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Programme de rétablissement multi-espèces visant les espèces en péril des prés maritimes associés aux chênaies de Garry au Canada

1. Introduction

Le présent programme de rétablissement vise sept espèces végétales et deux espèces de papillons ainsi que leurs habitats (tableau 1). Ces espèces présentent l'une ou plusieurs des caractéristiques suivantes : déclin de la population totale, aire de répartition peu étendue avec déclin ou fluctuation, perte d'habitat, petite population en déclin, ou très petite population ou aire de répartition restreinte (COSEPAC, 2003b). Si des mesures de rétablissement ne sont pas prises, ces espèces pourraient disparaître du Canada ou de la planète à l'état sauvage.

Le présent programme est conforme aux dispositions de la Loi sur les espèces en péril (LEP) de l'administration fédérale. Il a été élaboré à l'aide des rapports de situation du COSEPAC (Comité sur la situation des espèces en péril au Canada) et est conçu de manière à guider l'élaboration d'un plan d'action.

Toutes les espèces traitées dans le présent programme de rétablissement vivent presque exclusivement dans les chênaies de Garry ou les écosystèmes associés. Le programme vise tant les besoins spécifiques des espèces cibles que les communautés végétales et les écosystèmes dans lesquels vivent ces espèces. Il constitue l'un des volets du programme de rétablissement des chênaies de Garry et des écosystèmes associés décrit dans le document intitulé Recovery Strategy for Garry Oak and Associated Ecosystems and their Associated Species at Risk in Canada: 2001-2006 (GOERT, 2002). Plus précisément, le présent programme correspond à l'approche stratégique D : protection et rétablissement des espèces en péril. Le présent programme de rétablissement multi espèces fondé sur les habitats, qui vise les espèces des prés maritimes, s'inscrit dans la planification globale du rétablissement à l'échelle des écosystèmes entreprise par l'ERECG. Il comprend une planification à l'échelle des espèces ainsi qu'une planification pour l'habitat commun des espèces des prés maritimes.

La première section du présent programme de rétablissement fournit des renseignements généraux sur l'ensemble des espèces en ce qui concerne les éléments de leurs habitats, les caractéristiques principales des espèces et les raisons pour lesquelles a été adoptée une approche multi espèces pour le rétablissement. La deuxième section traite des menaces communes et de la désignation de l'habitat essentiel; cette section présente aussi les buts, objectifs et approches relatifs au rétablissement pour toutes les espèces et pour les prés maritimes dans leur ensemble. La troisième section du présent programme décrit chacune des espèces, leur répartition, leur habitat et les facteurs qui sont pour elles limitatifs sur le plan biologique.

La nomenclature des végétaux est tirée de l'ouvrage Illustrated Flora of British Columbia, de Douglas et al. (1998a, b; 1999a, b; 2000; 2001a, b; 2002). Pour les papillons, on a utilisé l'ouvrage Butterflies of British Columbia, de Guppy et Shepard (2001), qui considèrent le marbré insulaire comme une sous espèce (Euchloe ausonides insulanus), à la différence de la nomenclature retenue par le COSEPAC et la LEP (Euchloe ausonides).

 

Tableau 1 : Espèces visées par le présent programme de rétablissement
EspèceStatut dans la LEP
(Annexe 1)
Statut selon le COSEPACDate de désignationCote du CDC de la C. B.Note de bas de page a
Marbré insulaire Euchloe ausonides insulanusDisparu du paysDisparu du paysMai 2000G1T1
SX
Damier de Taylor Euphydryas editha tayloriEn voie de disparitionEn voie de disparitionNovembre 2000G1T1
SH
Triphysaire versicolore Triphysaria versicolor ssp. versicolorEn voie de disparitionEn voie de disparitionMai 2000G5T5
S1
Sanicle patte d'ours Sanicula arctopoidesEn voie de disparitionEn voie de disparitionMai 2001G5
S1
Grand silène de Scouler Silene scouleri ssp. grandisPériode de consultationEn voie de disparitionMai 2003G5TNR
S1
Castilléjie dorée Castilleja levisectaEn voie de disparitionEn voie de disparitionMai 2000G1
S1
Lupin élégant Lupinus lepidus var. lepidusEn voie de disparitionEn voie de disparitionMai 2000G5
S1
Sanicle bipinnatifide Sanicula bipinnatifidaMenacéeMenacéeMai 2001G5
S2
Lotier splendide Lotus formosissimusEn voie de disparitionEn voie de disparitionMai 2000G5
S1

