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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Garrot d’Islande (Bucephala islandica) au Canada – 2000

Évaluation du statut

Protection actuelle et autres désignations

Le Garrot d'Islande est protégé (au Canada et aux États-Unis) en vertu de la Loi de 1994 sur la Convention concernant les oiseaux migrateurs et des règlements afférents ayant trait à la chasse (Gouvernement du Canada, 1989). On peut le chasser de la même manière que les autres espèces de canards dans tout l'Est du Canada (sauf au Québec, où un règlement particulier est en vigueur, et à Dalhousie, seule aire d'hivernage importante au Nouveau-Brunswick), où les maximums de prises et les maximums d'oiseaux à posséder sont respectivement de six et de douze. Pour obtenir d'autres détails sur les règlements de chasse, voir la section sur la chasse dans « Facteurs limitatifs et menaces ».

Le Centre de données sur la conservation du Canada Atlantique a attribué aux populations hivernantes de Garrots d'Islande le statut de conservation S2N au Nouveau-Brunswick et à l'Île-du-Prince-Édouard, S1N en Nouvelle-Écosse, S1?N à l'île de Terre-Neuve et S1S2 au Labrador, à l'aide du système de classement de The Nature Conservancy (Kate Bredin, comm. pers.). Cet organisme classe les espèces à l'échelle mondiale (G), nationale (N) et infranationale (S) ou provinciale. S1 et S2 signifient que l'espèce est respectivement très rare et rare, dans son aire de répartition provinciale. Un point d'interrogation après le S et une suite de valeurs pour le S (p. ex. S1S2) indiquent une incertitude quant au statut exact de l'espèce. Un N après le S signifie que le statut de l'espèce s'applique à une population non reproductrice, et ?N correspond à une incertitude relative au statut reproducteur de l'espèce dans la province. En Ontario, le Garrot d'Islande est classé SZN, SZ, ce qui signifie aucune occurrence.

Le Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec (Faune et Parcs Québec) révise les cotes des oiseaux et prévoit classer le Garrot d'Islande S3B, ce qui signifie qu'il est un nicheur rare ou peu commun dans la province  (A. Desrosiers, comm. pers.). Faune et Parcs Québec révise également la Liste des espèces de la faunevertébrée menacées ou vulnérables susceptibles d'être ainsi désignées de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables du Québec (Gazette officielle du Québec, 1993), sur laquelle devrait figurer bientôt le Garrot d'Islande (M. Huot, comm. pers.).

Évaluation du statut et recommandations des auteurs

Nous évaluons à environ 1 400 le nombre de couples nicheurs de Garrots d'Islande dans l'est de l'Amérique du Nord, ce qui correspond à une population totale de près de 4 500 individus. La plupart de ces couples nichent probablement sur les hauts plateaux de l'intérieur du Québec, au nord de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent. La nidification dans le nord du Labrador, telle que proposée dans des ouvrages de référence bien connus, n'a pas été confirmée et doit être mieux documentée en fonction des récents résultats. Les sites de mue connus (de mâles adultes) dans l'est de l'Amérique du Nord comprennent les eaux côtières des baies d'Hudson, d'Ungava et Frobisher (île de Baffin) et quelques ruisseaux côtiers du nord du Labrador. Selon les connaissances actuelles, presque tous les Garrots d'Islande de l'est de l'Amérique du Nord hivernent au Québec, principalement le long de l'estuaire du Saint-Laurent et, à un moindre degré, le long du golfe. Quelques centaines d'individus hivernent dans les provinces maritimes et dans le Maine.

La petite population est menacée dans les aires d'hivernage et de nidification. À la fin de l'automne, en hiver et au début du printemps, une grande partie de la population se rassemble dans quelques secteurs du corridor du Saint-Laurent, qui constitue une voie navigable très importante pour le transport de marchandises. Un seul déversement d'hydrocarbures pourrait donc avoir un énorme impact sur les effectifs de garrots. Les canards de mer sont particulièrement vulnérables aux déversements de pétrole, vu leur grégarisme et le fait qu'ils passent beaucoup de temps dans l'eau durant l'hiver. À d'autres égards, la contamination des sédiments d'importantes aires d'hivernage pourrait nuire aux Garrots d'Islande qui s'y rassemblent. Par exemple, la baie des Anglais (Baie-Comeau), où hivernent jusqu'à 23 % de la population, a connu le pire cas de contamination par des rejets industriels de PCB et de HAP de toutes les régions côtières de l'est du Canada. La chasse, du moins dans les zones où l'espèce est régulièrement présente en grand nombre, fait partie des autres menaces en dehors de la saison de nidification. Même si le nombre de Garrots d'Islande capturés chaque automne dans l'est de l'Amérique du Nord est faible (probablement de 100 à 400 individus), une petite récolte continue risque d'avoir un lourd impact sur une aussi petite population, en particulier si des adultes sont récoltés.

