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Mise à jour - Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Ketmie des marais (Hibiscus moscheutos) au Canada

Répartition

Aire de répartition mondiale

L’Hibiscus moscheutos est l’un des membres les plus au nord de la famille des Malvacées, famille composée surtout d’espèces tropicales ou subtropicales. L’espèce est le seul Hibiscus poussant actuellement au Canada à l’état indigène. L’aire de répartition mondiale de l’H. moscheutos couvre la majeure partie de l’est des États-Unis au nord de la Floride et à l’est du fleuve Mississippi, avec un rétrécissement de la répartition le long de la côte au nord du Maryland jusqu’au Massachusetts. Les populations quelque peu disjointes du sud de l’Ontario, du nord de l’État de New York, du Michigan, du Wisconsin, de l’Ohio et de l’Illinois sont concentrées autour des Grands Lacs inférieurs (figure 2). Depuis que ce taxon a été cartographié par Ford et Keddy en 1987, son aire de répartition aux États-Unis s’est étendue vers l’ouest, et on trouve aujourd’hui l’espèce en Californie, en Utah, au Texas, au Kansas et en Oklahoma (NatureServe, 2003).

Figure 2.  Aire de répartition mondiale de l’Hibiscus moscheutos (les points représentent des occurrences relevées récemment dans des États américains; NatureServe, 2003). 

 Figure 2.  Aire de répartition mondiale de l’Hibiscus moscheutos (les points représentent des occurrences relevées récemment dans des États américains; NatureServe, 2003).

L’Hibiscus moscheutos est également une plante adventice à des endroits très distants les uns des autres dans l’ouest de l’Eurasie, comme le nord du Portugal, le sud-ouest de la France, le nord de l’Italie et l’ouest de la Géorgie (ancienne RSS de Géorgie). L’espèce est également présente en Afrique, le long de la côte algérienne (Blanchard, 1976).

Aire de répartition canadienne

L’aire de répartition canadienne se limite au sud de l’Ontario (figure 3), où l’H. moscheutos n’est présent que dans les marais riverains et les milieux humides résiduels des lacs Érié, Sainte-Claire et Ontario et à seulement deux endroits à l’intérieur des terres. Au total, 71 localités ont été répertoriées au Canada, dont 51 sont considérées comme toujours existantes. L’espèce est le plus fréquente dans l’ouest du bassin du lac Érié, le nombre de plantes étant particulièrement élevé dans le comté d’Essex (localités 7 et 8). Des localités encore existantes sont connues dans les municipalités ou comtés suivants : Essex (30), municipalité de Chatham-Kent (10), municipalité régionale de Niagara (3), Lambton (2), Norfolk (2), Elgin (2), comté de Prince Edward (1) et Frontenac (1).

Figure 3. Aire de répartition canadienne de l’Hibiscus moscheutos.

Figure 3. Aire de répartition canadienne de l’Hibiscus moscheutos.

Vingt localités sont disparues ou vraisemblablement disparues, soit dix dans le comté d’Essex, quatre dans la municipalité régionale de Niagara et deux dans le comté de Norfolk, dans la municipalité de Chatham-Kent et dans le comté de Lambton. Deux localités sont considérées comme des populations historiques dont la situation est inconnue : une à Mitchell’s Bay (lac Sainte-Claire) et l’autre à la réserve de la biosphère de Long Point. Compte tenu des caractéristiques bien distinctives de l’espèce, aucune localité n’est considérée comme erronée. Des plants cultivés d’H. moscheutos ont été observés par les auteurs près d’habitations à Belle River, à Shrewsbury, à l’île Walpole, à Amherstburg et au parc national de la Pointe-Pelée. Certains d’entre eux provenaient de populations sauvages, mais les Hibiscus sont extrêmement populaires en horticulture et il serait probablement impossible de distinguer les individus indigènes des individus cultivés sans procéder à une analyse génétique.   

