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Programme de rétablissement du chat-fou du Nord (Noturus stigmosus) au Canada

1. Contexte

1.1 Information sur l'évaluation de l'espèce provenant du Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC)

Nom commun (population) : Chat-fou du Nord

Nom scientifique : Noturus stigmosus

Désignation actuelle par le COSEPAC et année de la désignation : En voie de disparition (2002)

Justification de la désignation : Cette espèce a une aire de répartition canadienne très limitée (elle subsiste à deux endroits) et subit l'incidence de la détérioration de la qualité de l'eau et des interactions négatives potentielles avec une espèce exotique, le gobie à taches noires (Neogobius melanostomus). Une population (rivière Sydenham) est disparue depuis 1975.

Occurrence au Canada : Ontario

Historique de la désignation du COSEPAC : Espèce examinée en avril 1993 et classée dans la catégorie des espèces pour lesquelles les données sont insuffisantes. Réexamen en avril 1998 : désignée en tant qu'espèce « préoccupante ». Désignation réexaminée en novembre 2002 : l'espèce est inscrite à un degré de risque plus élevé, c'est-à-dire « en voie de disparition ». La dernière évaluation est fondée sur un rapport de situation publié accompagné d'un addenda.

1.2 Description

La description suivante est adaptée d’Holm et Mandrak (1998). Le chat-fou du Nord (Noturus stigmosus; Taylor, 1969) est un poisson-chat (Ictaluridés) de petite taille (longueur totale maximale de 132 mm) dont le corps, tacheté en grande partie, présente trois marques distinctes en forme de selle situées sur le dos, plus précisément à l’avant et à l’arrière de la nageoire dorsale ainsi qu’à l’emplacement de la nageoire adipeuse (figure 1). Deux taches pâles dont le diamètre est plus petit que celui de l’œil sont d’ordinaire présentes à l’avant de la nageoire dorsale. Les bords des nageoires dorsale et adipeuse sont pâles, et trois ou quatre barres irrégulières en forme de croissant sont présentes sur la nageoire caudale. La barre du milieu s’étend généralement depuis les rayons caudaux supérieurs jusqu’aux rayons caudaux inférieurs et atteint le pédoncule caudal. Les mâles reproducteurs ont la tête aplatie, sont couverts de pigments sombres et possèdent des renflements bien visibles à l’arrière des yeux ainsi que sur la nuque, les lèvres et les joues. Le chat-fou du Nord est souvent confondu avec le chat-fou tacheté (N. miurus), dont les bords des nageoires dorsales et adipeuses ne sont pas pâles. Chez le chat-fou tacheté, l’extrémité de la nageoire dorsale est noire et l’encoche présente entre la nageoire adipeuse et la queue est moins profonde (Holm et al., 2009).

Aucune sous-espèce de chat-fou du Nord n’a été reconnue (Holm et Mandrak, 1998); cependant, d’après Mayden et al. (1992, cité dans Holm et Mandrak, 1998), l’espèce pourrait être polytypique, ce qui pourrait justifier sa division en plusieurs espèces. Le chat-fou du Nord a été soumis à une révision taxonomique, et on a décrit une nouvelle espèce (N. gladiator) à partir des populations de la plaine du Kentucky et du Tennessee (Thomas et Burr, 2004). Dans une étude portant sur les relations phylogéniques qui existent entre les espèces du genre Noturus spp., Hardman (2004) a comparé les séquences des nucléotides des populations de chats-fous du Nord (maintenant considérés comme appartenant à l’espèce N. gladiator [Thomas et Burr, 2004]) qui sont observées au-dessus et en dessous de la Fall Line (petite falaise donnant sur l’est, parallèle à la côte atlantique, du New Jersey jusqu’aux Carolines); il en a conclu que les populations sont génétiquement différentes dans une proportion inférieure à 1 %, bien qu’elles soient différentiables sur le plan morphologique. Il est important de noter qu’aucun spécimen canadien n’a été inclus dans ces études taxonomiques.


Figure 1. Chat-fou du Nord (Noturus stigmosus)

Chat-fou du Nord (voir description longue ci-dessous).

© 1996 Joseph R. Tomelleri.

Description pour la figure 1

La figure1 est intitulée « Chat-fou du Nord (Noturus stigmosus) ». Elle montre un dessin en couleurs du chat-fou du Nord, dont le nom scientifique est Noturus stigmosus. Le dessin est l’œuvre de Joseph R. Tomelleri.


1.3 Populations et aire de répartition

Aire de répartition :

Aire de répartition mondiale

Le chat-fou du Nord est originaire de l’Amérique du Nord et affiche une aire de répartition disjointe dans des parties des bassins hydrographiques du Mississippi et de l’ouest du lac Érié et du lac Sainte-Claire (figure 2). Il est présent dans plusieurs tributaires du réseau hydrographique du Mississippi au Tennessee. Il est également présent dans la majeure partie du bassin de la rivière Ohio en Indiana, au Kentucky et en Ohio ainsi que dans des zones restreintes de l’Illinois, de la Pennsylvanie et de la Virginie-Occidentale. Dans le bassin ouest du lac Érié, le chat-fou du Nord est présent dans plusieurs tributaires en Indiana, au Michigan et en Ohio ainsi que dans le lac Sainte-Claire et les rivières Detroit et Sainte-Claire, qui séparent le Michigan de l’Ontario (Holm et Mandrak, 2001).


Figure 2. Aire de répartition mondiale du chat-fou du Nord

Aire de répartition mondiale du chat-fou du Nord (voir description longue ci-dessous).

Description pour la figure 2

La figure 2 est intitulée « Aire de répartition mondiale du chat-fou du Nord ». La carte délimite quatre zones, deux grandes et deux petites. L’une des grandes zones part du milieu de l’Illinois et s’étend vers l’est en traversant la partie supérieure de l’Indiana et la partie inférieure du Michigan; elle englobe le lac Sainte-Claire et s’étend jusqu’en Ontario. La seconde grande zone part du milieu du Kentucky; elle englobe la limite inférieure de l’Indiana, la partie sud-ouest de l’Ohio et la partie nord-ouest de la Virginie-Occidentale. La troisième zone est la plus petite; elle se situe à moitié en Illinois et à moitié au Kentucky. La dernière zone est également de petite taille et se trouve entièrement en Pennsylvanie, dans le coin nord-ouest de cet État.

