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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le rorqual commun (Balaenoptera physalus) au Canada – Mise à jour

Biologie

Reproduction

L’information que nous possédons sur la biologie de la reproduction des baleines nous vient principalement des observations faites à l’époque de la chasse commerciale (Lockyer, 1984). Les rorquals communs mâles et femelles parviennent à la maturité sexuelle à l’âge de 5 à 15 ans (Perry et al., 1999), l’âge moyen enregistré étant de 6 à 7 ans chez les mâles et de 7 à 8 ans chez les femelles (Aguilar, 2002). La longueur moyenne du corps à la maturité sexuelle est de 17,2 m dans l’hémisphère nord (Mitchell, 1974; Ratnaswamy et Winn, 1993).

Selon toute vraisemblance, la conception et la mise bas ont lieu en hiver sous de basses latitudes (Mizroch et al., 1984; Reeves et al., 2002). Après une période de gestation de 11 à 12 mois, les femelles donnent naissance à des baleineaux d’une longueur moyenne de 6 m. Au sevrage, soit vers l’âge de 6 ou 7 mois, les petits mesurent en moyenne 11,5 m (Omura, 1950; Gaskin, 1976; Ratnaswamy et Winn, 1993). Les femelles restent généralement au repos pendant une période de six mois après le sevrage d’un baleineau. Agler et al. (1993) ont établi à 2,71 ans l’intervalle moyen entre les naissances (n = 13), mais estiment qu’un intervalle de 2,24 ans est possible.

Selon les estimations d’Aguilar (2002), le taux de gravidité varierait de 38 à 50 p.100 des femelles adultes. Pour leur part, Agler et al.(1993) ont estimé le taux de reproduction annuel brut des rorquals communs à 8 p.100, d’après les données de photo-identification.

Survie

Chez les adultes, le taux de mortalité naturelle a été estimé à 4 p.100 (Doi et al., 1970; Lockyer et Brown, 1979; Ratnaswamy et Winn, 1993). Il semble n’exister aucune information sur le taux de survie des nouveau-nés et des juvéniles.

Parmi les causes de mortalité naturelle possibles, il faut citer la prédation par les orques (Orcinus orca) (Vidal et Pechter, 1989)ou par certaines espèces de requins (Connor, 2000). Cependant, la documentation existante ne contient aucune information concluante sur des cas de prédation réussis. Compte tenu de la vitesse et de la taille du rorqual commun, les prédateurs ne réussissent probablement à tuer leur proie que lorsqu’ils s’attaquent à des individus vieux, malades ou immatures (Perry et al., 1999; Aguilar, 2002).

Selon Lambertsen (1986), de 90 à 95 p.100 des rorquals communs de l’Atlantique Nord transportent de lourdes charges du nématode géant Crassicauda boopis. Ces charges pourraient se révéler pathogènes, entraînant une inflammation rénale et, dans des cas extrêmes, une insuffisance rénale conduisant à la mort (Lambertsen, 1992; Perry et al., 1999).

Caractéristiques et physiologie de l’espèce

Le rorqual commun atteint 95 p.100 de sa taille maximale à l’âge de 9 à 13 ans (Aguilar, 2002). En se servant de données sur le degré d’ossification de la colonne vertébrale, Aguilar et Lockyer (1987) ont établi que les deux sexes accédaient à la maturité physique vers l’âge de 25 ans. Les adultes font en moyenne 24 m de longueur dans l’hémisphère nord et 27 m dans l’hémisphère sud. Les femelles adultes peuvent mesurer jusqu’à 2 m de plus que les mâles adultes (Lockyer et Waters, 1986; Ralls et Mesnick, 2002; Reeves et al., 2002). Le poids moyen enregistré chez les adultes varie de 40 à 50 tonnes dans l’hémisphère nord et de 60 à 80 tonnes dans l’hémisphère sud (Jefferson et al., 1993; Aguilar, 2002). Ces estimations ont été calculées à partir des données de la chasse commerciale à la baleine, après correction pour la perte liquidienne pendant le dépeçage (Lockyer, 1976; Gambell, 1985). Les rorquals communs peuvent vivre jusqu’à l’âge de 100 ans (Gambell, 1985).

