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Mise à jour - Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Ketmie des marais (Hibiscus moscheutos) au Canada

Importance de l'espèce

On a examiné la possibilité d’exploiter l’Hibiscus moscheutos comme source de fibres dans le siècle passé, en particulier au New Jersey. Comme la ramie, cette plante vivace pourrait être récoltée chaque année, mais la fibre extraite ne semble pas suffisamment résistante pour être commercialisée. On ne connaît aucun usage alimentaire à la plante, mais on rapporte que ses graines auraient des qualités médicinales : préparation de cordial, bienfaits pour l’estomac et le système nerveux et propriétés caustiques, adoucissantes et émollientes (Winters, 1970). La principale utilité économique des ketmies réside dans leurs qualités de plante ornementale (Winters, 1970). Depuis le début du 20e siècle, on a hybridé avec succès l’H. moscheutos avec des sujets issus des espèces H. coccineus, H. laevis et H. grandiflorus pour obtenir plusieurs hybrides F1 très répandus, notamment la ‘Southern Belle’ et la ‘Dixie Belle’. On peut se procurer les graines de ces hybrides par catalogue, et ceux-ci conviennent aux zones 5 à 10 de l’USDA. L’hybride connu sous le nom de « Meehan’s Mallow Marvels », qui s’est longtemps vendu sur le marché horticole, était obtenu par le croisement d’un hybride rustique à fleurs rouges H. coccineus ´ H. militaris avec l’H. moscheutos (Wise et Menzel, 1971; Bailey, 1949; Jury, 1978). La plante indigène est également appréciée comme plante ornementale et a été transplantée dans des jardins de Belle River, de l’île Walpole, d’Amherstburg et de Shrewsbury.

Cahoon et Stevenson (1986) ont étudié les taux de production, d’herbivorie des feuilles et de décomposition des tiges pour l’H. moscheutos dans un marais saumâtre de la baie de Chesapeake, où l’espèce domine sur plus d’un hectare, et ont comparé la plante avec d’autres espèces d’eau douce et d’eau saumâtre. Le temps de décomposition des tiges d’H. moscheutos a été estimé à entre 7 et 8 ans environ, ce qui est jusqu’à cinq fois plus long que pour les tiges d’autres espèces caractéristiques des marais saumâtres (Typha, Scirpus et Phragmites). Les tiges proprement dites demeurent droites durant une longue période après la mort de la plante, en raison de leur teneur élevée en lignine. Une fois qu’elles sont tombées, les tiges se décomposent lentement du fait qu’elles flottent, ce qui pourrait limiter le développement de la microflore fongique et la production d’enzymes de dégradation (Gessner, 1980, dans Cahoon et Stevenson, 1986). Cahoon et Stevenson ont observé que, dans un marais à H. moscheutos, la plus grande partie de la productivité nette de la communauté peut finir par s’accumuler dans l’horizon sédimentaire; seul le Scirpus fluviatilis s’approche du taux anormalement élevé d’accrétion mesuré pour l’H. moscheutos (plus de 1 cm/an). Ils émettent l’hypothèse que l’H. moscheutos diffère des Spartina dans les systèmes de marais saumâtres en ceci qu’il est à la base d’une chaîne alimentaire classique (chaîne des prédateurs) plus importante et qu’il n’exporte pas de quantités importantes de matières détritiques vers les eaux côtières environnantes. Ils ajoutent que l’accumulation dans les marais peuplés d’H. moscheutos pourrait jouer un rôle important dans la région de Chesapeake, où la hausse apparente du niveau de la mer est de quatre millimètres par année et où certains marais inondés irrégulièrement s’érodent en raison du faible taux d’accrétion sédimentaire. 

L’Hibiscus moscheutos peut être assez abondant dans les marais du sud-ouest de l’Ontario, qu’il embellit par sa présence. En association avec les quenouilles et les scirpes, la ketmie des marais pourrait également jouer un rôle dans la stabilisation des rives et la création d’habitats pour la faune.