Le COSEPAC utilise les définitions suivantes :
Espèce disparue du pays : espèce sauvage qui n'existe plus à l'état sauvage au Canada, mais qui est présente ailleurs.
Espèce en voie de disparition : espèce sauvage exposée à une disparition de la planète ou à une disparition du pays imminente.
Espèce menacée : Espèce sauvage susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitatifs ne sont pas renversés.

Notes de bas de page

Note de bas de page A

Cotes de conservation du Centre de données sur la conservation de la Colombie-Britannique

  • G = statut à l'échelle mondiale
  • S = statut à l'échelle subnationale (provinciale)
  • T = cote pour une sous-espèce ou une variété
  • X = espèce vraisemblablement disparue; espèce non retrouvée malgré des recherches intensives dans les lieux où elle était présente dans le passé ainsi que dans les milieux qui lui sont propices, et il n'y a pratiquement aucune chance qu'elle soit retrouvée
  • H = présence historique; malgré l'absence d'indice récent de l'existence de l'élément, on pense qu'il peut encore être présent
  • 1 = espèce gravement en péril, 2 = espèce en péril, 3 = espèce vulnérable (susceptible de disparaître du territoire considéré ou de la planète), 4 = espèce apparemment non en péril, 5 = espèce clairement répandue, abondante et non en péril, NR = espèce non classée/cote non encore établie (BC Conservation Data Centre, 2004).

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1.1 Approche en matière d'intendance

Pour mettre en œuvre une protection efficace des espèces en péril, il sera très important d'entreprendre des activités d'intendance à l'égard de terrains présentant divers régimes fonciers et notamment de terrains privés et de réserves des Premières Nations. Ces activités supposent une coopération volontaire des propriétaires des terrains visés en vue de protéger les espèces en péril et les écosystèmes nécessaires à leur survie. En effet, dans le préambule de la Loi sur les espèces en péril (LEP) fédérale, il est admis « que les activités d'intendance visant la conservation des espèces sauvages et de leur habitat devraient bénéficier de l'appui voulu pour éviter que celles-ci deviennent des espèces en péril » et « que tous les Canadiens ont un rôle à jouer dans la conservation des espèces sauvages, notamment en ce qui a trait à la prévention de leur disparition du pays ou de la planète ». De même, dans l'Accord sur les espèces en péril conclu entre le Canada et la Colombie-Britannique, il est reconnu que « l'intendance par les propriétaires de terres et de plans d'eau, ainsi que par leurs utilisateurs, est essentielle afin d'éviter que des espèces ne deviennent en péril et de protéger et rétablir les espèces qui sont en péril » et que « les mesures coopératives et volontaires sont les premières approches pour assurer la protection et le rétablissement des espèces en péril ».


1.2 Approche en matière d'intendance des terrains privés

Comme de nombreuses espèces en péril, dont certaines des espèces visées par le présent programme, se rencontrent uniquement ou principalement sur des terrains privés, les activités d'intendance seront essentielles à leur conservation et à leur rétablissement. Il est reconnu que la protection efficace de nombreuses espèces en péril de Colombie-Britannique exigera que les propriétaires des terrains visés prennent des mesures volontaires pour aider à conserver certains secteurs des écosystèmes naturels abritant ces espèces. Cette approche inclura de nombreux types d'activités, dont : le respect de lignes directrices ou bonnes pratiques de gestion visant à soutenir les espèces en péril; la protection volontaire de secteurs importants d'habitat se trouvant sur des terrains privés; la conclusion d'accords de conservation visant les titres de propriété; le don d'une partie ou de la totalité des terrains aux fins de la protection de certains écosystèmes ou de certaines espèces en péril; la vente des terrains aux fins de conservation. Plusieurs organisations gouvernementales et non gouvernementales sont parvenues à bien conserver certaines terres dans la province. Ce type d'activité peut être appuyé par le B.C. Trust for Public Lands.