 

Aire de répartition canadienne

Au Canada, on n’observe le chat-fou du Nord que dans le lac Sainte-Claire et dans les rivières Detroit, Sainte-Claire, Sydenham et Thames (figure 3). On estime que l’espèce a disparu de la rivière Sydenham (Holm et Mandrak, 1998).

Pourcentage de l’aire de répartition mondiale au Canada

L’aire de répartition canadienne représente probablement moins de 5 % de la répartition mondiale.

Tendance en matière de répartition

Il est difficile d’évaluer les changements dans la répartition du chat-fou du Nord en raison de lacunes dans les données d’échantillonnage. On ne sait pas vraiment si les nouvelles observations de l’espèce (depuis la première observation faite au Canada en 1963) sont imputables à une expansion de l’aire de répartition ou à un échantillonnage plus intensif (Holm et Mandrak, 1998).


Figure 3. Aire de répartition canadienne du chat-fou du Nord

Aire de répartition canadienne du chat-fou du Nord (voir description longue ci-dessous).

Il est à noter que la figure n’inclut pas un relevé historique récemment confirmé qui a été effectué en 1929 dans la rivière Sydenham est.

Description pour la figure 3

La figure 3 est intitulée « Aire de répartition canadienne du chat-fou du Nord ». La carte montre le sud-ouest de l’Ontario. Les différents points de données sont indiqués selon l’année de capture. La carte montre que le chat-fou du Nord a été observé dans les rivières Thames, Sainte-Claire et Detroit depuis 2001. Avant cette date, le chat-fou du Nord a aussi été observé dans le lac Sainte-Claire.

 

Taille et situation de la population

Taille et situation de la population mondiale

Le chat-fou du Nord est tenu pour rare à extrêmement rare dans l’ensemble de son aire de répartition (tableau 1) et est classé vulnérable à l’échelle mondiale (NatureServe, 2009). On considère que l’espèce est gravement en péril en Illinois, en Indiana, au Michigan, en Ohio et en Virginie-Occidentale. En Pennsylvanie et au Kentucky, on considère que le chat-fou du Nord est en péril et en péril/vulnérable, respectivement. On ne lui a attribué aucun rang en Arkansas (NatureServe, 2009). On estime qu‘à l’échelle mondiale, les populations de chats-fous du Nord tendent à décliner ou à rester stables à court terme (de ± 10 % de fluctuation à 30 % de déclin) (NatureServe, 2009).

 

Tableau 1. Rangs de priorité du patrimoine attribués aux échelles nationale et infranationale au Canada et aux États-Unis (NatureServe, 2009)
Rangs NX (national : Canada et États-Unis)Rangs SX (provinces/États)
Canada (N1N2)Ontario (S1)
États-Unis (N3)Arkansas (SNR), Illinois (S1), Indiana (S1), Kentucky (S2S3), Michigan (S1), Ohio (S1), Pennsylvanie (S2), Virginie-Occidentale (S1)

 

Taille et situation de la population canadienne

Au Canada, le chat-fou du Nord est observable dans une superficie inférieure à 1 600 km2, et son habitat représente moins de 700 km2 (COSEPAC, 2002); cependant, cette aire de répartition n’inclut pas la rivière Sainte-Claire, où l’on a confirmé récemment la présence de l’espèce.

Lac Sainte-Claire, rivières Detroit et Sainte-Claire

Le premier spécimen de chat-fou du Nord signalé au Canada a été recueilli à l’aide d’un chalut dans le lac Sainte-Claire, près de l’embouchure de la rivière Detroit, en 1963 (Trautman, 1981). Bien que sa présence au Canada n’ait été signalée qu’en 1963, il est probable que le chat-fou du Nord a toujours été présent, mais qu’il n’a pas été observé auparavant en raison de sa nature cryptique. En outre, l’espèce est présente dans des secteurs où l’échantillonnage est difficile en raison de problèmes d’accessibilité et de la nature de l’habitat (p. ex. eaux profondes affichant un courant rapide). En 1996, trois juvéniles ont été capturés à l’aide d’une senne le long de la rive sud du lac Sainte-Claire, à l’embouchure de la Belle Rivière, pendant la nuit (Holm et Mandrak, 2001), et un spécimen a été trouvé mort près de l’embouchure du ruisseau Pike (Musée royal de l’Ontario [MRO], données non publiées). La capture accidentelle d’un spécimen par un pêcheur commercial au large de l’île Walpole en 1999 est l’observation la plus récente d’un chat-fou du Nord dans le lac Sainte-Claire au Canada.

En 1994, un chat-fou du Nord a été pris près du site où a eu lieu la première capture d’un spécimen de cette espèce dans la partie canadienne de la rivière Detroit (Holm et Mandrak, 1998) et, en 1996, environ 50 spécimens ont été observés ou recueillis autour de l’île aux Pêches, dans la rivière Detroit. En 2008, un total de 214 chats-fous du Nord ont été capturés dans la rivière Detroit au cours d’une étude par marquage et recapture menée par un étudiant de cycle supérieur et le U.S. Geological Survey (USGS); 145 spécimens ont été pris dans la partie américaine de la rivière adjacente à Belle Isle, et 69 spécimens, y compris quatre jeunes de l’année, ont été capturés à plusieurs occasions (dans un seul site) dans la partie canadienne de la rivière, près de l’île aux Pêches (B. Daley, USGS, données non publiées). Un individu capturé pour la première fois à Belle Isle a été recapturé un mile en amont, à proximité de l’île aux Pêches (B. Daley, données non publiées).

Les résultats préliminaires de l’échantillonnage effectué en 2009 à l’île Fighting, qui se trouve à environ 20 kilomètres en aval de l’île aux Pêches, indiquent que le chat-fou du Nord est présent à cet endroit. Sept spécimens (102-126 mm de longueur totale) ont été capturés dans des pièges à ménés, dans une frayère artificielle construite pour l’esturgeon jaune (Acipenser fulvescens) (U.S. Fish and Wildlife Service [USFWS], données non publiées).

