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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la buse rouilleuse au Canada – Mise à jour

Taille et tendances des populations

Activités de recherche

Les activités de dénombrement pour la Buse rouilleuse varient considérablement (tableau 1), ce qui influe sur la précision des estimations des populations. En 2006, des nids ont été cherchés dans environ 15 400 km² d’habitat propice en Saskatchewan, y compris la plupart des sites de reproduction historiques connus, ce qui représente environ 12 % de l’aire de répartition de l’espèce dans cette province (U. Banasch, comm. pers., 2006). Étant donné que les 4 relevés précédents en Alberta étaient relativement peu précis, trois nouvelles procédures ont été mises en place pour le relevé de 2005 de la Buse rouilleuse dans cette province (Downey, 2005). Premièrement, les quadrats ont été stratifiés en deux strates (< 50 % et ≥ 50 % de prairies indigènes), deuxièmement, le nombre de quadrats a été augmenté et troisièmement, l’aire d’étude a été réduite à ce qu’elle était auparavant dans les relevés de 1987 à 1992 (Taylor, 2003; Saunders, 2005).

Abondance

Au Canada, c’est l’Alberta qui possède la densité la plus élevée de Buses rouilleuses reproductrices (tableau 1). Cependant, les densités de reproduction varient grandement en fonction de la disponibilité des proies. Par exemple, il y avait une différence du quintuple dans les densités entre les relevés effectués en 1976-1977 et en 1984-1988 et celui réalisé en 1987. Il est à remarquer que ces relevés ne sont pas parfaitement comparables étant donné qu’ils sont fondés sur différentes aires d’étude et intensités de recherche. La densité de Buses rouilleuses en Saskatchewan est faible (tableau 1), mais elle est répartie sur une plus grande région.

Tableau 1. Densités de reproduction de la Buse rouilleuse provenant de diverses études
LieuAnnéesAire d’étude (km²)Nids/100 km²Source
Alberta
1976-1977 et 1984-1988
11,6
Schmutz et al., 1980
Alberta
1987
2,3
Schmutz, 1987
Saskatchewan
1978-1988
1,9
Harris, 1989
Saskatchewan
1986-1988
1,5
Banasch, 1989
Saskatchewan
2006
1,8
Banasch, comm. pers., 2006
Manitoba
1988
1,1
De Smet et Conrad, 1991
Note de tableau a

Intensité de recherche : recherche achevée

Retour à la premièreréférence de la note de tableaua

Note de tableau b

Intensité de recherche : recherche achevée avec un échantillonnage aléatoire

Retour à la référence de la note de tableaub

Note de tableau c

Intensité de recherche : recherche optimale

Retour à la premièreréférence de la note de tableaub

Au Manitoba, le nombre de couples nicheurs était en moyenne de 43,2 entre 1987 et 2004 (il a varié de 11 couples en 1987 à 56 en 1991); le dernier dénombrement était de 42 couples en 2005 (K. De Smet, comm. pers.). En Saskatchewan, 900 sites de reproduction de la Buse rouilleuse ont été consignés, ce qui comprend les observations compilées pendant la réalisation de l’atlas (Smith, 1996) et l’ajout d’observations plus récentes (A. R. Smith, comm. pers.). En supposant que de nombreux sites sont probablement inconnus, A. R. Smith (comm. pers.) estime que la province compte au moins 1 000 sites. Dans l’aire d’étude de Maple Creek, le taux d’occupation est de 50 % (A. Smith, comm. pers.), ce qui donne à penser qu’il pourrait y avoir 500 couples de Buses rouilleuses en Saskatchewan. Une autre estimation approximative relativement à cette province indique de 300 à 400 couples (D. Zazelenchuk, comm. pers.).

Le relevé de la Saskatchewan entrepris en 2006 couvrait environ 12 % de l’aire de répartition de l’espèce dans cette province. Des recherches planifiées ont été réalisées dans l’ensemble de l’aire de répartition; tous les sites historiques connus ont été visités ainsi que d’autres régions d’habitat propice à l’espèce (U. Banasch, comm. pers.). Ce relevé a permis de dénombrer 278 nids, mais étant donné qu’il n’était pas aléatoire, il est difficile d’extrapoler ce nombre pour estimer la population totale de la Saskatchewan. En tenant compte du fait que tous les sites historiques ont été vérifiés et que 278 nids ont été trouvés, il semble probable que cette population compte moins de 500 couples.

La dernière estimation de la population de l’Alberta est de 618 ± 162 couples, soit 1 236 adultes (Downey, 2006).

