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Programme de rétablissement de la population de l'Atlantique des couleuvres minces (Thamnophis sauritus) au Canada

1. Contexte

1.1 Évaluation de l’espèce par le COSEPACNote de bas de page 1

Nom commun (population) : Couleuvre mince orientale (population de l’Atlantique)

Nom scientifique : Thamnophis sauritus

Statut : Menacée

Dernier examen et changement : 2002

Présence au Canada : Au Canada, la couleuvre mince orientale se rencontre en Ontario, au Québec et en Nouvelle-Écosse. La population de l’Atlantique n’est présente qu’en Nouvelle-Écosse.

Justification de la désignation : Cette population de couleuvres minces est un petit reliquat postglaciaire isolé confiné à une petite région de la Nouvelle-Écosse. Elle est donc unique et susceptible de subir des fluctuations démographiques et environnementales. Le développement des zones ripariennes représente de plus une menace pour l’espèce. (COSEPAC 2002)

Historique du statut : Désignée « menacée » en mai 2002. L’évaluation était basée sur un nouveau rapport de situation.


1.2 Nom et classification

Quatre sous-espèces de couleuvres minces (Thamnophis sauritus) sont reconnues : la couleuvre mince orientale ou commune (T. s. sauritus), la couleuvre mince de la péninsule (T. s. sackinii), la couleuvre mince à bandes bleues (T. s. nitae) et la couleuvre mince septentrionale (T. s. septentrionalis). Parmi ces quatre sous-espèces, seule la couleuvre mince septentrionale se rencontre au Canada (Smith, 2002). Dans le présent document, l’espèce est appelée couleuvre mince orientale, ou plus simplement couleuvre mince et pour éviter toute confusion, les sous-espèces ne sont pas mentionnées. Il sera par ailleurs noté de manière explicite si l’information présentée concerne spécifiquement la population de la Nouvelle-Écosse ou une autre population à l’intérieur de l’aire de répartition de l’espèce. Les populations peuvent en effet présenter des adaptations locales et régionales particulières ainsi que des différences dans l’utilisation de leur habitat et dans leur comportement. Ces différences sont susceptibles d’influer sur le rétablissement de l’espèce.


1.3 Description de l’espèce

La couleuvre mince orientale (Thamnophis sauritus) est un petit serpent semi-aquatique d’aspect fin. Comme tous les autres serpents de la Nouvelle-Écosse, elle n’est pas vénéneuse et elle est complètement inoffensive pour les hommes. Sur l’ensemble de l’aire de répartition, les adultes mesurent entre 46 et 86,2 cm de long (Smith, 2002). En Nouvelle-Écosse, la longueur maximum enregistrée est de 75,8 cm, mais la plupart des spécimens sont considérablement plus courts (base de données de la Nouvelle-Écosse sur la couleuvre mince). La queue est longue et représente presque un tiers de la longueur totale du serpent (Gilhen, 1984).


Figure 1 : Une couleuvre mince avec ses bandes jaunes distinctives en Nouvelle-Écosse

Figure 1 : Photo d'une couleuvre mince (voir description longue ci-dessous).

Description pour la figure 1

Photo d'une couleuvre mince. Il y a 3 bandes jaunes distinctives qui s'étendent sur toute la longueur du corps sombre du serpent; une de chaque côté et une troisième le long du dos.


Les couleuvres minces orientales se reconnaissent aux trois bandes jaune vif qui courent sur toute la longueur de leur corps sombre : une sur chaque flanc et une troisième sur le dos (figure 1). Les bandes latérales sont sur les troisième et quatrième rangées d’écailles comptées à partir des écailles ventrales, qui sont blanc crème. Chez les individus de la Nouvelle-Écosse, une bande caramel foncé sépare chaque bande latérale des écailles ventrales (Gilhen, 1984) (figure 2). La tête est petite et fine et une petite ligne blanche verticale est visible devant les yeux (Logier, 1967).


Figure 2 : Une couleuvre mince de la Nouvelle Écosse montrant sa bande caramel foncé située juste sous la bande latérale

Figure 2: Photo d'une couleuvre mince (voir description longue ci-dessous).