Holm et Mandrak (2001) estiment que les activités limitées de chalutage et d’échantillonnage de nuit qui ont été menées ainsi que les erreurs d’identification de l’espèce sont probablement à l’origine du faible nombre d’observations faites au Canada dans la rivière Detroit et dans le lac Sainte-Claire entre 1963 et 1994.

Dans le cadre de l’échantillonnage (chalut ou senne, de jour ou de nuit) effectué par le MRO en 1996, aucun chat-fou du Nord n’a été capturé ni observé dans la partie canadienne de la rivière Sainte-Claire; cependant, en 2003, l’échantillonnage de Pêches et Océans Canada (MPO) a permis la capture d’un juvénile (indice d’une reproduction réussie) en aval de la centrale électrique de Lambton, à la confluence du ruisseau Clay. Les chats-fous du Nord sont présents dans la partie américaine de la rivière Sainte-Claire, et les dernières observations remontent à 1995, année où plusieurs larves, jeunes de l’année et adultes y ont été capturés (Carman, 2001).

Rivières Thames et Sydenham

Le MRO a capturé un spécimen en juillet 1991 ainsi qu’un juvénile en août 1997 dans la rivière Thames, près de Wardsville (Holm et Mandrak, 2001). De 2003 à 2008, des étudiants de cycle supérieur effectuant des recherches sur le dard de sable (Ammocrypta pellucida) ont accidentellement capturé des chats-fous du Nord juvéniles et adultes. La majorité des spécimens ont été capturés à proximité de l’aire de conservation Big Bend, située en amont de Wardsville. L’échantillonnage ciblant le chat-fou du Nord qui a été mené en 2008 par le MPO n’a pas permis de capturer des spécimens; cependant, l’espèce a été accidentellement capturée en 2008, près de Big Bend (A. Dextrase, ministère des Ressources naturelles de l’Ontario [MRNO], comm. pers., 2009).

Un spécimen que l’on avait d’abord pris pour un chat-fou tacheté lors de sa capture en 1975 dans la rivière Sydenham, près de Florence, a été réexaminé par le MRO en 1999, puis identifié en tant que chat-fou du Nord. Plus récemment, le MRO a confirmé que d’autres spécimens de chat fou du Nord avaient été relevés près d’Alvinston en 1929 (A. Dextrase, MRNO, comm. pers.). Ces deux relevés dénotent l’existence d’une population établie dans la rivière Sydenham; cela est appuyé par la proximité, d’autres spécimens confirmés dans le bassin hydrographique du lac Sainte-Claire (c.-à-d. rivière Thames et lac Sainte-Claire). Aucun spécimen provenant de la rivière Sydenham n’a été signalé depuis 1975, malgré les efforts d’échantillonnage soutenus déployés à proximité de Florence (Holm et Mandrak, 1998) et d’Alvinston; il semblerait donc que l’espèce ait maintenant disparu.

Pourcentage de l’abondance mondiale au Canada

Le pourcentage de l’abondance mondiale de l’espèce au Canada est inconnu; cependant, il est probablement inférieur à 5 %.

Tendance relative à la population

La présence de juvéniles dans le lac Sainte-Claire et dans les rivières Detroit, Sainte-Claire et Thames indique qu’une reproduction a actuellement lieu; cependant, les lacunes dans les données concernant la démographie et l’abondance de la population à court et à long termes au Canada limitent grandement notre capacité à évaluer de façon précise la stabilité de la population et les tendances affichées par cette dernière.

1.4 Besoins du chat-fou du Nord

1.4.1 Besoins en matière d’habitat et besoins biologiques

De la reproduction à l’éclosion

Les chats-fous du Nord construisent leurs nids dans des cavités, qu’il s’agisse de creux sous de grosses pierres ou de débris tels que des bouteilles, des bidons et des boîtes (Etnier et Starnes,1993; Goodchild,1993; Holm et Mandrak,1998; MacInnis, 1998). Taylor (1969) a observé qu’au Michigan, le chat-fou du Nord se reproduit plus tôt que le chat-fou tacheté et que la quantité d’œufs pondus est supérieure, allant de 61 à 141 œufs. Au Michigan, le frai a lieu dans la deuxième moitié du mois de juillet, comme c’est le cas pour la population de la partie canadienne du lac Sainte-Claire (MacInnis, 1998). MacInnis (1998) a observé et filmé des chats-fous du Nord à un site du lac Sainte-Claire (près de Sandpoint Beach, non loin de l’embouchure de la rivière Detroit), entre le 17 juillet et le 13 août 1996, dans le cadre d’une étude portant sur la reproduction de gobies à taches noires (Neogobius melanostomus) qui utilisaient des cavités artificielles pour construire leurs nids. Il a alors observé des chats-fous du Nord femelles gravides et des œufs récemment pondus dans les cavités artificielles ainsi qu’un mâle gardant les œufs et les larves nouvellement écloses. MacInnis (1998) a conclu que la reproduction chez le chat-fou du Nord avait probablement lieu sur une période d’un mois et que seuls les géniteurs mâles prenaient soin des œufs, des larves et des juvéniles. Les nids prenaient la forme d’une faible dépression pratiquée dans le substrat sous la cavité artificielle, et les œufs étaient déposés en une seule masse. MacInnis a estimé la fécondité, de façon prudente, à 32, à 85 et à 140 œufs pour trois masses d’œufs distinctes (MacInnis, 1998), ce qui est relativement faible. Lorsqu’on le considère en tant que groupe, le chat-fou du Nord est l’une des espèces de poissons ovipares les moins fécondes de l’Amérique du Nord (Burr et Stoeckel, 1999). MacInnis (1998) émet également l’hypothèse que les masses d’œufs plus importantes ont été pondues par plus d’une femelle; cependant, ce comportement n’a pas été directement observé. Le chercheur a estimé que la période d’incubation durait de cinq à dix jours et que les jeunes de l’année mesuraient approximativement 30 mm de longueur totale avant leur premier hiver (MacInnis, 1998). Dans le lac Sainte-Claire, les frayères sont composées de substrats de sable ou de pierre et sont entourées d’une végétation aquatique dense. La profondeur de l’eau varie entre 1,5 et 1,8 m, la température de l’eau se situe à environ 23 °C, et un courant descend vers l’ouest dans la rivière Detroit (MacInnis, 1998). On ne possède aucune information concernant les caractéristiques de l’habitat de reproduction du chat-fou du Nord dans la rivière Thames.

