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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’isoète prototype (Isoetes prototypus) au Canada

Résumé

Isoète prototype
Isoetes prototypus

Information sur l’espèce

L’isoète prototype (Isoetes prototypus) est une plante aquatique vivace apparentée aux fougères. La plante se compose d’une touffe de feuilles tubuleuses droites et fragiles naissant d’un corme bilobé ou rarement trilobé. Les spores reproductrices (mégaspores et microspores) se forment dans la base renflée des feuilles. Il arrive souvent que des plantes se détachent du substrat où elles sont enracinées; ces plantes remontent à la surface et finissent souvent par former des amas sur les berges du lac. On identifie généralement l’espèce par la taille et l’ornementation de ses spores et par le nombre de ses chromosomes.

Répartition

La répartition mondiale de l’Isoetes prototypus se limite à treize lacs : neuf en Nouvelle-Écosse, trois au Nouveau-Brunswick et un au Maine.

Habitat

L’Isoetes prototypus forme souvent des tapis denses au fond de lacs oligotrophes (pauvres en éléments nutritifs) alimentés par des sources. La plante se trouve généralement à une profondeur de 1,5 à 2,5 m, enracinée dans des sédiments mous, floculeux et vaseux recouvrant du sable ou du gravier. L’eau de ces lacs est généralement claire, mais il arrive que des tannins lui confèrent une coloration de thé. L’espèce pousse généralement avec d’autres plantes aquatiques à rosette, en particulier l’Eriocaulon aquaticum et l’Isoetes lacustris.

Biologie

On estime que l’Isoetes prototypus doit avoir un cycle vital typique du genre Isoetes. Le sporophyte, à feuilles tubuleuses vert foncé, constitue le stade adulte du cycle vital, comporte deux séries de chromosomes et produit des mégaspores et des microspores, qui, en germant, se transforment respectivement en gamétophytes femelles et en gamétophytes mâles. Les gamétophytes sont des plantes minuscules comportant une seule série de chromosomes et produisant des gamètes. Lorsqu’une des oosphères que renferme un gamétophyte femelle a été fécondée par un spermatozoïde provenant d’un gamétophyte mâle, un nouveau sporophyte se développe directement à partir de l’oosphère. L’écologie de l’espèce est méconnue. On trouve parfois des tapis d’individus déracinés flottant le long des berges des lacs où l’I. prototypus est présent. On ne sait pas exactement de quelle manière ces plantes en viennent à être déracinées.

Taille et tendances des populations

L’Isoetes prototypus n’a été reconnu comme nouvelle espèce qu’en 1988, à la suite de sa découverte dans un seul lac du Nouveau-Brunswick (site 10). De 1988 à 1993, en examinant des spécimens d’herbier, D.M. Britton a pu ajouter à la répartition connue de l’espèce cinq sites (sites 1, 4 et 6 en Nouvelle-Écosse et site 13 au Maine). De 1989 à 1998, les travaux de terrain de Britton lui ont permis de découvrir deux autres sites en Nouvelle-Écosse (sites 3 et 7); dans un de ces sites (site 7), l’espèce a aussi été découverte par D.F. Brunton, de manière indépendante et vers la même période.

Les travaux de terrain effectués en 2003 pour la préparation du présent rapport ont mené à la découverte de quatre autres sites (2, 5, 8 et 9) en Nouvelle-Écosse. Deux sites additionnels ont été découverts au Nouveau-Brunswick en 2004 (sites 11 et 12). Aucun des sites d’I. prototypus n’a fait l’objet d’un suivi visant spécifiquement à connaître les variations de l’effectif des populations. Selon les travaux de terrain menés aux fins du présent rapport, environ 250 000 individus de l’espèce seraient présents au Canada, mais il s’agit d’une estimation très prudente, car l’espèce peut former des tapis très denses (jusqu’à 392 individus par mètre carré). Il n’en demeure pas moins que la superficie totale des lacs accueillant l’I. prototypus est assez faible (< 961 ha).

Facteurs limitatifs et menaces

Bien qu’aucune menace particulière n’ait été notée in situ dans les lacs où l’I. prototypus est présent, des routes et/ou des ponts-jetées longent la rive de trois des lacs ou empiètent sur celle-ci, et la construction de chalets, accompagnée du déboisement des berges, est intensive par endroits dans quatre des lacs. Les impacts de ces aménagements sont inconnus, mais de telles transformations de l’habitat pourraient nuire à l’I. prototypus. On a observé que des plantes avaient été déracinées à proximité de sentiers d’orignaux au fond de l’eau; un tel déracinement a aussi été causé par l’utilisation de palmes de natation. D’autres facteurs pouvant nuire à espèce ont été répertoriés ou étudiés par d’autres chercheurs:

endommagement ou déracinement direct de plantes par les bateaux, la pêche, l’utilisation d’ancres, le raclage des aires de baignade, l’installation de tuyaux de prise d’eau et les activités des espèces sauvages; altérations de l’habitat dues à la modification du niveau des eaux par les barrages ou le drainage, à la pollution de l’eau, à l’eutrophisation, à l’envasement, à une modification du pH ou à la compétition exercée par des plantes envahissantes ou exotiques.

