Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Garrot d’Islande (Bucephala islandica) au Canada – 2000

Habitat

Nidification

Dans l'ouest de l'Amérique du Nord, le Garrot d'Islande préfère les lacs alcalins aux lacs d'eau douce, et particulièrement les lacs dépourvus de poissons (Munro, 1918; Savard, 1984; Savard et al., 1994). En Islande, il fréquente les rivières et les lacs très productifs (Einarsson, 1988). Au Québec, l'espèce semble confinée à de petits lacs de haute altitude, situés au nord de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent. À ces endroits, de 1990 à 1998, on en a observé des individus surtout sur de petits lacs (70 % sur des lacs < 10 ha) en altitude (54 % à une altitude supérieure à 500 m), dont près de la moitié dans des lacs de tête. En général, ce canard vit dans la province écoclimatique boréale du Québec, dans les régions forestières à épinette noire (Picea mariana) et hypne (Hypnaceae) et à sapin baumier (Abies balsamea) et bouleau blanc (Betula papyrifera) (Robert et al., 2000). Cependant, aucune étude détaillée n'a été menée sur les caractéristiques particulières des lacs utilisés par le Garrot d'Islande dans l'est du Canada (en particulier en comparaison des lacs fréquentés par le Garrot à œil d'or).

Figure 1. Répartition mondiale du Garrot d'Islande

Carte de la répartition mondiale du Garrot d’Islande.

Hivernage

Le Garrot d'Islande fréquente les eaux côtières de l'ouest et de l'est du Canada. On l'observe principalement près des côtes rocheuses abritées, et il a tendance à demeurer plus près des côtes que le Garrot à œil d'or. On signale à l'occasion la présence de quelques individus sur des cours d'eau ouverts (Savard, 1989 et 1990). En Colombie-Britannique, les garrots sont répartis en grappes en hiver, et ne sont abondants que dans quelques secteurs. Ils sont plus nombreux sur la côte continentale que sur la côte est de l'île de Vancouver (Mitchell, 1952; Vermeer, 1982), probablement en raison de la prédominance des côtes rocheuses du côté continental du détroit de Georgia. Avec la Macreuse à front blanc (Melanitta perspicillata), le Garrot d'Islande est l'espèce de sauvagine qui hiverne en plus grand nombre dans les bras côtiers (Vermeer, 1982). Les Garrots d'Islande qui hivernent en Colombie-Britannique et en Alaska se nourrissent surtout de moules bleues (Mytilus edulis) et d'autres invertébrés associés aux côtes rocheuses (Munro, 1939; Vermeer, 1982; Koehl et al., 1984). Ces oiseaux sont séparés parfois en fonction de leur âge et de leur état sur les côtes de la province. Les couples s'isolent souvent des bandes d'oiseaux en hivernage pour défendre de petits territoires côtiers (Savard, 1988a). Les groupes d'oiseaux non appariés sont habituellement observés au-dessus de grandes moulières. Des immatures et des jeunes adultes accompagnent régulièrement des mâles adultes non appariés (Savard, 1989).

Les Garrots d'Islande hivernant au Québec se répartissent aussi en grappes; ce n'est que dans quelques secteurs le long du corridor fluvial du Saint-Laurent qu'on en trouve des concentrations appréciables. Les oiseaux ne fréquentent pas nécessairement les côtes rocheuses protégées comme en Colombie-Britannique, même si certains le font (p. ex. à Baie-des-Rochers, baie du Ha! Ha! et Mistassini). L'état des glaces est sans doute un facteur important pour la répartition hivernale de l'espèce le long de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent. En réalité, de la fin de décembre au début de mars, une bonne partie de la rive sud du Saint-Laurent est couverte de glaces, alors que la rive nord est généralement plus dégagée, particulièrement le long de l'estuaire (Fortin et al., 1996). C'est sans doute pourquoi presque tous les Garrots d'Islande qui hivernent le long du Saint-Laurent sont signalés sur la rive nord de l'estuaire et que la plupart de ceux qui fréquentent la rive sud ne le font qu'en novembre, au début décembre et à la fin mars (SCF-QC et D. Bourget, données inédites).

Selon les données préliminaires sur les types de substrat, le Garrot d'Islande hivernant le long du corridor du Saint-Laurent se rassemble surtout au-dessus de fonds de pélite sableuse, de gravier sableux et de sable boueux-argileux (SCF-QC, données inédites).