Jeunes de l’année

Il n’existe presque pas de renseignements publiés sur les besoins en matière d’habitat des jeunes de l’année. En août, dans le lac Sainte-Claire, les larves dans des nids gardés par le mâle ont été observées se mettant à l’abri dans la végétation aux alentours lorsque les nids ont été retirés (MacInnis, 1998); il est donc possible qu’elles aient besoin d’un certain type de structure pour s’abriter. Dans la rivière Thames, on a capturé des jeunes de l’année dans des barres de sable peu profondes (< 2 m) où le débit était faible (M. Finch, Université de Waterloo, données non publiées) ainsi que dans des secteurs composés de substrats de gravier fin (taille moyenne de 2 à 8 mm) où le débit était modéré (0,3 m/s) (A. Dextrase, MRNO, données non publiées). Les jeunes de l’année de deux espèces apparentées, à savoir le chat-fou tacheté et le chat-fou brun (N. gyrinus), sont d’ordinaire observés dans des eaux peu profondes (0-2 m), sur des substrats de sable, de boue et de limon où il y a de la végétation aquatique (Goodyear et al.,1982; Lane et al., 1996b).

Juvéniles (âge 1, jusqu’à la maturité sexuelle [2 ans])

Les besoins en matière d’habitat des chats-fous du Nord juvéniles sont inconnus; cependant, un spécimen juvénile a été capturé au même endroit qu’un spécimen adulte dans la rivière Thames (Holm et Mandrak, 1998), ce qui porte à croire que les besoins en matière d’habitat des adultes et des juvéniles sont identiques ou semblables.

Adultes

Selon Goodchild (1993), la présence de populations de faible taille et dispersées donne à penser que le chat-fou du Nord a des besoins écologiques très particuliers et est donc probablement intolérant à la dégradation de son habitat. Cependant, selon des données plus récentes, l’espèce tolérerait un vaste éventail de conditions d’habitat (Dextrase et al., 2003). Elle peut être présente autant dans de petits ruisseaux que dans de grands cours d’eau, dans des eaux claires à turbides dont le courant est modéré à rapide, au-dessus de substrats se composant de sable, de gravier, de roches et, parfois, de limon, de détritus et de débris accumulés. Bien que l’espèce tolère passablement la turbidité, on estime qu’elle évite les endroits extrêmement boueux (Goodchild, 1993). On l’observe également parfois en association avec des macrophytes comme le chara (Chara spp.) (Holm et Mandrak, 2001). On a prélevé des spécimens de chats-fous du Nord à des profondeurs allant de moins de 1 m jusqu’à 7 m, à l’aide d’une senne ou d’un chalut, le jour ou la nuit. Par exemple, deux spécimens ont été capturés dans la rivière Thames, qui présente une grande turbidité (profondeur selon le disque de Secchi : < 0,2 m), sur un substrat composé de sable, de gravier et de pierres, sans limon ni argile (Holm et Mandrak, 2001). Parmi les autres caractéristiques abiotiques de ce site, mentionnons un courant modéré, une profondeur maximale de 1,2 m, une température de l’eau de 23 à 26 °C, une conductivité de 666 μS et un pH de 7,9 (Holm et Mandrak, 2001). On estime que le chat-fou du Nord atteint la maturité sexuelle vers l’âge de deux ans (Taylor, 1969).

Le chat-fou du Nord s’alimente vraisemblablement de façon opportuniste; son régime alimentaire est principalement constitué de chironomidés, d’éphémères communes, de phryganes, de petits poissons et de crustacés (Holm et Mandrak, 2001). Une étude portant sur des analyses de tubes digestifs effectuée par French et Jude (2001) a permis d’observer que le contenu intestinal d’un chat-fou du Nord juvénile est principalement constitué de diptères et d’éphéméroptères. Le chat-fou du Nord est très discret et semble se nourrir (Goodchild, 1993) et se reproduire (Coad, 1995) pendant la nuit.


1.4.2 Rôle écologique

Le chat-fou du Nord se nourrit d’organismes benthiques pendant la nuit, et les contenus intestinaux démontrent qu’il dépend des petits invertébrés benthiques tels que les chironomidés, les éphémères et les phryganes ainsi que des petits poissons et des crustacés. D’autres poissons benthiques tels que d’autres espèces de chats-fous (Noturus spp.), des gobies (gobie à taches noires, gobie de la mer Noire [Proterorhinus marmoratus]) et des chabots (Cottus spp.) peuvent concurrencer directement le chat-fou du Nord pour ces sources de nourriture.