1.3 Zone d'habitat visée par le programme de rétablissement

La répartition canadienne de toutes les espèces visées par le présent programme de rétablissement est limitée à des zones se trouvant dans l'aire de répartition des chênaies de Garry et des écosystèmes associés. Toutes les occurrences canadiennes des espèces visées par le programme se trouvent à la limite nord des aires de répartition de ces espèces, aires de répartition qui s'étendent vers le sud jusque dans les États-Unis. Les populations canadiennes de certaines des espèces sont grandement disjointes des aires de répartition principales de ces espèces, qui se trouvent aux États-Unis (tableau 2).

 

Tableau 2 : Taille et pourcentage mondial des populations canadienne
EspècePourcentage de la population mondiale présent au CanadaPopulation totale estimativeNote de bas de pagea
Marbré insulaireMoins de 1 %0
Damier de TaylorMoins de 1 %~ 15
Triphysaire versicoloreMoins de 1 %8 300 à 9 000
Sanicle patte d'oursMoins de 1 %~7,500
Grand silène de ScoulerMoins de 1 %400-540
Castilléjie dorée15%~10 500
Lupin élégantMoins de 1 %~115
Sanicle bipinnatifideMoins de 1 %~4 000
Lotier splendideMoins de 1 %400 à 600

Notes de bas de page

Note de bas de page A

Les populations totales ne sont que des estimations grossières. Les dénombrements ont été effectués dans diverses années et, dans certains cas, ont porté sur diverses entités (p. ex. certains dénombrements ont visé toutes les plantes alors que d'autres n'ont visé que les individus en fleurs).

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L'aire de répartition canadienne restreinte des espèces visées par le programme est caractérisée par des hivers doux et des étés frais et secs. Durant l'hiver, les systèmes dépressionnaires relativement chauds dominent. Janvier, mois le plus froid, présente une température quotidienne moyenne de 4,6 °C et un minimum quotidien moyen de 2,5 °CNote de bas de page 3 (Environnement Canada, 2003). En décembre, mois le plus humide, les précipitations moyennes sont de 108 mm, ce qui comprend une très petite quantité de neige (Environnement Canada, 2003). Durant l'été, on observe une vaste zone anticyclonique semi-permanente au dessus du nord est du Pacifique. Les précipitations mensuelles moyennes de mai, juin, juillet et août sont toutes de moins de 25 mm (Environnement Canada, 2003). La rareté de la neige et des grands gels permet à la végétation de demeurer verte tout l'hiver. À la mi été, la végétation au sol devient brune à cause des forts déficits hydriques.

Toutes les espèces visées par le présent programme de rétablissement sont présentes dans les prés maritimes, et on en trouve aussi certaines dans des écosystèmes associés, soit des terrasses côtières rocheuses, des peuplements mésiques clairs de feuillus ou de conifères, des arbustaies clairsemées et des bordures de mares printanières. Le présent programme de rétablissement vise tous les secteurs où l'une ou l'autre des espèces visées est présente au Canada. Dans le cas des espèces de papillons, le rétablissement exigera peut-être des mesures portant sur une gamme plus vaste de milieux; ces mesures devront être guidées par les buts du rétablissement et les besoins de chaque espèce.

