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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Garrot d’Islande (Bucephala islandica) au Canada – 2000

Effectifs et tendances de la population

Aires d'hivernage

Selon les connaissances actuelles, les aires de concentration de Garrots d'Islande en hivernage dans l'est de l'Amérique du Nord se situent surtout au Québec et, à un moindre degré, dans les provinces de l'Atlantique et dans le Maine. Les données actuelles sur les effectifs et les tendances des Garrots d'Islande hivernant dans ces régions sont résumées dans les pages suivantes.

Canada atlantique et Maine

Toutes les données présentées dans cette section sont tirées d'un rapport inédit de Daury et Bateman (1996), du Service canadien de la faune, qui porte sur le Garrot d'Islande dans les provinces de l'Atlantique et dans le Maine.

Il semble que Dalhousie, du côté néo-brunswickois de la baie des Chaleurs, constitue la principale aire d'hivernage du Garrot d'Islande dans les provinces de l'Atlantique. En 1995, on a signalé à cet endroit un effectif maximum de 1 000 oiseaux; la situation était cependant inhabituelle et ne peut être considérée comme représentative du site (M. Bateman, SCF-région de l'Atlantique, comm. pers.). En fait, le deuxième plus grand effectif de Garrots d'Islande jamais observé dans cette région est de 300 oiseaux. Dans l'ensemble, de 50 à 300 individus hivernent en général dans les environs de Dalhousie. L'autre important site d'hivernage est situé à Shediac, sur la côte est du Nouveau-Brunswick, où hivernent en général de 15 à 40 oiseaux.

Apparemment, très peu de Garrots d'Islande hivernent en Nouvelle-Écosse, où l'effectif maximum signalé dans un site particulier est 18, à la rivière Annapolis (en 1993). Pugwash et Pictou sont aussi connus comme sites d'hivernage pour quelques individus. De 125 à 250 garrots hivernent en outre à quelques endroits à l'Île-du-Prince-Édouard, dont Oyster Bed Bridge, West River et Roxbury, ainsi que dans le parc national de l'Île-du-Prince-Édouard; un maximum de 236 individus a été signalé dans l'île en 1988, et un minimum de 78, en 1994 (pour plus de détails, voir Dibblee et al., 1996). À Terre-Neuve, le Garrot d'Islande est le plus souvent observé près du parc national Terra-Nova, sur la côte est de l'île, où un maximum de 15 individus a été signalé. L'espèce n'est pas connue pour hiverner le long de la côte du Labrador. Le Maine accueillerait environ 40 individus chaque hiver, la plupart à Orono et, à un moindre degré, à Bucksport et Portland. Il semble que très peu de Garrots d'Islande hivernent ailleurs le long de la côte de l'Atlantique (Daury et Bateman, 1996).

Dans l'ensemble, Daury et Bateman (1996) estiment que les effectifs de Garrots d'Islande hivernant au Canada atlantique et dans le Maine ne dépassent généralement pas 400 oiseaux. Malheureusement, aucune donnée valide ne permet de dégager des tendances relatives aux effectifs hivernant dans ces régions. En fait, des relevés systématiques d'aires d'hivernage ont été menés uniquement dans l'Île-du-Prince-Édouard (Dibblee et al.,1996), où les relevés constants effectués de 1988 à 1994 indiquent un déclin des effectifs en hivernage, sauf pour les deux dernières années (de 1988 à 1994, les effectifs ont baissé de 236 à 78 individus, pour remonter à 135 en 1996) (voir la figure 9 dans Daury et Bateman, 1996). Cependant, ces relevés sont peu concluants, vu qu'une très petite partie de la population de l'Est du Garrot d'Islande hiverne à l'Île-du-Prince-Édouard et que les récents hivers ont été plus doux que la normale; c'est pourquoi des oiseaux qui hivernaient auparavant à l'île le font désormais plus au nord (R. Dibblee, comm. pers.).

Québec

Une très grande partie de la population de l'Est du Garrot d'Islande hiverne dans la province de Québec. Cette constatation a été faite pour la première fois lors de relevés hivernaux menés au milieu des années 1970 (Reed et Bourget, 1977), qui ont clairement montré que l'estuaire et le golfe du Saint-Laurent représentaient un bastion pour cette population. Les pages suivantes contiennent divers types de données servant à évaluer les effectifs et les tendances des Garrots d'Islande qui hivernent au Québec. Ces données sont tirées de la base de données de l'Étude des populations d'oiseaux du Québec (ÉPOQ), des Recensements des oiseaux de Noël et de relevés terrestres et aériens de l'espèce du SCF-QC.

Base de données de l'Étude des populations d'oiseaux du Québec

La base de données de l'Étude des populations d'oiseaux du Québec ou des Études des populations d'oiseaux du Québec renferme d'intéressantes données sur les effectifs du Garrot d'Islande au Québec. L'Étude des populations d'oiseaux du Québec contient des données provenant de listes remplies par des observateurs qui signalent le nombre d'oiseaux de toutes espèces vus ou entendus à un seul site d'observation en une seule journée. La plupart des listes sont présentées par des ornithologues amateurs d'expérience et proviennent de l'ensemble du corridor du Saint-Laurent dans le sud du Québec. L'Étude des populations d'oiseaux du Québec, qui est le plus ancien et le plus élaboré des programmes de compilation de listes d'oiseaux en Amérique du Nord, contient environ trois millions de données provenant de plus de 200 000 listes (pour obtenir plus de renseignements sur l'Étude des populations d'oiseaux du Québec, voir Cyr et Larivée, 1995, David, 1996, et Dunn et al., 1996).

Selon l'Étude des populations d'oiseaux du Québec, le Garrot d'Islande est présent de la mi-octobre aux premiers jours de mai dans le sud du Québec (David, 1996), même si la plupart des oiseaux se rassemblent pour hiverner le long du corridor du Saint-Laurent de la mi-novembre à la mi-avril. Durant la même période, on signale très peu d'individus dans la section fluviale du Saint-Laurent, le long de la rivière Saguenay et du lac Saint-Jean ou ailleurs à l'intérieur du Québec (tableau 1). Cela est particulièrement vrai en janvier et février (Cyr et Larivée, 1995), lorsque les glaces rendent ces zones inaccessibles aux oiseaux aquatiques. Quelques individus hivernent habituellement sur la rivière Madawaska près de Dégelis (tableau 1), à l'embouchure du lac Témiscouata. Dans l'ensemble, nous pensons qu'au plus quelques douzaines de Garrots d'Islande hivernent probablement au Québec ailleurs que le long de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent (voir ce qui suit), surtout en raison de l'état des glaces.

