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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’ours blanc (Ursus maritimus) au Canada - Mise à jour

2. Information sur l'espèce

2.1 Nom et classification

Classe :

Mammifères

Ordre :

Carnivores

Famille :

Ursidés

Sous-famille :

Ursinés

Nom scientifique :

Ursus maritimus Phipps (1774), aucune sous-espèce

Noms communs :

ours blanc, polar bear, nanuk, nanuq, wapusk

Gentry (2001) présente un bref historique de la nomenclature de l’ours blanc. L’ours blanc s’est d’abord vu attribuer par Linné (1758, p. 47) le nom latin d’Ursus maritimus albus-major, articus, mais cet auteur ne le considérait pas comme une espèce distincte de l’ours brun (Ursus arctos). Phipps (1774, p. 185) a été le premier à décrire l’ours blanc en tant qu’espèce. Selon Gentry (2001), sur la base des règles de nomenclature, l’auteur et la date légitimes du nom de l’espèce, Ursus maritimus, sont Phipps (1774) et non Linné (1758), comme on le voit parfois. On a donné divers noms au genre, comme Thalassarctos, Thalarctos, et Thalatarctos, mais, depuis les années 1960, la plupart des auteurs utilisent le nom Ursus maritimus.

2.2 Description morphologique

L’ours blanc est un gros Ursidé dont la taille et la forme sont très semblables à celles de l’ours brun, duquel il diffère par l’absence entre les épaules de la bosse proéminente caractéristique de ce dernier, par sa tête plus petite et ne présentant pas le profil nettement concave de celle de l’ours brun, et par son cou et son rostre plus longs. En outre, les surfaces broyantes des dents jugales de l’ours blanc sont plus dentelées, adaptation à un régime alimentaire plutôt carnivore. Enfin, les griffes de l’ours blanc sont plus petites et plus acérées, et ses pieds antérieurs sont élargis, ce qui l’aide à mieux nager, à défoncer le toit des tanières de mise bas et des abris subnivaux des phoques, à creuser ou à grimper en terrain neigeux ou glacé, et à tuer efficacement les phoques. À la différence des autres ours, l’ours blanc possède des coussinets entièrement recouverts de fourrure qui peut contribuer à l’isolation thermique du pied et améliorer la traction sur la glace ou la neige. Grâce à sa peau noire, l’ours blanc absorbe mieux l’énergie solaire. Les poils translucides font paraître la fourrure blanche, particulièrement juste après la mue, mais elle peut paraître jaune ou blanc cassé durant l’été. La fourrure de l’ours blanc reflète souvent les couleurs du ciel et de la neige, ce qui procure à l’animal un camouflage pour la chasse. Le dimorphisme sexuel est prononcé : les mâles peuvent atteindre un poids de 800 kg et une longueur de 2,8 m du bout du nez au bout de la queue (DeMaster et Stirling, 1981), tandis que les femelles, plus petites, ne dépassent habituellement pas 400 kg et 2,5 m (Amstrup, 2003).

2.3 Évolution et description génétique

Le registre fossile laisse penser que la spéciation de l’ours blanc à partir de l’ours brun s’est effectuée dans les 400 000 dernières années (Thenius, 1953; Kurtén, 1964). Cette assertion est étayée par des données de génétique moléculaire qui indiquent que la divergence des deux espèces ne remonterait qu’à 200 000 à 250 000 ans. Plus particulièrement, il a été établi que l’ours blanc diffère très peu d’un clade d’ours bruns actuellement présent dans l’archipel Alexander, dans le sud-est de l’Alaska (Cronin et al., 1991; Talbot et Shields, 1996a; idem, 1996b). Cronin et al. (1991) ont relevé une différence de seulement 1 p. 100 entre l’ADN mitochondrial (ADNmt) d’ours blancs et celui d’ours bruns de cet archipel; par ailleurs, la différence est de plus de 2,5 p. 100 entre des ours blancs et des ours bruns vivant ailleurs. On pense que des ours bruns ont survécu dans un refuge qui se trouvait dans la partie sud de l’archipel Alexander il y a 20 000 ans, durant le maximum glaciaire du Wisconsinien supérieur (Heaton et Grady, 1993); cependant, comme l’ours blanc a de toute évidence divergé de ce clade bien avant la première des glaciations du Wisconsinien (qui a débuté il y a environ 70 000 ans), il est peu probable que la spéciation de l’ours blanc se soit produite précisément dans l’archipel Alexander.

