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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Garrot d’Islande (Bucephala islandica) au Canada – 2000

Biologie

La plupart des données sur la biologie du Garrot d'Islande sont tirées d'études qui ont été menées dans l'ouest de l'Amérique du Nord et en Islande. Il existe très peu d'informations sur la population de l'Est, sauf les données préliminaires provenant des travaux en cours au Québec (M. Robert et J.-P. L. Savard, SCF-QC, données inédites).

Reproduction

Le Garrot d'Islande est le plus souvent monogame, quoique des cas de polygynie aient été signalés en Colombie-Britannique (Savard, 1986a). Les couples s'établissent dans les aires d'hivernage. La première reproduction se produit en général à l'âge de deux ans mais, chez certains individus, parfois pas avant l'âge de trois ou quatre ans. Les nouveaux couples se forment durant l'hiver ou au début du printemps (Eadie et al., 2000). Dans l'ouest du Canada, les couples restent fidèles durant plusieurs années et se retrouvent de nouveau chaque année à l'automne dans les aires d'hivernage auxquelles ils sont également fidèles (philopatrie) (Savard, 1985). Il existe peu de données sur les rapports des sexes et des âges (Eadie et al., 2000). Selon les résultats préliminaires d'observations effectuées en hiver au Québec, la population de Garrots d'Islande qui hiverne le long de l'estuaire du Saint-Laurent comprend près de 73 % d'adultes et 26 % d'immatures, et les femelles et les mâles représentent respectivement environ 30 % et 43 % de la population adulte (sexe-ratio = 1,5, biaisé en faveur des mâles) (SCF-QC, données inédites).

En général, le Garrot d'Islande niche dans les cavités des arbres; en de rares occasions, il arrive qu'il le fasse dans des crevasses rocheuses ou dans d'autres cavités (Bellrose, 1980; Eadie et al., 2000). Selon la disponibilité des cavités, les nids peuvent être près de l'eau ou jusqu'à un à deux kilomètres d'un plan d'eau. Seules les cavités des Grands Pics (Dryocopus pileatus) sont assez grandes pour que le garrot s'en serve directement. Des individus peuvent aussi nicher dans des cavités créées par des branches d'arbres brisées et dans les creux au bout des chicots. Les nids sont construits à une hauteur de deux à quinze mètres (Eadie et al., 2000). L'espèce s'adapte facilement au nichoir et s'y reproduit (Savard, 1982a, 1988b). Il n'existe aucune donnée sur la grandeur des cavités naturelles utilisées par le Garrot d'Islande, mais selon des données sur l'espèce congénère un peu plus petite, le Garrot à œil d'or, le diamètre intérieur moyen est de 20,6 cm, la profondeur moyenne, de 46,2 cm et l'ouverture moyenne, de 22,4 cm de longueur sur 11,4 cm de largeur (Prince, 1968). Au Québec, une cavité naturelle utilisée par un Garrot à œil d'or mesure 13,5 cm sur 7,7 cm, et sa profondeur est de 80 cm (C. Maisonneuve, Faune et Parcs Québec, comm. pers.).

Les couvées comptent de six à douze œufs, avec une moyenne de huit. Les jeunes femelles ont des plus petites couvées que les femelles plus âgées. Le parasitisme intraspécifique des nids est courant (Eadie, 1989; Eadie et Fryxell, 1992), en particulier dans les nichoirs. En général, la cane pond un œuf tous les deux jours. En Colombie-Britannique, l'intervalle entre les pontes est de 1,89 jour en moyenne et diminue avec les pontes (Thompson, 1996). La femelle n'a qu'une couvée par année. Seule la femelle couve les œufs; cependant, le mâle reste avec la cane durant les sept à dix premiers jours de l'incubation, qui dure en tout trente jours. La femelle commence habituellement à couver après la ponte du dernier œuf (Palmer, 1976). En Colombie-Britannique, la période d'incubation moyenne est de 30,2 jours (intervalle de 26 à 36 jours) (Palmer, 1976; Eadie et al., 2000).

En Colombie-Britannique, sur une période de quatre ans, en moyenne 46 % des nids sont productifs, 31 % sont pillés par des prédateurs et 23 % sont abandonnés (n = 37-132 nichoirs; Savard, 1988b). Dans une autre région de la province, sur une période de dix ans, en moyenne 48,2 % des nids sont productifs (Eadie et al., 2000). L'éclosion est synchrone, et les jeunes nidifuges passent de 24 à 36 heures au nid (Eadie et al., 2000). Dès qu'ils quittent le nid, la femelle les amène dans un étang ou un lac proche, traversant en général jusqu'à deux kilomètres de terres avant d'atteindre le site d'élevage (Eadie et al., 2000).

