Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’isoète prototype (Isoetes prototypus) au Canada

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Nous avons compilé toutes les données disponibles sur les lacs où la présence de l’I. prototypus a été signalée afin de préciser les caractéristiques communes de l’habitat. Cette information a été transmise au COSEPAC sous forme de données supplémentaires et est ici présentée de manière succincte.

L’Isoetes prototypus est une plante aquatique véritable, poussant submergée au fond de petits lacs oligotrophes, généralement froids, stériles et alimentés par des sources. Une stratification estivale de la température a été observée dans la plupart des lacs, et des sources subaquatiques ont été observées à l’occasion. Le pH des lacs varie de 5,7 à 7,2, selon les bases de données des gouvernements provinciaux. Bien qu’aucune mesure au disque de Secchi ne soit disponible pour la plupart des lacs, on peut dire que la clarté de l’eau est bonne à passable dans tous les cas, sauf un (site 3). Les lacs où pousse l’I. prototypus sont généralement assez peu profonds, leur profondeur maximale variant de 3,5 à 12,2 m.

Certaines estimations semblent indiquer que l’Isoetes prototypus pousse le plus souvent à une profondeur de 1,5 à 2,5 m. Cette profondeur coïncide fréquemment avec une zone de transition abrupte entre les profondeurs d’environ deux mètres et les profondeurs plus grandes. Un très petit nombre d’individus ont été observés à une profondeur de seulement 0,4 m (sites 4 et 10), mais cela est très atypique pour l’espèce. Aucun individu enraciné émergent n’a été observé. Dans le site 10, quelques individus ont été trouvés à une profondeur de 4 m. En général, dans les sites 10 et 12, les tapis continus de l’espèce se terminent abruptement dès que la profondeur dépasse 2 m, bien que des individus isolés se rencontrent jusqu’à 2,5 m.

L’Isoetes prototypus pousse le plus souvent dans les sédiments mous, floculeux et vaseux où le pied ou la main d’un nageur peuvent facilement s’enfoncer de 5 à 30 cm, voire plus. Ces sédiments recouvrent généralement un fond de sable, de gravier ou de roche, parfois interrompu par des crêtes et des hauts-fonds rocheux (sites 1, 2, 3, 5 et 9). Dans le site 6, quelques populations étaient complètement recouvertes de feuilles d’arbres au moment du relevé (fin août). Selon les étiquettes d’herbier de Brunton, celui-ci a trouvé l’I. prototypus « dans du sable et du sable limoneux recouvrant de l’argile dans une grande étendue horizontale sablonneuse » [traduction] dans le site 4 et « dans du sable couvrant de l’argile parmi des blocs de granite » [traduction] dans le site 3. Dans le site 4, nous avons trouvé quelques individus enracinés directement dans le sable, sans sédiments floculeux; cependant, selon notre expérience personnelle, il s’agit d’un habitat atypique pour l’espèce.

D’après Brunton (comm. pers., 2004), l’I. prototypus est « assez fortement associé à des étangs se trouvant sur les petits dépôts sableux de plaine (cas des sites 4, 6, 7 et 13) et fort probablement dans des systèmes d’épandage fluvioglaciaire » [traduction]. Cependant, aucune caractéristique  géomorphologique de ce type ne figure sur les cartes provinciales décrivant le substratum géologique et les dépôts meubles, probablement parce que l’échelle de ces cartes est trop imprécise. Aucune relation n’a pu être relevée entre la présence de l’espèce et la nature du substratum ou le type de sol, du moins à l’échelle des cartes consultées.

L’Isoetes prototypus peut former des peuplements purs ou pousser en association avec l’I. lacustris et/ou l’Eriocaulon aquaticum. On le trouve aussi fréquemment en petites colonies de moins de 10 m2 réunissant au maximum 20 individus. Dans les tapis de végétation aquatique où nous avons observé des populations d’I. prototypus, l’espèce compte généralement pour au moins 50 p. 100 de la masse végétale, sauf dans les sites 7 et 11, où ce pourcentage ne dépasse pas 20 p. 100 (le reste étant composé presque exclusivement d’Eriocaulon aquaticum).

Du point de vue écologique, l’Isoetes prototypus appartient à la catégorie des « isoétides », qui réunit les petites plantes à rosette associées aux milieux aquatiques et palustres pauvres en éléments nutritifs. L’Eriocaulon aquaticum est la seule espèce végétale à pousser avec l’I. prototypus dans tous les lacs où celui-ci est présent. Les autres espèces poussant fréquemment à moins de 5 m de populations d’I. prototypus sont l’Isoetes lacustris, le Lobelia dortmanna et le Myriophyllum tenellum. D’autres espèces aquatiques immergées poussent souvent à proximité : l’I. tuckermanii, le Subularia aquatica, le Nymphoides cordata, le Pontederia cordata, l’Elatine minima et le Sagittaria sp. De plus, des algues non identifiées recouvrent souvent les I. prototypus. Dans le site 4, Brunton (comm. pers.) a observé des Subularia aquatica poussant parmi des I. prototypus.