Les données de l'Étude des populations d'oiseaux du Québec pour l'estuaire et le golfe du Saint-Laurent sont présentées respectivement dans les tableaux 2 et tableau3. Selon le tableau 2, l'estuaire du Saint-Laurent représente une aire d'hivernage très importante pour le Garrot d'Islande, vu les très gros effectifs régulièrement signalés par les ornithologues amateurs à cet endroit. On a mentionné la présence de nombreux Garrots d'Islande dans diverses zones des rives nord et sud de l'estuaire. Sur la rive nord, les principaux endroits sont notamment Baie-Comeau (baie des Anglais), Baie-des-Rochers, Tadoussac et La Malbaie-Pointe-au-Pic (tableau 2). La plupart des Garrots d'Islande observés sur la rive sud l'ont été en général entre Saint-Fabien (à l'ouest de Rimouski) et Matane, en particulier dans la région de Métis. Jusqu'à 1 156 et 1 000 Garrots d'Islande ont été vus sur la rive nord de l'estuaire du Saint-Laurent, respectivement à Tadoussac et à Baie-Comeau, et jusqu'à 440, 300 et 270 sur la rive sud, respectivement à Métis-sur-Mer, Grand-Métis et Sainte-Flavie (tableau 2). Il faut noter que la région de Tadoussac accueille en général beaucoup moins de Garrots d'Islande de nos jours qu'en 1976; on n'y a pas dénombré plus de 130 individus durant les relevés hivernaux menés en 1997-1998 et en 1998-1999 (SCF-QC, données inédites).

Des ornithologues amateurs ont signalé de plus petits effectifs le long du golfe du Saint-Laurent. Selon le tableau 3, quelques douzaines d'individus sont présents dans la baie des Chaleurs, même si de grands effectifs de garrots ont été observés à New Richmond (à environ 40 km de Dalhousie, au Nouveau-Brunswick) en 1994 (275 individus) et en 1996 (800 individus), et à Sainte-Thérèse-de-Gaspé en 1991 (240 individus). Cap-d'Espoir, Chandler et Newport font partie des autres endroits de la baie des Chaleurs où on observe régulièrement le Garrot d'Islande. De plus, de grands effectifs sont souvent signalés en divers endroits le long de l'extrémité est de la péninsule de Gaspé, comme à Percé, à Barachois-de-Malbaie, à Gaspé et dans le parc national Forillon. En 1991, des ornithologues amateurs ont observé plus de 200 individus dans le parc national Forillon (tableau 3). Aucun garrot n'hiverne habituellement dans les îles de la Madeleine (Fradette, 1992). Enfin, des ornithologues amateurs de la rive nord du golfe du Saint-Laurent (qui sont très peu nombreux) ont signalé à l'occasion la présence de grands nombres de Garrots d'Islande, principalement à Sept-Îles, où jusqu'à 125 individus ont été observés (tableau 3).

Selon la base de données de l'Étude des populations d'oiseaux du Québec (annexe 3 in Cyr et Larivée, 1995), il existe une forte tendance positive (p < 0,05) dans l'indice annuel d'abondance (c'est-à-dire l'effectif total de Garrots d'Islande divisé par le nombre total de listes pour une année donnée) et l'effectif annuel moyen (c'est-à-dire l'effectif total de Garrots d'Islande divisé par le nombre total de listes sur lesquelles figure l'espèce pour une année donnée) au Québec entre 1970 et 1989. Cependant, on ne note pour la même période aucune tendance relative à la fréquence (%) des listes sur lesquelles figure le Garrot d'Islande pour une année donnée (Cyr et Larivée, 1995). Nous pensons qu'il faut interpréter ces données avec prudence, parce que les tendances de l'Étude des populations d'oiseaux du Québec sont reconnues pour être biaisées positivement (Dunn et al., 1996). Elles résultent peut-être du perfectionnement des compétences et des instruments optiques ou encore, du déplacement des ornithologues amateurs vers des lieux d'observation plus productifs. Nous pensons que cette hypothèse se confirmera notamment au Québec; on y a en effet découvert durant les années 1980 de nouvelles aires d'hivernage, et l'espèce est de plus en plus considérée comme « espèce recherchée » par les ornithologues amateurs.

Tableau 1a.  Effectifs maximums annuels de Garrots d'Islande signalés en hiver (du 15 novembre au 15 avril) à certains1 endroits du Québec ailleurs que le long de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent (Source : base de données de l'Étude des populations d'oiseaux du Québec2, 1976-1986)
RégionsEndroits19761977197819791980198119821983198419851986
Fleuve Saint-LaurentHull-35612211111
Fleuve Saint-LaurentValleyfield---------20-
Fleuve Saint-LaurentÎles Saint-Pierre (Berthier)---310------
Fleuve Saint-LaurentSaint-Augustin-2------1---
Fleuve Saint-LaurentCap-Rouge----2------
Fleuve Saint-LaurentSaint-Romuald------1----
Fleuve Saint-LaurentLévis-Lauzon2------2-14
Fleuve Saint-LaurentBeauport (île d'Orléans)2--1-----15
Saguenay-Lac-Saint-JeanAnse de Roche-----------
Saguenay-Lac-Saint-JeanLa Baie----122--23
Saguenay-Lac-Saint-JeanArvida--4---2----
Saguenay-Lac-Saint-JeanAlma-------41--1
Intérieur du QuébecMagog336-11-----
Intérieur du QuébecSainte-Catherine-de-Portneuf-5---------
Intérieur du QuébecLaterrière345-3-1-111
Intérieur du QuébecDégelis-615101020155-86
Intérieur du QuébecManic-1--------30--
Intérieur du QuébecManic-2--------25--

 

Tableau 1b.  Effectifs maximums annuels de Garrots d'Islande signalés en hiver (du 15 novembre au 15 avril) à certains endroits du Québec ailleurs que le long de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent (Source : base de données de l'Étude des populations d'oiseaux du Québec, 1987-1996)
RégionsEndroits1987198819891990199119921993199419951996
Fleuve Saint-LaurentHull222--4621-
Fleuve Saint-LaurentValleyfield----------
Fleuve Saint-LaurentÎles Saint-Pierre (Berthier)---62-8---
Fleuve Saint-LaurentSaint-Augustin----4-31--
Fleuve Saint-LaurentCap-Rouge----4422-1
Fleuve Saint-LaurentSaint-Romuald11-16113---
Fleuve Saint-LaurentLévis-Lauzon211212---1
Fleuve Saint-LaurentBeauport (île d'Orléans)-2----11-1
Saguenay-Lac-Saint-JeanAnse de Roche----4-----
Saguenay-Lac-Saint-JeanLa Baie2214111112
Saguenay-Lac-Saint-JeanArvida----------
Saguenay-Lac-Saint-JeanAlma12-1------
Intérieur du QuébecMagog------62--
Intérieur du QuébecSainte-Catherine-de-Portneuf----------
Intérieur du QuébecLaterrière2122111111
Intérieur du QuébecDégelis30301251567251
Intérieur du QuébecManic-1----------
Intérieur du QuébecManic-2----------

1 Endroits où un minimum de quatre Garrots d'Islande ont été signalés durant une année donnée.
2 ÉPOQ : Base de données de l'Étude des populations d'oiseaux du Québec.
3 Un tiret (-) signifie qu'aucune donnée n'est disponible ou qu'aucun individu n'a été signalé pour une année donnée.

