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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le rorqual commun (Balaenoptera physalus) au Canada – Mise à jour

Facteurs limitatifs et menaces

Il se peut que les populations de baleines à fanons soient menacées par la chasse, les prises accessoires dans les pêches, les collisions avec des navires, les maladies et la dégradation de leur l’habitat, ce dernier phénomène étant causé par une diminution de la qualité ou de l’abondance des proies par suite des pressions exercées par la pêche ou par la pollution (Clapham et al., 1999). Les perturbations acoustiques dues au trafic maritime et aux activités industrielles figurent également parmi les menaces possibles. 

Facteurs limitatifs

Les facteurs susceptibles de réduire les chances de survie et de rétablissement de l’espèce sont principalement le reflet de la situation globale de nos océans et peuvent difficilement être gérés. Citons en premier lieu la détérioration de l’habitat par suite de l’amenuisement des stocks de proies et la réduction de la valeur adaptative en raison des polluants chimiques. 

Amenuisement des stocks de proies

Il existe généralement un lien étroit entre l’habitat des baleines et la répartition des proies (Gaskin, 1982). Par exemple, Whitehead et Carscadden (1985) ont démontré la corrélation qui existe entre le nombre de baleines présentes dans un secteur donné et les concentrations de capelans. Par conséquent, la diminution des stocks de proies peut être assimilée à une réduction de l’habitat disponible. L’amenuisement des stocks de proies est attribuable à plusieurs facteurs, notamment les effets directs et indirects de la pêche commerciale, le changement climatique et la concurrence entre prédateurs (voir la section « Relations interspécifiques » sous « Biologie »). 

Pollution chimique

Selon O'Shea et Brownell (1994), il n’existe aucune preuve que les métaux ou les organochlorés ont des effets toxiques sur les baleines à fanons (voir également Sanpera et al., 1996), principalement parce que celles-ci occupent une position relativement peu élevée dans le réseau trophique. Cependant, certains produits chimiques immunotoxiques sont considérés comme une menace pour d’autres mammifères marins (Ross, 2002). Les effets observés comprennent l’affaiblissement du système immunitaire, une diminution de la capacité de reproduction, des lésions et des cancers (Aguilar et al., 2002).

D’inquiétantes concentrations d’organochlorés ont été décelées dans des spécimens de rorquals communs prélevés dans le golfe du Saint-Laurent en 1991-1992 (Gauthier et al., 1997). Cependant, à la suite d’une analyse comparative de ces spécimens et d’échantillons prélevés en 1971-1972 au large de Terre-Neuve et de la Nouvelle-Écosse, Hobbs et al.(2001) ont découvert que les rorquals communs du Saint-Laurent présentaient des concentrations nettement inférieures de ces contaminants. Ces résultats s’inscrivent dans les tendances à la baisse observées chez d’autres mammifères marins (principalement les pinnipèdes) dans l’est du Canada (Hobbs et al., 2001), mais Muir et al. (1999) ont remarqué que les concentrations d’organochlorés présentes chez les cétacés avaient augmenté dans certains cas et baissé dans d’autres, selon l’espèce et la région géographique.

Menaces

Engins de pêche

Depuis que la chasse commerciale à grande échelle est interdite, les engins de pêche représentent sans doute la plus grande menace pour les baleines à fanons (Volgenau et al., 1995; Clapham et al., 1999). Il est toutefois difficile d’en évaluer toute l’ampleur, parce que de nombreux cas de problèmes avec des engins de pêche passent probablement inaperçus ou ne sont jamais signalés. À Terre-Neuve, le nombre de cas déclarés a augmenté par suite de l’implantation, en 1979, d’un programme d’aide aux pêcheurs découvrant des cétacés pris dans leurs engins (Lien, 1994).

À Terre-Neuve, les baleines qui se prennent le plus souvent dans les engins de pêche sont le rorqual à bosse et le petit rorqual (Ledwell et Huntington, 2002). Ce type de problème est moins courant avec les rorquals communs (Lien, 1994). Le Center for Coastal Studies (Bob Bowman, comm. pers.; Center for Coastal Studies, P.O. Box 1036, Provincetown [Massachusetts], 02657) a documenté certains incidents mortels. Les études de photo-identification ont elles aussi révélé des cas de problèmes avec des engins de pêche (qui ne se sont pas nécessairement soldés par la mort de l’animal) (Agler et al., 1990).

