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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la situation du Guillemot à cou blanc au Canada – Mise à jour

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Les Guillemots à cou blanc vivent principalement dans les eaux subarctiques où la moyenne annuelle des températures oscille entre 5 et 15 °C (Kitano, 1981). Ils se reproduisent sur des îles d’une superficie de 20 à 2000 hectares (Gaston, 1994b). Les sites de reproduction sont situés vers l’intérieur des îles à une distance de la mer qui peut atteindre 300 mètres, et plus rarement 400 mètres (Rodway et al., 1988; Rodway, 1990; Rodway, 1994). L’espèce ne coexiste naturellement avec aucun mammifère prédateur terrestre, sauf avec les loutres de rivière (Lutra canadensis) (Gaston, 1992).

Dans l’archipel des îles de la Reine-Charlotte, le sud-est de l’Alaska, le golfe de Pierre-le-Grand et probablement aussi dans les îles Kouriles, les Guillemots à cou blanc nichent sous le couvert forestier. Les terriers sont creusés sous des arbres, des souches ou de gros morceaux de bois (Gaston, 1992) et peuvent pénétrer des fissures dans les roches sous-jacentes (Drent et Guiguet, 1961). Sur l’île Frederick, 79 p. 100 des terriers sont situés sous des pruches de l’Ouest (Tsuga heterophylla) (Vermeer et al., 1984). Toutefois, du Kamchatka aux îles du Commandeur et aux Aléoutiennes, et vers l’est jusque dans le golfe d’Alaska, des colonies de Guillemots à cou blanc sont présentes sur des îles sans arbres (Gaston, 1992). L’espèce privilégie cependant les habitats boisés pour la nidification lorsque ceux-ci sont disponibles (Vermeer et al., 1984). Sinon, elle s’établit généralement dans les zones où la végétation est la plus dense. De nombreuses raisons peuvent expliquer cette préférence, notamment la stabilité du sol qui facilite le creusage des terriers; ce facteur pourrait avoir plus d’importance que le couvert végétal (Nettleship, comm. pers., 2004). Sur l’île Buldir, dans l’archipel des Aléoutiennes, l’espèce occupe des basses terres couvertes de grandes plantes atteignant environ un mètre de hauteur (Byrd et Day, 1986). Dans les Aléoutiennes orientales, l’espèce niche dans les prairies d’Elymus et de Calamagrostis et dans les zones mixtes d’Elymus et d’ombellifères. On trouve également des terriers dans les fondations de maisons autochtones abandonnées (Nysewander et al., 1982). Les prairies de graminées cespiteuses constituent probablement le principal habitat de reproduction dans l’aire de répartition alaskienne (Bendire, 1895; Nysewander et al., 1982); toutefois, les oiseaux nichent aussi sur de petites îles pratiquement dépourvues de végétation où ils occupent des crevasses rocheuses. Il n’est pas rare qu’ils nichent dans des éboulis sur les îles voisines de la péninsule de l’Alaska (Gaston, 1994b). 


Tendances en matière d’habitat

Aucun indice ne porte à croire que la population de Guillemots à cou blanc soit limitée par un manque d’habitats de reproduction, exception faite de quelques colonies où la densité de terriers est élevée et les sites convenables tous occupés. Dans l’archipel de la Reine-Charlotte, les Guillemots à cou blanc nichent sur toutes les îles, sauf sur les plus grandes, car toutes, à l’exception de quelques minuscules îlots dénudés, sont couvertes par la forêt pluviale côtière, leur habitat préféré. La densité de terriers dans les colonies varie entre forte et faible, avec certaines zones semblant convenir à la nidification, mais étant pourtant inoccupées (Rodway et al., 1988; Gaston, obs. pers.). La densité de terriers diminue du sud vers le nord le long des îles du sud-est de l’île Moresby. Près de la moitié des parcelles étudiées dans des colonies des îles de la Reine-Charlotte présentaient une densité inférieure à 0,33 terrier/m2 (G.W. Kaiser, données inédites, in Harfenist, 2003). La croissance de la population de l’île Langara après l’élimination des rats indique que les prédateurs peuvent limiter la taille de certaines colonies (Drever, 2002). L’espèce pourrait être en concurrence avec le Starique de Cassin à quelques endroits où les habitats de reproduction des deux espèces se chevauchent (Vermeer et al., 1984), mais il ne s’agit probablement pas d’un facteur limitatif important (A. Gaston, comm. pers.).

La perte d’habitats constitue une menace permanente pour la plupart des colonies de Guillemots à cou blanc malgré les mesures de protection fédérales et provinciales en place, y compris les zones d’habitat faunique récemment créées (voir la section suivante). Le cas d’une colonie du sud de l’île Langara, qui semble avoir été délogée par la construction d’un camp de pêche, fait ressortir l’impact négatif que peut avoir l’activité humaine (Vermeer et al., 1997). Bien qu’il s’agisse là d’un exemple extrême, il n’en demeure pas moins que ces oiseaux courent le risque de voir leurs terriers endommagés ou leurs habitats détruits par les visiteurs (Harfenist et al., 2002).     


Protection et propriété de l’habitat

Seize des 31 colonies de nidification de la réserve de parc national Gwaii Haanas (partie sud des îles de la Reine-Charlotte) sont protégées en vertu de la Loi sur les parcs nationaux du Canada (figure 3). La grande colonie de l’île Hippa, près de la côte ouest de l’île Graham, fait partie d’une réserve écologique provinciale. Deux autres colonies, celles de l’île Reef et des îles Limestone, sont protégées à titre de zones de gestion de la faune en vertu de la Wildlife Act de la Colombie-Britannique. Deux lieux d’anciennes colonies (îles Lucy et Cox) détruites par les rats se trouvent sur des terres de la couronne provinciale (Harfenist et al., 2002). 

En vertu de la Identified Wildlife Management Strategy (IWMS) de la Forest and Range Practices Act de la Colombie-Britannique (anciennement le BC Forest Practices Code), la création de onze zones d’habitat faunique a été approuvée en vue de protéger les colonies de reproduction du Guillemot à cou blanc. Ces zones comprennent les îles Frederick, Helgesen, Marble, Luxmoore, Rogers, Saunders, Instructor, Lihou et Willie (A. Hetherington, comm. pers., 2003, renseignements disponibles à l’adresse : http://wlapwww.gov.bc.ca/wld/identified/wha_areas.htm). Les zones d’habitat faunique protègent des habitats importants, dans lesquels on gère les activités de manière à en réduire les impacts sur l’élément faunique pour lequel la zone a été établie.

À l’heure actuelle, il n’existe aucun plan en vertu de la Loi sur les espèces sauvages du Canada pour la création de réserves nationales de faune dans l’archipel de la Reine-Charlotte. En revanche, l’établissement de 14 zones protégées par les Haïdas (« Haida Protected Areas ») a été proposé, la plus grande étant celle de Duu Guusd (île de Langara) (Harfenist et al., 2002).


Figure 3 : Emplacement des zones terrestres protégées par le gouvernement fédéral et par le peuple haïda, des parcs provinciaux, des réserves écologiques et des zones de gestion de la faune dans les îles de la Reine-Charlotte

Figure 3 : Emplacement des zones terrestres protégées par le gouvernement fédéral et par le peuple haïda, des parcs provinciaux, des réserves écologiques et des zones de gestion de la faune dans les îles de la Reine-Charlotte

Harfenist et al., 2002.