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Mise à jour - Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Ketmie des marais (Hibiscus moscheutos) au Canada

Résumé

Ketmie des marais

Hibiscus moscheutos

Information sur l’espèce

L’Hibiscus moscheutos est une robuste plante vivace de la famille des Malvacées qui peut atteindre une hauteur de 2 mètres et porter jusqu’à 8 fleurs voyantes, disposées aux aisselles des feuilles supérieures. Ses grandes fleurs, qui rappellent celles de la rose trémière, sont très caractéristiques avec leurs pétales roses ou blancs de 6 à 10 cm de longueur. Les fleurs sont bisexuées et, comme chez toutes les Malvacées, les étamines sont réunies en un tube dressé au centre de la corolle. Le style émerge de l’extrémité de ce tube staminal et se termine par 5 stigmates arrondis. Hors de la période de floraison, la plante se reconnaît à sa grande taille, à ses feuilles pubescentes de forme oblongue ou rappelant celles de l’érable et à ses capsules subglobuleuses.

Répartition

L’aire de répartition mondiale de l’H. moscheutoscouvre la majorité de l’est des États-Unis au nord de la Floride et à l’est du fleuve Mississippi, avec un rétrécissement de la répartition le long de la côte au nord du Maryland jusqu’au Massachusetts. L’aire de répartition canadienne se limite au sud de l’Ontario, où l’H. moscheutos n’est présent que dans les marais riverains et les milieux humides résiduels des lacs Érié, Sainte‑Claire et Ontario et à seulement 2 endroits à l’intérieur des terres. L’Hibiscus moscheutos semble avoir étendu son aire de répartition vers le nord-est en l’Ontario au cours des 15 à 20 dernières années.

Habitat

Au Canada, l’H. moscheutos occupe presque exclusivement la région forestière des feuillus (forêt carolinienne). Cependant, depuis la découverte récente de populations dans les régions du centre et de l’est du lac Ontario, l’aire de répartition de l’espèce inclut désormais une partie de la région forestière des Grands Lacs et du Saint‑Laurent. Toutes les populations sont confinées à des milieux humides aux premiers stades de la succession végétale actuellement associés aux lacs Érié, Ontario ou Sainte-Claire ou qui y étaient récemment associés. L’espèce se trouve le plus fréquemment dans les marais profonds à Typha, où elle pousse à l’interface avec l’eau libre parmi les quenouilles, et dans les prés humides. On trouve le plus grand nombre de plantes dans les milieux humides endigués, où la compétition est limitée et le caractère ouvert de l’habitat est maintenu par une inondation périodique. L’importance des fluctuations du niveau d’eau pour le maintien de l’habitat palustre est bien documentée. Historiquement, le maintien des milieux riverains aux premiers stades de succession, condition nécessaire aux populations d’H. moscheutos, aurait été assuré par les incendies naturels, les tempêtes et l’activité des castors. Diverses formes de perturbations anthropiques contribuent également au maintien ou à la création de ces conditions, comme en témoignent plusieurs populations florissant dans de petits milieux humides le long de chemins de fer. La ketmie est donc tolérante aux perturbations et aux substrats instables. Depuis quelques années, le niveau des Grands Lacs étant bas, les fluctuations du niveau d’eau qui exposent puis inondent périodiquement les milieux humides, limitant ainsi les populations de roseau commun, d’arbustes et de petits arbres, sont probablement essentielles à la survie à long terme de l’espèce au Canada.

Biologie

La reproduction végétative semble jouer un rôle important chez l’Hibiscus moscheutos, les touffes étant capables de produire de nouvelles tiges à fleurs chaque année. Les touffes peuvent aussi être fragmentées et dispersées par l’action du vent et des vagues, ce qui facilite la colonisation de nouveaux endroits. Dans des régions situées au sud de l’Ontario, la pollinisation est surtout accomplie par une seule espèce d’abeille non sociale, le Ptilothrix bombiformis, dont l’activité se concentre en grande partie autour de cette plante. Parmi les autres insectes qui visitent les fleurs, on note plusieurs espèces de papillons diurnes et nocturnes, de petites abeilles et de Diptères, mais aucune de celles-ci ne semble être un pollinisateur efficace. Fait important, le P. bombiformis n’a jamais été signalé au Canada. L’Hibiscus moscheutos occupe des milieux humides ouverts et dépend donc probablement d’incendies, d’inondations, de sécheresses ou de perturbations anthropiques périodiques, qui réduisent l’ombrage dû aux arbres et aux arbustes et dégagent le milieu.

Taille et tendances des populations

On dénombre actuellement 51 localités d’Hibiscus moscheutos au Canada, par comparaison avec les 40 localités mentionnées dans le premier rapport de situation sur l’espèce. La place occupée par l’Hibiscus moscheutos dans les communautés végétales varie de marginale, avec seulement quelques tiges à fleurs, à dominante, avec près de 10 000 tiges à fleurs représentant un nombre indéterminé d’individus. Le nombre total de tiges au Canada est estimé à environ 25 000. Vingt populations sont probablement disparues d’après les résultats de relevés sur le terrain menés à la fin de 2003.

