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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’isoète prototype (Isoetes prototypus) au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

Brunton et Britton (1993) estiment que la présence de l’Isoetes prototypus dans des lacs profonds, froids et pauvres en éléments nutritifs « pourrait témoigner d’un ensemble de besoins particulièrement sélectifs de l’espèce en matière d’habitat et/ou de son incapacité à tolérer une forte compétition » [traduction]. Ces besoins très sélectifs auraient pour effet de limiter la répartition éventuelle de l’espèce. Quelle que soit la taille des diverses populations, Brunton (comm. pers., 2004) prévient que chacune, dans son ensemble, ne peut persister et demeurer viable que dans la mesure où l’intégrité écologique de son habitat aquatique est sauvegardée.

Dans la plupart des lacs où l’I. prototypus est présent, la qualité de l’eau est excellente, et ces plans d’eau sont en forte demande comme sources d’eau potable (sites 1 et 13) ou pour l’aménagement de chalets ou d’espaces récréatifs (sites 4 et 6). L’I. prototypus pourrait être menacé par la perturbation directe de ses populations ou par la détérioration de son habitat. Les plantes pourraient être endommagées ou déracinées par les baigneurs, les bateaux, la pêche, l’utilisation d’ancres, le raclage des aires de natation, l’installation de tuyaux de prise d’eau ou les activités des espèces sauvages (Britton et Brunton, 1991). Chaque année, dans un des sites, les amas de plantes aquatiques échouées, composés pour une bonne part d’I. prototypus, sont enlevés par boisseaux d’une section de plage d’une trentaine de mètres (Britton, comm. pers., 2002). Le raclage et l’enlèvement des amas de plantes échouées pourraient réduire le potentiel reproducteur de la population. Bien que cette activité soit encore peu nuisible, puisqu’elle touche moins de un pour cent des berges du lac, ses effets pourraient devenir importants puisque les individus flottants tendent à se concentrer dans de petites parties de la berge selon la direction des vents et des vagues.

Les transformations de l’habitat qui présentent des risques pour l’ I. prototypus comprennent la construction de chalets, l’aménagement des berges, les fluctuations du niveau de l’eau dues aux barrages ou au drainage, la pollution de l’eau, l’eutrophisation, l’envasement, les modifications du pH ainsi que la compétition éventuellement exercée par des plantes aquatiques envahissantes ou exotiques (Musée du Nouveau-Brunswick, 1994). Les isoètes aquatiques sont évidemment sensibles à la pollution de l’eau (Brunton et Britton, 1993).

Dans les sites 1, 2 et 4, des routes ou ponts-jetées bordent la rive ou empiètent sur celle-ci à au moins un endroit. La plus grande partie des sites 4 et 8 ainsi que l’extrémité des sites 6 et 7 ont été touchées par la construction intensive de chalets et le déboisement des rives qui y est associé. On ignore si ces perturbations du milieu environnant ont eu un impact sur les populations d’I. prototypus de ces lacs. Dans deux des trois sites du Nouveau-Brunswick (sites 11 et 12), l’aménagement des berges risque peu de se poursuivre.

Selon certaines observations, les espèces sauvages (orignaux, etc.) est une source de perturbation, mais les animaux observés sur place ne sont pas nouveaux dans le paysage, et leur importance pour les populations d’I. prototypus est inconnue.

Bien que l’Isoetes prototypus revête un grand intérêt pour les spécialistes du genre Isoetes, les principaux chercheurs du domaine sont très soucieux de ne pas nuire à cette espèce par une récolte exagérée et accordent une grande importance à sa conservation. Malheureusement, comme d’autres espèces du genre Isoetes, celle-ci est rarement identifiable avec certitude sur le terrain et doit être cueillie pour l’identification et la vérification.