Survie

En Colombie-Britannique, le taux de survie des couvées est variable; il est de 37,7 % en moyenne, avec une variation de 0 à 100 % (n = 105 couvées). La taille moyenne d'une couvée passe de 9,2 à 3,6 canetons entre la ponte et l'envol (n = 76 couvées) (Eadie et al., 2000). Les mortalités se produisent surtout durant la première semaine après l'éclosion (Savard et al., 1991). Le taux de survie des canetons des couvées tardives est plus faible que celui des couvées hâtives (Bengtson, 1972; Savard et al., 1991).

En Colombie-Britannique, la survie annuelle des femelles nicheuses établie à partir des données de capture-recapture est en moyenne de 66 % sur onze ans (Eadie et al., 2000). Une autre analyse, basée sur les taux de retour et de ré-observations des canes, a obtenu un taux de survie semblable (63 %), variant de 53 à 89 % (Savard et Eadie, 1989). La durée de vie reproductrice de la femelle est de 2,16 ans en moyenne, pour une fourchette de 1-9 ans. La longévité maximum enregistrée est de 18 ans pour un garrot de sexe inconnu. Par ailleurs, on a retrouvé deux mâles âgés de 15 ans et une femelle âgée de 12 ans (Eadie et al., 2000).

Alimentation et relations interspécifiques

Durant la saison de nidification, le Garrot d'Islande se nourrit surtout d'insectes aquatiques et de crustacés dans les eaux intérieures (Munro, 1939; Thompson, 1996), et de mollusques et de crustacés dans les eaux côtières (Vermeer, 1982; Koehl et al., 1982; Fitzner et Gray, 1994). La végétation ne représente qu'une petite fraction (< 20 %) du régime alimentaire. Les mollusques sont particulièrement importants en hiver, entre autres les moules bleues et les bigorneaux (Littorina sp.). L'espèce cherche sa nourriture dans l'eau peu profonde le long des côtes et rarement à plus de quatre mètres de profondeur. Elle préfère les eaux libres sans végétation émergente ou sans végétation submergée dense (Eadie et al., 2000).

En Colombie-Britannique, les mâles défendent des territoires sur les lacs de nidification; ils en chassent tous les garrots conspécifiques et congénères, sauf leur partenaire (Savard, 1982b, 1984). Le territoire des couvées, établi par la cane après l'éclosion des œufs, diffère en général du territoire du couple (souvent sur des lacs différents). Les autres garrots, en particulier les jeunes des autres couvées, sont exclus du territoire (Savard, 1987, 1988a). En Colombie-Britannique, certains mâles appariés défendent des territoires dans leurs aires d'hivernage (Savard, 1988a). Malgré des observations intensives, pareil comportement de défense territoriale n'a pas encore été observé dans l'est du Canada (SCF-QC, données inédites). Cependant, à la fin de l'hiver, les couples défendent en général un espace autour d'eux pour éloigner les garrots conspécifiques (C. Marcotte, SCF-QC, observation personnelle). Le Garrot d'Islande traite les deux autres espèces de garrots comme des conspécifiques et les exclut de son territoire (Savard, 1982b). À l'occasion, il en chasse aussi d'autres espèces d'oiseaux aquatiques (p. ex. la Foulque d'Amérique, Fulica americana) et est plus agressif envers les canards plongeurs qu'envers les canards barboteurs. La défense territoriale semble liée à la protection d'une aire d'alimentation contre de possibles compétiteurs (Savard et Smith, 1987).

Les femelles avec des canetons sont extrêmement agressives envers les autres femelles et les jeunes, et les rencontres de couvées différentes, qui peuvent être fort violentes, entraînent souvent la mort des canetons ou l'amalgame des couvées (Andrew, 1960; Savard et al., 1987b, 1991). La mortalité des canetons étant plus élevée sur les lacs à plusieurs couvées que sur les lacs à une seule couvée, on pense que la survie des canetons est en quelque sorte fonction de la densité (Savard et al., 1991; Einarsson, 1988, 1990).