1.4.3 Facteurs limitatifs

Plusieurs caractéristiques du cycle biologique peuvent limiter le chat-fou du Nord, y compris la température minimale pour la reproduction, les besoins en matière d’habitat de reproduction, la fécondité et l’âge maximal. Les populations de chats-fous du Nord au Canada semblent se trouver à la limite nord de l’aire de répartition de l’espèce, qui est délimitée par une température minimale pour la reproduction estimée à environ 23 °C (Taylor, 1969; MacInnis, 1998). Le chat-fou du Nord se reproduit dans des cavités; ainsi, la disponibilité d’un habitat de reproduction approprié (cavités exemptes de limon dans le substrat ou sous des débris/pierres/troncs d’arbres) peut également limiter l’espèce. Le chat-fou tacheté et, peut-être, le gobie à taches noires peuvent entrer en compétition avec l’espèce pour l’accès à des sites de reproduction appropriés; cependant, aucun cas de compétition directe n’a encore été documenté (MacInnis, 1998; Holm et Mandrak, 2001). Bien que des soins importants (surveillance du nid) soient prodigués à la progéniture par le chat-fou du Nord mâle, on sait peu de choses sur la capacité de l’espèce à entrer en compétition pour l’accès à des sites de nidification. On doit effectuer d’autres recherches pour clarifier le rôle que joue la compétition interspécifique dans le succès de la reproduction. Le chat-fou du Nord est une espèce dont la durée de vie est relativement courte, avec un âge maximal enregistré d’environ deux à trois ans (Taylor, 1969), et qui ne se reproduit probablement qu’une ou deux fois dans sa vie (conclusion déduite des travaux de Burr et Stoeckel, 1999). Cependant, il convient de noter que les populations de nombreuses espèces de poissons vivant à la limite nord de leur aire de répartition ont d’ordinaire des durées de vie plus longues, ce qui pourrait également être le cas du chat-fou du Nord au Canada. Conformément à ce qu’avancent Simonson et Neves (1992), le fait de compter sur seulement une ou deux cohortes pour la reproduction chaque année pourrait mettre en péril la stabilité à long terme des quelques petites populations de chats-fous. Cette situation, combinée à la faible fécondité du chat-fou du Nord, peut limiter l’abondance potentielle de l’espèce.

1.5 Menaces

On considère que les menaces relevées pour le chat-fou du Nord sont des menaces potentielles puisque leur existence n’a pas été démontrée de façon empirique. La section suivante est donc fondée principalement sur des hypothèses ou sur des causes plausibles.


1.5.1 Classification des menaces

Les menaces qui semblent peser sur le chat-fou du Nord sont énumérées par plan d’eau au tableau 2. Au nombre de sept, elles ont été classées par l’équipe de rétablissement selon l’importance relative de leur impact, de leur étendue spatiale et de leur gravité prévue. Les paramètres utilisés pour la classification des menaces sont définis ci-après.

Étendue – étendue spatiale de la menace dans le plan d’eau (généralisée ou localisée).
Fréquence – fréquence à laquelle la menace a lieu dans le plan d’eau (saisonnière ou continue).
Certitude causale – degré de certitude quant à la menace pesant sur l’espèce (élevée, moyenne ou faible).
Gravité – gravité de la menace dans le plan d’eau (élevée, moyenne ou faible).
Niveau de préoccupation global – niveau de préoccupation combiné concernant la menace pesant sur l’espèce qui tient compte des quatre paramètres énumérés ci-devant (élevé, moyen, faible).

 

Tableau 2. Tableau de classification des menaces pesant sur le chat-fou du Nord
PopulationMenaceÉtendue
(généralisée/localisée)
Fréquence
(saisonnière/continue)
Certitude causale
(élevée, moyenne, faible)
Gravité
(élevée, moyenne, faible)
Niveau de préoccupation global
(élevé, moyen, faible)
Rivière ThamesEnvasementGénéraliséeContinueMoyenneÉlevéeÉlevée
Rivière ThamesTurbiditéGénéraliséeContinueFaibleÉlevéeÉlevée
Rivière ThamesCharges en éléments nutritifsGénéraliséeContinueMoyenneÉlevée/moyenneÉlevée
Rivière ThamesEspèces exotiquesLocaliséeInconnueMoyenneFaible (en augmentation)Élevée
Rivière ThamesComposés toxiques (pesticides/herbicides)LocaliséeSaisonnièreMoyenneMoyenneMoyenne
Rivière ThamesPerte de l’habitat physiqueLocaliséeContinueMoyenneExtrêmement faibleExtrêmement faible
Rivière Detroit/lac Sainte-ClaireEnvasementLocaliséeContinueMoyenneFaible/moyenneMoyenne
Rivière Detroit/lac Sainte-ClaireTurbiditéGénéraliséeContinueFaibleFaibleFaible
Rivière Detroit/lac Sainte-ClaireCharges en éléments nutritifsGénéraliséeContinueMoyenneMoyenne/élevéeMoyen?
Rivière Detroit/lac Sainte-ClaireEspèces exotiquesGénéraliséeContinueMoyenneÉlevéeÉlevée
Rivière Detroit/lac Sainte-ClaireComposés toxiquesRivière Detroit – généralisée; lac Sainte-Claire – localiséeContinueMoyenneÉlevéeÉlevée
Rivière Detroit/lac Sainte-ClairePerte de l’habitat physiqueLocaliséeContinueMoyenneÉlevéeÉlevée
Rivière Sainte-ClaireEnvasementLocaliséeContinueMoyenneFaible/moyenneMoyenne
Rivière Sainte-ClaireTurbiditéGénéraliséeContinueFaibleFaibleFaible
Rivière Sainte-ClaireCharges en éléments nutritifsGénéraliséeContinueMoyenneMoyenne/élevéeMoyen?
Rivière Sainte-ClaireEspèces exotiquesGénéraliséeContinueMoyenneÉlevéeÉlevée
Rivière Sainte-ClaireComposés toxiquesGénéraliséeContinueMoyenneÉlevéeÉlevée
Rivière Sainte-ClairePerte de l’habitat physiqueLocaliséeContinueMoyenneÉlevéeÉlevée
Toutes les populationsChangement climatiqueGénéraliséeContinueÉlevéeFaibleFaible

 


1.5.2 Description des menaces

Perte et dégradation de l’habitat
Envasement et turbidité

L’augmentation des sédiments en suspension provoque une augmentation de la turbidité, une diminution de la pénétration de la lumière et une diminution de la productivité primaire. Les taux élevés de dépôt des sédiments peuvent modifier la composition des habitats de graviers et de galets, ce qui a un impact sur la qualité et la disponibilité de l’habitat du poisson (Bailey et Yates, 2003). On ne sait pas vraiment quels sont les impacts des charges élevées en sédiments sur le chat-fou du Nord. On a recueilli des spécimens de l’espèce dans des eaux très turbides, comme dans la rivière Thames, ce qui laisse supposer que l’espèce tolère la turbidité dans une certaine mesure. Cependant, le chat-fou du Nord n’est plus présent dans la rivière Sydenham, laquelle est turbide et est située dans un secteur d’agriculture intensive (Holm et Mandrak, 1998). On ne sait pas vraiment si le chat-fou du Nord subit principalement l’impact des sédiments en suspension dans la colonne d’eau ou l’impact du dépôt de sédiments excessif sur le substrat; cependant, il semble probable que les taux élevés de dépôt de limon puissent avoir une incidence sur la capacité de l’espèce à construire des nids dans des cavités (Dextrase et al., 2003; Équipe de rétablissement de la rivière Thames [ERRT], 2005). Le dépôt de limon peut également avoir un impact indirect sur le chat-fou du Nord par une réduction potentielle de son approvisionnement alimentaire en invertébrés.