Le rorqual commun lève rarement la queue avant la dernière plongée et il ne lui arrive que très occasionnellement de sortir complètement de l’eau ou de frapper la surface de l’eau avec sa nageoire caudale ou ses ailerons. Le lien étroit qui unit la mère et son nouveau-né disparaît avec le sevrage. Il n’existe aucune donnée révélant l’existence de liens sociaux à long terme. Les rorquals communs se déplacent parfois en groupes de 2 à 7 bêtes, mais des troupeaux plus importants, quoique éphémères, se forment dans des secteurs de forte productivité (Aguilar et Lockyer, 1987).

Migration

Les chercheurs s’entendent généralement pour dire que la plupart des rorquals communs migrent entre leurs lieux d’alimentation, qui se trouvent sous de hautes latitudes, et leurs lieux de mise bas et d’accouplement, qui sont situés sous des latitudes plus basses (Macintosh, 1965; Sergeant, 1977). Cependant, les rorquals communs semblent se déplacer selon des profils de migration beaucoup plus complexes.

Dans le Pacifique Nord, Pike (1950) a noté que certains individus, principalement des jeunes, semblaient passer l’été à s’alimenter au large de la Colombie-Britannique. Au cours de récents recensements estivaux, il a été possible d’observer des rorquals communs qui se nourrissaient au-dessus et en bordure de la plateforme continentale (J.K.B. Ford, comm. pers.).

Des travaux de surveillance acoustique ont été réalisés de septembre 1991 à août 1992 au moyen d’un réseau d’hydrophones posés sur le plancher océanique (Moore et al., 1998). L’hydrophone installé le plus près du Canada (site 5, près du 45e parallèle Nord) a capté des vocalisations de rorquals communs tout au long de l’année. Le nombre de vocalisations enregistrées à cet endroit a atteint un sommet en février et en mai, époques où presque aucune vocalisation n’a été captée aux sites aménagés plus au sud. De plus, une hausse d’intensité des vocalisations observée au site 5 en juillet-août a été suivie environ un mois plus tard d’une hausse similaire des vocalisations au site voisin situé plus au sud.

En se fondant sur des signaux acoustiques, Watkins et al.(2000) n’ont trouvé aucune preuve de migration à grande échelle dans le Pacifique Nord. Cependant, le signal employé (des impulsions de 20 Hz) a été associé au comportement d’accouplement des mâles (Watkins et Schevill, 1979). On peut donc difficilement conclure que les rorquals communs ne parcourent pas de grandes distances dans le Pacifique Nord.

Certaines données indiquent que la migration se fait par groupes d’âge dans le Pacifique Nord (Gregr et al., 2000)et dans l’est de l’Atlantique Nord, où Aguilar (1987) et d’autres scientifiques ont observé une migration selon l’ordre suivant : les femelles gravides partent en premier et elles sont suivies des mâles et des femelles au repos, puis des femelles allaitantes avec leurs petits. Cependant, Agler et al.(1993) ont découvert que les femelles accompagnées de baleineaux arrivent aux lieux d’estivage en même temps que les autres rorquals dans le golfe du Maine.

Dans l’Atlantique, il semblerait que les stocks de Terre-Neuve et de la Nouvelle-Écosse migrent vers le sud en hiver, le stock de Terre-Neuve investissant les lieux d’estivage laissés vacants par le stock de la Nouvelle-Écosse, qui migre plus au sud (Kellogg, 1929; Allen, 1971; Mitchell, 1974). Le golfe du Saint-Laurent accueille aussi des rorquals communs tout au long de l’été, et certains se rendent jusque dans l’estuaire (Edds et MacFarlane, 1987; Kingsley et Reeves, 1998). Il se peut que le Gulf Stream influe sur la répartition latitudinale des habitats en rendant les eaux septentrionales propices à l’hivernage, d’où les déplacements plus courts entre le nord et le sud(Aguilar et Lockyer, 1987).

Les observations faites à longueur d’année dans des régions telles que la côte est de la Nouvelle-Écosse (Brodie, 1975), la Méditerranée (Notarbartolo-Di-Sciara et al., 2003)et le golfe de Californie (Tershy et al., 1990) donnent à penser que ce ne sont pas tous les individus d’une même population qui effectuent une migration complète (Mitchell, 1974; Tershy et Wiley, 1992). Selon Aguilar (1987), il arriverait à certains individus de demeurer sous des latitudes plus élevées tout au long de l’hiver ou sous des latitudes plus basses pendant tout l’été.