Description pour la figure 2

Photo d'une couleuvre mince montrant la bande caramelle foncée qui sépare la bande jaune latérale et les écailles ventrales. La couleuvre est submergé dans l'eau avec sa tête au-dessus de la surface.


La couleuvre mince orientale peut être confondue avec la couleuvre rayée (Thamnophis sirtalis) qui possède aussi trois bandes le long de son corps. Chez la couleuvre rayée, les bandes latérales sont sur les deuxièmes et troisièmes rangées d’écailles et il n’y a pas de bande caramel foncé au-dessous (Gilhen, 1984). En Nouvelle-Écosse, les bandes des couleuvres rayées sont souvent moins distinctes que celles des couleuvres minces. De plus, les couleuvres rayées ne présentent pas de ligne blanche verticale devant leurs yeux et leur corps est habituellement plus épais et plus gros que celui des couleuvres minces.


1.4 Distribution

1.4.1 Aires de répartition mondiale et canadienne


Figure 3 : Aire de répartition globale de la couleuvre mince orientale (Thamnophis sauritus)

Figure 3: Carte montrant l'aire de répartition globale de la couleuvre mince orientale (voir description longue ci-dessous).

Adapté de Smith (2002) et Conant et Collins (1991).

Description pour la figure 3

L’aire de répartition globale de la couleuvre mince de l’est. La couleuvre mince se trouve à l'est de la rivière Mississippi et de la Floride jusqu’au sud du Canada. On le trouve dans tous les états à l’est de la région des Grands Lacs. L'aire de répartition canadienne comprend le sud de l'Ontario, le sud-ouest du Québec, et le sud-ouest de la Nouvelle-écosse. La population en Nouvelle-écosse est isolée du reste de la population.


La couleuvre mince orientale se rencontre à l’est du Mississippi, de la Floride jusqu’au sud du Canada (Rossman, 1970). Au Canada, l’espèce est présente dans le sud de l’Ontario, le sud-ouest du Québec et en Nouvelle-Écosse (Smith, 2002). En Nouvelle-Écosse, les couleuvres minces se rencontrent à l’extérieur de l’aire de répartition principale de l’espèce et en 2002, le COSEPAC les a enregistrées séparément sur la liste des espèces en péril sous l’appellation « population de l’Atlantique ».

Bien que la couleuvre mince orientale soit considérée comme hors de danger à l’échelle mondiale (G5Note de bas de page 2; NatureServe, 2006) et qu’elle ne figure pas sur la liste de l’Endangered Species Act des États-Unis, 10 des 28 (2 S1, 3 S2, 5 S3Note de bas de page 2) États et districts dans lesquels elle se rencontre l’ont ajoutée à la liste des espèces courant un certain risque (NatureServe, 2006).

1.4.2 Aire de répartition en Nouvelle-Écosse

La « population de l’Atlantique » des couleuvres minces semblent être cantonnée dans le sud-ouest de l’intérieur de la Nouvelle-Écosse (figure 4). Les observations confirmées restent confinées à trois bassins hydrographiques : ceux des rivières Mersey, Medway et LaHave (base de données de la Nouvelle-Écosse sur la couleuvre mince). Dans ces bassins, plusieurs concentrations isolées de couleuvres minces ont été repérées (annexe I). On ne sait pas dans quelle mesure les individus passent d’un site à l’autre.

La couleuvre mince orientale appartient à une série d’espèces en péril présentes en Nouvelle-Écosse qui sont séparées géographiquement de leur aire de répartition principale. On considère qu’un grand nombre de ces espèces, dont la couleuvre mince orientale, sont des reliques climatiques qui se sont retrouvées isolées en Nouvelle-Écosse à la fin d’une période plus chaude, il y a 5 000 ans (Smith, 2002).


Figure 4 : Distribution de la couleuvre mince orientale telle qu’on l’a connaît actuellement en Nouvelle-Écosse (15 avril, 2010)

Figure 4 : Carte montrant l’aire de répartition connue de la couleuvre mince dans le sud ouest de la Nouvelle-écosse (voir description longue ci-dessous).