Ces estimations provinciales (Alberta – 618; Saskatchewan – 500; Manitoba – 42) laissent croire que la population canadienne totale pourrait compter moins de 1 200 couples, soit la moitié du nombre estimé en 1998 (Kirk et Hyslop, 1998).

Fluctuations et tendances

L’aire de répartition canadienne de la Buse rouilleuse a diminué d’environ la moitié depuis les années 1920 (Schmutz et Schmutz, 1980).

Quatre sources fournissent des données sur les tendances des populations canadiennes de Buses rouilleuses : 1) les données à long terme sur la productivité de la nidification en Saskatchewan et au Manitoba et les estimations de la population en Alberta; 2) les résultats des Relevés des oiseaux nicheurs (BBS); 3) les dénombrements des oiseaux migrateurs provenant de la surveillance des oiseaux de proie; 4) les Recensements des oiseaux de Noël aux États-Unis.

  1. Les relevés de 1987 et de 1992 en Alberta laissaient entendre que la population provinciale de Buses rouilleuses comptait 1 700 couples (Schmutz, 1987, 1993), mais, en 2000, seuls 731 couples ont été dénombrés (Stepnisky et al., 2001, 2004). La dernière estimation (2005) est de 618 + 162 couples; elle est considérée comme étant plus précise que celle de 2000 et est considérablement plus petite que celle de 1992 (Downey, 2005). Étant donné que le relevé était fondé sur 93 % de la région des Prairies, il est possible que certains oiseaux n’aient pas été comptés en périphérie, mais cela n’ajouterait pas plus de 50 couples (R. Quinlan dans une comm. pers. adressée à Downey, 2005). Toutefois, il est certain que la population de l’Alberta est faible depuis 2000 et en déclin depuis le début des années 1990 (Downey, 2005). Elle a diminué d’environ 64 % de 1992 à 2005. Les estimations de la population de cette province sont représentées dans le graphique de la figure 4.

    Le succès de reproduction de la Buse rouilleuse montre des variations importantes en réaction aux changements dans l’abondance du spermophile. En Alberta, Downey et al. (2003) ont trouvé une corrélation positive entre le nombre de Buses rouilleuses et les densités de spermophiles. Bien que les données historiques sur le spermophile dans cette province soient limitées, il semble que le nombre d’individus ait été élevé de la fin des années 1980 et au début des années 1990, d’après les ventes de poison utilisé par les agriculteurs contre cette espèce (Schmutz et Hungle, 1989). Les densités de la nidification aux environs de Hanna, en Alberta, ont légèrement augmenté, passant de 10,3 ± 0,5 (erreur-type) par 100 km² entre 1975 et 1977 à 13,5 ± 0,2 (erreur-type) entre 1986 et 1990, puis ont brusquement diminué à 4,4 ± 0,6 entre 2001 et 2006 (figure 4; Schmutz et al., 2008).

    En Saskatchewan, Houston et Zazalenchuk (2006) ont récemment examiné la productivité de 1 433 nids de Buses rouilleuses entre 1969 et 2004 relativement au nombre de spermophiles. De 1967 à 1987 (période 1), lorsque le nombre de spermophiles était élevé, la productivité était en moyenne de 3,0 jeunes par nid. Parmi tous les nids examinés, ceux comptant 4 et 5 jeunes représentaient en moyenne 32 % et 4 %, respectivement. Lorsque le nombre de spermophiles a baissé brusquement entre 1988 et 1996 (période 2), la productivité moyenne de la Buse rouilleuse a diminué à 2,7 jeunes par nid. À la différence de la période 1, les nids contenant 4 et 5 jeunes représentaient seulement 18 % et 1 %, respectivement, de l’ensemble des nids examinés. De 1997 à 2002 (période 3), malgré le fait que le nombre de spermophiles augmentait de manière lente et irrégulière (atteignant environ la moitié du nombre initial de 2003), la productivité de l’espèce était en moyenne de 2,7 jeunes par nid. La productivité n’a commencé à s’accroître qu’entre 2003 et 2005, période où elle était encore en moyenne de 3,0 jeunes par nid (Houston et Zazalenchuk, 2006).

    Figure 4. Nombre estimé de couples de Buses rouilleuses en Alberta et densité de reproduction de l’espèce aux environs de Hanna (Alberta) (données de J. Schmutz, comm. pers.).

    Figure 4.  Nombre estimé de couples de Buses rouilleuses en Alberta et densité de reproduction de l’espèce aux environs de Hanna (Alberta) (données de J. Schmutz, comm. pers.).