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Tableau 2a.  Effectifs maximums annuels de Garrots d'Islande signalés en hiver (du 15 novembre au 15 avril) à certains1 endroits du Québec situés le long de l'estuaire du Saint-Laurent (Source : base de données de l'Étude des populations d'oiseaux du Québec 2, 1976-1986)
RégionsEndroits19761977197819791980198119821983198419851986
Rive nordSaint-Irénée-3----------
Rive nordLa Malbaie-Pointe-au-Pic------1--22
Rive nordCap-à-l'Aigle -----------
Rive nordPort-au-Saumon-----------
Rive nordSaint-Siméon-----20612--5
Rive nordBaie-des-Rochers------400---450
Rive nordBaie-Sainte-Catherine--2---12-5346
Rive nordTadoussac1156-120-10--5010-10
Rive nordBergeronnes-30603035827306206
Rive nordLes Escoumins--50--------
Rive nordSault-au-Mouton----------10
Rive nordForestville--50-----2-2
Rive nordPointe-aux-Outardes----------15
Rive nordBaie-Comeau--75---302003001000300
Rive nordAnse Saint-Pancrace-------3---
Rive nordFranquelin-Mistassini-----9--1680-
Rive nordGodbout--------153-
Rive nordPointe-des-Monts--135--2----10
Rive sudCacouna24----------
Rive sudSaint-Simon-sur-Mer-----------
Rive sudSaint-Fabien (Anse à Mercier)------180609013057
Rive sudParc provincial du Bic---6010010610-45-2
Rive sudRimouski13515060200150303011200506
Rive sudPointe-au-Père950351506605040857548
Rive sudSainte-Luce---10-50241965
Rive sudSainte-Flavie-30-20-12555307520100
Rive sudGrand-Métis---300-60100----
Rive sudMétis-sur-Mer15022-40100300400644010515
Rive sudBaie-des-Sables--------1047-
Rive sudSaint-Ulric4-50-56942--100
Rive sudMatane-3051--1967100-5-

 

Tableau 2b.  Effectifs maximums annuels de Garrots d'Islande signalés en hiver (du 15 novembre au 15 avril) à certains endroits du Québec situés le long de l'estuaire du Saint-Laurent (Source : base de données de l'Étude des populations d'oiseaux du Québec, 1987-1996)
RégionsEndroits1987198819891990199119921993199419951996
Rive nordSaint-Irénée---------25
Rive nordLa Malbaie-Pointe-au-Pic-540100200905050300125
Rive nordCap-à-l'Aigle--------125-
Rive nordPort-au-Saumon---2-----50
Rive nordSaint-Siméon--10101301016685050
Rive nordBaie-des-Rochers---------288
Rive nordBaie-Sainte-Catherine158426091510101008100
Rive nordTadoussac225300150150-5221012-
Rive nordBergeronnes461253518314432
Rive nordLes Escoumins--2244-4--
Rive nordSault-au-Mouton252--------
Rive nordForestville----------
Rive nordPointe-aux-Outardes215011-10102---
Rive nordBaie-Comeau60050010001000500500900250200-
Rive nordAnse Saint-Pancrace--4017-556--
Rive nordFranquelin-Mistassini-2---1202001009030
Rive nordGodbout4--1515-35010-
Rive nordPointe-des-Monts----------
Rive sudCacouna--40--250---
Rive sudSaint-Simon-sur-Mer---------35
Rive sudSaint-Fabien (Anse à Mercier)204049120120251251204060
Rive sudParc provincial du Bic30-15-60-115757
Rive sudRimouski103030820206035450
Rive sudPointe-au-Père25105015161650363030
Rive sudSainte-Luce-702020210090203750
Rive sudSainte-Flavie113027055321251210060
Rive sudGrand-Métis--120-120-----
Rive sudMétis-sur-Mer30-20021--3030-
Rive sudBaie-des-Sables60-----20---
Rive sudSaint-Ulric------1---
Rive sudMatane188-1-257558-

1 Endroits où un minimum de 25 Garrots d'Islande ont été signalés durant une année donnée.
2 ÉPOQ : Base de données de l'Étude des populations d'oiseaux du Québec.
3 Un tiret (-) signifie qu'aucune donnée n'est disponible ou qu'aucun individu n'a été signalé pour une année donnée.

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Tableau 3a. Effectifs maximums annuels de Garrots d'Islande signalés en hiver (du 15 novembre au 15 avril) à certains1 endroits du Québec situés le long du golfe du Saint-Laurent (Source : base de données de l'Étude des populations d'oiseaux du Québec2, 1976-1985)
RégionsEndroits1976197719781979198019811982198319841985
Baie des ChaleursSaint-Omer-3-6-------
Baie des ChaleursCarleton-----204-5-
Baie des ChaleursMaria--8--50-2-5
Baie des ChaleursNew Richmond----7503--60
Baie des ChaleursCaplan------2--37
Baie des ChaleursBonaventure-----212--
Baie des ChaleursPaspébiac---------21
Baie des ChaleursNewport----------
Baie des ChaleursChandler-----81671-
Baie des ChaleursGrande-Rivière ------14--
Baie des ChaleursSainte-Thérèse-de-Gaspé------119-1
Baie des ChaleursCap-d'Espoir910781212617-57
Baie des ChaleursPéninsule de Gaspé          
Baie des ChaleursPercé4810103014615974913
Baie des ChaleursBarachois de-Malbaie20-815921282435-
Baie des ChaleursPointe-Saint-Pierre (île Plate)-3050--8--2-
Baie des ChaleursGaspé--1020--3641315
Baie des ChaleursParc national Forillon-4030-4-10257
Baie des ChaleursMont-Louis-33-----25-
Baie des ChaleursSainte-Anne-des-Monts165---4----
Rive nord du Saint-LaurentBaie-Trinité--------2121
Rive nord du Saint-LaurentSept-Îles-3040-------
Rive nord du Saint-LaurentSheldrake----------
Tableau 3b. Effectifs maximums annuels de Garrots d'Islande signalés en hiver (du 15 novembre au 15 avril) à certains1 endroits du Québec situés le long du golfe du Saint-Laurent (Source : base de données de l'Étude des populations d'oiseaux du Québec2, 1986-1996)
RégionsEndroits19861987198819891990199119921993199419951996
            
