à 70 cm) et dépasse rarement 9 kg. La plupart des cohos passent la première année de leur vie en eau douce et les 18 mois suivants dans l'océan, avant de revenir en eau douce pour y frayer et mourir. Dans certaines populations, des jacks (mâles précoces) ne passent que six mois en mer.

Le présent document évalue le statut du saumon coho du Fraser intérieur, c’est-à-dire des eaux intérieures du bassin du Fraser (y compris la rivière Thompson). Le Fraser est le plus grand fleuve de la Colombie-Britannique (C.-B.); le Fraser intérieur, secteur situé en amont du canyon du Fraser, constitue la majeure partie du bassin versant. Les saumons cohos du Fraser intérieur occupent une importante proportion (~25 p. 100) de l'aire de répartition du coho au Canada. Uniques sur le plan génétique, ils se distinguent des cohos du bas Fraser et des autres régions du Canada.

 

Répartition

Le saumon coho n'est présent naturellement que dans le Pacifique et ses bassins tributaires. Le Fraser intérieur fait partie de la zone écologique nationale des montagnes du Sud définie par le COSEPAC. Le coho est présent dans tout le bassin de la rivière Thompson, le plus grand du système du Fraser. Hors des affluents de la Thompson, sa répartition dans le Fraser intérieur est mal connue. Le coho fraye probablement dans un moins grand nombre de cours d'eau du Fraser intérieur qu'autrefois, alors qu'il était plus abondant. Les pêcheurs capturent des cohos provenant du Fraser intérieur depuis l'Alaska jusqu'en Oregon, mais le gros des prises a lieu près de la côte ouest de l'île de Vancouver et dans le détroit de Georgia.

 

Habitat

Dans les bassins versants, les habitats de fraye du coho sont habituellement regroupés. Les juvéniles se rassemblent généralement dans les milieux qui leur conviennent, dans les cours d'eau peu profonds et de faible pente, et parfois dans des lacs. La majeure partie du Fraser intérieur où l'on trouve des cohos a été déboisée et sert à une variété d'activités agricoles.

Les cohos juvéniles descendent le Fraser et restent pendant une période indéterminée dans l'estuaire, zone densément urbanisée. Ils passent habituellement le gros de leur séjour en mer près de la côte, dans le Sud de la Colombie-Britannique. Bien que les zones marines qu'ils fréquentent soient relativement peu exploitées par les humains, les changements climatiques survenus ces dernières années ont réduit la capacité du milieu marin de soutenir ces poissons dans le sud de la province.

 

Biologie

Les cohos du Fraser intérieur reviennent en eau douce à l'automne pour y frayer jusqu'au début de l'hiver. Les alevins émergent du gravier au printemps suivant et restent habituellement en eau douce une année entière avant d'entamer leur migration vers la mer, où ils entrent à l'état de smolts. La plupart passent 18 mois en mer avant de retourner en eau douce. Leur cycle de vie dure donc trois ans.

Dans la plupart des bassins du Fraser intérieur, la femelle du coho est plus grande que le mâle, mais moins abondante (~45 p. 100 de remontes). Le coho du Fraser intérieur est plus petit et habituellement moins fécond que la plupart des autres cohos du même âge. Les tendances temporelles de la taille n'ont pas été documentés.

 

Taille et tendances des populations

Notre série chronologique d'estimations fiables des géniteurs débute en 1975. L'effectif des géniteurs a atteint un sommet dans les bassins versants de la Thompson Nord et de la Thompson Sud au milieu des années 1980, pour décliner rapidement par la suite jusqu'aux environs de 1996; depuis, il est demeuré stable ou pourrait avoir augmenté. Selon les estimations récentes, un peu plus de la moitié de la population totale des 24 000 saumons proviennent des bassins versants des rivières Thompson Nord et Sud. La plupart des cohos qui reviennent dans le Fraser intérieur sont issus de la fraye naturelle (soit ~20 000 sur les ~24 000, selon la moyenne des estimations pour 1998 à 2000). Le déclin pour la période de 10 ans allant de 1990 à 2000 a été estimé en moyenne à 60 p. 100. Le pic des échappées et de l'abondance au milieu des années 1980 (100 000 et 300 000, respectivement) était légèrement inférieur aux estimations brutes établies pour les années 1920 et 1930 (200 000 et 400 000).

Dernièrement, la survie en mer a été de 3 p. 100 ou moins, ce qui est de loin inférieur aux chiffres des années 1970 et 1980. Les prélèvements attribuables à la pêche (proportion d'adultes capturés dans les pêches) atteignaient en moyenne 68 p. 100 jusqu'en 1996. En réponse aux craintes concernant la conservation, les prélèvements ont été réduits à ~40 p. 100 en 1997 et ont atteint en moyenne 6,5 p. 100 au cours des trois années suivantes.

