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Habitat

Besoins en matière d’habitat

Le brosme est généralement pêché sur des substrats durs, accidentés et rocheux. D’après Bigelow et Schroeder (1953) ainsi que Collette et Klein-MacPhee (2002), il choisit très méticuleusement son habitat. Le brosme préfère les fonds océaniques durs (surtout ceux parsemés de roches et de pierres), les fonds à gravier ou à galets, parfois les fonds vaseux où il cohabite avec les merluches (Urophycis), mais rarement les fonds de sable lisse et propres. On a observé des individus se cachant dans des crevasses (Hovland et Judd, 1988; Freiwald et al., 2002, Jones et al., 2009). Au large du sud-ouest de la Norvège, on a pêché des brosmes à la palangre et au filet maillant dans des habitats coralliens (Lophelia pertusa), à des profondeurs de 150mà 300m(Husebø et al., 2002). On a noté que les poissons des habitats coralliens (Svedevidov, 1948) étaient souvent plus gros que ceux des autres habitats. Des brosmes ont également été observés sur des encroûtements carbonatés, parfois cachés en dessous, dans des « pockmarks » et des zones de suintement du centre de la mer du Nord (Hovland et Judd, 1988).

Le brosme préfère les profondeurs intermédiaires où l’eau est relativement chaude dans l’ouest de l’Atlantique. On trouve l’espèce à des températures variant entre 2 °C et 12 °C sur le plateau néo-écossais et entre 1 °C et 10 °C environ dans le golfe du Maine (Scott, 1982; Scott et Scott, 1988). La plage de température privilégiée est de 6 à 10 °C environ sur le plateau néo-écossais (Scott, 1982; Scott et Scott, 1988). On rapporte que les principaux secteurs de pêche correspondent aux régions où le fond présente une température minimale d’environ 4 °C (Oldham, 1972; Scott, 1982; Scott et Scott, 1988). Lors du relevé au chalut de fond réalisé l’été, 91 % des traits ayant permis de capturer des brosmes avaient été effectués dans des zones où la température de fond était supérieure à 4 °C (tableau 5). Parmi les traits effectués dans cette plage de température, 13 % ont permis de capturer des brosmes, comparativement à 2 % des traits effectués à des températures plus basses.

Tableau 5. Association entre les captures de brosmes, la profondeur et la température de fond sur le plateau néo-écossais, d’après le relevé au chalut de fond réalisé l’été par le MPO durant la période 1970 – 2010; la partie du haut indique le nombre total de traits, alors que la partie du bas indique seulement les traits ayant permis de capturer des bromes.
Version accessible du Tableau 5
 Température, °C 
Profondeur, m0-22-44-66-88-1010-1212-1414-1616-1818+Total
< 10073186564857639379131003 306
100-20040444440771860512780002 713
200-300100922072643044320001 012
300-400135133834330000280
400-5008026720000043
500-6001126410000033
> 60022017200000041
Total1 2791 4071 4641 6541 348252231007 428
%17,2 %18,9 %19,7 %22,3 %18,1 %3,4 %0,3 %0,0 %0,0 %0,0 % 
Profondeur, m0-22-44-66-88-1010-1212-1414-1616-1818+Total
< 100414211070000056
100-20016840136128291000358
200-300827808761000191
300-40010725160000049
400-50000110000002
500-60000200000002
> 60000000000000
Total292478252238352000658
%4,4 %3,6 %11,9 %38,3 %36,2 %5,3 %0,3 %0,0 %0,0 %0,0 % 

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Le brosme n’est que rarement observé, sinon jamais, près des côtes ou à des profondeurs de moins de 20 à 30m(Svedevidov, 1948). Selon Cohen et al. (1990) ainsi que Hareide et Garnes (2001), la plage de profondeur de l’espèce est de 20 à 1 100 m, et Andriyashev (1954) signale qu’on trouve rarement le brosme au-dessous de 400 m. Scott (1982) de même que Scott et Scott (1988) rapportent que la plage de profondeur sur le plateau néo-écossais est de 73 à 363 m, d’après l’échantillonnage du relevé au chalut de fond réalisé par le MPO. Quatre-vingt-dix pour cent des traits de chalut ayant permis de capturer des brosmes ont été effectués à des profondeurs de 100 à 400m(tableau 5). Parmi les traits de chalut effectués dans cette plage de profondeur, 15 % ont permis de capturer des brosmes, comparativement à 2 % dans la page de profondeur de 0 à 100met à 3 % à plus de 400 m. Aucun des 41 traits de chalut réalisés à des profondeurs de plus de 600mn’a donné lieu à la capture de brosmes. En ce qui concerne les relevés de l’industrie sur le flétan, Harris et Hanke (2010) indiquent que les plus hauts taux de capture ont été enregistrés entre 400 à 600 m, et que des bromes ont été capturés à des profondeurs allant jusqu’à 1 185m(aucune calée n’a été effectuée plus en profondeur).