L’introduction récente de la pêche au filet maillant calé dans la baie de Fundy pourrait également représenter une menace pour l’espèce. Trois rorquals à bosse se sont pris dans ce type d’engin en septembre 2003 (Charles B. Schom, comm. pers.; Surge Inc., Unit C, 157 Water St., St. Andrews [Nouveau-Brunswick], E5B 1A7). En 2003, sept rorquals communs ont été piégés par des engins de pêche du homard près du rebord sud de la plateforme néo-écossaise. Cependant, la cause de la mortalité n’a jamais été établie, et il se peut que les engins de pêche se soient enroulés autour de leur corps après leur mort (Jerry Conway, comm. pers.; Direction de la gestion des ressources, ministère des Pêches et des Océans, C.P. 1035, Dartmouth [Nouvelle-Écosse], B2Y 4T3).

On signale de nombreux cas d’engins de pêche accrochés à la nageoire caudale de diverses espèces de baleines à fanons; il n’est donc pas exclu que le rorqual commun fasse partie des victimes (B. Bowman, comm. pers.). Les cicatrices sur la queue et le pédoncule caudal du rorqual commun sont difficiles à documenter parce que, contrairement au rorqual à bosse, il lève rarement la queue hors de l’eau avant de plonger.

Dans l’océan Pacifique, les filets dérivants déployés en haute mer sont responsables du seul incident mortel déclaré dans les eaux américaines (Carretta et al., 2002). Toutefois, les cas de problèmes avec les filets maillants ne sont pas nécessairement signalés lorsque la baleine réussit à s’enfuir en traînant l’engin. Carretta et al. (2002) sont d’avis que les risques de ce type de problèmes sont faibles chez les grandes baleines, parce qu’elles semblent capables de passer à travers les engins sans s’y prendre ni les endommager. Les rorquals communs seraient apparemment moins susceptibles de mourir empêtrés que la plupart des autres espèces de cétacés, en raison de la taille relativement petite de leurs ailerons et de leur nageoire caudale et parce qu’ils sont suffisamment gros pour se dégager d’un engin lorsqu’ils s’y prennent (Lien, 1994).

En Colombie-Britannique, les rapports sur les échouages de cétacés n’ont fait état d’aucune victime parmi les rorquals communs de 1990 à 1996 (Baird et al., 1991; Guenther et al.,1995; Willis et al., 1996), mais plusieurs cas de problèmes avec des engins de pêche impliquant de grandes baleines non identifiées ont été signalés. Au cours d’un recensement effectué en 2004, des chercheurs ont observé au large de l’extrémité sud-est de l’île Moresby un rorqual commun qui traînait ce qui semblait être une ligne de casier à crabe (J.K.B. Ford, comm. pers.).

En Colombie-Britannique, à Terre-Neuve-et-Labrador, la plupart des cétacés échoués ou empêtrés dans des engins de pêche passent fort probablement inaperçus en raison du caractère isolé d’une bonne partie des côtes de ces régions, surtout si l’animal s’est éloigné de la zone de pêche en traînant l’engin avec lui. En raison de la superficie relative des deux plateformes continentales, les rorquals communs croisent moins souvent les zones de pêche côtière du nord-est du Pacifique que celles du nord-ouest de l’Atlantique. Par conséquent, les risques de problèmes avec les filets de pêche sont actuellement beaucoup moins élevés pour la population du Pacifique. 

Collision avec des navires

La plupart des collisions surviennent avec des navires d’au moins 80 m de longueur qui se déplacent à une vitesse de 14 nœuds ou plus, et elles font plus de victimes chez les rorquals communs que chez tous les autres Balénoptéridés (Laist et al., 2001). Pendant l’été de 1999, un rorqual commun est entré en collision avec un navire en Colombie-Britannique (Anonyme, 2002). En 2002, quatre spécimens sont arrivés morts au Puget Sound à la proue de pétroliers (J. Calambokidis, comm. pers.). En juin 2004, un rorqual mort qui flottait à la surface a été découvert au large de la côte ouest de l’île de Vancouver; il avait apparemment été frappé par un navire (J.K.B. Ford, comm. pers.).