Entre les années 1980 et 1990, la productivité a diminué. On a noté quatre années (1991, 1995, 1997 et 1998) où certaines populations pourraient ne pas être arrivées à se reconstituer, même en l'absence de pêche. En 1999 et en 2000, l'effectif des géniteurs a dépassé les échappées de géniteurs de la génération précédente. Les perspectives pour les cohos du Fraser intérieur demeurent toutefois très incertaines et dépendent de la pêche, des perturbations de l'habitat et des changements dans la survie attribuables au climat.

 

Facteurs limitatifs et menaces

La surpêche, l'évolution des conditions marines et les perturbations de l'habitat ont tous contribué au déclin. Il y a eu surpêche parce qu'on n'a pas réduit rapidement les taux de récolte en réponse à la réduction de la survie en mer attribuable au climat. Le déclin des cohos a par ailleurs souvent été associé à l'intensité des perturbations anthropiques en eau douce.

 

Importance de l'espèce et protection actuelle

Le saumon coho demeure une espèce importante, présente dans les prises le long de la côte du Pacifique en Amérique du Nord. Le nombre des cohos décline dans la majeure partie de l'aire de répartition. Aux États-Unis, le coho est considéré comme une espèce menacée de disparition dans trois unités évolutionnaires significatives (UES), comme une espèce candidate à la classification d’espèce en péril dans deux UES, et comme une espèce peu susceptible d'être en péril dans une seule UES. L'état des stocks de cohos en Colombie-Britannique varie selon les lieux, mais les cohos du Fraser intérieur semblent avoir décliné à un rythme plus rapide que ceux des autres régions.

En Colombie-Britannique, la responsabilité de la gestion des saumons et de leur habitat est partagée entre les gouvernements fédéral et provincial. Plusieurs mesures législatives, dont certaines de niveau international, ont été adoptées pour assurer la conservation des saumons. La Loi sur les pêches fédérale est une mesure législative puissante donnant le pouvoir de gérer et de réglementer le poisson et son habitat. Les récentes modifications apportées à la réglementation dans le but de conserver le saumon coho du Fraser intérieur sont sans doute les plus importantes jamais apportées dans les pêches dans la région du Pacifique au Canada. Comme il n'y a aucun consensus au sujet de l’avenir de la survie en mer des cohos du Fraser intérieur, il faudra toujours faire preuve d'une extrême prudence dans la gestion des pêches et de l'habitat pour assurer la viabilité à long terme de ce poisson.

 

Résumé du rapport de situation

Ce rapport porte sur les saumons cohos du Fraser intérieur en Colombie-Britannique. Ces saumons, distincts sur le plan génétique, constituent une unité évolutionnaire significative composée d'au moins cinq sous-populations. D'après les estimations récentes, un peu plus de la moitié de la population totale des 24 000 saumons (dont ~20 000 sont sauvages) fréquentent les bassins versants des rivières Thompson Nord et Sud. Les meilleurs indicateurs de l'abondance sont les estimations des géniteurs pour ces deux bassins, qui ont culminé au milieu des années 1980, pour décliner ensuite jusqu'aux environ de 1996 et demeurer stables ou augmenter par la suite. Entre 1990 et 2000, les taux de déclin s'élevaient en moyenne à 60 p. 100. Rien n'indique que la zone d'occurrence ait changé, bien qu'on ait observé des géniteurs dans un moins grand nombre de cours d'eau à mesure que les populations déclinaient. La principale cause du déclin des effectifs du saumon coho du Fraser intérieur est la surpêche qui est survenue faute d’une réduction rapide des taux de capture en réponse au déclin de la productivité marine attribuable au climat. La dégradation de l'habitat dulcicole a également joué un rôle à ce chapitre – on a en effet associé le déclin des cohos à l'intensité des perturbations anthropiques dans le bassin. La pression de pêche a par ailleurs été considérablement réduite au cours des dernières années; ce phénomène, allié à la stabilisation apparente de la survie en mer, s'est traduit par une amélioration des remontes. Les perspectives pour le coho du Fraser intérieur n'en demeurent pas moins très incertaines et dépendront des impacts de la pêche, des perturbations de l'habitat et des changements dans la survie liés au climat. Il faudra faire preuve d'une extrême prudence dans la gestion des pêches et de l'habitat si l'on veut assurer la viabilité des populations de cohos dans le bassin versant du Fraser intérieur.