Le terme « pré maritime » ne désigne pas une catégorie officielle et n'existe pas dans la classification des écosystèmes de la Colombie-Britannique. Les prés maritimes sont des écosystèmes dominés par les herbacées, situés à faible altitude (< 30 m) et largement confinés à la bande côtière (à moins de 3 km du littoral) dans le sud est de l'île de Vancouver et un certain nombre d'îles des détroits de Géorgie, de Haro et de Juan de Fuca. Les températures estivales sont fortement modérées par la proximité de l'océan. Les brouillards côtiers donnent lieu à de fortes rosées à la fin de l'été et au début de l'automne, ce qui stimule la germination et lève la dormance des pousses chez nombre de plantes vivaces alors que les zones de l'intérieur demeurent sèches et brunes. Les brouillards côtiers et la proximité de l'océan tendent aussi à modérer les gels hivernaux (particulièrement la nuit) ainsi qu'à retarder l'accumulation de chaleur, ce qui peut ralentir la croissance des végétaux (Fairbarns, obs. pers., 2004). Les prés maritimes peuvent être largement dépourvus de végétation ligneuse à cause de divers facteurs, dont de forts déficits hydriques estivaux (particulièrement aux endroits exposés au vent ou présentant des sols minces à texture grossière), les embruns salés et les brûlages effectués pendant longtemps par les Premières Nations. Les prés maritimes peuvent être exposés à un seul de ces facteurs ou à plusieurs, certains pouvant accueillir des peuplements forestiers et d'autres demeurant dégagés malgré l'élimination des incendies.

Les prés maritimes n'occupent qu'une faible portion des milieux côtiers, même dans les endroits demeurés à l'état sauvage. Les pentes orientées au nord et à l'est présentant un climat frais et les poches abritées de sols profonds permettent l'établissement d'espèces forestières tandis que les affleurements rocheux présentant des sols très minces offrent trop peu d'humidité pour permettre la croissance d'espèces de pré humide. Il n'existe pas d'estimations rigoureuses de la superficie passée des prés maritimes, mais ils occupaient probablement moins de 2000 ha fortement fragmentés même au début du 18e siècle, avant la colonisation par les Européens. Depuis, la superficie de pré maritime a fortement diminué dans le sud est de l'île de Vancouver. Les premiers colons ont grandement altéré les chênaies de Garry et les écosystèmes associés en y introduisant le pâturage, la culture de végétaux et des plantes exotiques (MacDougall et al., 2004), et l'élimination des incendies a favorisé l'empiètement forestier et l'établissement d'espèces ligneuses dans des endroits que les Premières Nations maintenaient dégagés par brûlage dans le passé (voir Fuchs, 2001). Les prés maritimes restants se trouvent également menacés du fait qu'ils sont situés dans des propriétés littorales de grande valeur, dans une région densément peuplée et en forte croissance. Dans la période 1991-2001, la population de la région de la capitale provinciale s'est accrue de 8,6 %, les plus fortes croissances démographiques ayant été observées dans les collectivités de l'ouest (Western Communities) (16,6 %) et dans les îles Gulf (18,1 %) (Capital Regional District, 2002). On prévoit que d'ici 2026, la population de la région de la capitale se sera accrue de 28,9 % par rapport à la population de 1996 (Capital Regional District, 2001). Les tendances des chênaies de Garry, qui ont rétréci de 95 % par suite de la colonisation par les Européens, fournissent un bon point de référence pour l'évaluation du déclin des prés maritimes (Lea, 2002). Les prés maritimes ont probablement diminué au moins autant, étant donné qu'ils sont exposés à des pressions de développement encore plus fortes du fait de leur pente et orientation favorables à l'agriculture et au pâturage et de la proximité de l'océan. Il ne reste probablement plus que moins de 200 ha de pré maritime relativement intact.

Des écosystèmes de pré maritime avec plus de 5 % de couverture constituée de danthonie de Californie (Danthonia californica), de fétuque de Roemer (Festuca idahoensis ssp. roemeri) ou de formes indigènes de la fétuque rouge (Festuca rubra ) et se trouvant non loin des prés maritimes canadiens, soit au Washington dans le secteur de la dépression de Puget (Puget Trough), ont été décrits, mais les autres écosystèmes de pré maritime de la région n'ont pas été classifiés (Chappell, 2004b). Bon nombre des communautés des prés maritimes du Canada n'ont pas été classifiées, de sorte qu'on ne peut pour le moment considérer ensemble les prés maritimes canadiens et les communautés végétales du Washington. De ce fait, on ne peut évaluer l'aire globale des prés maritimes encore existants.