Des cas d’hybridation en nature témoignent de la relation étroite qui existe entre l’ours blanc et l’ours brun (un ours hybride a par exemple été récolté récemment près de l’île Banks; comm. pers. de Gau [2006]). Des accouplements interspécifiques fructueux sont observés depuis longtemps en captivité, avec fécondité attestée des descendants de première et de deuxième génération (Martin, 1876; idem, 1882; Kowalska, 1962; idem, 1965; idem, 1969).

L’écologie moléculaire de l’ours blanc a été récemment étudiée par Paetkau et al. (1995, 1999), Crompton (2004), et Saunders (2005). Comme on le verra plus en détail à la section 3.3, il existe divers degrés de différences génétiques entre la plupart des sous-populations d’ours blancs identifiées au Canada (figures 1 et figure2; tableaux 1 et tableau2); cependant, ces différences n’en font pas des sous-unités génétiques ou des sous-espèces. Paetkau (1999) dit que, en ce qui concerne les sous-populations identifiées aux fins de gestion dans l’ensemble de l’aire de répartition circumpolaire de l’espèce, aucune discontinuité génétique indiquant que des groupes auraient pu être isolés durant des périodes significatives sur le plan évolutionnaire n’a été trouvée.

Depuis le pléistocène supérieur, la morphologie de l’ours blanc a notablement changé. En particulier, il y a eu réduction progressive de la taille de l’espèce, les ours blancs fossiles étant beaucoup plus gros que ceux d’aujourd’hui (Kurtén, 1964). L’espèce a évolué de façon à pouvoir efficacement chasser les phoques sur la banquise, particulièrement le phoque annelé (Pusa hispida [espèce classée dans le genre Phoca jusqu’en 2003 – voir UICN, 2006]) et le phoque barbu (Erignathus barbatus). Bon nombre des caractéristiques physiques de l’ours blanc peuvent être vues comme des adaptations à la chasse aux phoques de l’Arctique.

Figure 1. Répartition circumpolaire de l’ours blanc. Abréviations des sous-populations du Canada (délimitées par les lignes épaisses) : détroit du Vicomte-Melville (VM), baie Norwegian (NW), bassin de Kane (KB), détroit de Lancaster (LS), baie de Baffin (BB), détroit de Davis (DS), sud de la baie d’Hudson (SH), ouest de la baie d’Hudson Bay (WH), bassin de Foxe (FB), golfe de Boothia (GB), détroit de M’Clintock (MC), sud de la mer de Beaufort (SB), nord de la mer de Beaufort (NB). Source : IUCN/SSC Polar Bear Specialist Group (2006).

Figure 1. Répartition circumpolaire de l’ours blanc.

 

Figure 2.  Les sous-populations d’ours blancs au Canada. Abréviations des sous-populations (délimitées par les lignes épaisses) : détroit du Vicomte-Melville (VM), baie Norwegian (NW), bassin de Kane (KB), détroit de Lancaster (LS), baie de Baffin (BB), détroit de Davis (DS), sud de la baie d’Hudson (SH), ouest de la baie d’Hudson Bay (WH), bassin de Foxe (FB), golfe de Boothia (GB), détroit de M’Clintock (MC), sud de la mer de Beaufort (SB), nord de la mer de Beaufort (NB). Source : Taylor et al. (2001) et CTOB (2007).

Figure 2. Les sous-populations d’ours blancs au Canada.