L’Hibiscus moscheutos semble avoir étendu son aire de répartition vers le nord-est en Ontario au cours des 15 à 20 dernières années. Un phénomène semblable a eu lieu en Ohio au cours des années 1960 (Lowden, 1969) et une expansion parallèle est observée aux États-Unis depuis quelque temps chez un proche parent, l’H. laevis (Deam, 1940; Stuckey, 1968; Utech, 1970). Blanchard (1976) explique cette « migration » par l’accroissement de l’érosion et de la sédimentation liées à la coupe de bois et à l’agriculture, qui a créé de nouvelles zones envasées dans les plaines inondables et de nouvelles barres de sable propices à la colonisation par l’Hibiscus moscheutos. L’expansion la plus remarquable en Ontario a eu lieu sur la rive nord du lac Ontario. L’espèce, qui n’avait jamais été observée au nord de la région de Niagara, est aujourd’hui présente dans le comté de Prince Edward (localité 51) et le comté de Frontenac (localité 52). Cela représente une expansion vers le nord de plus de 200 km par rapport aux localités de la région de Niagara en 15 ans environ. On estime que cette « migration » est attribuable à des ramets issus de populations de l’État de New York qui auraient flotté jusqu’à des milieux convenables sur la rive ontarienne du lac. Concurremment à cette expansion vers le nord, l’espèce semble se disperser depuis ses habitats riverains habituels pour faire des avancées vers l’intérieur des terres, où elle pourrait exploiter des milieux propices. Le meilleur exemple de ce phénomène est la localité du ruisseau Kettle (localité 2) qui est située à l’intérieur des terres près du lac Érié. On croit par contre que cette dispersion est le résultat du transport de terre de la rive plutôt qu’un phénomène naturel.

La superficie de la zone d’occurrence de l’espèce au Canada est estimée à 22 000 km². La zone d’occupation est d’environ 9,5 km². Ce chiffre est difficile à calculer pour l’H. moscheutos, car bien qu’il occupe parfois de vastes milieux humides, comme c’est le cas aux localités 12, 26, 41 et 42, dans la plupart des cas il occupe les marais en une bande linéaire étroite. En pareils cas, le milieu humide n’a pas été considéré dans son entièreté comme un milieu convenable. Les estimations étaient de 1 km² pour les marais des localités 26, 42 et Rondeau, de 50 hectares pour la localité 41 et de 10 hectares pour la localité 12. La majorité des localités (23) ont une superficie égale ou inférieure à un hectare, 17 localités ont entre 1 et 10 hectares, 6 ont entre 10 et 100 hectares (localités 4, 8, 9, 38, 39 et 41) et 6 ont été estimées à 100 hectares (localités 37, 42, 44, 45, 49 et 50). Le plus grand pré humide occupé par l’H. moscheutos est celui de la localité 8, où l’espèce est répartie sur 30 hectares. La zone d’occupation connaît probablement un déclin pour les motifs indiqués dans la section « Facteurs limitatifs et menaces ».

La répartition de l’H. moscheutos est similaire à celle d’autres membres de la flore de la plaine côtière de l’Atlantique qui ont une répartition disjointe dans le sud de la région des Grands Lacs (Blanchard, 1976). Peattie (1922) et MacLauglin (1932) ont tenté d’expliquer cette répartition par le développement post-glaciaire des Grands Lacs. Ils ont postulé que d’immenses milieux humides étaient présents sur la plus grande partie de la côte. La flore de la plaine côtière a pénétré dans la région des Grands Lacs durant la période du lac Algonquin, où la vallée du Saint-Laurent était bloquée et que l’écoulement des eaux se faisait par les vallées des rivières Mohawk et Hudson. Ce corridor aurait été emprunté par les plantes côtières pour la colonisation des marais de l’intérieur. Il est plausible que les populations d’H. moscheutos présentes aujourd’hui en Ontario aient migré à partir de la côte est, après le retrait des glaciers, en empruntant ce corridor (Blanchard, 1976). La retraite des glaciers qui a suivi la période du lac Algonquin a réduit la taille des Grands Lacs et causé la disparition du corridor de dispersion Hudson-Mohawk. Il est probable que la répartition historique de l’H. moscheutos était plus étendue que sa répartition actuelle. En Ontario, seuls les marais riverains des lacs Érié, Sainte-Claire et Ontario offrent les conditions biotiques et abiotiques nécessaires à l’espèce.