Il n'existe pas de classification des prés maritimes au Canada, mais certains profils peuvent être dégagés. Les prés les plus sujets à la sécheresse, désignés dans le présent programme de rétablissement sous le nom de prés maritimes secs, sont plutôt bien drainés et présentent une végétation assez basse. On y trouve généralement de nombreuses espèces basses qui ne peuvent concurrencer les espèces établies dans les milieux plus productifs. Les prés maritimes mésiques se réchauffent plus lentement au printemps et s'assèchent aussi plus lentement quand la sécheresse estivale s'installe. Ils abritent généralement une végétation plus productive et comptent souvent une importante composante constituée de graminées envahissantes robustes. Enfin, il existe des prés maritimes humides, formés dans des lieux où apparaissent de faibles accumulations d'eau durant l'hiver. Ces prés maritimes humides se rapprochent des suintements printaniers et leur végétation est généralement dominée par de petites plantes qui se flétrissent rapidement au début de la sécheresse estivale. Sont exclus de cette classification les prés composés de graminées et d'herbes hautes occupant des terrains où les déficits hydriques estivaux sont brefs ou inexistants. Ces communautés, qui se rapprochent des marais côtiers, présentent généralement une végétation dont la composition est assez différente de celle de la végétation des types de prés maritimes décrits ci dessus. De plus, les espèces rares visées par le présent programme de rétablissement n'ont jamais été observées dans ce type d'écosystèmes.

Comme on l'a mentionné plus haut, bon nombre des espèces végétales des « prés maritimes » visées par le présent programme de rétablissement sont également présentes dans des écosystèmes étroitement apparentés (voir le tableau 3 pour les caractéristiques principales des habitats). La triphysaire versicolore préfère les prés humides ou les bordures des mares ou des suintements printaniers. Ces milieux sont décrits par Miller (en prép.). Le grand silène de Scouler, la sanicle bipinnatifide et le lotier splendide sont le plus abondants dans les prés maritimes, mais on les retrouve aussi dans les chênaies de Garry mésiques claires (voir Douglas et Smith, en prép.). Le lotier splendide se retrouve aussi occasionnellement dans des forêts conifériennes mésiques claires, mais ces populations se sont probablement d'abord établies dans des prés maritimes qui ont ensuite été envahis par les conifères. Dans le passé, le lupin élégant était présent dans les prés maritimes, mais on ne le trouve depuis peu que dans des prairies situées à plus haute altitude. Ces derniers milieux sont superficiellement semblables aux prés maritimes mais leur végétation présente une composition très différente, non encore décrite de façon systématique. En plus des prés maritimes, on trouve le damier de Taylor dans des milieux dégagés par l'homme, notamment dans les emprises de lignes électriques. Enfin, la seule population restante connue de marbré insulaire, qui se trouve dans l'île San Juan (États-Unis), vit dans une milieu mixte de prairie perturbée, de dunes et de littoral.

 

