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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Paruline azurée au Canada – Mise à jour

Biologie

Généralités

Malgré un intérêt marqué de la part du grand public et des scientifiques, il existe peu de documentation sur la biologie de base de la Paruline azurée, qui n’est d’ailleurs pas très bien comprise. Même si des progrès considérables ont été réalisés au cours des dix dernières années (Oliarnyk et Robertson, 1996; Hamel, 2000a; Jones et Robertson, 2001; Jones et al., 2001; Barg, 2002), notre connaissance de l’espèce comporte encore de grandes lacunes. Il ne s’agit pas ici d’examiner de manière exhaustive les recherches qui ont été faites jusqu’à présent, mais plutôt de cibler les aspects de la biologie de la Paruline azurée qui sont directement liés à la survie de l’espèce et à la mise à jour de son statut.


Reproduction

Habituellement, les couples ne produisent qu’une seule nichée par année, mais des doubles nichées ont été observées (Barg et al., données inéd.). Un couple peut faire jusqu’à quatre tentatives au cours d’une saison en cas d’échec de la nidification (Hamel, 2000a; Barg et al., données inéd.). La femelle pond en moyenne de trois à quatre œufs par couvée et, la plupart du temps, l’incubation dure de 11 à 12 jours. Les oisillons quittent habituellement le nid après 8 à 10 jours (Oliarnyk, 1996; Hamel, 2000a; Barg et al., données inéd.). Dans l’Est de l’Ontario, au cours d’une période de huit ans, la fécondité moyenne était de 1,9 jeune à l’envol par couple (Jones et al., en cours d’examen). Les couples qui avaient le plus de succès voyaient trois ou quatre oisillons prendre leur envol mais, chaque année, le succès de la reproduction n’est réservé qu’aux deux tiers des couples. La fécondité annuelle varie énormément, soit de 0,4 à 2,2 oisillons par couple (Jones et al., 2001, données inéd.).

Le parasitisme pratiqué par le Vacher à tête brune (Molothrus ater) serait peut-être une cause importante du déclin des effectifs de la Paruline azurée au centre de son aire de reproduction (Robbins et al., 1992). Cependant, sa prévalence varie beaucoup (Hamel, 2000a). Au site de biologie de la Queen’s University, aucun oisillon de Vacher à tête brune n’a pris son envol d’un nid de Paruline azurée au cours des huit dernières années (Oliarnyk, 1996; Jones et al., données inéd.). Le taux de parasitisme est beaucoup plus élevé dans d’autres régions (p. ex. la vallée alluviale du Mississippi; Hamel, 2000a).


Survie

Jones et al. (en cours d’examen) ont utilisé des modèles de capture-marquage-recapture pour évaluer le taux de survie des mâles adultes dans une population de Parulines azurées de l’Est de l’Ontario à l’étude depuis 1994. Le modèle le mieux étayé indiquait une probabilité de survie (49 p. 100) des mâles adultes constante dans le temps. Aucune évaluation n’existe concernant les femelles et les juvéniles. Le record de longévité est présentement détenu par un mâle de huit ans qui a été bagué dans l’Est de l’Ontario en 1997 alors qu’il était déjà adulte (c.-à-d. âgé d’au moins trois ans) et qui, depuis, a été présent toutes les années, y compris en 2002 (Jones et Barg, données inéd.). La durée de vie habituelle d’un mâle est probablement de trois à quatre ans.


Déplacements et dispersion

Depuis 1999, 1 399 Parulines azurées ont été baguées en Amérique du Nord (Hamel, 2000a). Un seul de ces oiseaux a été retrouvé à l’extérieur du site de baguage (Leberman et Clench, 1975 in Hamel, 2000a). Ce qui laisse supposer que les adultes sont très fidèles aux sites (Hamel, 2000a; Jones et al., en cours d’examen; Barg et al., données inéd.) et que le flux génique serait limité entre les sites. Dans une étude génétique portant sur cinq noyaux géographiques de Parulines azurées dispersés dans l’aire de reproduction (dont deux en Ontario), des estimations tirées de données fournies par microsatellite ont permis de constater des niveaux de flux génique suffisants pour prévenir une différenciation génétique par dérive (Veit, 1999). Dès lors, la dispersion entre les populations (probablement des jeunes) joue à coup sûr un rôle important dans la dynamique des populations de Parulines azurées. Des données portent à croire qu’il y a une philopatrie natale limitée chez cette espèce (Barg et al., données inéd.).

La migration semble durer environ deux mois au printemps et quatre à l’automne (Hamel, 2000a). Celle d’automne tend à commencer tôt; on a observé des individus qui arrivaient en Amérique du Sud en août (Dunn et Garrett, 1997).


