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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la situation du Guillemot à cou blanc au Canada – Mise à jour

Facteurs limitatifs et menaces

Les populations canadiennes de Guillemots à cou blanc continuent d’être menacées par divers facteurs. Les principaux sont brièvement présentés ci-dessous.


Prédateurs introduits

L’introduction de mammifères prédateurs, comme les rats et les ratons laveurs, dans les colonies des îles de la Colombie-Britannique est le principal facteur ayant limité les populations au cours du siècle dernier. Au Canada, le rat est considéré comme un important prédateur du Guillemot à cou blanc (Drever et Harestad, 1998). Sa présence a été détectée sur 18 îles de l’archipel de la Reine-Charlotte (Bertram et Nagorsen, 1995), dont quatre (Kunghit, Lyell, Langara et Murchison) accueillent des populations reproductrices de Guillemots à cou blanc (Bertram et Nagorsen, 1995). Les rats sont à l’origine du déclin ou de la disparition des colonies des îles Kunghit, Lyell, Langara, Cox, Lucy, Murchison et Bischof (Harfenist et Kaiser, 1997). Par exemple, en 1992, dans la moitié des terriers occupés sur l’île Lyell, on a trouvé des traces de prédation par les rats (Lemon, 1993a). En outre, le déclin de 90 p. 100 subi par la population de l’île Langara est attribué à la prédation par les rats (Bertram, 1995); même si les rats y ont été exterminés et qu’aucun n’a été détecté depuis 1996 (Taylor et al., 2000), des bateaux commerciaux ou des bateaux de plaisance pourraient y réintroduire ce rongeur (Bertram et Nagorsen, 1995).

Les ratons laveurs constituent une autre menace pour le Guillemot à cou blanc. La présence de ratons laveurs a été signalée sur plusieurs îles qui accueillent des colonies de nidification (Helgesen, Limestone, Ramsay, Skincuttle, Saunders et George), mais on n’en trouve aujourd’hui que sur les îles Alder (Bertram et Nagorsen, 1995; Harfenist et Kaiser, 1997; Harfenist, 2002; Harfenist, données inédites; A. Gaston, comm. pers.; Hipfner, comm. pers., 2004). Les ratons laveurs peuvent occasionner des pertes considérables aux colonies d’oiseaux marins, et ils sont vraisemblablement responsables du déclin des populations des îles Limestone, Saunders et Helgesen. Par exemple, en 1991, trois ratons laveurs adultes de Limestone Est ont tué au moins 11 p. 100 de la population reproductrice de Guillemots à cou blanc et ont fait baisser le nombre d’oisillons quittant la colonie de 35 p. 100 (Gaston, 1991; Gaston, 1992). Par suite de l’élimination des ratons laveurs en 1992, le nombre d’oisillons produits a augmenté de 20 p. 100 et la mortalité des adultes a diminué de presque 80 p. 100 (Gaston et Lawrence, 1993). Par ailleurs, la population de Guillemots à cou blanc de l’île Helgesen a chuté de 80 p. 100 sur une période de sept ans alors que huit à douze ratons laveurs étaient présents (Gaston et Masselink, 1997).

Bien que les ratons laveurs aient été éliminés d’un certain nombre d’îles (Helgesen, Little Helgeson, Saunders, Limestone Est et Limestone Ouest), environ la moitié des colonies de l’archipel de la Reine-Charlotte risquent de subir une invasion de ratons laveurs (Lemon et Gaston, 1999; Hipfner, comm. pers., 2004).


Changements océanographiques

Certains indices portent à croire que les changements océanographiques pourraient avoir des répercussions à long terme sur les populations de Guillemots à cou blanc. Une comparaison récente entre des changements dans les conditions océanographiques et des changements interannuels dans la biologie de la reproduction des Guillemots à cou blanc présents dans le détroit d’Hécate entre 1983 et 1999 a montré que les changements à long terme dans les conditions océaniques peuvent avoir un impact sur la santé de la population (Gaston et Smith, 2001). Des corrélations ont été établies entre la température de la surface de la mer, les oscillations australes, le nombre moyen d’oisillons quittant la colonie par couple et la masse des oisillons au moment de quitter la colonie.


Exploration pétrolière

La décision récente du gouvernement fédéral (faisant suite à une requête présentée par le gouvernement de Colombie-Britannique) de réexaminer le moratoire sur l’exploration pétrolière et gazière en mer dans le bassin de la Reine-Charlotte, plus précisément dans le détroit d’Hécate, représente une menace potentielle pour le Guillemot à cou blanc. Si le moratoire était levé, le forage exploratoire et l’accroissement des activités de navigation et de transport d’hydrocarbures (par navire ou par oléoduc) qui en découleraient feraient considérablement augmenter le risque de déversements catastrophiques dans la zone. Le taux de mortalité nocturne pourrait augmenter en raison des collisions avec les fils se trouvant à proximité des plates-formes illuminées (Montevecchi et al., 1999). Dans d’autres régions, les marées noires ont eu des conséquences tragiques pour le Guillemot à cou blanc (Harfenist, 2003), les déversements constituant particulièrement un danger pour les espèces qui ont l’habitude de se rassembler à un seul endroit (Harfenist et al., 2002). De plus, la menace permanente de petits déversements par les navires qui circulent dans la région pourrait s’intensifier (Harfenist et Kaiser, 1997).


Pêche commerciale

Les prises accidentelles constituent toujours une menace pour les populations des îles de la Reine-Charlotte. Selon les estimations, 25 000 oiseaux de mer seraient tués chaque année par des engins de pêche dans les eaux de la Colombie-Britannique (Morgan et al., 1999). Des Guillemots à cou blanc ont été pris dans des filets maillants près de l’île Langara. La pêche pourrait avoir été la cause du déclin important de la population de cette île dans les années 1950 et 1960 et pourrait continuer d’avoir une incidence sur elle (Bertram, 1995). La surpêche des proies du Guillemot à cou blanc peut également avoir un impact négatif sur l’espèce (Harfenist et al., 2002).


Perturbations

Les perturbations des Guillemots à cou blanc en train de nidifier ou de se nourrir associées au tourisme et à d’autres activités humaines sont une source de préoccupation constante. La navigation de plaisance et le camping peuvent endommager les habitats ou causer des blessures aux oisillons et aux adultes (Harfenist et al., 2002; A. Gaston, comm. pers.). La nuit, les lumières près des camps et sur les bateaux désorientent les oiseaux lorsque le ciel est bas et qu’il y a de la brume (Harfenist et al., 2002; A. Gaston, comm. pers.).


Exploitation forestière

Les activités forestières peuvent avoir une incidence directe sur les activités de reproduction du Guillemot à cou blanc en détériorant la qualité de son habitat par l’enlèvement du couvert forestier, que recherche de préférence l’espèce, et par le compactage du sol, qui complique le creusage des terriers. On a pointé I’exploitation forestière comme variable confusionnelle relativement au non-rétablissement de la colonie de l’île Langara (M. Chutter, comm. pers., 2004).