Description pour la figure 4

Carte montrant l’aire de répartition connue de la couleuvre mince dans le sud ouest de la Nouvelle-écosse. Les observations du serpent sont dispersées dans les comtés de Queens, Annapolis, et Lunenburg, avec la plus grande concentration située dans le comté de Queens. La carte montre également les limites du parc national et lieu historique Kejimkujik, les réserves naturelles de la province et toutes les observations de là couleuvre mince dans ces régions. Bien que la plupart des observations sont à l’intérieure de la province, il y a quelques-unes qui sont plus proches de la côte.


Les populations isolées peuvent revêtir une certaine importance, en particulier si elles se rencontrent en bordure de l’aire de répartition de l’espèce, comme c’est le cas pour la population des couleuvres minces de Nouvelle-Écosse, parce qu’il se peut qu’elles aient divergé génétiquement des populations restées dans l’aire de répartition principale et qu’elles présentent des adaptations locales (Lesica et Allendorf, 1995). On ne connaît cependant toujours pas le degré de variabilité génétique chez les couleuvres minces de Nouvelle-Écosse. On n’a détecté aucun signal pouvant indiquer une variation génétique chez les autres populations isolées de la Nouvelle-Écosse. Certaines espèces ont divergé de manière significative des représentants restés sur l’aire de répartition principale et elles maintiennent un haut degré de variation génétique (Mockford et al., 1999) tandis que d’autres ne montrent que peu de variation à l’intérieur de la Nouvelle-Écosse ou entre la province et leur aire de répartition principale (Cody, 2002).

1.5 Participation des Mi’kmaq au rétablissement

Comme préambule à cette section, il y a lieu de mentionner deux importantes considérations. En premier lieu, cette stratégie de rétablissement est conforme aux directives prévues dans la LEP. Ensuite, la section 1.5 consiste en une contribution spéciale, fruit de consultations avec le Native Council of Nova Scotia, qui présente la perspective des Autochtones sur le rétablissement de la couleuvre mince. Pour obtenir un exposé plus approfondi sur cette espèce préparé par le Native Council of Nova Scotia, il suffit d’en faire la demande à l’Équipe de rétablissement de la couleuvre mince.

L’habitat de la couleuvre mince se trouve dans le Kespukwitk, un des sept districts traditionnels du Mi’kma’ki. Pour cette raison, il est important de rechercher et d’encourager activement la participation des Mi’kmaq qui vivent sur ces terres et les partagent. Cette présence continue des Mi’kmaq du Kespukwitk, par le biais de leurs sages, de leurs traditions orales et de leurs périgrinations, commencera à révéler des caractéristiques de la couleuvre mince. Les Mi’kmaq peuvent faire d’importantes contributions au rétablissement de la couleuvre mince grâce à leur savoir ancestral, révélant la valeur de leurs usages traditionnels et partageant leur vision d’un monde écocentrique. L’usage traditionnel que font les Mi’kmaq de la diversité biologique est fondé sur le principe du netukulimk, une façon de récolter les ressources sans mettre en danger l’intégrité, la diversité et la productivité de notre environnement naturel (Native Council of Nova Scotia, 1994). Une approche plus inclusive à la gestion fondée sur l’écosystème pourra se révéler particulièrement utile au rétablissement de la couleuvre mince et d’autres espèces rares et en péril qui dépendent d’habitats similaires dans les bassins hydrographiques du sud de la Nouvelle-Écosse. La présente stratégie de rétablissement ne saurait prétendre résumer tout le savoir des Mi’kmaq. La planification du rétablissement peut être facilitée au fil du temps avec la croissance de l’engagement des Mi’kmaq.

1.5.1 Savoir traditionnel autochtone

Pour intégrer les connaissances traditionnelles autochtones (CTA) à d’autres types de connaissances, il est important que les planificateurs du rétablissement comprennent comment la vision du monde des Mi’kmaq peut différer de celle d’autres Autochtones et des scientifiques. Les connaissances traditionnelles des Mi’kmaq ne sont pas nécessairement écrites, examinées par des pairs ou publiées. Les CTA sont un savoir vivant, véhiculé par un langage et une culture de l’oralité et hautement spécifique au lieu et au temps. C’est le ki du Mi'kma’ki. En partageant leurs CTA, les Mi'kmaq finiront souvent par dire tan teli kji’jitu (selon ce que j’en sais), reconnaissant que tout savoir est vivant. Autrement dit, le savoir formé à partir du territoire (p. ex. à propos de la couleuvre mince), révélé et partagé, sera différent selon le moment où on fait l’expérience de cet endroit. Il pourra changer en fonction des gestes ou des perspectives de quelqu’un d’autre.