Les dépôts de sédiments attribuables aux réseaux de drainage souterrains et à l’eau de ruissellement ont la plus grande incidence sur les taux d’envasement (Bailey et Yates, 2003). En outre, la canalisation et la perte des zones riveraines le long des lacs et des cours d’eau augmentent l’apport de sédiments ainsi que le taux d’érosion des rives et des berges. Le bétail en paissance et les travaux de labour sur les bords des cours d’eau détruisent la végétation riveraine, ce qui a un impact sur les taux de dépôt de limon dans le cours d’eau adjacent (Bailey et Yates, 2003). Aux États-Unis, la canalisation est la menace la plus grave pesant sur le chat-fou du Nord, suivie de près par l’envasement et par la turbidité (NatureServe, 2009).

Charges en éléments nutritifs

L’enrichissement des cours d’eau en éléments nutritifs peut avoir un impact sur la qualité de l’eau et avoir des effets directs et indirects sur le chat-fou du Nord. Les charges en éléments nutritifs (particulièrement le phosphore et l’azote) attribuables aux pratiques de fertilisation agricole et d’utilisation du fumier ainsi qu’aux effluents provenant des stations de traitement des eaux usées et des fosses septiques défectueuses peuvent avoir une incidence négative sur la qualité de l’habitat. Parmi ces impacts négatifs, mentionnons l’augmentation de la turbidité, de l’occurrence des proliférations algales nocives et de la croissance des macrophytes ainsi que la perturbation des réseaux trophiques (Bailey et Yates, 2003). Dans la rivière Thames, les concentrations en phosphore dans la plupart des sites du bassin hydrographique affichent une tendance progressive à la baisse depuis les années 1970; cependant, les concentrations demeurent supérieures au taux de 30 µg/L établi dans les lignes directrices provinciales pour la protection de la vie aquatique (Thames River Ecosystem Recovery Team [TRERT], 2004). Dans la période allant de 2001 à 2006, la concentration médiane de phosphore total dans la rivière Thames était de 113 µg/L, ce qui place cette rivière au deuxième rang seulement, après la rivière Don, en Ontario, en ce qui a trait aux concentrations de phosphore total (ministère de l’Environnement de l’Ontario, 2009). En outre, les valeurs moyennes de nitrites/nitrates dans le bassin hydrographique de la rivière Thames étaient supérieures aux limites recommandées pour la période s’échelonnant de 1991 à 2000, et les concentrations de nitrates affichent une tendance à la hausse dans le bassin hydrographique depuis les 30 dernières années (TRERT, 2004).

Perte de l’habitat physique

La perte de l’habitat physique est l’une des principales menaces pesant sur les espèces aquatiques en péril (Dextrase et Mandrak, 2006), et il semble que cette menace plane également sur le chat-fou du Nord. La perte d’habitat attribuable au dragage ainsi qu’aux modifications des berges (p. ex. projets d’artificialisation des berges, jetées, quais, marinas) le long de la rivière Detroit et du lac Sainte-Claire demeure une source de préoccupation importante.

Composés toxiques

On ne sait pas quels sont les effets des composés toxiques sur le chat-fou du Nord. L’espèce est présente dans les rivières Detroit et Sainte-Claire, lesquelles ont été désignées en tant que secteurs préoccupants (SP). Un SP est une zone géographique fortement dégradée dans le bassin des Grands Lacs pour laquelle on sait que des pertes d’utilisations bénéfiques de l’eau peuvent avoir une incidence sur la capacité du secteur à soutenir la vie aquatique (Great Lakes Information Network, 2009).On a relevé des pertes d’utilisations bénéfiques de l’eau dans la rivière Sainte-Claire (10 pertes) et dans la rivière Detroit (11 pertes) attribuables au développement urbain et industriel, aux bactéries, aux BPC, aux HAP, aux métaux, au pétrole et aux graisses (U.S. Environmental Protection Agency, 2009). Parmi les polluants présents dans la rivière Thames, mentionnons les pesticides provenant des zones agricoles et urbaines, le chlorure (p. ex. sel répandu sur les routes, traitement des eaux usées et adoucisseurs d’eau) et les métaux (TRERT, 2004). Au cours des 30 dernières années, les concentrations en chlorure dans la rivière Thames ont affiché une augmentation continue dans l’ensemble des sites du bassin hydrographique; toutefois, dans la plupart des cas, elles demeurent inférieures aux lignes directrices d’Environnement Canada pour les espèces aquatiques vulnérables (TRERT, 2004). Aux États-Unis, le ruissellement chimique de sources agricoles et urbaines est l’une des principales menaces pesant sur le chat-fou du Nord (NatureServe, 2009). Une espèce apparentée, Noturus placidus, semble être limitée par la présence de métaux lourds tels que le cadmium, le plomb et le zinc (Wildhaber et al., 2000).

Il faudra effectuer d’autres études pour relever les impacts des polluants et pour mieux comprendre le type et la portée des facteurs de stress qui touchent les populations de chats-fous du Nord au Canada.