Le rorqual commun est un animal qui communique beaucoup par la voix. L’activité acoustique s’intensifie de façon marquée à la fin d’août et à l’automne et elle reprend de plus belle au milieu de l’hiver au rebord de la plateforme néo-écossaise et un peu plus au large. Ces vocalisations pourraient annoncer une migration vers le sud en automne et une migration vers le nord à la fin de l’hiver (Clark, 1995).

Walker et al. (1992) ont découvert des corrélations saisonnières statistiquement significatives entre les mentions de rorquals communs et les secteurs de faible intensité et de faible gradient géomagnétiques, ce qui donne à penser que les rorquals communs se servent peut-être du magnétisme de la Terre pour s’orienter pendant leurs migrations.

Alimentation

Le rorqual commun se nourrit de tout un éventail de proies. Dans l’hémisphère nord, il mange généralement des petits invertébrés, des petits poissons rassemblés en bancs et des calmars (Jefferson et al., 1993; Bannister, 2002). L’information existante corrobore l’hypothèse de Gambell (1985), selon laquelle le régime alimentaire du rorqual commun est fonction tout autant de l’abondance des proies que des préférences de l’animal.

Dans le Pacifique Nord, le régime alimentaire du rorqual commun est dominé par les euphausiacés (70 p.100). Viennent ensuite les copépodes (25 p.100), puis des poissons et des calmars (Kawamura, 1980). Flinn et al. (2002) ont examiné les données sur le contenu stomacal des rorquals communs capturés en Colombie-Britannique et ils ont trouvé des résultats semblables.

Dans les eaux de l’est du Canada, le rorqual commun se nourrit principalement d’euphausiacés et de capelans. Les euphausiacés sont plus abondants au début de l’année, alors que la proportion de capelans s’accroît plus tard dans l’été (Sergeant, 1966). Le capelan semble dominer le régime alimentaire de l’espèce au large de Terre-Neuve (Mitchell, 1975; Brodie et al., 1978; Whitehead et Carscadden, 1985). Dans la baie de Fundy, les euphausiacés deviennent la principale proie dès que les concentrations sont suffisamment denses dans les eaux de surface (Gaskin, 1983). On peut présumer que les rorquals communs de l’estuaire du Saint-Laurent tirent parti des fortes concentrations locales d’euphausiacés et des bancs de capelans associés (Simard et Lavoie, 1999). Ils partagent leur lieu d’alimentation avec les rorquals à bosse, mais l’analyse des acides gras confirme que le rorqual commun occupe une position plus élevée dans la chaîne trophique (Borobia et al., 1995). H. Whitehead (données inédites) a déjà observé des rorquals communs qui se nourrissaient de hareng au large de la Nouvelle-Écosse.

Relations interspécifiques

Comme les aires de répartition et les régimes alimentaires du rorqual commun et d’autres baleines à fanons se recoupent, il y a probablement concurrence interspécifique (Aguilar et Lockyer, 1987). Il n’est pas rare d’apercevoir des groupes mixtes de rorquals communs et de rorquals bleus, et des hybrides sont observés à une fréquence étonnante(Bérubé et Aguilar, 1998). Dans la baie de Fundy et au large de Terre-Neuve, plusieurs chercheurs font état de rorquals communs et de rorquals à bosse qui s’alimentent dans les mêmes secteurs (Whitehead et Carlson, 1988; Katona et al., 1993). Les rorquals communs côtoient également les baleines noires à l’entrée de la baie de Fundy (Woodley et Gaskin, 1996) et sur la plateforme néo-écossaise (Mitchell et al., 1986). Whitehead et Carlson (1988)croient qu’il pourrait y avoir compétition par interférence et compétition d’exploitation entre le rorqual à bosse et le rorqual commun dans les secteurs abritant des bancs de capelans.

Dans une certaine mesure, il se peut que les grandes baleines à fanons, qui ont été décimées par la chasse, aient été « remplacées » dans l’écosystème par des stocks de poissons écologiquement équivalents (Payne et al., 1990). Trites et al. (1999) sont d’avis que, dans la mer de Béring, certaines espèces de poissons livrent une forte concurrence aux baleines.

Adaptabilité

Les rorquals communs peuvent consommer des petits poissons rassemblés en bancs, ce qui témoigne d’une stratégie d’alimentation relativement souple. Par conséquent, ils sont sans doute mieux en mesure de s’adapter à la réduction de certaines populations de proies (par exemple les euphausiacés) que les espèces sténophages, comme le rorqual bleu, même s’ils n’y arrivent pas avec autant de facilité que les espèces plus généralistes, comme le rorqual boréal.