On trouve plusieurs pétroglyphes de serpents dans la région de Kejimkujik (Robertson, 1973), un des rares endroits où on peut les observer. L’abondance de pétroglyphes sur les serpents, ainsi que les légendes et les danses qu’ils ont inspirées, peuvent indiquer que les couleuvres minces ont déjà été plus abondantes qu’aujourd’hui, ou qu’elles avaient une grande importance culturelle. Par exemple, selon certaines légendes, la rencontre de serpents serait un mauvais présage.

On sait que les Mi'kmaq ont des connaissances spécifiques sur la biologie et l’habitat de la couleuvre mince, mais cette information reste à explorer. Par exemple, les CTA pourraient décrire les changements qui sont survenus dans l’aire de répartition de la couleuvre mince et expliquer les changements dans leur distribution par des changements dans l’habitat.


Figure 5 : Exemples des pétroglyphes de serpent de la région Kejimkujik (Parc national et lieu historique du Kejimkujik)

Figure 5 : Photo d'un pétroglyphe Mi’kmaq (voir description longue ci-dessous).

Description pour la figure 5

Photo d'un pétroglyphe Mi’kmaq (le mot est invariable en français) représentant une couleuvre mince, situé sur une roche dans le parc national et lieu historique Kejimkujik.


1.5.2 Engagement à faire participer les Mi'kmaq et à considérer leurs connaissances traditionnelles

La présente stratégie désire reconnaître et inclure les Mi'kmaq dans le programme de rétablissement de la couleuvre mince et de son habitat.

  • D’abord en reconnaissant le fait que le peuple mi'kmaq a partagé une longue histoire avec la couleuvre mince à Kespukwitk.
  • Deuxièmement, en invitant des Mi'kmaq, seuls et en collectivités, a s’asseoir avec d’autres pour discuter, préparer et appliquer des stratégies de rétablissement et des plans d’action.
  • Troisièmement, en reconnaissant et en acceptant qu’il est important de recueillir et de comprendre les connaissances collectives des Mi'kmaq sur la couleuvre mince et ses habitats.
  • Quatrièmement, en reconnaissant le besoin de tenir compte de la vision du monde des Mi'kmaq pour garantir la valeur du netukulimk pour la viabilité à long terme du Keskpukwitk.
  • Enfin, en reconnaissant la précieuse contribution des Mi'kmaq et de leur savoir ancestral comme étape majeure de la conciliation du monde autochtone et du monde scientifique.


1.6 Taille et tendance des populations

On ignore la taille de la population des couleuvres minces en Nouvelle-Écosse et on manque également de données sur l’abondance, la distribution et l’évolution démographique de ce serpent. L’aire de répartition actuelle semble être restreinte au sud-ouest de l’intérieur de la province, les observations confirmées n’ayant jusqu’à maintenant eu lieu que dans trois bassins hydrographiques et sur une superficie totale d’approximativement 2 500 km2 (figure 4). Bien qu’on ait rencontré des couleuvres minces sur un certain nombre de sites à l’intérieur de cette aire de répartition (tableau 7), seuls un petit nombre de sites abritent actuellement de hautes concentrations (tableau 1). Il est possible que ces concentrations soient très éphémères et qu’elles dépendent de conditions particulières de l’habitat. Les couleuvres minces ont apparemment disparu d’un site (étang Colpton) qui abritait dans les années 1980 la plus grande concentration de couleuvres minces jamais enregistrée en Nouvelle-Écosse (plus de 40 serpents observés dans une seule journée). L’habitat sur ce site a changé de manière spectaculaire et il se peut que la population ait diminué ou que les couleuvres aient émigré vers des milieux voisins. Bien que l’on sache que les milieux voisins abritent des couleuvres minces, une concentration aussi élevée n’a jamais plus été enregistrée.

