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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Garrot d’Islande (Bucephala islandica) au Canada – 2000

Résumé

COSEPAC – Résumé
Garrot d'Islande (Bucephala islandica)
Population de l'Est

Description, répartition, habitat et biologie

Le Garrot d'Islande est un canard plongeur de taille moyenne. Les reproducteurs mâles pèsent environ 1 127 g; leur plumage est blanc et noir, leur tête noire violacée, et ils ont une tache en forme de croissant à la base du bec. Les femelles pèsent environ 799 g; leur tête est brun chocolat foncé et leur dos, brun grisâtre. Les flancs et le ventre sont blanchâtres. Durant l'hiver et le printemps, le bec de la femelle adulte est orange vif.

La plus grande partie de la population mondiale de Garrots d'Islande niche et hiverne au Canada, à l'ouest des montagnes Rocheuses. La population de l'est du Canada est concentrée au Québec, où nichent et hivernent probablement plus de 90 à 95 p. 100 des garrots. Une petite population résidente vit aussi en Islande.

Dans l'ouest du Canada, au cours de la saison de nidification, le Garrot d'Islande préfère les lacs alcalins aux lacs d'eaux douces, en particulier les lacs sans poisson. En Islande, il fréquente des cours d'eau et des lacs très productifs. Au Québec, l'espèce semble limitée à de petits lacs de haute altitude, situés au nord de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent; il s'agit souvent de lacs de tête. Le canard vit dans la province écoclimatique boréale du Québec, dans les régions forestières à épinette noire et à hypne et à sapin baumier et à bouleau blanc. En dehors de la saison de nidification, il fréquente les eaux côtières le long de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent.

Le Garrot d'Islande est monogame et se reproduit pour la première fois à l'âge de deux ans environ. Les couples s'établissent dans les aires d'hivernage et durent plusieurs années; ils se réunissent chaque année à l'automne dans ces aires d'hivernage. En général, l'espèce niche dans les cavités des arbres, mais elle le fait parfois dans des crevasses rocheuses ou dans d'autres cavités. Selon la disponibilité des cavités, les nids peuvent être près de l'eau ou jusqu'à un à deux kilomètres d'un plan d'eau. Le garrot construit son nid à une hauteur de deux à quinze mètres. L'espèce s'adapte facilement aux nichoirs et s'y reproduit. Les couvées comptent de six à douze œufs, pour une moyenne de huit. Le parasitisme intraspécifique des nids est courant, en particulier dans les nichoirs. Les femelles n'ont qu'une couvée par année. Seule la femelle couve et elle commence à le faire après la ponte du dernier œuf. L'incubation dure trente jours. L'éclosion est synchrone, et les jeunes nidifuges passent de 24 à 36 heures au nid. Dès que les canetons quittent le nid, la femelle les conduit vers un étang ou un lac proche. Durant la saison de nidification, le Garrot d'Islande se nourrit surtout d'insectes aquatiques et de crustacés dans les eaux intérieures, et de mollusques (moules bleues et bigorneaux) et de crustacés dans les eaux côtières. Il cherche sa nourriture dans l'eau peu profonde le long des côtes, rarement à plus de quatre mètres de profondeur.

Taille et tendances de la population

De 3 500 à 4 000 Garrots d'Islande hivernent au Québec, dont 2 500 le long de l'estuaire du Saint-Laurent et 1 000 à 1 500 le long du golfe. Sachant qu'environ 400 individus hivernent vraisemblablement dans les provinces de l'Atlantique et dans le Maine, on estime que la population de Garrots d'Islande qui hivernent dans l'est de l'Amérique du Nord compte environ 4 500 individus, ce qui correspond à une population de reproducteurs de près de 1 400 couples (30 p. 100 des oiseaux sont des femelles adultes). Aucune donnée précise ne permet de dégager une tendance (négative ou positive) dans la population, mais nous pensons qu'il y a probablement eu un déclin au 20e siècle et que ce déclin se poursuivrait encore aujourd'hui. La chute des effectifs serait attribuable à l'exploitation forestière et à d'autres activités humaines (comme l'ensemencement de poissons) mises en œuvre dans l'aire de nidification principale de la population, dont l'intensité a augmenté depuis les dernières décennies.