Tableau 3 : Principales caractéristiques des habitats des espèces en péril des prés maritimes
Paramètre environnementalEspèce
Marbré insulaireDamier de TaylorTriphysaire versicoloreSanicle patte-d'oursGrand silène de ScoulerCastilléjie doréeLupin élégantSanicle bipinnatifideLotier splendide
Climatsub-méditerranéensubméd.subméd.subméd.subméd.subméd.subméd.subméd.subméd.
Distance de la côte (km)0-3.50-5.00-3.00-0.10-2.50-3.00-10Note de bas de page d0-2.50-0.1
Elevation (m)inconnue1-250 (600)Note de bas de page a1-101-201-20 (- 225Note de bas de page b)1-20 (-60Note de bas de page c)1-4001-2501-25
Pente/orientationinconnuePentes de presque horizontales à très fortes, orientées du sud-ouest au nord-ouestPentes presque horizontalesPentes de presque horizontales à modérées, orientées du sud-est au sud-ouestPentes de presque horizontales à légères, à orientations diversesPentes presque horizontalesPentes de presque horizontales à modérées, à orientations diversesPentes de presque horizontales à très fortes, orientées du sud-est au sud-ouestPentes de presque horizontales à modérées, orientées du sud-est au sud-ouest
Position dans les pentesinconnueCrête, haut de pente, milieu de pente, terrain platdépressionTerrain plat, milieu de pente (bas de pente, pied de pente)Terrain plat (haut de pente, milieu de pente)Terrain platCrête, haut de pente, milieu de pente, terrain platTerrain plat, haut de pente, milieu de penteTerrain plat, bas de pente
Drainageinconnurapide à faibleimparfait à faiblebon à rapidebon à rapidemodérément bon à bonrapide à bonmodérément bon à bonmodérément bon à bon
Humidité du sol étéinconnueinconnuesubaridesubaride à aridesubaridesubaridesemi-aridesemi-aride à subaridesemi-aride à subaride
Humidité du l'hiverinconnueinconnueperaquiquehumide à subhumideperhumide à subaquiquesubaquique à perhumidehumidehumide à perhumideperhumide à subaquique
Régime des éléments nutritifs du solinconnuinconnuinconnuinconnuinconnuinconnuinconnuinconnuinconnu
Épaisseur minimum du solinconnueinconnueinconnueinconnueinconnueinconnueinconnueinconnueinconnue
Épaisseur maximum du sol/Strate limitant la croissance des racinesinconnueVariable - absence de strate limitant la croissance des racines dans les prairies graveleuses de PugetHabituellement moins de 10 cm - absence de strate limitant la croissance des racines, dans des endroits modérément à fortement exposés au vent ou aux embruns salésHabituellement moins de 50 cm - absence de strate limitant la croissance des racines, dans des endroits modérément à fortement exposés au vent ou aux embruns salésHabituellement moins de 50 cm - absence de strate limitant la croissance des racines, dans des endroits modérément à fortement exposés au vent ou aux embruns salésHabituellement moins de 50 cm - absence de strate limitant la croissance des racines, dans des endroits modérément à fortement exposés au vent ou aux embruns salésHabituellement moins de 50 cm - absence de strate limitant la croissance des racines, dans des endroits modérément à fortement exposés au vent ou aux embruns salésHabituellement moins de 50 cm - absence de strate limitant la croissance des racines, dans des endroits modérément à fortement exposés au vent ou aux embruns salésHabituellement moins de 50 cm - absence de strate limitant la croissance des racines, dans des endroits modérément à fortement exposés au vent ou aux embruns salés
Teneur en fragments grossiersinconnueinconnueinconnueinconnueinconnueinconnueinconnueinconnueinconnue
Texture du sol minéralinconnueinconnueinconnueinconnueinconnueinconnueinconnueinconnueinconnue
Type d'humusinconnuinconnuinconnuinconnuinconnuinconnuinconnuinconnuinconnu
Végétationinconnueterrasse rocheuse, pré sec, pré mésique, pré humide, boisé caducifolié, ouvertures sèches ou mésiques en forêt conifériennepré humide, bordure de mare printanièrepré secpré sec, pré mésique, boisé caducifolié mésique clairpré sec, pré mésiquepré sec, terrasse rocheuse, arbustaie clairseméepré sec, pré mésique, boisé caducifolié mésique clairpré sec, pré mésique, boisé caducifolié ou coniférien mésique clair

 

Notes de bas de page

Note de bas de page A

Une population du comté de Clallum se trouve à une altitude de 600 m, mais on ne trouve habituellement pas l'espèce au delà de 250 m.

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Note de bas de page B

L'altitude la plus élevée correspond à une population aberrante observée sur le mont Tzouhalem et aujourd'hui disparue.

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Note de bas de page C

On suppose ici que la mention attribuée au mont Cedar, qui a été ailleurs attribuée au mont Douglas, est géographiquement correcte.

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Note de bas de page D

On suppose ici que la population de la rivière Koksilah a été observée à proximité ou en aval de l'embouchure du ruisseau Grant.