Les données les plus fiables concernant la taille de la population proviennent d’un seul site, au lac Grafton. Bien que l’on manque de données quantitatives, on estime que le nombre de couleuvres minces sur ce site a augmenté à la suite de l’élimination du barrage sur le lac dans le milieu des années 1990 et de l’exposition des berges originales du lac qui en a résulté. Une étude intensive de marquage et de recapture est menée depuis 2004 sur une petite zone située à l’intérieur de ce site. Les premiers calculs d’abondance effectués en 2004 ont permis d’estimer l’effectif approximatif à 100 individus sur les 4 ha de la zone étudiée (McNeil, 2005). La réduction du nombre de captures par unité d’effort en 2005 et 2006 semble indiquer que cette population pourrait être en déclin; la fiabilité de ces estimations est cependant incertaine. Le marquage adopté (ablation de quelques écailles) ne s’est pas avéré aussi permanent que prévu et ce problème s’est traduit par des erreurs d’identification. L’habitat dans cette zone évolue aussi rapidement avec la régénération de la végétation riparienne qui fait suite à l’élimination du barrage. Ce processus pourrait affecter l’abondance des serpents mais aussi la détectabilité des couleuvres minces à l’intérieur de cet habitat. De plus, la population à l’intérieur de la zone étudiée n’est pas « fermée » et les flux d’échange avec les milieux adjacents ne sont pas connus.

 

Tableau 1. Sites sur lesquels ont été enregistrées au moins 50 observations confirmées de couleuvres minces en Nouvelle-Écosse (1997-2010).
SecteurNb tot. d’observationsNb d’obs. par nb d’h de rechercheAnnée de découverte du siteAutres espèces en périlPropriétaire des terresEfforts actuels de recherche ou de rétablissement
Lac Grafton14541313 observations/ 3096,1 h1955Tortue de BlandingTerres de la Couronne fédérale (parc national)Relevés par des bénévoles; recherche intensive annuelle; location du hibernaculum
Rivière Cobrielle10093 observations/ 173,1 h1998 Terres de la Couronne fédérale (parc national)Relevés
Ruisseaus Barren Meadow et Keddy8849 observations/ 141,5 h2004Tortue de BlandingTerres privées et terres de la Couronne provincialesRelevés; contact avec les propriétaire foncier,; collaboration avec Nova Scotia Nature Trust
Lacs Molega et Hog419360 observations/ 830,6 h1976Céanothe d’AmériqueTerres privées (principalement des propriétaires de pavillons)Contact avec les propriétaires fonciers; relevés; collaboration avec Nova Scotia Nature Trust
Lacs McGowan et Deans9952 observations/ 146,8 h1999Tortue de BlandingTerres de la Couronne provinciales, privées (industrie, propriétaires fonciers individuels)Contact avec les propriétaires fonciers; relevés

 


1.7 Besoins biologiques, rôle écologique et facteurs limitants

1.7.1 Biologie thermique

Les couleuvres minces dépendent des sources de chaleur présentes dans leur voisinage pour réguler leur température interne. Cette nécessité de maintenir une température interne appropriée influe sur le comportement de ces serpents et sur leur utilisation de l’habitat (Carpenter, 1956; Rossman et al., 1996). Une étude effectuée dans le Michigan a montré que les couleuvres minces orientales atteignaient leur pic d’activité lorsque leur température cloacale se situait entre 20 et 30 degrés Celsius (Carpenter, 1956). Lorsqu’il fait froid, les couleuvres minces se prélassent souvent au soleil de manière à absorber suffisamment de chaleur pour pouvoir se déplacer et digérer (Carpenter, 1952, Rossman et al., 1996). Il est possible qu'elle soit en mesure de réduire le flux de sang dans sa queue pour maintenir une température centrale du corps plus élevée (Amiel et Wassersug, 2010).Les couleuvres minces donnant naissance à des petits serpents vivants, il est possible que le maintien d’une température adéquate soit particulièrement important pour les femelles durant le développement de leurs fœtus (Charland et Gregory, 1995 ; Rossman et al., 1996). En Nouvelle-Écosse, en été, la température interne moyenne des couleuvres minces femelles gravides (en état de gestation) sur lesquelles avaient été fixés des capteurs de température télémétriques allait de 25,3 ºC à 31,98 ºC (Bell, 2003). Les couleuvres minces doivent également éviter l’hyperthermie. Elles y parviennent en entrant dans l’eau, en grimpant dans les buissons ou en se réfugiant sous la végétation, des rochers ou des troncs d’arbre pour se rafraîchir (Carpenter, 1952 ; Carpenter, 1956 ; Tinkle, 1957). En automne, les couleuvres minces se retirent dans leur hibernaculum où l’environnement doit leur permettre de résister au gel et à la déshydratation (Carpenter, 1953 ; Costanzo, 1989).