Baie des Chaleurs           
Saint-Omer---------30-
Carleton2----------
Maria---3---17-45-
New Richmond-1-----2275-800
Caplan--------2--
Bonaventure2-1--2543-71
Paspébiac-----------
Newport---52414159-8-
Chandler106-1154020731750
Grande-Rivière------1--1512
Sainte-Thérèse-de-Gaspé-----240-4--15
Cap-d'Espoir-33631--30109--
Péninsule de Gaspé           
Percé--79-36-405205020
Barachois de-Malbaie25---3--75982
Pointe-Saint-Pierre (île Plate)--------25-125
Gaspé--425------
Parc national Forillon23204342217730--123
Mont-Louis-----------
Sainte-Anne-des-Monts10----------
Rive nord du Saint-Laurent           
Baie-Trinité-2---------
Sept-Îles-37601251030412-60-
Sheldrake---------30-

1 Endroits où un minimum de 15 Garrots d'Islande ont été signalés durant une année donnée.
2 ÉPOQ : base de données de l'Étude des populations d'oiseaux du Québec.
3 Un tiret (-) signifie qu'aucune donnée n'est disponible ou qu'aucun individu n'a été signalé pour une année donnée.

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Recensements des oiseaux de Noël

Plus de 40 recensements (anciens et récents) des oiseaux de Noël ont été menés au Québec; dans quelques cas seulement, on a mentionné de grands effectifs de Garrots d'Islande. Les recensements effectués à Baie-Comeau (entre autres dans la baie des Anglais), à Tadoussac, à Forillon et à Percé ont souvent donné de grands effectifs; en fait, on y a recensé respectivement jusqu'à 807, 235, 185 et 148 oiseaux (tableau 4). Comme pour les données de l'Étude des populations d'oiseaux du Québec, de grands nombres de garrots sont généralement mentionnés sur la rive nord du corridor du Saint-Laurent. Les résultats des recensements des oiseaux de Noël n'indiquent aucune concentration importante d'individus hivernant aux États-Unis et dans les provinces de l'Atlantique (Savard et Dupuis, 1999).

Tableau 4.  Effectifs de Garrots d'Islande dénombrés durant les recensements des oiseaux de Noël, 1978-1998
Endroit
Identification
du cercle
Forillon
PQFO
Percé
PQPE
Tadoussac
| PQTA
Baie-Comeau
PQBC
New Richmond
PQNR
 Sainte-Anne-des-Monts
PQSA
Mont-Joli
483306810
Rimouski 1
482506826
199889445ar3arar51
19978104111ar0arar51
1996123421ar0arar31
19954014812ar0arar01
199418539103300arar01
19935012232620arar31
1992256223580arar81
199175112149560ar01
19904236073000ar61
19894536080700ar01
1988209723525000ar01
19872106225600ar27
19865306206010ar0
1985253330100ar0
19842840ar001612
198322341932400120
198246299ar150000
198128120ar1216834
19802ar10arararar0
19790ar0arararar4
19780ar120arararar1

1 Depuis 1988, les données des recensements des oiseaux de Noël à Rimouski n'ont pas été envoyées à la National Audubon Society (même si on effectue encore un relevé chaque année dans le cercle). Les données pour la période 1988-1998 ont été obtenues de P. Fradette.ar : Aucun recensement pour l'année.

Nous n'avons pas tenté de dégager de tendance dans les données des recensements des oiseaux de Noël au Québec (ni ailleurs dans l'est de l'Amérique du Nord), parce que nous estimons que toute interprétation fondée sur ces données serait assez douteuse. La présence de Garrots d'Islande à un endroit précis, du moins au Québec, est fonction de l'état des glaces, qui varie énormément (d'une année à l'autre) au moment où les recensements sont faits. La présence d'un grand nombre de garrots recensés dans des endroits comme Tadoussac dépend largement du niveau des marées. Dans l'ensemble, nous ne pensons pas que les données du recensement des oiseaux de Noël au Québec seraient utiles pour déterminer si une tendance se dessine en ce qui concerne les effectifs de l'espèce qui hivernent le long du corridor du Saint-Laurent.

Relevés terrestres du Service canadien de la faune (SCF-QC)

Durant les hivers 1997-1998 et 1998-1999, le Service canadien de la faune (région du Québec) a effectué chaque semaine des dénombrements exhaustifs et systématiques à des endroits précis connus pour accueillir de gros effectifs. Durant cette période, on a aussi mené des relevés dans plusieurs autres secteurs de l'estuaire du Saint-Laurent afin de repérer de nouvelles aires d'hivernage. La baie des Anglais (à Baie-Comeau), Baie-des-Rochers, La Malbaie-Pointe-au-Pic (y compris Cap-à-l'Aigle situé à proximité) et Franquelin (y compris Mistassini situé à proximité) sont les stations où on a dénombré les plus grands nombres de garrots. Tous ces endroits sont situés le long de la rive nord de l'estuaire du Saint-Laurent, où se rassemblent régulièrement en hiver beaucoup d'individus. Par exemple, on a compté jusqu'à 1 020 Garrots d'Islande dans la baie des Anglais en janvier et février 1998 (Figure 2); on y observe habituellement quelques centaines d'oiseaux jusqu'en mars, moment où les oiseaux quittent la région (du moins celle qui fait l'objet des relevés du Service canadien de la faune). Les relevés terrestres et les résultats du pistage satellitaire (SCF-QC, données inédites) révèlent que certains des Garrots d'Islande qui hivernent dans la baie des Anglais se déplacent vers la rive sud de l'estuaire du Saint-Laurent lorsque l'état des glaces le permet, c'est-à-dire habituellement en mars. En fait, il y a davantage de glaces sur la rive sud de l'estuaire que sur la rive nord, et les zones côtières de la rive sud demeurent en général inaccessibles aux garrots de la fin de décembre au début de mars. C'est ce qui explique que les effectifs de garrots relevés le long de la rive sud de l'estuaire durant l'hiver 1998-1999 étaient très faibles en janvier et en février ainsi que durant les premiers jours de mars, et qu'ils ont augmenté ensuite à plusieurs centaines d'individus. En mars 1999, on a dénombré jusqu'à 727 garrots sur la rive sud de l'estuaire du Saint-Laurent (Figure 2). Selon les relevés terrestres menés en 1997-1998 et 1998-1999 (Figure 2), il est possible aussi qu'un certain nombre d'individus hivernant dans la baie des Anglais se déplacent vers la région de Franquelin-Mistassini en mars.