Dans l'ensemble, la plupart des Garrots d'Islande hivernant dans l'est du Canada n'occupent que quelques secteurs. Ainsi, de grandes parties de la population se rassemblent régulièrement à certains endroits, parmi lesquels la baie des Anglais (Baie-Comeau), Baie-des-Rochers et La Malbaie-Pointe-au-Pic (entre autres Cap-à-l'Aigle) sont très importants (pour plus de détails, voir la section « Effectifs et tendances de la population »).

Mue

Dans l'est du Canada, les sites de mue connus des mâles adultes sont les eaux côtières des baies d'Hudson, d'Ungava et Frobisher (île de Baffin) de même que quelques bras de mer du nord du Labrador (figure 1, SCF-QC, données inédites). Jusqu'à présent, l'utilisation de l'habitat à ces sites de mue n'a pas été décrit.

Dans l'ouest de l'Amérique du Nord, les mâles adultes muent sur des lacs intérieurs du nord. Dans la plaine Old Crow, au Yukon, un des rares sites de mue connus, les oiseaux ont tendance à choisir les lacs les plus productifs (van de Wetering, 1997). Les canes adultes n'entreprennent pas toujours la longue migration vers le nord comme le font les mâles avant de muer. En Colombie-Britannique, elles muent sur de grands lacs situés à quelques kilomètres (10-100 km) des aires de nidification (Campbell et al., 1990). Au Québec, on a signalé des canes en mue sur un lac intérieur des hauts plateaux à l'ouest de la rivière Saguenay en août et septembre 1999, à environ 100 km au nord-nord-est de la ville de Québec (Y. Hamel, comm. pers.); cela semble indiquer que les femelles adultes muent fort probablement sur des lacs situés aux environs des aires de nidification. Le lac de mue en question est grand (664 ha) par rapport aux lacs utilisés pour la nidification (Robert et al., 2000) et peu profond (le plus souvent < 2 m) (Morrier et al., 1994).

Tendances

Dans l'est du Canada, et particulièrement au Québec, l'étendue de l'habitat de nidification a sans doute diminué considérablement, en raison surtout de l'exploitation forestière et de l'introduction de poissons. Par ailleurs, l'habitat d'hivernage le long du corridor du Saint-Laurent s'est aussi dégradé à cause de la contamination des sédiments du fleuve, notamment dans la baie des Anglais (Baie-Comeau), où hivernent un très grand nombre de Garrots d'Islande (pour plus de détails, voir la section « Facteurs limitatifs et menaces »).

Protection et tenure des propriétés

La plupart des habitats de nidification de la population de l'Est du Garrot d'Islande se trouvent probablement sur des terres appartenant au gouvernement du Québec. En fait, les hauts plateaux au nord du corridor du Saint-Laurent (Robert et al., 2000) sont le plus souvent des terres publiques divisées en unités d'aménagement, que gèrent les sociétés forestières. Certains de ces secteurs sont en outre situés dans des zones d'exploitation contrôlée (ZEC) et dans des réserves fauniques, mais cela ne protège en rien les oiseaux qui peuvent y nicher, étant donné qu'on y exploite la forêt comme partout ailleurs. C'est le cas de la zone d'exploitation contrôlée Chauvin (où des couvées de Garrots d'Islande ont été découvertes en 1998 et en 1999), où l'habitat de nidification de l'espèce a été fortement déboisé durant les dernières décennies (M. Robert, observation personnelle).

Certaines aires d'importance utilisées par le Garrot d'Islande en hivernage dans l'est de l'Amérique du Nord sont situées dans des zones protégées. Par exemple, Baie-des-Rochers et Tadoussac font partie du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent; il faut noter cependant que la chasse à la sauvagine est permise dans le parc comme ailleurs le long du Saint-Laurent. Au deuxième rang des aires d'hivernage protégées pour l'espèce, se classe le parc provincial de Bic (qui comprend la baie du Ha! Ha! et l'anse à Mercier), où quelques centaines d'oiseaux se rassemblent à la fin de l'automne et au début du printemps. La chasse est interdite dans le parc. D'autres aires d'hivernage majeures (voir la section « Taille et tendances de la population ») du corridor du Saint-Laurent, telles que la baie des Anglais (en partie), La Malbaie, Cap-à-l'Aigle (en partie) et Godbout, sont aussi protégées en vertu du Règlement sur les habitats fauniques du Québec (C-61.1, r. 0.1.5; Loi du gouvernement du Québec : Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune). La protection a trait à des activités particulières comme l'exploration minière et pétrolière, mais n'interdit pas la chasse. Celle-ci est cependant interdite dans l'aire d'hivernage de Dalhousie, au Nouveau-Brunswick (M. Bateman, SCF-région de l'Atlantique, comm. pers.).

Haut de la page