En Nouvelle-Écosse, les couleuvres minces se rencontrent près de la limite septentrionale de leur aire de répartition et peuvent être forcées de descendre vers la partie sud-ouest plus douce de la province suivant l’évolution de la température et du climat (Bleakney, 1951).

1.7.2 Croissance, maturité et reproduction

Les couleuvres minces mesurent habituellement moins de 25 cm à leur naissance. On ignore la taille et l’âge des serpents lorsqu’ils deviennent adultes en Nouvelle-Écosse mais dans le Michigan, les couleuvres minces orientales femelles atteignent leur maturité à deux ans (Carpenter, 1952). La plupart des autres espèces du genre Thamnophis atteignent leur maturité au cours de leur seconde ou troisième année de croissance (Rossman et al., 1996). On ignore également à quelle fréquence ce serpent se reproduit en Nouvelle-Écosse. En général, les femelles du genre Thamnophis mettent bas une fois par an, mais elles peuvent sauter une année, en particulier si elles appartiennent à une des populations du nord (Rossman et al., 1996). Carpenter (1952) a constaté qu’approximativement 60 % des couleuvres minces femelles appartenant à une population du Michigan se reproduisaient dans l’espace d’une année.

En Nouvelle-Écosse, on a observé l'accouplement au printemps, juste après l'émergence des couleuvres minces des hibernacula (base de données de la Nouvelle-Écosse sur la couleuvre mince, 2010). L'accouplement au printemps correspond à ce qui se passe plus au sud parmi les populations de couleuvres minces de l'Est (Ernst et Barbour, 1989). Toutefois, l'observation d'agrégations d'adultes en septembre laisse croire que l'accouplement peut aussi avoir lieu à l'automne (base de données de la Nouvelle-Écosse sur la Couleuvre mince, 2010).

Carpenter (1952) a observé que dans le Michigan, les couleuvres minces orientales cherchaient plus activement leur nourriture entre juin et octobre et qu’elles continuaient à se nourrir jusqu’à ce qu’elles s’installent dans leur hibernaculum (Carpenter, 1952). En Nouvelle-Écosse, on a observé une grosseur abdominale chez quelques spécimens de couleuvres minces – signe de l’absorption de nourriture – entre le 9 avril et le 4 novembre. La plupart des mues sont trouvées entre juin et septembre, ce qui semble indiquer qu’il s’agit là de la période de croissance maximale.

1.7.3 Rôle écologique

Dans toute leur aire de répartition, les couleuvres minces adultes se nourrissent principalement d’amphibiens et de petits poissons (Bell et al., 2007; Brown, 1979; Carpenter, 1952). Le régime alimentaire des jeunes couleuvres minces est pratiquement inconnu. On a cependant observé une petite couleuvre mince de Nouvelle-Écosse régurgiter un lombric le 21 mai 2006 (base de données de la Nouvelle-Écosse sur la couleuvre mince, 2010). De plus, en août 2006, une jeune couleuvre mince de la population de la Nouvelle-Écosse a mangé deux lombrics alors qu’elle était en captivité (Josie Todd, comm. pers.).

Bien que les couleuvres minces doivent faire face à un grand nombre de prédateurs potentiels (ratons laveurs, faucons, autres serpents et poissons), le taux de prédation est inconnu. Les couleuvres minces dépendent probablement de leur capacité à se camoufler (crypticité) et à se cacher sous un couvert pour éviter d’être détectées par les prédateurs (Scribner et Weatherhead, 1995).