Les autres principales aires d'hivernage de l'estuaire du Saint-Laurent sont le secteur de Baie-des-Rochers et de La Malbaie-Pointe-au-Pic (entre autres Cap-à-l'Aigle). En mars 1999, on a recensé jusqu'à 604 Garrots d'Islande à Baie-des-Rochers, où on signale habituellement entre 250 et 500 individus tout l'hiver (Figure 2). Par ailleurs, plusieurs centaines de garrots se rassemblent dans la région de La Malbaie durant l'hiver, même si, en général, on y observe moins d'individus qu'à Baie-des-Rochers. On a dénombré jusqu'à 473 Garrots d'Islande à La Malbaie durant l'hiver 1998-1999 (Figure 2). Il est certain que l'estuaire du Saint-Laurent représente une très importante aire d'hivernage pour la population de l'Est du Garrot d'Islande.

Figure 2. Effectifs maximums de Garrots d'Islande recensés à des endroits précis durant les hivers (de décembre à mars) 1997-1998 et 1998-1999 (SCF-QC, données inédites). Aucun relevé n'a été effectué durant les périodes sans données.

Graphiques représentant les effectifs maximums de Garrots d’Islande recensés à des endroits précis durant les hivers de 1997 à 1998 et de 1998 à 1999.
Tableau 5. Effectifs de garrots relevés dans l'estuaire et le golfe du Saint-Laurent, entre les 12 et 15 février 1996 (P. Dupuis, SCF-QC, données préliminaires inédites)1
EndroitsGarrots d'IslandeGarrots à Sil d'orBucephala sp.Total
Estuaire du Saint-Laurent2
4 214
5 141
1 291
10 646
Rive nord3
457
193
111
761
Île d'Anticosti
387
500
53
940
Péninsule de Gaspé et baie des Chaleurs4
849
345
262
1 456
Total
5 907
6 179
1 717
13 803

1 La prudence est de rigueur dans l'interprétation de ces données (voir le texte).
2 De Baie-Saint-Paul à Pointe-des-Monts, y compris les îles.
3 De Pointe-des-Monts à Mingan.
4 Y compris la région de Dalhousie et Heron Island.

Cependant, des relevés menés par le SCF-QC en janvier et février 1999, dans le cadre de l'étude en cours sur la population de l'Est du Garrot d'Islande, ont donné des résultats différents. Le SCF-QC (D. Bordage et al.) a effectué trois relevés par hélicoptère dans l'estuaire du Saint-Laurent, de Baie-Saint-Paul à Pointe-des-Monts sur la rive nord, et de Rivière-du-Loup à Matane sur la rive sud. Toutes les eaux libres côtières et les îles ont fait l'objet de relevés, et presque tous les garrots observés (c'est-à-dire entre 97 % et 98,5 %, selon le relevé) ont été identifiés à l'espèce. On a donc trouvé respectivement 2 437, 1 702 et 2 634 Garrots d'Islande le 26 janvier, le 10 février et le 16 février 1999, la plupart près de Baie-Comeau (baie des Anglais), Baie-des-Rochers, La Malbaie-Pointe-au-Pic, Cap-à-l'Aigle, Baie-Sainte-Catherine et dans la baie de Mille-Vaches (Petite Rivière Romaine) (comparé à 3 185, 2 463 et 3 134 Garrots à Sil d'or respectivement) (Aubry et al., 1999). L'apparente différence entre les effectifs de Garrots d'Islande dénombrés le long de l'estuaire du Saint-Laurent durant le relevé de 1996 (4 214) durant ceux de 1999 (entre 1 702 et 2 634) pourrait être attribuable à un mélange d'identification erronée de Harles huppés (Mergus serrator) et de variabilité inhérente liée aux évaluations d'effectifs de groupes d'oiseaux par divers observateurs. Seulement 89 Harles huppés ont été identifiés durant le relevé de 1996, comparativement à 758, 1 278 et 1 790 (selon le relevé) en 1999. Comme le motif de l'aile du Harle huppé est très semblable à celui des garrots (en particulier à celui du Garrot d'Islande), il est très difficile de distinguer les espèces de loin. Il est donc possible que certains Garrots d'Islande identifiés en février 1996 aient en fait été des harles et que certains des harles identifiés en 1999 aient été des Garrots d'Islande; cependant, des relevés terrestres ont confirmé la présence de grands nombres de Harles huppés hivernant (jusqu'à 2 000)dans la même zone où des harles ont été observés durant les relevés aériens de 1999 (SCF-QC, données inédites).

Tableau 6. Effectifs totaux de garrots (Garrot d'Islande et Garrot à Sil d'or) relevés le long d'une section de l'estuaire du Saint-Laurent1 durant les hivers de 1976, 1988, 1994, 1996 et 1999 (SCF-QC, données inédites)
AnnéeDateEffectifs de garrotsType d'aéronefObservateurs
19764 février
6 964
AvionP. Dupuis et al.
198811 février
3 287
AvionJ.-P. L. Savard et al.
198818 février
4 146
AvionJ.-P. L. Savard et al.
198825 février
2 389
AvionJ.-P. L. Savard et al.
199411 février
2 534
AvionJ.-P. L. Savard et al.
199423 février
2 462
AvionJ.-P. L. Savard et al.
19967 février
8 945
HélicoptèreP. Dupuis et al.
199612 février
6 671
HélicoptèreP. Dupuis et al.
199926 janvier
3 428
HélicoptèreD. Bordage et al.
199910 février
2 552
HélicoptèreD. Bordage et al.
199916 février
4 431
HélicoptèreD. Bordage et al.

1 De Baie-Saint-Paul à Les Escoumins, sur la rive nord de l'estuaire du Saint-Laurent.

Selon Savard et Dupuis (1999), la comparaison des relevés de garrots (deux espèces) menés durant les hivers de 1976, de 1988 et de 1994 révèle un déclin des effectifs hivernant sur la rive nord de l'estuaire du Saint-Laurent, entre Baie-Saint-Paul et Les Escoumins. Cependant, comme le mentionnent les auteurs, la prudence est de mise dans l'interprétation de ces données. En outre, si l'on tient compte des effectifs de garrots relevés en 1996 et en 1999, l'apparente tendance négative disparaît (tableau 6). En raison de la variabilité inhérente à ces types de relevés (mis à part le fait que certains ont été effectués à bord d'avions et d'autres à bord d'hélicoptères), nous ne pouvons donc dégager avec certitude (à partir des données disponibles actuellement) une quelconque tendance relative aux effectifs de garrots (et conséquemment aux effectifs de Garrots d'Islande) qui hivernent dans l'estuaire du Saint-Laurent.