Importance de l’espèce

L’espèce est endémique de l’est de l’Amérique du Nord et ne se rencontre que dans treize petits lacs situés principalement en Nouvelle-Écosse et au Nouveau- Brunswick. Il s’agit d’une des deux espèces diploïdes indigènes du nord-est de l’Amérique du Nord, et elle est probablement un des ancêtres de plusieurs autres espèces du continent. D.F. Brunton, spécialiste des isoètes, estime qu’il s’agit d’un « fossile vivant » d’importance mondiale.

Protection actuelle ou autres désignations de statut

L’Isoetes prototypus n’est pas protégé par la Loi sur les espèces en péril du Canada ni par la Endangered Species Act of 1973 des États-Unis.

Au Nouveau-Brunswick, l’I. prototypus et son habitat sont protégés par la Loi sur les espèces menacées d’extinction de la province. L’I. prototypus n’est pas inscrit en tant qu’espèce en péril aux termes de la loi de la Nouvelle-Écosse, ni de celle du Maine. Aucun des lacs du Canada où l’I. prototypus est présent ne se trouve dans une zone protégée. Un des sites du Nouveau-Brunswick se trouve sur un terrain du ministère de la Défense nationale. Deux lacs (site 13 au Maine et site 1 en Nouvelle-Écosse) sont des sources publiques d’eau potable. Le site du Maine se trouve dans le Acadia National Park et donc dans une zone protégée.

On a attribué à l’Isoetes prototypus la cote S1 au Nouveau-Brunswick et au Maine ainsi que la cote S2 en Nouvelle-Écosse. On lui a attribué les cotes N1? Au Canada et N1 aux États-Unis. À l’échelle mondiale, on lui a attribué la cote G1?.

Historique du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité a été créé pour satisfaire au besoin d’une classification nationale des espèces sauvages en péril qui soit unique et officielle et qui repose sur un fondement scientifique solide. En 1978, le COSEPAC (alors appelé Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) promulguée le 5 juin 2003, le COSEPAC est un comité consultatif qui doit faire en sorte que les espèces continuent d’être évaluées selon un processus scientifique rigoureux et indépendant.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) évalue la situation, au niveau national, des espèces, des sousespèces, des variétés ou d’autres unités désignables qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes comprises dans les groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, arthropodes, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes responsables des espèces sauvages des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (le Service canadien de la faune, l’Agence Parcs Canada, le ministère des Pêches et des Océans et le Partenariat fédéral d’information sur la biodiversité, présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres ne relevant pas de compétences, ainsi que des coprésident(e)s des sous-comités de spécialistes des espèces et des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit au moins une fois par année pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

Définitions (Novembre 2004)

Espèce sauvage
Espèce, sous-espèce, variété ou population géographiquement ou génétiquement distincte d’animal, de plante ou d’une autre organisme d’origine sauvage (sauf une bactérie ou un virus) qui est soit indigène du Canada ou qui s’est propagée au Canada sans intervention humaine et y est présente depuis au moins cinquante ans.

Disparue (D)
Espèce sauvage qui n’existe plus.

Disparue du pays (DP)
Espèce sauvage qui n’existe plus à l’état sauvage au Canada, mais qui est présente ailleurs.

En voie de disparition (VD)Note de bas de pagea
Espèce sauvage exposée à une disparition de la planète ou à une disparition du pays imminente.

Menacée (M)
Espèce sauvage susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitants ne sont pas renversés.

Préoccupante (P)Note de bas de pageb
Espèce sauvage qui peut devenir une espèce menacée ou en voie de disparition en raison de l'effet cumulatif de ses caractéristiques biologiques et des menaces reconnues qui pèsent sur elle.

Non en péril (NEP)Note de bas de pagec
Espèce sauvage qui a été évaluée et jugée comme ne risquant pas de disparaître étant donné les circonstances actuelles.

Données insuffisantes (DI)Note de bas de paged, Note de bas de pagee
Espèce sauvage pour laquelle l’information est insuffisante pour évaluer directement ou indirectement son risque de disparition.

 

Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

 

Note de bas de page a

Appelée « espèce disparue du Canada » jusqu’en 2003.

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Note de bas de page b

Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.

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Note de bas de page c

Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

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Note de bas de page d

Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

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Note de bas de page e

Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

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