1.8 Besoins en matière d’habitat

1.8.1 Habitat général

Les couleuvres minces sont très étroitement liées aux marécages et la plupart des observations faites en Nouvelle-Écosse portent sur des serpents vus à moins de 5 m de l’eau. Elles se rencontrent habituellement dans des zones humides où l’eau se déplace lentement, avec une riche végétation aquatique et terrestre, notamment dans les tourbières, le long des cours d’eau qui serpentent dans des prés ainsi qu’en bordure des lacs. Ces secteurs recèlent souvent des sections peu profondes et des faux chenaux. On a rencontré des couleuvres minces dans divers types de végétation, notamment de la sphaigne, de l’herbe, du carex et des joncs ainsi que dans des buissons émergents et ripariens. La présence et la densité des couleuvres minces à un endroit donné peuvent être affectées par des perturbations et les étapes de la succession de l’habitat mais le rôle de ces facteurs n’est pas bien connu. Les castors sont par exemple actifs sur de nombreux sites abritant des couleuvres minces et il se peut que ces animaux jouent un rôle important pour le maintien d’un habitat adéquat pour le serpent.

Il y a six éléments importants du cycle biologique qui sont admis actuellement et pour lesquels il faut décrire l'habitat : l'hivernation, le prélassement au soleil, le couvert, la gestation et la mise bas, l'alimentation et la mue, et l'accouplement. À l'heure actuelle, la connaissance que nous avons des endroits précis où se déroulent ces activités en Nouvelle-Écosse vient en grande partie de l’étude intensive effectuée aux lacs Grafton et Molega (Tableau 2).

 

Tableau 2. Habitat connu de la Couleuvre mince en Nouvelle-Écosse.
Activité saisonnière (fonction)Description de l'endroitÉpoque
Hivernation (permet la survie durant l'hiver)
  • Un hibernaculum connu dans la forêt mixte, à 150 m de la zone humide la plus proche; autres gîtes d'hivernation forestiers possibles en raison d'observations tard l'automne ou tôt au printemps.
  • Aussi, gîtes d'hivernation possibles dans la plaine inondable supérieure sous le sol dans des zones de schistes ardoisiers fracturés recouverts de mousse et sous un sentier de gravier près du bord de l'eau. Les gîtes peuvent être partiellement ou totalement submergés.
D'octobre à avril
Prélassement au soleil (absorber assez d'unités de chaleur pour se mouvoir, digérer, porter des petits)
  • Tôt au printemps / tard l'automne : Près d'endroits qui pourraient être des gîtes d'hivernation.
  • Été : Adjacent aux aires d'alimentation.
  • Endroits ensoleillés où il y a de la mousse, des tapis de mousse de sphaigne flottants, des touffes de carex ou de graminées, des roches, des grumes, des vasières, des couches de feuilles mortes, des barrages et des ponts-jetées.
Environ de mars à novembre
Couvert (éviter les prédateurs et prévenir l'excès de chaleur)
  • Comprend les mousses, les graminées et les carex, les tapis de mousse de sphaigne flottants, la végétation émergente, les souches, les fissures dans les roches, les arbustes et les arbres de petite taille.
  • Observation de la Couleuvre mince sous du tissu d'aménagement paysager et des balles de foin à un endroit.
Environ de mars à novembre
Alimentation/ mue
  • Surtout près des petits étangs, cours d'eau et canaux de ramification.
  • Vieilles peaux trouvée sur des tapis de mousse de sphaigne, dans des vasières, des graminées, des carex, et dans ou sous les arbustes et les arbres de petite taille.
D'avril à novembre
Gestation et mise bas
  • Lieux de mise bas inconnus mais observation de petites concentrations de nouveau-nés dans les zones humides, habituellement près de l'eau.
  • Observations de femelles gravides dans les zones humides, sur les routes et les ponts-jetées, de même que sous du tissu d'aménagement paysager et des balles de foin.
Naissance – Août et septembre
Accouplement
  • Observations dans un endroit adjacent à un hibernaculum dans un secteur boisé, moins d'une semaine après l'émergence au printemps 2010.
  • Concentrations d'adultes dans la végétation adjacente à de l'eau en septembre, d'où possibilité d'un accouplement à l'automne.
Mars-avril et possiblement à l'automne

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

COSEPAC - Comité sur la situation des espèces en péril au Canada

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Note de bas de page 2

Classement global (G) : Statut général de l’espèce sur l’ensemble de son aire de répartition
Classement sous-national (S) : Statut de l’espèce dans les provinces et les territoires où elle est présente (S1- dangereusement en péril, S2 –en péril, S3 –vulnérable).

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