Autour des lacs où pousse l’I. prototypus, les plantes de rivage les plus fréquentes comprennent notamment le Calamagrostis canadensis, le Juncus militaris, le Lysimachia terrestris, le Myrica gale, le Sium suave et le Triadenum fraseri. Il nous a semblé que les lacs dont la périphérie est occupée par une abondante végétation émergente d’eau peu profonde ou par de vastes berges marécageuses ont peu de chances d’être occupés par l’I. prototypus en raison de leur nature eutrophe.

Nous n’avons relevé aucune tendance particulière en ce qui concerne le couvert forestier entourant les lacs. Dans le cas des sites 6 et 7, ce couvert est dominé par des feuillus; dans le cas des sites 3, 10 et 12, le lac est principalement entouré par une forêt acadienne de conifères. Dans la plupart des cas, le couvert forestier est mixte (Abies, Acer rubrum, Acer saccharum, Betula, Picea, etc.).

Les lacs abritant l’I. prototypus sont généralement propices à la truite. Bon nombre ont d’ailleurs été ensemencés de truite mouchetée (omble de fontaine), ou plus rarement de truite arc-en-ciel. Le fondule barré est présent dans plusieurs des lacs.

Des éponges d’eau douce sont présentes dans presque tous les lacs, où ils poussent même à l’occasion sur des individus d’I. prototypus. Des moules d’eau douce vivent aussi parfois à proximité de populations d’I. prototypus.

Près de la baie de Fundy, les lacs où pousse l’Isoetes prototypus (sites 3, 4, 5, 6 et 7) se trouvent sur des plateaux à une altitude de plus de 200 m. D’ailleurs, à l’exception des sites 1 et 2, tous les lacs se trouvent à une altitude supérieure à 100 m. Dans les sites 10 et 11, la rive est bordée à au moins un endroit par une falaise rocheuse escarpée ou par des collines élevées.

Tendances en matière d’habitat

Peu d’information est disponible sur les tendances de l’habitat. L’Isoetes prototypus est encore présent dans tous les lacs où il a déjà été observé.

Un des trois sites du Nouveau-Brunswick se trouve dans un paysage qui a récemment subi une exploitation forestière intensive, sauf pour la bande tampon obligatoire qui a été laissée intacte sur le pourtour du lac. L’accès aux deux autres sites de la province est restreint. Un d’eux (site 11) est entouré de forêt relativement intacte, alors que l’autre (site 10) se trouve dans un terrain dégagé entretenu depuis de nombreuses années où on a récemment construit une habitation permanente.

En Nouvelle-Écosse, deux sites (4 et 8) et une des extrémités de deux autres sites (6 et 7) ont été touchés par la construction intensive de chalets et le déboisement des rives qui y est associé. Dans trois sites, des routes et/ou des ponts-jetées bordent la rive ou empiètent sur celle-ci à au moins un endroit. On ne connaît pas l’impact de ces aménagements sur les populations d’Isoetes prototypus.

Protection et propriété

Aucun des lacs du Canada où l’I. prototypus est présent ne se trouve dans une zone protégée. Cependant, le lac du site 1 approvisionne en eau une collectivité des environs, et des affiches y interdisent certaines activités pouvant nuire à la qualité de l’eau. Aucune activité nuisible n’est prévue dans les trois sites du Nouveau-Brunswick.

Les sites 3 et 5 sont situés sur des terres de la Couronne en Nouvelle-Écosse, et le site 11 se trouve sur des terres fédérales (ministère de la Défense nationale) au Nouveau-Brunswick. Les neuf autres lacs canadiens abritant l’I. prototypus se trouvent sur des terres privées. En Nouvelle-Écosse, toutefois, les fonds de presque tous les lacs sont considérés comme des terres de la Couronne, même si les berges et les terres environnantes sont de propriété privée. Par conséquent, tous les sites connus de l’I. prototypus en Nouvelle-Écosse se trouvent sur des terres de la Couronne. La propriété du fond des lacs est une question plus complexe au Nouveau-Brunswick, car elle était autrefois concédée (avec les droits de pêche) au moment de la concession des terres environnantes; elle se transfère avec le titre de la propriété lorsque celle-ci change de mains. La pratique de la concession des fonds de lacs a cessé en 1863; les concessions de terres qui ont eu lieu après cette date n’emportent plus la propriété du fond des lacs, et elles ne sont plus assorties de droits de pêche. Il est donc impossible de connaître la propriété du fond des lacs du Nouveau-Brunswick sans faire une recherche des actes de vente et remonter à la concession originale (D.L. Sabine, comm. pers., 2005).