Évaluation de la population en hiver

Selon les connaissances actuelles, tout semble indiquer que la presque totalité des Garrots d'Islande de l'est de l'Amérique du Nord hivernent le long du corridor du Saint-Laurent. En fait, la plupart hivernent au Québec, en particulier le long de l'estuaire du Saint-Laurent, où de grandes étendues d'eaux sont libres de glace en hiver. Les résultats des relevés menés en hélicoptère en 1999, qui visaient à recenser des Garrots d'Islande et qui ont couvert tout l'habitat d'hiver potentiel le long de l'estuaire, indiquent qu'environ 2 600 individus hivernent dans cette région (tableau 7). La seconde aire d'hivernage en importance est également située au Québec, dans le golfe du Saint-Laurent. Selon Reed et Bourget (1977) et selon le relevé mené durant l'hiver 1996 (tableau 5), environ 1 000 à 1 700 Garrots d'Islande hivernent dans cette vaste zone, surtout aux environs de l'île d'Anticosti, le long de la rive nord du golfe, entre Sept-Îles et Kegaska, dans l'extrémité est de la péninsule de Gaspé et dans la baie des Chaleurs (voir aussi Savard et Dupuis, 1999). Contrairement aux glaces de l'estuaire du Saint-Laurent, les glaces le long de la côte du golfe du Saint-Laurent sont habituellement dures, ce qui explique peut-être pourquoi la plupart des Garrots d'Islande sont recensés dans l'estuaire (même si le golfe est beaucoup plus grand).

Nous évaluons globalement qu'environ 3 500 à 4 000 Garrots d'Islande hivernent dans la province de Québec, 2 500 le long de l'estuaire du Saint-Laurent et peut-être 1 000 à 1 500 le long du golfe du Saint-Laurent. Sachant que près de 400 individus semblent hiverner dans les provinces de l'Atlantique et dans le Maine (Daury et Bateman, 1996) et que certains oiseaux vus à Dalhousie sont probablement les mêmes que ceux observés du côté québécois de la baie des Chaleurs, nous estimons la population hivernante de Garrots d'Islande dans l'est de l'Amérique du Nord à environ 4 500individus (tableau 7). De toute évidence, il s'agit là d'une évaluation prudente, et les futurs relevés hivernaux dans le golfe du Saint-Laurent et dans les provinces de l'Atlantique pourraient donner une évaluation différente, plus élevée.

Tableau 7. Évaluations des effectifs de Garrots d'Islande hivernant dans l'est de l'Amérique du Nord
DateQuébec (corridor du Saint-Laurent)
Fleuve
Québec (corridor du Saint-Laurent)
Estuaire
Québec (corridor du Saint-Laurent)
Golfe
Québec (corridor du Saint-Laurent)
Total
Provinces de l'Atlantique et MaineSource
Février 1974-1975-1976
5
1 394
1 148
2 547
 
Reed et Bourget (1977)
1976-1996
13
1 715
-
1 728
 
Base de données de l'ÉPOQ(médiane)1
1976-1996
13
2 318
-
2 331
 
Base de données de l'ÉPOQ(moyenne)1
1996, 12-15 févr.
-
4 214
1 6933
5 9074
 
P. Dupuis (SCF-QC, données inédites)
1999, 26 janv.
-
2 437
-
2 437
 
North American Birds 53(2): 141
1999, 10 févr.
-
1 702
-
1 702
 
North American Birds 53(2): 141
1999, 16 févr.
-
2 634
-
2 634
 
North American Birds 53(2): 141
1976-1995
 
 
 
 
223
Médiane, Daury et Bateman (1996) 2
1976-1995
 
 
 
 
314
Moyenne, Daury et Bateman (1996) 2
 
 
 
 
< 400
Daury et Bateman (1996)

1 Somme des moyennes (ou médianes) des effectifs maximums de Garrots d'Islande signalés en hiver par des ornithologues amateurs durant toute période donnée de sept jours (durant laquelle l'espèce a été signalée) dans tous les endroits où l'espèce a été signalée entre 1976 et 1996.
2 Somme des moyennes (ou médianes) des effectifs maximums (excluant les zéros) de Garrots d'Islande signalés durant l'hiver chaque année dans chaque province de l'Atlantique et dans le Maine dans tous les endroits entre 1976 et 1995 (selon le tableau 1, Daury et Bateman, 1996).
3 Y compris la région de Dalhousie et Heron Island, au Nouveau-Brunswick.
4 La prudence est de mise pour interpréter ces données (voir le texte et le tableau 5).

Le tableau 8 et la Figure 3 présentent les principaux endroits d'hivernage pour la population de l'Est du Garrot d'Islande, selon les connaissances actuelles. En se basant sur l'évaluation prudente de la population totale à 4 500 individus, nous savons que jusqu'à 25,7 %, 22,7 %, 13,4 % et 10,5 % des garrots ont été observés sur la rive nord du corridor du Saint-Laurent, respectivement à Tadoussac (non représentatif, voir ci-dessus), dans la baie des Anglais (Baie-Comeau), à Baie-des-Rochers et à La Malbaie-Pointe-au-Pic (y compris Cap-à-l'Aigle) (tableau 8). Sur la rive sud du corridor du Saint-Laurent, environ 10 % de la population hivernante se rassemblent parfois dans des endroits précis, notamment près du parc provincial du Bic (et de l'anse à Mercier à proximité) et dans la région de Métis (qui comprend Métis-sur-Mer, Les Boules, Grand-Métis et Baie-Mitis); jusqu'à 16,2 % des effectifs ont été recensés entre Saint-Fabien et Métis en mars 1999 (tableau 8). Ailleurs, jusqu'à 22,2 % et 17,8 % de la population de l'Est a été dénombrée à Dalhousie et à New Richmond respectivement en 1995 et en 1996; cependant, comme dans le cas de Tadoussac, il ne faut pas considérer ces données comme typiques pour ces endroits (M. Bateman, comm. pers.). Selon les connaissances actuelles, environ 88 % (4 000 à 4 500) des Garrots d'Islande hivernant dans l'est de l'Amérique du Nord le font au Québec, et la plupart (58,5 %), le long de l'estuaire du Saint-Laurent.