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1.4 Principales caractéristiques du groupe d'espèces

1.4.1 Écologie des espèces

Toutes les espèces se trouvent au Canada à la limite nord de leur aire de répartition et les populations de nombre d'entre elles sont disjointes. Les populations se trouvant à la bordure de l'aire de répartition de leur espèce peuvent être génétiquement ou morphologiquement distinctes, de sorte que la protection de ces populations périphériques peut être importante pour assurer la survie à long terme de l'espèce. Bien que le Canada ne renferme qu'une faible proportion de l'aire de répartition actuelle de chacune des espèces (sauf pour la castilléjie dorée), leur habitat canadien constitue une part importante et significative de leur aire de répartition. Les changements climatiques futurs (question examinée dans Fuchs, 2001) pourraient rendre particulièrement importante la préservation des espèces à la limite nord de leur aire de répartition pour assurer leur rétablissement.

Dans la plupart des cas, le rôle écologique de ces espèces est inconnu. La triphysaire versicolore et la castilléjie dorée sont toutes deux des parasites de racines (hémiparasites). L'association de ces hémiparasites et des hémiparasites apparentés avec leurs hôtes est un phénomène plutôt aléatoire, et une vaste gamme d'espèces peuvent être parasitées par eux (Atsatt et Strong, 1970). Rien n'indique que l'une ou l'autre de ces deux espèces a un effet significatif sur les populations de leurs espèces hôtes ou influent notablement sur la composition de la végétation là où elles sont présentes. Aucune des espèces visées par le présent programme de rétablissement n'est reconnue comme une espèce clé, une espèce écologiquement dominante, un élément important du régime alimentaire d'espèces fauniques ou une espèce nuisible importante.

Toutes les espèces visées par le présent programme de rétablissement préfèrent les milieux dégagés. Chacune des espèces végétales tolère l'ombre relativement mal. Les plantes dont se nourrissent les chenilles des deux espèces de papillons et celles qui procurent du nectar aux adultes poussent dans des prés dégagés, et les papillons vivent dans ces types de prés. Cette exigence en matière d'habitat rend toutes les espèces particulièrement vulnérables à l'envahissement par les arbustes exotiques et à l'empiètement par les espèces ligneuses indigènes découlant de la suppression des régimes de perturbation passés qui limitaient l'envahissement des milieux par les plantes ligneuses. Les espèces adaptées aux perturbations régulières peuvent se trouver moins aptes à concurrencer efficacement les espèces ligneuses et herbacées très compétitives quand les perturbations sont supprimées.

Toutes les espèces disposent de mécanismes pour résister aux périodes de sécheresse estivales : cinq des sept espèces végétales sont dormantes durant l'été et les deux autres peuvent résister aux fortes sécheresses. Par ailleurs, les deux papillons entrent en diapause (suspension du développement) durant la période sèche estivale.

Toutes les espèces végétales ont peu de moyens pour la dispersion, ce qui limite leur capacité de coloniser des milieux propices. Les graines des deux sanicles portent des aiguillons crochus et sont ainsi emportées par certains animaux, mais ces derniers ne fréquentent pas préférentiellement les milieux propices à ces plantes. Le lotier splendide et le lupin élégant produisent des gousses qui éclatent à maturité. Cependant, dans des écosystèmes très fragmentés, ces mécanismes de dispersion peuvent se révéler insuffisants pour la colonisation de nouveaux endroits.

D'autres espèces pourront éventuellement être ajoutées à la liste des espèces visées par le présent programme de rétablissement. Il faudra avoir à l'esprit que ces autres espèces en péril des prés maritimes peuvent ne pas présenter certaines des caractéristiques décrites ici.


1.4.2 Valeur économique et culturelle

Certains prés maritimes renferment un grand nombre d'espèces rares. Certaines des espèces en péril visées par le présent programme de rétablissement sont voyantes et bien reconnues comme éléments des chênaies de Garry et des écosystèmes associés. La protection et la restauration adéquate de ces écosystèmes rares contribueront à la préservation de la biodiversité et du patrimoine naturel du Canada. Toutes ces espèces ont été considérées par l'ERECG comme éléments visés par les efforts intégrés de rétablissement des chênaies de Garry et des écosystèmes associés (GOERT, 2002).

