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Programme de rétablissement de la loutre de mer (Enhydra lutris) au Canada


Résumé

L’aire de répartition de la loutre de mer s’est déjà étendue du nord du Japon jusqu’au centre de la Basse-Californie, mais la chasse intensive dont elle a fait l’objet pendant la traite des fourrures marines qui a débuté au milieu des années 1700 a failli provoquer son extinction. On estime que seulement 2 000 individus, soit plus ou moins 1 % de la population initiale, auraient survécu dans les 13 populations qui subsistaient en 1911. La dernière loutre de mer dont la prise a été confirmée au Canada a été abattue en 1929 près de Kyuquot, en Colombie-Britannique (C.-B.). Entre 1969 et 1972, 89 loutres de mer provenant de l’île Amchitka et du détroit Prince-William, en Alaska, ont été transférées (translocation) dans la baie Checleset, sur la côte ouest de l’île de Vancouver.

Selon des relevés de la population récents (2001 à 2004), la population canadienne de loutre de mer compte au moins 2 700 individus répartis le long de la côte ouest de l’île de Vancouver et 500 individus disséminés dans la région centrale de la côte de la C.-B. La loutre de mer est désignée en tant qu’espèce menacée en vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP), mais a fait dernièrement l’objet d’une réévaluation par le Comité sur la situation des espèces en péril du Canada (COSEPAC),qui l’a désignée en tant qu’espèce préoccupante du fait qu’elle avait repeuplé de 25 à 33 % de son aire de répartition historique et que la population est en croissance et en expansion. Toutefois, on considère que l’effectif demeure peu élevé (< 3 500 individus) et que la population est particulièrement vulnérable aux déversements de pétrole en raison de sa fragilité aux hydrocarbures et de la proximité des principales routes maritimes empruntées par les pétroliers (COSEPAC, 2007).

Les déversements de pétrole constituent la plus importante menace pesant sur l’espèce en raison de la répartition de la population et de la vulnérabilité inhérente de l’espèce au pétrole. Il faut donc protéger la loutre de mer et son habitat. Toutefois, il faut aussi clarifier l’importance d’autres menaces telles que les maladies, les contaminants, les engins de pêche et le braconnage, car ces facteurs ont été responsables de déclins de populations de loutres de mer ailleurs dans le monde.

Le but du rétablissement de la loutre de mer est de constituer une population suffisamment importante et adéquatement répartie pour faire face aux menaces, y compris les désastres (déversements de pétrole, etc.), sans risquer de disparaître ou d’atteindre des niveaux où un retour à l’effectif normal sera très lent.

Au cours des cinq prochaines années à tout le moins, les objectifs en matière de population et de répartition suivants nous permettront de mesurer les progrès accomplis vers l’atteinte du but.

  1. Poursuite de l’expansion naturelle de l’aire de répartition géographique de la loutre de mer dans la région côtière de la C.-B. au-delà de l’aire de répartition continue observée en 2004 afin que l’espèce puisse survivre à des désastres (déversements de pétrole, etc.) et qu’elle puisse revenir assez rapidement à l’effectif antérieur au désastre.
  2. Poursuite de l’accroissement du nombre de loutres de mer (comparativement à l’effectif de 2004) afin de permettre l’expansion de l’aire de répartition géographique de l’espèce.

On a également établi un objectif de rétablissement pour identifier et, dans la mesure du possible, atténuer les menaces pesant sur la loutre de mer et son habitat et ainsi permettre le rétablissement de la population.

Pour atteindre le but fixé, le programme de rétablissement adopte une approche non intrusive par laquelle on reconnaît la capacité de la loutre de mer à reconstituer rapidement son effectif, mais qui en même temps tient compte des menaces qui pourraient limiter, voire inverser la tendance affichée actuellement par la population si aucune mesure n’était prise. Cette approche est axée sur l’identification et l’atténuation des menaces qui pèsent sur la loutre de mer et son habitat et qui pourraient nuire au rétablissement de l’espèce. Les stratégies recommandées pour faire face à ces menaces et permettre le rétablissement sont les suivantes : effectuer des recherches pour préciser les menaces; évaluer les populations (relevés); assurer une protection contre les déversements de pétrole et d’autres menaces; assurer la communication pour soutenir le rétablissement.

L’habitat essentiel de la loutre de mer n’a pas été défini. Cependant, certains habitats d’hivernage peuvent être des plus essentiels à la survie et au rétablissement de l’espèce. Un calendrier des études à effectuer pour définir l’habitat essentiel est inclus.

Un ou plusieurs plans d’action exposant en détail la mise en œuvre du rétablissement seront réalisés dans les six ans suivant l’élaboration du présent programme de rétablissement.