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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la situation du chardon de Hill (Cirsium hillii) au Canada

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Le Cirsium hillii pousse dans divers milieux dégagés à sol sableux et sec, propices aux incendies. On le rencontre notamment dans des herbaçaies recouvrant des collines de gravier ou des escarpements, des prairies sablonneuses sèches-mésiques à mésiques, des pinèdes ou des chenaies claires, des dunes, des savanes à chêne et des boisés clairs (Higman et Penskar, 1999; Penskar, 2001). Au Michigan, au Wisconsin et en Ontario, l’espèce a également été observée dans des alvars de prairie.

Au Minnesota, le C. hillii se rencontre dans des milieux assez perturbés, où il côtoie de nombreuses espèces exotiques envahissantes comme le pâturin comprimé (Poa compressa), le pâturin des prés (P. pratensis) et le mélilot blanc (Melilotus alba) (Penskar, 2001). E.J. Hill, qui a découvert l’espèce, l’avait observée dans ce type d’habitat et d’association végétale : en 1910, il notait qu’au sud et à l’ouest de Chicago, l’espèce poussait sur des terrains ferroviaires, clôturés avant même que la prairie environnante ait jamais été labourée. Elle y comptait parmi les quelques espèces indigènes de la prairie capables de résister aux espèces introduites. Il ajoutait que le C. hillii peut recoloniser des terres d’où la culture l’a fait disparaître, après que celles-ci aient été ensemencées pour être exploitées en herbage et laissées quelques années sans labourage. Le C. hillii possède donc les attributs des espèces des prés et des pâturages, poussant bien avec le trèfle rouge, le trèfle blanc, la phléole des prés ainsi que les graminées les plus communes des prés et des pâturages secs, le Poa pratensis et le P. compressa. Cusick (1995) fait remarquer que les herbivores ne broutent pas le C. hillii, laissant l’espèce sur pied derrière leur passage (d’où le nom commun anglais de pasture thistle). En Ontario, le C. hillii a été observé en association avec le pâturin comprimé (Poa compressa), le mélilot blanc (Melilotus alba), la petite herbe à poux (Ambrosia artemisiifolia), la centaurée maculée (Centaurea maculosa), la carotte sauvage (Daucus carota), le millepertuis commun (Hypericum perforatum) et la marguerite blanche (Chrysanthemum leucanthemum).

Le C. hillii exige un milieu au moins partiellement ouvert. Penskar (2001) décrit ainsi l’habitat de l’espèce au Michigan : « Dans les vastes peuplements clairs de pin gris de la péninsule inférieure, on trouve les plus fortes concentrations de C. hillii dans les zones les plus dégagées et propices aux feux, où elle forme avec d’autres espèces une communauté prairiale. » [traduction de l’anglais]. Dans les peuplements clairs de pins et de chênes de la péninsule supérieure, l’espèce pousse principalement « dans des zones dégagées, en colonies relativement peu importantes au sein d’un reliquat relativement grand de savane. » [traduction de l’anglais]. En Ontario, tous les sites de C. hillii se trouvent dans des milieux ouverts : alvars, savanes ou boisés clairs, qui ont cependant perdu une part de leur caractère particulier en l’absence des facteurs naturels de perturbation. Jones (1996) a observé à l’île Great La Cloche que le C. hillii ne pousse pas parmi les herbacées à grandes feuilles ni directement sous un couvert. Au lac Barney, dans le comté de Bruce, Schaefer (1995) a observé le C. hillii dans un alvar de prairie; la majeure partie de la population poussait cependant le long d’un sentier envahi par la végétation, dans un peuplement de thuya, de peuplier et d’épinette dont le recouvrement est de 80 p. 100, avec la fougère-aigle Pteridium aquilinum dominant le sous-étage (le C. hillii étant le deuxième en importance).

Certains pensent qu’au moins dans le secteur est de son aire, le C. hillii a survécu dans les couloirs empruntés par les hordes de bisons, où le milieu était suffisamment perturbé par le piétinement et le broutage des bêtes (The Nature Conservancy, 1990). En Ontario, plusieurs mentions associent l’espèce à un milieu perturbé. Ainsi, décrivant la population de l’alvar d’Evansville, à l’île Manitoulin, Jones (1995) précise qu’à certains endroits, le C. hillii pousse sur un sol dénudé, notamment à l’intérieur et en bordure d’une piste de VTT, et en déduit qu’un certain degré de perturbation du milieu est favorable à l’espèce. Par ailleurs, il a été établi que les graines du C. hillii ne germent pas dans une couche de litière trop épaisse (voir ci-après). Selon The Nature Conservancy (1990), les crêtes herbeuses où la couche de sol est mince et les prairies et savanes sablonneuses (principaux types d’habitat de l’espèce aux États-Unis) semblent propices à la germination des graines et à l’établissement des semis, même en l’absence de perturbation du milieu par les animaux. 