Il existe peu de mentions d'utilisation par les Autochtones de l'une ou l'autre des espèces visées par le présent programme de rétablissement (Moerman, 1998; Turner, comm. pers., 2004). Les Miwoks de Californie et du Nevada ont utilisé la sanicle bipinnatifide : les racines de cette plante étaient pour eux une panacée et ses feuilles étaient infusées pour guérir les morsures de serpent (Moerman, 1998). Bien que d'autres espèces appartenant à certains des genres des espèces visées par le présent programme de rétablissement (Castilleja spp., Lupinus spp., Silene spp.) aient été utilisées à des fins alimentaires, médicinales ou cérémonielles, outre la mention se rapportant à la sanicle bipinnatifide, il n'existe aucune autre mention d'utilisation par les Premières Nations des espèces visées par le présent programme.

Aucune des espèces visées par le présent programme ne fait l'objet d'un commerce.


1.5 Justification de la démarche multi-espèces

À ce jour, peu de programmes de rétablissement multi-espèces ont été élaborés pour les espèces en péril au Canada. Pourtant, la Loi sur les espèces en péril de l'administration fédérale permet la planification du rétablissement à l'échelle des écosystèmes, et le Programme de rétablissement des espèces canadiennes en péril (RESCAPÉ) reconnaît l'importance de la démarche multi espèces pour le rétablissement d'espèces en péril multiples dans les zones géographiques restreintes. L'Équipe de rétablissement des écosystèmes du chêne de Garry a eu recours à une approche écosystémique dans l'élaboration de son document intitulé Recovery Strategy for Garry Oak and Associated Ecosystems and their Associated Species at Risk in Canada: 2001-2006 (GOERT, 2002).

L'écologie complexe des chênaies de Garry et des écosystèmes associés de Colombie-Britannique et le grand nombre d'espèces en péril (espèces figurant sur les listes nationale et provinciale) présentes dans les prés maritimes ont été déterminants dans le choix de la démarche multi-espèces pour le rétablissement. Avec la démarche multi-espèces, les fonds limités disponibles pour les mesures de rétablissement ainsi que les ressources écologiques et humaines se trouvent utilisés efficacement. De plus, la démarche multi espèces est la plus efficace pour les questions générales relatives au rétablissement, comme la planification des communications, les possibilités de réintroduction, les mesures d'intendance partagée, les programmes éducatifs, les questions touchant les paysages, etc. (GOERT, 2002).

L'ensemble des espèces visées par le présent programme de rétablissement présentent des caractéristiques propres à assurer l'efficacité de la démarche multi espèces. La plupart des occurrences de ces espèces se trouvent dans le type de milieu très particulier que constituent les prés maritimes et nombre de localités renferment plus d'une des espèces visées par le programme. Dans le choix des options de gestion, on peut profiter du fait que les espèces vivant dans des milieux similaires présentent des adaptations similaires aux conditions environnementales.

La démarche multi espèces est la meilleure pour composer avec les possibles situations de conflit entre les besoins des diverses espèces et pour élaborer des stratégies de protection et de gestion appropriées. Elle permet de traiter tant les menaces pesant sur une espèce donnée que les menaces pesant sur l'habitat à l'échelle de l'écosystème. En mettant un accent sur l'habitat, la démarche multi espèces permet de mieux composer avec les changements dans la répartition des espèces et l'expansion des populations que la démarche visant une seule espèce. Enfin, on peut mieux traiter les menaces à grande échelle, comme les changements climatiques et les espèces envahissantes, en agissant à grande échelle. Au moment de la planification plus détaillée des mesures de rétablissement, qui sera faite à une étape ultérieure, on prendra également en considération les besoins de chacune des espèces en péril visées par le présent programme, et on proposera un habitat essentiel permettant d'assurer leur rétablissement.

Notes de bas de page

Note de bas de page 3

Toutes les valeurs sont des normales climatiques pour la période 1898-1988 obtenues à Victoria Gonzales, station météorologique côtière se trouvant à 69 m au dessus du niveau de la mer et à proximité de nombreux prés maritimes renfermant des espèces en péril. Les régimes climatiques réels de nombre des prés maritimes sont encore plus doux, ces derniers se trouvant à plus basse altitude et plus près de l'océan.

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