Nutrition et interactions interspécifiques

La Paruline azurée serait uniquement insectivore pendant la saison de reproduction, où elle se nourrit d’homoptères, de diptères et de coléoptères ainsi que de larves de lépidoptères (Sample et al., 1993; Hamel, 2000a; Barg et al., données inéd.). Elle consomme du nectar pendant l’hiver en Amérique du Sud (Jones et al., 2000b). Les oisillons et les jeunes à l’envol sont nourris presque exclusivement de larves de lépidoptères. Il n’y a aucune donnée empirique pour soutenir l’hypothèse que la disponibilité de la nourriture pourrait avoir un effet limitatif sur les populations de Paruline azurée. Toutefois, selon des données bien documentées sur l’importance d’une nourriture abondante chez les oiseaux chanteurs migrateurs en nidification, il semble que cette disponibilité joue un rôle important dans la régulation des populations (Newton, 1998).

Des interactions agressives entre la Paruline azurée et le Moucherolle tchébec (Empidonax minimus), le Viréo aux yeux rouges (Vireo olivaceus) et la Paruline flamboyante (Setophaga ruticilla) sont courantes en Ontario, mais on ignore leurs conséquences (Varey, 1998; Barg, obs. pers.).


Comportement et adaptabilité

On relève dans la documentation que l’espèce montre une certaine « colonialité » pendant la saison de reproduction (Robbins et al., 1992), vraisemblablement à cause d’une attraction entre congénères. On n’a pas encore effectué d’étude détaillée sur ce phénomène mais s’il était confirmé, il pourrait influencer grandement les plans de conservation ou de gestion de l’espèce. Au site de biologie de la Queen’s University, la superficie du territoire des Parulines azurées varie de 0,1 à 2,4 ha (Oliarnyk, 1996; Barg, 2002). Toutefois, elle ne semble pas directement liée à la densité des couples (Jones, obs. pers.); une grande partie de l’habitat apparemment convenable reste inoccupée chaque saison de reproduction.

Il semble que la Paruline azurée soit relativement résistante aux perturbations à la fois anthropiques et naturelles de son habitat (Jones, 2000; Jones et al., 2000b, 2001, 2002). Dans l’Est de l’Ontario, elle se reproduit avec succès dans des forêts où l’on pratique l’acériculture et la sylviculture de régénération par coupes progressives (Oliarnyk, 1996; Jones, 2000). Dans l’aire d’hivernage, on peut trouver l’espèce en bon nombre dans des plantations de café sous couvert forestier (Jones et al., 2000b, 2002). Dans le même ordre d’idées, on trouve souvent la Paruline azurée dans des forêts de seconde venue au cours de sa migration (Land, 1970; Ridgely et Gwynne, 1989; Stiles et Skutch, 1989).

Jones et al. ont observé les effets sur la structure de la forêt et le succès de reproduction de la Paruline azurée à la suite de la tempête de verglas de janvier 1998 (la pire enregistrée dans l’histoire du Canada; Kerry et al., 1999). Au printemps suivant, on a noté une réduction considérable du feuillage du couvert forestier de la zone d’étude dans l’Est de l’Ontario. Ultérieurement, durant la saison de reproduction de 1998, il s’est produit une baisse marquée du taux de reproduction de l’espèce. En 1999, on a observé une augmentation notable de la superficie des territoires et un changement important dans le choix de l’emplacement des nids; ces changements ont entraîné une forte augmentation du succès de reproduction de l’espèce. Ce sont les mêmes individus qui ne s’étaient pas reproduits en 1998 qui ont modifié l’étendue de leur territoire et leurs choix d’emplacement des nids l’année suivante. Cela indique que la Paruline azurée possède une grande souplesse quant à ses préférences en matière d’habitat et que c’est ce qui a rendu la population résistante jusqu’à un certain point à certaines perturbations. L’habitat du mont Saint-Hilaire, un des sites les plus propices à l’espèce au Québec, a été endommagé par une tempête de verglas au début des années 1980. Depuis, très peu d’observations de Parulines azurées ont eu lieu à cet endroit (Bannon et Robert, 1996).

La Paruline azurée présente deux comportements qui peuvent rendre les individus particulièrement vulnérables. Premièrement, les adultes manifestent une grande fidélité au site. Malgré leur résistance apparente à certaines perturbations, le fait que les adultes semblent incapables de « reconnaître » la dégradation de l’habitat peut les amener à rester dans un habitat inapproprié. Deuxièmement, la période de migration est longue non seulement le printemps (deux mois) mais aussi l’automne (quatre mois). Est‑ce parce que le temps de migration de certains individus est long ou que certains migrent tôt et d’autres tard? Si la première possibilité se confirme, cette longue période de déplacement peut non seulement soumettre les individus à un stress physiologique élevé, mais aussi les exposer à un risque accru de prédation (plus de jours de déplacement = plus de jours en situation de risque). De plus, les oiseaux sont confrontés à des perturbations d’habitats le long de leur route. La migration serait la principale période de mortalité chez la Paruline azurée (Jones et al., en cours d’examen) et chez d’autres espèces de parulidés (Sillett et Holmes, 2002).