Facteurs limitatifs et menaces

La petite population de Garrots d'Islande est menacée aussi bien dans son aire d'hivernage que dans son aire de nidification. À la fin de l'automne, en hiver et au début du printemps, une grande partie de la population se rassemble dans quelques zones le long du corridor du Saint-Laurent, qui est une voie navigable très importante pour les navires. Un seul déversement d'hydrocarbures pourrait avoir un énorme impact sur cette petite population. La contamination des sédiments d'importantes zones d'hivernage pourrait également nuire aux oiseaux qui s'y rassemblent. Par ailleurs, la chasse constitue une autre menace, du moins dans les zones où l'espèce est souvent présente en grand nombre. En effet, même si le nombre de Garrots d'Islande récoltés chaque automne dans l'est de l'Amérique du Nord est faible, une petite récolte continue risque d'avoir une forte incidence sur une aussi petite population. L'exploitation forestière est une grande menace dans l'aire de nidification; des nids sont détruits durant la récolte du bois, et la disponibilité des sites de nidification potentiels est moindre. Les garrots sont donc forcés de nicher plus loin des étangs, et les jeunes sont exposés aux prédateurs lorsqu'ils se déplacent entre le nid et les plans d'eau. De plus, les lacs deviennent accessibles aux chasseurs et aux pêcheurs, ce qui perturbe davantage les oiseaux nicheurs. De nombreux lacs à l'origine vides de poissons ont aussi été ensemencés d'ombles de fontaine; or, il semble que la présence de poissons réduise la qualité des lacs pour le Garrot d'Islande.

Protection

Le Garrot d'Islande est protégé en vertu de la Loi sur la Convention concernant les oiseaux migrateurs et des règlements afférents sur la chasse. Le Centre de données sur la conservation du Canada atlantique a attribué aux populations hivernantes de Garrots d'Islande le statut de conservation S2N au Nouveau-Brunswick et à l'Île-du-Prince-Édouard, S1N en Nouvelle-Écosse, S1?N dans l'île de Terre-Neuve et S1S2 au Labrador. De plus, l'espèce sera inscrite sur la liste des espèces susceptibles d'être désignées menacées ou vulnérables aux termes de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables du Québec.

Évaluation et statut recommandé

Il est clair que la population de l'Est du Garrot d'Islande n'est pas exposée à une disparition imminente. Un seul déversement d'hydrocarbures le long de l'estuaire du Saint-Laurent pourrait néanmoins entraîner la disparition d'une grande partie de la population. Les principaux facteurs limitatifs de la survie de cette population sont, d'une part, la concentration d'individus durant l'hiver, qui rend vulnérable une aussi petite population et, d'autre part, la pression considérable qu'exercent les humains sur l'habitat de nidification connu de l'espèce. À notre avis, la population de l'Est du Garrot d'Islande est nettement exposée aux perturbations ou aux menaces imminentes du développement et pourrait, par conséquent, être classée comme menacée. On ne dispose pas cependant de données précises pour dégager une tendance négative dans la population et on ne peut pas prévoir si la population est susceptible de devenir en voie de disparition (c'est-à-dire si elle sera exposée à une disparition ou à une extinction imminente) si les facteurs limitants auxquels elle est exposée ne sont pas inversés. C'est pourquoi le Garrot d'Islande pourrait aussi être classé comme espèce préoccupante.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) détermine la situation, à l'échelle nationale, des espèces, sous-espèces, variétés et populations (importantes à l'échelle nationale) sauvages jugées en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes des groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, amphibiens, reptiles, poissons, mollusques, lépidoptères, plantes vasculaires, lichens et mousses.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est formé de représentants des organismes provinciaux et territoriaux responsables des espèces sauvages, de quatre organismes fédéraux (Service canadien de la faune, Agence Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans et Partenariat fédéral en biosystématique) et de trois organismes non gouvernementaux, ainsi que des coprésidents des groupes de spécialistes des espèces. Le Comité se réunit pour examiner les rapports sur la situation des espèces candidates.

Définitions

Espèce

Toute espèce, sous-espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement définie.

Espèce disparue (D)

Toute espèce qui n'existe plus.

Espèce disparue du Canada (DC)

Toute espèce qui n'est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.

Espèce en voie de disparition (VD)

Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.

Espèce menacée (M)

Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitants auxquels elle est exposée ne sont pas inversés.

Espèce préoccupante (P)*

Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.

Espèce non en péril (NEP)**

Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.

Données insuffisantes (DI)***

Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d'un manque de données scientifiques.

* Appelée « espèce rare » jusqu'en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.
** Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».
*** Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu'en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d'une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité avait pour mandat de réunir les espèces sauvages en péril sur une seule liste nationale officielle, selon des critères scientifiques. En 1978, le COSEPAC (alors appelé CSEMDC) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. Les espèces qui se voient attribuer une désignation au cours des réunions du comité plénier sont ajoutées à la liste.

Le Service canadien de la faune d'Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.