Espèces exotiques

Les impacts négatifs des espèces exotiques sur les espèces indigènes de poissons dans le bassin des Grands Lacs sont bien documentés (p. ex. French et Jude, 2001; Thomas et Haas, 2004). Les espèces exotiques peuvent avoir une incidence sur le chat-fou du Nord en exerçant une compétition directe pour l’espace, l’habitat, la nourriture et les frayères ainsi qu’en participant à la restructuration des réseaux trophiques aquatiques. L’occurrence du gobie à taches noires est en partie responsable du déclin du chabot tacheté (Cottus bairdii) et du fouille-roche (Percina caprodes) dans la rivière Sainte-Claire (French et Jude, 2001). En raison de son écologie, le gobie à taches noires est susceptible d’entrer en compétition directe avec le chat-fou du Nord pour la nourriture et l’habitat (MacInnis, 1998; Jansen et Jude, 2001). Le gobie à taches noires pourrait aussi lui faire concurrence pour les frayères, mais le chat-fou du Nord serait moins vulnérable à ce type de concurrence puisque les périodes de frai des deux espèces se chevauchent à peine (MacInnis et Corkum, 2000). Même si le gobie à taches noires a été observé dans les cours inférieurs des rivières Sydenham et Thames, de récents échantillonnages dans ces deux rivières ont révélé un déplacement considérable en amont, en 2007, vers des zones où ce poisson n’avait jamais été observé (Poos et al., 2010). Dans la rivière Sydenham, la présence du gobie à taches noires a été confirmée dans les tronçons intermédiaires, à seulement 3 km en aval de Florence. Les impacts des moules zébrées (Dreissena polymorpha) et des moules quaggas (D. bugensis), qui sont des espèces exotiques, sur le chat-fou du Nord sont incertains, mais peuvent influer de façon négative sur l’espèce en colonisant des cavités qui auraient pu servir à la construction de nids de même qu’en modifiant la dynamique des réseaux trophiques et la qualité de l’eau des environs.

Il faudra effectuer d’autres études sur les impacts des espèces exotiques (y compris la moule zébrée et la moule quagga) sur le chat-fou du Nord dans le corridor des rivières Detroit et Sainte-Claire ainsi que dans les rivières Sydenham et Thames afin de fournir aux planificateurs du rétablissement de meilleurs outils pour gérer le chat-fou du Nord au sein de ces réseaux et en savoir plus sur celui-ci.

Changement climatique

On prévoit que le changement climatique aura un impact sur le chat-fou du Nord et sur d’autres espèces de poissons en péril dans le sud-ouest de l’Ontario (Équipe de rétablissement de la région Essex-Érié [EREE], 2008). On prévoit aussi que plusieurs facteurs liés au changement climatique auront un impact sur les communautés aquatiques du bassin des Grands Lacs, comme l’augmentation de la température de l’eau et de l’air, les changements dans les niveaux d’eau, la réduction de la période de couverture de glace, l’augmentation de la fréquence des conditions météorologiques extrêmes, l’émergence de maladies de même que des changements dans la dynamique proie-prédateur (Lemmen et Warren, 2004). Les effets du changement climatique se feront sentir à grande échelle et doivent être considérés comme ayant un impact important sur les espèces en péril et tous les habitats. Bien que certaines espèces, dont le chat-fou du Nord, pourraient d’abord bénéficier des effets du changement climatique par des expansions possibles de leur aire de répartition vers le Nord, une série de réactions liées aux changements prévus touchant les tendances relatives à l’évaporation, les communautés végétales, la baisse des niveaux d’eau dans les lacs, l’intensité et la fréquence accrues des tempêtes ainsi que la diminution des niveaux d’eau dans les cours d’eau durant l’été pourrait compenser les bénéfices directs associés à l’augmentation de la température de l’eau (EREE, 2008).

1.6 Mesures déjà réalisées ou en cours

Programmes de rétablissement écosystémique

Les programmes de rétablissement des écosystèmes aquatiques ci-après s’appliquent entre autres au chat-fou du Nord et sont actuellement mis en œuvre par leurs équipes de rétablissement respectives. Chaque équipe de rétablissement est coprésidée par le MPO et par un office de protection de la nature et est soutenue par la collaboration de divers organismes et particuliers. Les mesures de rétablissement mises en œuvre par ces équipes comprennent l’intendance active ainsi que les programmes d’approche communautaire et de sensibilisation visant à réduire les menaces établies. Pour de plus amples renseignements sur des mesures particulières actuellement mises en œuvre, se référer aux approches décrites dans le tableau 6. Le financement de ces activités est soutenu par le Fonds d’intendance des espèces en péril de l’Ontario et par le Programme d’intendance de l’habitat pour les espèces en péril du gouvernement du Canada. De plus, les études entreprises pour répondre aux besoins en matière de recherche sur les espèces en péril établis dans les programmes de rétablissement sont financées en partie par le Fonds interministériel pour le rétablissement du gouvernement fédéral.

Populations de la région Essex-Érié

La région Essex-Érié se trouve sur la rive nord du lac Érié et est bordée à l’est par le bassin hydrographique de la rivière Grand, à l’ouest par la rivière Detroit et au nord par le lac Sainte-Claire et le bassin hydrographique de la rivière Thames. Le but à long terme de ce programme est « de maintenir et de restaurer la qualité et les fonctions de l’écosystème du secteur Essex-Érié pour qu’il puisse soutenir des populations viables d’espèces de poissons en péril dans leur aire de répartition actuelle et passée » (EREE, 2008).

Écosystème de la rivière Sydenham

Le but à long terme de ce programme est de maintenir et de renforcer les communautés aquatiques indigènes de la rivière Sydenham grâce à une approche écosystémique qui met l’accent sur les espèces en péril (Dextrase et al., 2003).

Écosystème de la rivière Thames

Le but de ce programme est d’élaborer un plan de rétablissement qui améliore la situation de toutes les espèces aquatiques en péril de la rivière Thames grâce à une approche écosystémique qui permet le maintien et le renforcement de toutes les communautés aquatiques indigènes (ERRT, 2005).

Programme de rétablissement écosystémique de l’île Walpole

L’équipe de rétablissement écosystémique de l’île Walpole a été formée en 2001 afin d’élaborer un programme de rétablissement écosystémique pour la zone comprenant le delta Sainte-Claire (le plus grand delta d’eau douce au monde) dans le but de définir les étapes à franchir pour maintenir ou rétablir l’écosystème et les espèces en péril (Bowles, 2005). Ce programme de rétablissement concerne plusieurs espèces de poissons en péril, y compris le chat-fou du Nord. Le but du programme de rétablissement écosystémique de l’île Walpole est de conserver et rétablir les écosystèmes du territoire de l’île Walpole en conformité avec l’énoncé de philosophie environnementale de la Première nation de l’île Walpole, d’offrir des occasions de développement culturel et économique, et d’assurer la protection et le rétablissement des espèces en péril du Canada (Bowles, 2005).