Déplacements

La plupart des données sur les déplacements de la population de l'Est du Garrot d'Islande sont tirées d'une étude par télémétrie menée par le Service canadien de la faune (M. Robert et J.-P. L. Savard, SCF-QC). Jusqu'à présent (depuis février 1998), on a posé un émetteur satellite sur 21 Garrots d'Islande (18 mâles et 3 femelles) hivernant le long de l'estuaire du Saint-Laurent; on a suivi ces oiseaux dans le but d'obtenir des informations détaillées sur leur répartition et leurs mouvements (pour plus de détails, voir Robert et al., 1999, 2000, ou le site Web du Service canadien de la faune à http://www.qc.ec.gc.ca/faune/sauvagine/html/garrot_dislande.html).

L'espèce fait trois migrations par année : la première entre les aires d'hivernage et de nidification, la deuxième entre les aires de nidification et de mue, et la troisième entre les aires de mue et d'hivernage. Dans l'est du Canada, les oiseaux quittent les aires d'hivernage (principalement le corridor du Saint-Laurent) à la fin d'avril ou au début de mai en direction des lacs de nidification situés de 60 à 140 km plus loin, sur les hauts plateaux de la rive nord de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent. Les mâles restent environ 44 jours (de 34 à 50) dans les aires de nidification, qu'ils quittent ensuite pour gagner les aires de mue à environ 1 000 km (800-1 120) au nord (Robert et al., 1999, 2000). Jusqu'à présent, la télémétrie satellitaire a permis de repérer sept sites de mue : deux dans la baie d'Hudson, deux dans la baie d'Ungava, deux sur la côte du Labrador et un à l'embouchure de la baie Frobisher dans l'île de Baffin (Robert et al., 1999, SCF-QC, données inédites). On connaît peu l'écologie, l'abondance et les préférences en matière d'habitat des oiseaux dans les aires de mue.

La plupart des Garrots d'Islande mâles demeurent dans les aires de mue jusqu'à la fin d'octobre et commencent ensuite à migrer vers les sites d'hivernage. La migration est directe et ne dure que quelques jours; un oiseau a mis moins de deux jours pour parcourir la distance entre la baie d'Ungava et l'estuaire du Saint-Laurent (1 200 km) (Robert et al., 1999). Il semble que les femelles muent sur des lacs près des aires de nidification; en août et septembre 1999, on a signalé la présence d'environ 80 femelles en mue sur un lac situé à environ 100 km au nord-nord-est de la ville de Québec (Y. Hamel, comm. pers.).

Selon les résultats préliminaires de relevés terrestres et de télémétrie satellitaire de Garrots d'Islande hivernant le long du corridor du Saint-Laurent, au Québec, certains oiseaux se déplacent de la rive sud vers la rive nord de l'estuaire à la fin de l'automne (probablement en fonction des conditions de la glace; voir la section « Habitat d'hivernage »), et d'autres se déplacent d'un secteur à l'autre le long de la rive nord de l'estuaire durant l'hiver (SCF-QC, données inédite).

Comportement et adaptabilité

densité des individus sur les lacs de nidification. Cependant, l'amalgame de couvées en atténue jusqu'à un certain point l'effet, car il permet d'élever un plus grand nombre de jeunes dans certains secteurs où la territorialité rendrait la chose impossible (Savard, 1987; Eadie et al., 1988; Eadie et Lyon, 1998). En quelque sorte, l'amalgame de couvées est le résultat accidentel des fortes densités de nidification (Savard et al., 1999). De la même manière, lorsque le nombre de sites de nidification est limité, le parasitisme intraspécifique des nids peut faire augmenter la production. Cependant, il peut aussi avoir un effet négatif dans certains cas en faisant augmenter le taux d'abandon des nids (Eadie et Lumsden, 1985; Eadie, 1989, 1991; Eadie et Fryxell, 1992). En raison de son comportement territorial interspécifique agressif, le Garrot d'Islande peut avoir un impact sur la survie des canetons d'autres espèces de sauvagine sympatriques, comme le Garrot à œil d'or et le Petit Garrot (Robertson et Stelfox, 1969; Savard, 1986b).

Le Garrot d'Islande s'adapte bien aux nichoirs, qui ont d'ailleurs contribué à l'augmentation de la taille de la population locale (Savard, 1982a, 1988b), comme ce fut également le cas pour la population de Garrot à œil d'or (Coulter, 1979; Dennis et Dow, 1984).

Durant l'année précédant la nidification, les jeunes adultes cherchent des sites de nidification (Eadie et Gauthier, 1985). La plus grande partie de cette recherche se fait entre le milieu et la fin de la période d'incubation (des adultes). Cela permet aux oiseaux de commencer à nidifier rapidement l'année suivante.

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