Tableau 8. Effectifs maximums de Garrots d'Islande observés dans les principaux sites d'hivernage1 de l'est de l'Amérique du Nord
RégionSitesNombre d'individusDateSource% de la population2
Estuaire du Saint-Laurent (moyen et bas) 
2 634
99-02-16Relevés en hélicoptère, SCF-QC
58,5
Rive nord du corridor du Saint-LaurentTadoussac (Québec)
1 1563
1976Base de données de l'ÉPOQ
25,73
Rive nord du corridor du Saint-LaurentBaie des Anglais (Baie-Comeau) (Québec)
1 020
98-02-114Relevés terrestres, SCF-QC
22,7
Rive nord du corridor du Saint-LaurentBaie-des-Rochers (Québec)
604
99-03-03Relevés terrestres, SCF-QC
13,4
Rive nord du corridor du Saint-LaurentRégion de La Malbaie (Québec)
473
99-02-24Relevés terrestres, SCF-QC
10,5
Rive nord du corridor du Saint-LaurentPointe-aux-Outardes (Québec)
305
99-01-26Relevés en hélicoptère, SCF-QC
6,8
Rive nord du corridor du Saint-LaurentBaie-Sainte-Catherine (Québec)
300
99-01-26Relevés en hélicoptère, SCF-QC
6,7
Rive nord du corridor du Saint-LaurentFranquelin-Mistassini (Québec)
295
98-03-11Relevés en hélicoptère, SCF-QC
6,6
Rive nord du corridor du Saint-LaurentPetite Rivière Romaine (Québec)
283
99-02-16Relevés en hélicoptère, SCF-QC
6,3
Rive nord du corridor du Saint-LaurentÎle aux Lièvres (Québec)
235
99-02-16Relevés en hélicoptère, SCF-QC
5,2
Rive nord du corridor du Saint-LaurentGodbout (Québec)
200
99-02-16Relevés en hélicoptère, SCF-QC
4,4
Rive nord du corridor du Saint-LaurentSaint-Siméon (Québec)
168
99-03-31Relevés terrestres, SCF-QC
3,7
Rive nord du corridor du Saint-LaurentÎlets-Jérémie (Québec)
153
99-02-16Relevés en hélicoptère, SCF-QC
3,4
Rive nord du corridor du Saint-LaurentPointe-des-Monts (Québec)
135
1978Base de données de l'ÉPOQ
3,0
Rive nord du corridor du Saint-LaurentSept-Îles (Québec)
125
1989Base de données de l'ÉPOQ
2,8
Rive nord du corridor du Saint-LaurentGrandes-Bergeronnes (Québec)
120
99-02-16Relevés en hélicoptère, SCF-QC
2,7
Rive nord du corridor du Saint-LaurentSaint-Irénée (Québec)
119
99-03-11Relevés terrestres, SCF-QC
2,6
Rive sud du corridor du Saint-LaurentDe Saint-Fabien à Métis-sur-Mer (Québec)
727
Mars 1999Relevés terrestres, SCF-QC
16,2
Rive sud du corridor du Saint-LaurentMétis-sur-Mer (Les Boules) (Québec)
440
1984Base de données de l'ÉPOQ
9,8
Rive sud du corridor du Saint-LaurentBaie-Mitis (Grand-Métis) (Québec)
305
99-04-08Relevés terrestres, SCF-QC
6,8
Rive sud du corridor du Saint-LaurentSainte-Flavie (Québec)
270
1989Base de données de l'ÉPOQ
6,0
Rive sud du corridor du Saint-LaurentSaint-Fabien (Anse à Mercier ) (Québec)
264
98-11-04Relevés terrestres, SCF-QC
5,9
Rive sud du corridor du Saint-LaurentRimouski (Rocher-Blanc) (Québec)
200
1979, 1984Base de données de l'ÉPOQ
4,4
Rive sud du corridor du Saint-LaurentParc provincial du Bic (Québec)
157
1994Base de données de l'ÉPOQ
3,5
Rive sud du corridor du Saint-LaurentPointe-au-Père (Québec)
150
1979Base de données de l'ÉPOQ
3,3
Rive sud du corridor du Saint-LaurentSainte-Luce (Québec)
100
1992Base de données de l'ÉPOQ
2,2
Rive sud du corridor du Saint-LaurentSaint-Ulric (Québec)
100
1986Base de données de l'ÉPOQ
2,2
Rive sud du corridor du Saint-LaurentMatane (Québec)
100
1983Base de données de l'ÉPOQ
2,2
Île d'Anticosti 
387
96-02-14Relevés en hélicoptère, SCF-QC
8,6
Île d'AnticostiBaie au Caplan (Québec)
116
96-02-14Relevés en hélicoptère, SCF-QC
2,6
Péninsule de Gaspé et baie des Chaleurs 
849
96-02-14Relevés en hélicoptère, SCF-QC
18,9
Péninsule de Gaspé et baie des ChaleursDalhousie (Nouveau-Brunswick)
1 0003
1995Daury et Bateman (1996)
22,23
Péninsule de Gaspé et baie des ChaleursNew Richmond (Québec)
8003
1996Base de données de l'ÉPOQ
17,83
Péninsule de Gaspé et baie des ChaleursParc national Forillon (Québec)
217
1991Base de données de l'ÉPOQ
4,8
Péninsule de Gaspé et baie des ChaleursPercé (Québec)
190
96-02-14Relevés en hélicoptère, SCF-QC
4,2
Péninsule de Gaspé et baie des ChaleursCap d'Espoir (Québec)
125
96-02-14Relevés en hélicoptère, SCF-QC
2,8
Péninsule de Gaspé et baie des ChaleursPointe-Saint-Pierre (Québec)
125
1996Base de données de l'ÉPOQ
2,8

1 Principaux sites d'hivernage : où e 100 individus ont été observés au moins une fois entre le 15 novembre et le 15 avril.
2 Basé sur une population hivernante totale de 4 500 individus (voir le texte).
3 Ne doit pas être considéré comme représentatif de ce site (voir le texte).
4 1 020 Garrots d'Islande ont aussi été observés dans la baie des Anglais le 9 janvier 1998.

Figure 3. Principaux sites d'hivernage du Garrot d'Islande dans l'est de l'Amérique du Nord

Carte indiquant les principaux sites d’hivernage du Garrot d’Islande dans l’est de l’Amérique du Nord.

Aires de nidification

Selon les connaissances actuelles, la rive nord de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent constitue l'aire de nidification principale pour le Garrot d'Islande hivernant dans l'est de l'Amérique du Nord (Robert et al., 2000).