Bien que de nombreuses populations soient connues depuis plus de 50 ans, il est difficile de déterminer si elles ont connu un déclin ou des fluctuations au cours de cette période. En effet, avant 1985, des données quantitatives n’avaient été recueillies que dans 3 sites. Au cours des 17 années qui se sont écoulées entre les relevés sur le terrain de 1985 et les relevés menés pour la mise à jour du rapport en 2002, le nombre de populations semble être demeuré assez stable. Sept des populations et quatre des sous-populations décrites dans le premier rapport sont aujourd’hui considérées comme disparues; cependant, toutes sauf deux étaient de petites populations. Selon ses observations sur le terrain de 2002, l’auteur principal estime que certains des sites connaissent un déclin dû à la compétition avec le roseau commun (Phragmites australis) et, dans une moindre mesure, avec le Typha ´glauca.

Facteurs limitatifs et menaces

La qualité de l’habitat semble se détériorer dans la majorité des sites d’H. moscheutos à cause de l’apport ininterrompu de nutriments, de la progression de la succession et d’un manque général de perturbations naturelles. La prolifération de la graminée exotique Phragmites australis (roseau commun) et de la quenouille hybride Typha ´glauca (quenouille glauque) est un symptôme de cette dégradation, puisque ces espèces exploitent les milieux présentant ces caractéristiques. On estime que le roseau commun a probablement causé la disparition de populations ou de sous‑populations d’H. moscheutos dans 6 localités. Des peuplements homogènes de roseau commun peuvent remplacer des communautés végétales palustres diversifiées et appauvrir la diversité des plantes en altérant le cycle des nutriments et les régimes hydrologiques. La deuxième espèce envahissante en importance pour l’H. moscheutos est la quenouille hybride Typha ´glauca. Elle est dominante ou codominante (toujours avec le roseau commun) dans un certain nombre de localités d’H. moscheutos, et on estime qu’elle supplanterait l’H. moscheutos depuis quelques années dans une localité.

Protection actuelle ou autres désignations de statut

L’espèce a reçu la classification S1 (Critically imperiled) au Wisconsin, la classification S2 (Imperiled) à Rhode Island et la classification S3 (Vulnerable) au Michigan; elle n’est pas en péril dans 24 autres États américains. À l’échelle mondiale, elle est considérée comme en sécurité (Secure globally) (G5). Au Canada, sa classification nationale est N3 (Vulnerable).

Les principaux marais riverains qui abritent l’H. moscheutos sont assez bien protégés, se trouvant dans des parcs, des clubs de chasse privés ou des terres des Premières nations louées à bail pour la chasse à la sauvagine. Il est donc peu probable que ces marais soient transformés pour d’autres usages, et aucun des principaux marais n’a fait l’objet d’un développement depuis la publication du premier rapport de situation. De nombreux marais sont également désignés comme des terres humides d’importance provinciale et sont donc protégés en vertu de la Déclaration de principes provinciale.

Historique du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale–provinciale sur la faune. Le Comité a été créé pour satisfaire au besoin d’une classification nationale des espèces sauvages en péril qui soit unique et officielle et qui repose sur un fondement scientifique solide. En 1978, le COSEPAC (alors appelé Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) promulguée le 5 juin 2003, le COSEPAC est un comité consultatif qui doit faire en sorte que les espèces continuent d’être évaluées selon un processus scientifique rigoureux et indépendant.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) évalue la situation, au niveau national, des espèces, des sous–espèces, des variétés ou d’autres unités désignables qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes comprises dans les groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, arthropodes, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes responsable des espèces sauvages des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (le Service canadien de la faune, l’Agence Parcs Canada, le ministère des Pêches et des Océans et le Partenariat fédéral d’information sur la biodiversité, lequel est présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres scientifiques non gouvernementaux et des coprésidents des sous–comités de spécialistes des espèces et du sous–comité des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit au moins une fois par année pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

Définitions (Novembre 2004)

Espèce
Toute espèce, sous-espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement définie.

Espèce disparue (D)
Toute espèce qui n’existe plus.

Espèce disparue du Canada (DC)
Toute espèce qui n’est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.

Espèce en voie de disparition (VD)*
Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.

Espèce menacée (M)
Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitatifs auxquels elle est exposée ne sont pas renversés.

Espèce préoccupante (P)**
Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.

Espèce non en péril (NEP)***
Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.

Données insuffisantes (DI)****
Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d’un manque de données scientifiques.

* Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.

** Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

***    Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

****  Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le comité avait pour mandat de réunir les espèces sauvages en péril sur une seule liste nationale officielle, selon des critères scientifiques. En 1978, le COSEPAC (alors appelé CSEMDC) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. Les espèces qui se voient attribuer une désignation lors des réunions du comité plénier sont ajoutées à la liste.

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.