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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Paruline azurée au Canada – Mise à jour

Taille et tendances de la population

De toutes les espèces de parulidés d’Amérique du Nord, la Paruline azurée a montré la baisse de population la plus forte, à savoir une diminution moyenne de 
p. 100 par an d’après les données du Relevé des oiseaux nicheurs pour la période allant de 1966 à 2000 (Robbins et al., 1992; Link et Sauer, 2002). En fait, seulement six espèces de passereaux ont accusé une baisse encore plus importante. Les chutes d’effectif les plus fortes ont été signalées au cœur de l’aire de reproduction (Tennessee, Kentucky, Ohio et Virginie-Occidentale), où la population était la plus élevée (Robbins et al., 1992; James et al., 1996; Villard et Maurer, 1996).

On pense que la Paruline azurée est en train d’étendre son aire et d’augmenter en nombre dans le Nord-Est des États-Unis et le Sud de l’Ontario et du Québec (Hamel, 2000a; Rosenberg et al., 2000). Malheureusement, il est difficile de replacer dans son contexte historique la situation actuelle de la population du Canada. Les premières mentions de l’espèce en Ontario sont contradictoires. Il est donc ardu d’établir avec précision si l’apparente hausse des effectifs au cours des 50 dernières années représente ou non une expansion vers de nouveaux territoires (c.-à-d. que la Paruline azurée est une nouvelle venue en Ontario), une recolonisation (c.-à-d. qu’elle était commune dans cette province et qu’elle ne fait qu’y revenir avec la régénérescence des forêts, tout particulièrement dans l’Est) ou une conséquence du fait que les ornithologues amateurs et les chercheurs montrent plus d’habileté et déploient plus d’effort pour repérer cette espèce discrète.

À la fin du XIXe siècle, la Paruline azurée a été classée par Macoun et Macoun (1909, dans McCracken, 1993) parmi les espèces communes dans le Sud-Ouest de l’Ontario, mais elle n’est plus considérée comme telle dans cette région à l’heure actuelle. Eagles (1987) l’a classée parmi les nicheurs locaux peu communs dans le Sud de cette province. Le possible déclin est probablement dû à la perte historique continue d’habitats de reproduction dans la région (Eagles, 1987). La situation historique de la Paruline azurée dans l’Est de l’Ontario est encore moins claire. Dans les années 1920, DeLury (1922) pensait que l’espèce y était plus commune qu’on ne le croyait (même dans des régions aussi septentrionales que la vallée de l’Outaouais). Broley (1929) croyait que la Paruline azurée se reproduisait au Nord de Kingston dès 1929, même si la première attestation documentée de nidification dans la région de Kingston date du début des années 1950 (Quilliam, 1965).

La base de données du Centre d’information sur le patrimoine naturel (CIPN) de l’Ontario compte 45 dossiers relatifs à l’espèce dans cette province; la plupart des occurrences ne représentent que de petits nombres d’individus. Le plus grand noyau géographique du Sud-Ouest ontarien ne comprend que 20 à 30 couples nicheurs par an. En fait, il y a probablement moins de 100 couples nicheurs de Parulines azurées dans cette région (données du CIPN). Actuellement, le plus grand noyau géographique (environ 250 couples) au Canada se trouve sur les terrains du site de biologie de la Queen’s University au Nord de Kingston, en Ontario (Jones, 2000; Jones et al., 2000a).

Les premiers résultats du projet actuel d’atlas des oiseaux nicheurs de l’Ontario (données de 2001 à 2002) laissent supposer que la répartition de la Paruline azurée s’est sans doute contractée depuis la période de collecte des données du premier atlas, soit de 1981 à 1985 (figure 4). Par exemple, dans la région de Perth, des signes de reproduction ont été observés dans sept carrés d’atlas durant cette période, contre deux seulement pour la version de l’atlas en cours d’élaboration. De même, dans la région des Mille-Îles, la proportion correspondante est de cinq carrés contre aucun. Une fois la dernière version de l’atlas achevée, il sera possible de dégager avec plus de précision la tendance des effectifs.

La seule série de données démographiques à long terme (qui remonte à 1994) concernant la Paruline azurée en Ontario indique que la population du site de biologie de la Queen’s University est restée relativement constante au cours des huit dernières années (Jones et al., en cours d’examen). Cependant, cette pérennité n’est probablement due qu’à l’immigration d’individus provenant d’autres régions puisque les membres de la population locale ne produisent pas suffisamment de descendants pour assurer eux-mêmes cette persistance (Jones et al., en cours d’examen), phénomène qu’on n’a pas encore pu expliquer.

            La plupart des terres qui se trouvent dans l’aire de reproduction de la Paruline azurée en Ontario sont privées. On retrouve toutefois l’espèce dans certaines zones protégées, entre autres dans des parcs nationaux (p. ex. au parc national des Îles-du-Saint-Laurent; Leggo, comm. pers., 2002) ainsi que dans des parcs provinciaux tant en Ontario (p. ex. au parc provincial Charleston Lake; Jones, obs. pers.) qu’au Québec (p. ex. au parc du mont Saint-Bruno; Shaffer, comm. pers., 2002). Figurent aussi parmi d’autres zones protégées des forêts qui sont la propriété et sous la responsabilité des autorités du comté de Middlesex ainsi que des forêts du comté de Haldimand-Norfolk (qui sont la propriété et sous la responsabilité de l’Office de protection de la nature de la région de Long Point).

Les populations nicheuses du Québec et de l’Est de l’Ontario se sont formées à la même époque (première mention confirmée en 1950), mais le nombre de nicheurs est très faible (moins de 40 couples; BDOMQ; Shaffer, comm. pers., 2002).

Les données émanant du CIPN combinées aux tendances qui semblent ressortie des premières données de la période de collecte visant l’établissement du prochain Atlas des oiseaux nicheurs de l’Ontario, ainsi qu’aux résultats obtenus par des chercheurs de la Queen’s University (Jones et al., données inéd.) portent l’estimation de la population actuelle de Parulines azurées au Canada entre 500 et 1 000 couples nicheurs, dont la majeure partie se trouve dans l’Est de l’Ontario.

En ce qui à trait à la taille de la population en Amérique du Nord, les estimations actuelles varient entre 85 000 et 287 000 couples (Rosenberg et al., 2000, comm. pers., 2002).