L'analyse des données obtenues lors des relevés effectués par hélicoptère au Québec dans le cadre du Projet conjoint sur le Canard noir (PCCN) du Plan nord-américain de gestion de la sauvagine constitue le seul moyen d'estimer la population de Garrots d'Islande nicheurs dans l'est de l'Amérique du Nord; durant ces relevés, tous les garrots ont été identifiés à l'espèce (voir Robert et al., 2000). Aux fins du présent rapport, nous avons analysé les données des relevés du Projet conjoint sur le Canard noir de 1997, de 1998 et de 1999 (mêmes observateurs chevronnés chaque année) pour ce que nous estimons être l'aire de nidification principale de la population de l'Est du Garrot d'Islande. Cette aire correspond à celle que Robert et al. (2000) ont délimité sur le rive nord de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent (l'île d'Anticosti exclue) et comprend le secteur de haute altitude au nord de la ville de Québec et au sud de la rivière Saguenay, où certains Garrots d'Islande nichent probablement (voir la section « Répartition » et la figure 1). Les relevés du Projet conjoint sur le Canard noir n'ayant couvert qu'environ la moitié des 46 quadrats du Projet (25 km²) inventoriés chaque année dans cette aire de nidification principale, nous avons groupé les données des diverses années afin d'estimer la population à partir de tous les quadrats du Projet conjoint sur le Canard noir dans cette aire, en présumant que la taille de la population était stable d'une année à l'autre (voir les détails dans le tableau 9).

À l'aide d'une image satellitaire (mosaïque d'images Landsat-TM de 1993-1994, Grenier et al., 1993, 1994), nous avons calculé le nombre de petits lacs (de moins de 100 hectares) dans chaque quadrat de 25 km² pour l'ensemble de l'aire de nidification principale, qui comprend 6 964 quadrats (dont 46 font l'objet de relevés dans le cadre du Projet conjoint sur le Canard noir). Nous avons estimé ensuite la proportion de petits lacs où des couples de Garrots d'Islande ont été vus durant les relevés du Projet conjoint sur le Canard noir ainsi que le nombre total de couples pour l'ensemble de l'aire de nidification principale en utilisant un estimateur binomial (pour obtenir des détails sur les calculs, voir Cochran, 1977), en présumant que les couples de Garrots d'Islande nichent sur les lacs de moins de 100 hectares (voir Robert et al., 2000) et qu'il n'y a qu'un seul couple par lac. Nous avons ainsi obtenu quatre évaluations de la population de nicheurs, qui sont présentées au tableau 9.

Selon les données des relevés du Projet conjoint sur le Canard noir (tableau 9), on dénombre entre 716 et 1 718 couples de Garrots d'Islande nicheurs dans l'aire de nidification principale de la population de l'Est, c'est-à-dire sur la rive nord de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent, au sud de 51° 30' N. Sachant que les limites exactes de l'aire de nidification de cette population sont encore grandement inconnues et que certains individus nichent probablement à l'extérieur de l'aire de nidification principale, la population de l'Est du Garrot d'Islande comprend sans doute de 1 300 à 1 700 couples nicheurs. En se basant sur la proportion d'oiseaux adultes observés dans la population hivernante, nous estimons que la population de l'Est du Garrot d'Islande est constituée d'environ 1 400 couples nicheurs; cette valeur se situe dans le même ordre de grandeur que notre évaluation directe des nicheurs. Comme c'est le cas pour la population hivernante, l'évaluation des effectifs des couples nicheurs est prudente, et les prochains relevés à l'intérieur du Québec et à Terre-Neuve-et-Labrador pourraient donner d'autres résultats.

Tableau 9. Évaluations de la population de Garrots d'Islande nicheurs calculées à l'aide des données des relevés du Projet conjoint sur le Canard noir menés au Québec, de l'information tirée des images satellitaires et d'un estimateur binomial1 (voir les détails dans le texte)
 AD(99) - B(97) - C(98)2A(99) - BC(97) - D(98)A(99) - B(97) - CD(98)AD(99) - BC(97)
Lacs recensés31 0511 05110511 051
Pi40,005960,010930,011920,00497
Couples nicheurs5858,91574,71717,8715,8
Erreur-type348,6470,7491,4318,3

1 Nous avons préféré utiliser un estimateur binomial vu la rareté des couples de Garrots d'Islande (un par lac). Le calcul suppose que la probabilité de voir un couple sur un lac est indépendante de celle de voir un couple sur un autre lac. Pour obtenir des détails sur les calculs de la variance, voir Cochran (1977).
2 Les quadrats du Projet conjoint sur le Canard noir sont divisés en quatre sous-ensembles (A [n = 14], B [n = 13], C [n = 9] et D [n = 10]), dont deux font l'objet de relevés chaque année. Les sous-ensembles B et C, C et D, et D et A ont été respectivement recensés en 1997, en 1998 et en 1999. Nous avons groupé les données des diverses années afin d'estimer la population d'une autre manière, en présumant que la taille de la population était stable d'année en année. Les quatre groupements utilisés sont les suivants : A(1999)-B(1997)-C(1998)-D(1999), A(1999)-B(1997)-C(1997)-D(1998), A(1999)-B(1997)-C(1998)-D(1998) et A(1999)-B(1997)-C(1997)-D(1999).
3 Nombre de lacs dans les quadrats compris dans les sous-ensembles A, B, C et D (voir ci-dessus).
4 Pi = Proportion des lacs où des couples de Garrots d'Islande ont été relevés. On a estimé le nombre de couples nicheurs dans les quadrats recensés de la manière suivante : 1 ou 2 oiseaux = 1 couple, sans tenir compte du sexe; autres cas = 0 couple (Bordage et Plante, 1997).
5 Couples nicheurs = Pimultiplié par le nombre total de lacs de moins de 100 hectares (n = 144 013) pour l'aire de nidification principale (voir les détails dans le texte).

Aires de mue

Les seuls sites de mue connus pour les Garrots d'Islande mâles adultes dans l'est de l'Amérique du Nord se trouvent dans les eaux côtières des baies d'Hudson, d'Ungava et Frobisher (île de Baffin) et dans quelques bras de mer du nord du Labrador (Robert et al., 1999, SCF-QC données inédites, figure 1). On ne connaît pas le nombre de garrots qui muent à chaque site. Néanmoins, selon E. B. Chamberlain (sur la foi de Todd, 1963), environ 1 500 garrots en mue ont été observés en 1955 dans la baie Nain, au Labrador; près de la moitié de ces canards étaient apparemment des Garrots d'Islande. Selon Daury et Bateman (1996), 24 et 132 Garrots d'Islande ont aussi été observés dans la baie Ramah, au Labrador, respectivement en 1981 et en 1984. De plus, on a signalé la présence de 54 individus dans le fjord Hebron, au Labrador, pendant quatre années d'observation entre 1981 et 1994 (Daury et Bateman, 1996).

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