Tendances en matière d’habitat

Bien que les caractéristiques à grande échelle de l’habitat de fond sur le plateau néo-écossais et dans le golfe du Maine aient été décrites (Kostylev et Hannah, 2007), sauf pour une petite zone au sud-ouest de la Nouvelle-Écosse (Todd et Kostylev, 2011), ce type d’échelle ne fournit pas d’information pertinente aux fins de la présente évaluation.

À titre de comparaison, des données significatives sur les tendances temporelles des conditions océanographiques physiques ont été résumées par Worcester et Parker (2010). Dans la région du plateau néo-écossais et du golfe du Maine, les températures de l’eau d’une année à l’autre comptent parmi les plus variables de tout l’Atlantique Nord. L’ouest du plateau néo-écossais est généralement plus chaud que la partie est du plateau. En effet, le courant chaud du Gulf Stream entre dans la portion ouest du plateau en passant au-dessus du talus sud-ouest, entre les bancs Browns et Occidental, alors que la portion est du plateau néo-écossais se trouve davantage sous l’influence des eaux froides à faible salinité provenant du nord, qui arrivent au-dessus du banc de Misaine, près du Cap Breton.

La température de l’eau durant les périodes 1987 − 1993 et 2003 − 2004 a été globalement plus froide que la normale, alors qu’elle a été plus chaude que la normale durant les périodes 1973 − 1985 et 1999 − 2000. La variabilité de la température de l’eau a augmenté au cours de la dernière décennie.

La salinité de l’eau est mesurée depuis 1924 à une station fixe située près de Saint Andrews, au Nouveau-Brunswick, près de l’entrée de la baie de Fundy. On a observé une diminution de la salinité des années 1940 au début des années 1970. Cette diminution a été suivie d’une augmentation au milieu des années 1970, et d’une nouvelle baisse prolongée, la valeur minimale de la série chronologique ayant été atteinte en 1996. La salinité a subséquemment augmenté jusqu’en 2002, puis a diminué de nouveau (figure 12). Ces données sur la salinité concordent avec celles qui sont mesurées par le Northeast Fisheries Science Center des États-Unis sur la plate-forme continentale (golfe du Maine) depuis les années 1970.

Figure 12. Série chronologique des anomalies annuelles de la salinité à la surface de l'eau (lignes tiretées avec points gris) et moyennes mobiles sur 5 ans (ligne noire et épaisse) (tiré de Worcester et al., 2010).

Diagramme montrant les anomalies annuelles de la salinité à la surface de l'eau et les moyennes mobiles sur 5 ans, de 1925 à environ 2006.

Description longue pour la figure 12

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Dans les années 1990, l'indice de stratification dans la couche de 0 à 50ma augmenté notablement sur le plateau néo-écossais. Du milieu à la fin des années 1990, il équivalait au maximum en 50 ans ou le frôlait (figure 13). En 2008, l’indice de stratification a été supérieur à la normale d’un écart-type, et a représenté la quatrième valeur la plus élevée en 49 ans. D’importants changements touchant la stratification ont également été notés au fil du temps dans l’est du golfe du Maine et sur le banc Georges, avec l’augmentation de la température et la variation de la salinité. La stratification a augmenté de façon soutenue à compter du milieu des années 1980 sur le banc Georges et dans l’est du golfe du Maine, de façon similaire à ce qui s’est produit sur le plateau néo-écossais. Une forte stratification entraîne parfois une diminution du brassage vertical suffisante pour réduire les concentrations d’oxygène dissous dans les couches profondes. Toutefois, bien que les eaux de cette écozone soient stratifiées, on n’y a pas observé de faibles concentrations d’oxygène dissous, à l’exception de quelques zones côtières et peut-être de certains des bassins les plus profonds.

Figure 13. Moyenne annuelle (ligne tiretée) et moyenne mobile sur cinq ans (ligne pleine) de l’indice de stratification sur le plateau néo-écossais; anomalies fondées sur les observations pour la période 1971 − 2000; les erreurs-types estimatives sont indiquées pour chaque valeur annuelle (tiré de Worcester et al., 2010).

Diagramme montrant la moyenne annuelle et la moyenne mobile sur cinq ans de l’indice de stratification sur le plateau néo-écossais. Du milieu à la fin des années 1990, l’indice équivalait au maximum en 50 ans ou le frôlait.

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Il est difficile de déterminer, d’après les tendances établies en matière de température, de salinité et de stratification, si l’habitat du brosme a changé de manière significative au fil du temps. Le MPO (2008) a conclu que l’habitat ne semblait pas constituer un facteur limitatif pour la survie et le rétablissement de l’espèce, et n’était pas susceptible de le devenir. Le Ministère a ajouté qu’aucune menace connue n’avait réduit la quantité et la qualité de l’habitat du brosme.

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