De plus, le Garrot d'Islande est menacé dans les aires de nidification, et l'exploitation forestière constitue certainement une menace importante. Les opérations de coupe nuisent aux garrots en détruisant des nids, en réduisant la disponibilité des sites de nidification potentiels, en forçant des garrots à nicher plus loin des étangs, en exposant les jeunes à la prédation lorsqu'ils se déplacent vers les plans d'eau, et en rendant les lacs accessibles aux chasseurs et aux pêcheurs, ce qui a pour effet de perturber encore plus les oiseaux nicheurs. On attribue à l'exploitation forestière la perte d'au moins 4 172 km² de forêts entre 1976 et 1996 dans ce qui est considéré comme l'aire de nidification principale de la population de l'Est du Garrot d'Islande. En outre, la rive nord du Saint-Laurent, au nord de la rivière Saguenay, sera probablement exploitée beaucoup plus intensivement dans un avenir rapproché (la superficie déboisée chaque année dans l'aire de nidification principale de l'espèce était de moins de 50 km² dans les années 1970 et, de nos jours, est de 300 km² à 400 km²). Le bouleau blanc et le peuplier faux-tremble, qui représentent une importante proportion des arbres qui deviennent assez gros pour offrir des cavités pour la nidification des garrots, sont dorénavant récoltés dans de nombreuses zones où ils ne l'étaient pas il y a quelques années. Sous d'autres rapports, les activités d'exploitation forestière ont ouvert de nombreuses zones aux chasseurs et aux pêcheurs, et beaucoup de lacs qui ne contenaient pas de poissons auparavant ont été ensemencés d'ombles de fontaine; on pense que la présence de ces poissons réduit la qualité des lacs pour le Garrot d'Islande.

Aucune donnée précise ne permet de dégager une tendance (négative ou positive) dans la population de Garrots d'Islande. Néanmoins, nous pensons (déduisons) que les effectifs ont probablement subi un déclin au XXe siècle et qu'ils pourraient continuer à chuter. Le déclin est surtout attribuable à l'exploitation forestière et à d'autres activités humaines, comme l'ensemencement de poissons, qui ont cours dans l'aire de nidification principale de la population et qui ont augmenté durant les récentes décennies.

Il est clair que la population de l'Est du Garrot d'Islande n'est pas menacée d'une disparition imminente (c'est pourquoi il n'est pas justifié de lui accorder le statut d'espèce en voie de disparition). Cependant, un seul déversement d'hydrocarbures le long de l'estuaire du Saint-Laurent pourrait entraîner la disparition d'une grande partie des effectifs. La concentration hivernale d'une aussi petite population (et les menaces associées) rend celle-ci très vulnérable et la forte pression (par les humains) exercée sur les habitats de nidification connus du Garrot d'Islande représentent selon nous les principaux facteurs limitatifs pour la survie de la population. À notre avis, la population de l'Est du Garrot d'Islande est nettement en péril à cause des perturbations ou de la menace imminente du développement (voir les recommandations du COSEPAC) et pourrait, par conséquent, être classée comme menacée. Cependant, comme nous l'avons déjà mentionné, aucune donnée précise ne permet de dégager une tendance négative et on ne peut prévoir si la population de l'Est du Garrot d'Islande est susceptible de devenir en voie de disparition (c'est-à-dire si elle sera exposée à une disparition ou à une extinction imminentes) si les facteurs limitatifs auxquels elle est exposée ne sont pas inversés. C'est pourquoi le Garrot d'Islande pourrait aussi être classé comme espèce préoccupante, c'est-à-dire comme une espèce préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensibles aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.

Si on appliquait les critères de l'Union internationale pour la conservation de la nature à la population de l'Est du Garrot d'Islande, on classerait l'espèce comme espèce vulnérable, parce que la population a probablement subi un déclin au XXe siècle et pourrait encore chuter, que la population totale de nicheurs compte moins de 10 000 individus, et que tous les individus appartiennent sans doute à une seule population (critère C). Il faut souligner que la catégorie espèce vulnérable, selon les critères de l'Union internationale pour la conservation de la nature, correspond à la désignation d'espèce menacée du COSEPAC (C. Hyslop, COSEPAC-Hull, comm. pers.).

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