Des rorquals communs morts ont également été découverts à la proue de navires entrant dans le port d’Halifax (Paul Brodie, comm. pers.). Au cours d’une période de 13 ans, il a été possible d’établir un lien de causalité direct avec une collision dans 26 p.100 des cas d’échouage dans la Méditerranée (Notarbartolo-Di-Sciara et al., 2003). Cependant, les collisions ne sont pas toutes mortelles. Pesante et al. (2000) ont découvert que 4 p.100 des animaux figurant dans un catalogue de photo-identification portaient sur le dos ou les nageoires des cicatrices attribuables à une collision avec un navire.

Les collisions avec les navires ne sont probablement pas toutes déclarées, parce qu’il peut arriver que les animaux mortellement frappés sombrent au fond de l’eau avant d’être aperçus. En outre, certains chercheurs pensent que, dans les régions à forte circulation maritime, les animaux s’accoutument au bruit ambiant des navires et ont ainsi moins tendance à les éviter (R. Sears, comm. pers.).

En Colombie-Britannique, on envisage actuellement l’expansion d’un port près de Vancouver afin d’accueillir les plus gros superpétroliers actuellement en exploitation (VPA, 2004). Toute augmentation du trafic maritime ou de la dimension des navires circulant dans les eaux exposées de la plateforme continentale de la Colombie-Britannique représente une menace pour les rorquals communs. Le même plaidoyer pourrait être fait pour la Voie maritime du Saint-Laurent, l’un des couloirs de navigation les plus fréquentés du continent, et pour les approches du port d’Halifax. 

Perturbations acoustiques

Les bruits d’origine humaine en milieu marin s’intensifient de façon marquée depuis les années 1950 (Croll et al., 2001), et ce rapide changement de l’environnement acoustique pourrait se révéler lourd de conséquences pour les mammifères marins, qui ont évolué dans un environnement beaucoup plus silencieux (Tasker et al., 1998). Les effets possibles du bruit sur les baleines à fanons sont nombreux : accoutumance, masquage des vocalisations, modification du comportement d’évitement, perte auditive temporaire et, dans des cas extrêmes, perte auditive permanente ou autres dommages physiologiques (Croll et al., 2001).

Les chercheurs s’intéressent surtout aux bruits industriels engendrés par les projets gaziers et pétroliers au large des côtes. Ils ont réalisé de nombreuses études sur la réaction comportementale des baleines – principalement l’évitement – aux levés sismiques (Gordon et al., 1998). Le rorqual commun figurait parmi les espèces visées par l’étude de Stone (2003), qui a découvert que les baleines à fanons étaient observées moins souvent et affichaient un comportement d’évitement pendant les tirs de canons à air. De plus, les rorquals boréaux et les rorquals communs avaient tendance à plonger moins souvent pendant ces tirs, peut-être parce que les bruits captés sont plus faibles près de la surface qu’en profondeur (Richardson et al., 1995).

Le premier projet canadien d’exploitation en milieu extracôtier a débuté au large de la Nouvelle-Écosse en 1992 (NSPD, 2004). À l’issue des évaluations environnementales rattachées à ce projet, il a été conclu que les impacts sur les mammifères marins varieraient de négligeables à faibles et qu’ils ne se feraient sentir qu’à court terme (Davis et al., 1998; Thomson et al., 2000). Cependant, de nombreuses questions demeurent sans réponse, notamment en ce qui a trait à la propagation acoustique (Gordon et al., 1998).

En Colombie-Britannique, les discussions entourant l’exploration pétrolière et gazière sont relativement nouvelles. Un groupe d’experts de la Société royale du Canada (RSC, 2004) a recommandé la levée d’un moratoire de 30 ans sur l’exploration. Il a cependant proposé un régime de réglementation rigoureux et souligné l’importance de réunir les nombreux renseignements manquants, notamment de recueillir des données de référence, et de délimiter l’habitat essentiel des espèces marines en péril avant d’amorcer toute activité de prospection. Cette recommandation revêt un intérêt particulier pour ce qui est du rorqual commun parce que les secteurs à fort potentiel d’hydrocarbures chevauchent les zones abritant des concentrations relativement denses de l’espèce. 

Chasse à la baleine

La chasse à la baleine demeure une menace pour les populations de rorquals communs. En effet, l’espèce est encore chassée au Groenland, où les Autochtones sont autorisés par la Commission baleinière internationale à pratiquer une récolte de subsistance. De plus, l’Islande s’est dite intéressée par la possibilité de reprendre la chasse au rorqual commun.