Plans d’assainissement

Des plans d’assainissement ont été élaborés pour les secteurs préoccupants (SP) des rivières Detroit et Sainte-Claire afin d’orienter les efforts de restauration et de protection. Les plans d’assainissement sont mis en œuvre en trois étapes : 1) détermination de la gravité et des causes de la dégradation de l’environnement; 2) établissement des objectifs et recommandation de mesures pour protéger et restaurer la qualité de l’écosystème; 3) mise en œuvre des mesures recommandées et suivi des progrès accomplis en matière de restauration et de protection (Environnement Canada, 2008a). Un total de 45 et de 104 mesures correctives sont recommandées pour les SP des rivières Sainte-Claire et Detroit respectivement, et un grand nombre d’entre elles ont déjà été mises en œuvre (Environnement Canada, 2008b et c).


Relevés récents

Le tableau 3 résume les récents relevés sur les communautés de poissons effectués par divers organismes dans les zones d’occurrence connues du chat-fou du Nord.

 

Tableau 3. Résumé des récents relevés sur les communautés de poissons dans les zones d’occurrence du chat-fou du Nord (adapté des travaux de l’EREE, 2008)
Plan d’eau/zone généraleDescription du relevé (années de relevé)Type d’engins de pêcheChat-fou du Nord capturé (O/N)
Lac Sainte-ClaireRelevé sur la communauté de poissons sublittorale par le MRNO (2005; 2007-2010; rive sud)senneN
Lac Sainte-ClaireRelevé sur la communauté de poissons sublittorale par le MRNO (2007; rive sud)électropêche (bateau)N
Lac Sainte-ClaireRelevé sur la communauté de poissons par le Department of Natural Resources (DNR) du Michigan (1996-2001; rive sud)chalutN
Lac Sainte-ClaireÉchantillonnage par le MPO (2003, 2004; Réserve nationale de faune de Sainte-Claire)électropêche (bateau)N
Lac Sainte-ClaireMusée royal de l’Ontario (2001-2002; île Walpole) N
Lac Sainte-ClaireÉchantillonnage par le MPO et l’Université de Guelph (2003-2004; baie de Mitchell)électropêche (bateau) et engins supplémentaires (verveux, filet-piège, piège à ménés, etc.)N
Rivière DetroitRelevé sur les liens entre le poisson et son habitat par le MPO et l’Université de Windsor (2003-2004)senne et électropêche (bateau)N
Rivière DetroitÉtude sur les milieux humides côtiers par le MPO et l’Université de Guelph (2004-2005) N
Rivière DetroitÉchantillonnage des secteurs préoccupants par le MPO (2003-2004) N
Rivière DetroitÉchantillonnage de la communauté de poissons par le DNR du Michigan, le USFWS et le MRNO 2008)senne, électropêche (bateau) et engins supplémentaires (verveux, filet-piège, piège à ménés, etc.)N
Rivière DetroitÉchantillonnage de chats-fous du Nord par le USGS (2008)engins supplémentaires (verveux, filet-piège, piège à ménés, etc.)O
Rivière DetroitÉchantillonnage par le USFWS (2009)engins supplémentaires (verveux, filet-piège, piège à ménés, etc.)O
Rivière Sainte-ClaireÉchantillonnage de la communauté de poissons par le MPO (2003, 2004) O
Rivière Sainte-ClaireÉchantillonnage de la communauté de poissons par le MPO et l’Université de Guelph (2007)électropêche (bateau)N
Rivière ThamesRelevé des espèces de poisson en péril et étude comparative des engins de pêche en 2003 et en 2004 par l’UTRCA, cours supérieur de la rivière Thamessenne, chalut, électropêche (groupe portable), électropêche (bateau) et engins supplémentaires (verveux, filet-piège, piège à ménés, etc.)N
Rivière ThamesRelevé des espèces de poisson en péril et étude comparative des engins de pêche en 2003 et en 2004 par le MPO et l’UTRCA, cours inférieur de la rivière Thames et ses affluentssenne, chalut, électropêche (groupe portable), électropêche (bateau) et engins supplémentaires (verveux, filet-piège, piège à ménés, etc.)O
Rivière ThamesÉchantillonnage du dard de sable dans le cours inférieur de la rivière Thames par le MPO et l’Université de Waterloo (2006, 2007)senneO
Rivière ThamesÉchantillonnage du dard de sable dans le cours inférieur de la rivière Thames par le MPO, le MRNO et l’Université Trent (2006-2008)senneO
Rivière ThamesRelevé comparatif (différents engins de pêche) ciblant le chat-fou du Nord par le MPO (2008)chalut, senne, et engins supplémentaires (verveux, filet-piège, piège à ménés, etc.)N
Rivière SydenhamÉchantillonnage non ciblé des espèces en péril par le Musée royal de l’Ontario (1997)senneN
Rivière SydenhamMPO/Université de Guelph (2002-2003) (y compris le sennage de nuit à Florence [site historique])senne et électropêche (groupe portable)N


1.7 Lacunes dans les connaissances

Au Canada, le chat-fou du Nord n’a jamais fait l’objet d’une étude approfondie. En raison de sa rareté, de sa discrétion et de son mode de vie nocturne, de nombreux aspects de sa biologie, de la structure de sa population, de son écologie et de ses caractéristiques biologiques demeurent inconnus. Ces informations sont nécessaires à l’amélioration des approches utilisées en vue de l’atteinte de rétablissement. On ne sait pas vraiment si une population a déjà existé dans la rivière Sydenham ou si la capture de l’unique spécimen est attribuable à une introduction accidentelle par un seau à appâts. Il faut définir plus clairement les menaces, en particulier au sujet de l’envasement et des impacts causés par le gobie à taches noires et la moule zébrée.