     

    Tableau 2. Nombre estimé de couples de Buses rouilleuses en Alberta (1982-2005). Données de Schmutz (1993), sauf les données de 2000, qui sont tirées de Stepnisky et al. (2002).
    AnnéeNombre de quadratsAire d’étude (km²)Nombre estimé de couplesLimites de confiance de 95 %Intervalles de confiance de 95 %
    1982
    80
    74 686
    1 082
    40,5
    653-1 511
    1987
    83
    77 947
    1 791
    28,5
    1 307-2 275
    1992
    85
    77 947
    1 702
    30,6
    1 181-2 223
    2000
    86
    77 947
    731
    50,1
    364-1 097
    2005
    147
    77 157
    618
    26,2
    456-780
  2. Les résultats des BBS, bien que fondés sur des échantillons de taille relativement petite, donnent à penser que la tendance de la population canadienne de Buses rouilleuses est stable ou croissante (tableau 3, figure 5).

    Tableau 3. Tendances annuelles du Relevé des oiseaux nicheurs (BBS) pour la Buse rouilleuse au Canada, en Alberta et en Saskatchewan (Downes et Collins, 2007). * : 0,05 < p < 0,10.
    Région1968-20061968-19851986-20061996-2006
    Canada
    8,7* (51)
    8,7 (15)
    0,1 (44)
    8,0 (33)
    Alberta
    7,4 (31)
    ---
    2,5 (28)
    10,1 (24)
    Saskatchewan
    1,1 (16)
     
     
     

    Figure 5. Indices annuels de la population canadienne de Buses rouilleuses (Downes et Collins, 2007).

    Figure 5. Indices annuels de la population canadienne de Buses rouilleuses (Downes et Collins, 2007).
  3. Selon les dernières analyses de six sites de surveillance des oiseaux de proie dans l’ouest de l’Amérique du Nord, des déclins à long terme se sont produits dans les populations de Buses rouilleuses (Hoffman et Smith, 2003). Sur deux de ces sites (dans les montagnes Goshute, au Nevada, et les montagnes Wellsville, dans l’Utah), les taux de passage ont augmenté jusqu’au début et à la moitié des années 1990, puis ont diminué; des déclins à long terme se sont produits à deux autres sites (dans les montagnes Manzano, au Nouveau-Mexique, et à Lipan Point, en Arizona). Les taux de passage étaient également inférieurs à la moyenne depuis 1998 pour les deux autres sites de migration (Hoffman et Smith, 2003).
  4. Les tendances continentales des populations de l’espèce provenant des données des Recensements des oiseaux de Noël (1977-2001) montrent une relation quadratique importante (courbe convexe, c.-à-d. une répartition en forme de cloche; P < 0,01; National Audubon Society, 2005). Une analyse plus récente des mêmes données a produit une importante tendance annuelle croissante des populations de 2,1 ± 0,7 % dans l’ensemble de l’aire de répartition de l’espèce au cours des 40 dernières années.

    Figure 6. Nombre total de Buses rouilleuses des Recensements des oiseaux de Noël, corrigé en fonction des activités, du 75e recensement (1974-1975) au 107e recensement (2005-2006). Les données proviennent de l’ensemble de l’ouest des États-Unis.

    Figure 6.  Nombre total de Buses rouilleuses des Recensements des oiseaux de Noël, corrigé en fonction des activités, du 75e recensement (1974-1975) au 107e recensement (2005-2006). Les données proviennent de l’ensemble de l’ouest des États-Unis.

En résumé, les données des BBS et des relevés en Alberta indiquent une augmentation de la population au cours des années 1980, suivie d’un déclin dans les années 1990. La population actuelle semble être plus petite dans cette province qu’elle ne l’était au début des années 1990, mais la tendance de la population nationale est plutôt incertaine, car aucune série de relevés comparables n’a été effectuée en Saskatchewan. Toutefois, des études démographiques dans cette province montrent un déclin de la densité de la nidification, et les effectifs au Manitoba ont également connu une baisse.

Immigration de source externe

Il est possible que, étant donné la propension nomade de la Buse rouilleuse, des individus occupent des aires vacantes si un habitat de prairies indigènes et une abondance adéquate de proies sont disponibles. Cependant, peu de renseignements sont connus au sujet de la fidélité aux sites des populations migratrices ou de l’importance du nomadisme; il y a quelques données sur les taux de retour d’individus bagués (Bechard et Schmutz, 1995).