En Ontario, pour les 41 mentions de l’espèce accompagnées d’une description du milieu où elle a été observée, ceux-ci se résument à ce qui suit : pavage de calcaire-alvar de prairie; savane ou alvar arbustif à pin gris et à Juniperus communis; îlots au sein d’une forêt dominée par l’épinette blanche; alvar à pin gris et à peuplier faux-tremble; peuplements clairs de pin gris et de thuya occidental; alvar à pin gris, à peuplier faux-tremble et à Juniperus communis; alvar de prairie à thuya occidental, à épinette blanche et à Juniperus horizontalis; forêt sèche coniférienne ou mixte dominée par le thuya occidental; peuplement de pin gris, de thuya occidental et de sapin baumier; clairières dans une forêt de thuya occidental et d’épinette blanche; peuplements clairs de thuya occidental, de mélèze laricin, d’épinette blanche et d’épinette noire; peuplement de thuya occidental et de mélèze laricin; alvar à thuya occidental, à épinette blanche et à peuplier faux-tremble; savane à chêne rouge et à pin blanc sur des dunes; dunes à la lisière d’un bois. Dans la péninsule Bruce, l’espèce a également été observée dans des forêts de conifères établies sur d’anciennes plages de galets ou de pavés de dolomite (Owen Sound Field Naturalists, 2001) (voir figures 3 et 4). À l’opposé, on la rencontre dans des alvars non boisés, comme ceux qui se trouvent dans la péninsule Bruce juste au-dessus de la ligne des hautes eaux du lac Huron (Owen Sound Field Naturalists, 2001) ou à Fisher Harbour, dans l’île Little La Cloche (voir figure 5).

Les communautés végétales mentionnées ci-dessus poussent toujours sur un substratum de roche ou de sable calcaire, le plus souvent dans un milieu relativement sec. L’auteur a toutefois observé, en 2002 au site 55, une petite population de C. hillii dans un alvar sableux et humide au sein d’un peuplement de thuya occidental et de mélèze laricin, poussant en association avec des espèces des prés humides comme la tofieldie glutineuse (Tofieldia glutinosa), l’aster à ombelles (Aster umbellatus), la verge d’or de l’Ohio (Solidago ohioensis) et la potentille frutescente (Potentilla fruticosa) (voir figure 6).

Figure 3. Gros plan du Cirsium hillii à Coal Oil Point, dans le comté de Bruce (le 8 août 2002).

Figure 3. Gros plan du Cirsium hillii à Coal Oil Point, dans le comté de Bruce (le 8 août 2002).

Figure 4. Gros plan d’une rosette de Cirsium hillii à Coal Oil Point (le 8 août 2002).

Figure 4. Gros plan d’une rosette de Cirsium hillii à Coal Oil Point (le 8 août 2002).

Figure 5. Bon nombre de Cirsium hillii reproducteurs dans un alvar de Fisher Harbour, à l’île Little La Cloche (le 6 août 2002).

Figure 5. Bon nombre de Cirsium hillii reproducteurs dans un alvar de Fisher Harbour, à l’île Little La Cloche (le 6 août 2002).

Figure 6. Cirsium hillii poussant dans un secteur dégagé sableux et humide au cœur d’un alvar à thuya occidental et mélèze laricin, à Pike Bay, dans le comté de Bruce (le 6 août 2002).

Figure 6. Cirsium hillii poussant dans un secteur dégagé sableux et humide au cœur d’un alvar à thuya occidental et mélèze laricin, à Pike Bay, dans le comté de Bruce (le 6 août 2002).

À l’île Manitoulin, où il a observé un grand nombre de sites, Jones (2000) décrit ainsi l’habitat typique du C. hillii : « Ouvertures dans des savanes boisées dominées par le pin gris ou l’épinette associés au Juniperus communis, où la strate herbacée est composée de Cladina rangiferina, de Carex richardsonii ou de Danthonia spicata et d’Arctostaphylos uva-ursi. Parmi les autres espèces associées se trouvent le Geum triflorum, le Schizachyrium scoparium, le Linnaea borealis, le Pteridium aquilinum, le Vaccinium angustifolium, l’Oryzopsis asperifolia et le Senecio obovatus ainsi que deux mousses appartenant aux genres Dicranum et Hypnum. Le sol est constitué de sable grossier loameux, de loam sableux ou de sable gisant sur la roche-mère. Certains sites se trouvent à proximité d’alvars de pavage. Certains milieux ne présentent aucune trace de feu; d’autres conservent de vieilles à très vieilles traces de feu. » [traduction de l’anglais]. Selon Johnson (comm. pers., 2002), dans la péninsule Bruce, le C. hillii se trouve typiquement dans des « peuplements clairs de conifères, à strate arbustive importante, sur la roche-mère ». [traduction de l’anglais]. D’après les travaux qu’il a effectués au site 52, Johnson donne la description suivante de l’habitat de l’espèce sur les rives de la péninsule : « Bois très clairs (généralement de conifères, jamais de décidus; y compris les bois confinant aux alvars) ou, moins fréquemment, véritables alvars; souvent donc, alvars ou quasi-alvars, toujours là où le couvert d’arbres est absent ou comporte une proportion très importante d’ouvertures. Les principales espèces d’arbres présentes sont le thuya occidental (le plus fréquent dominant), le mélèze laricin, l’épinette blanche et l’épinette noire. Les espèces associées les plus fréquentes des strates arbustive et herbacée sont le Carex eburnea, le Juniperus horizontalis, l’Iris lacustris, l’Arctostaphylos uva-ursi et le Schizachyrium scoparium. Il semble que l’espèce se trouve toujours dans des milieux forestiers dévastés par le feu au début du vingtième siècle, secs et gisant généralement sur une assise de roche dolomitique (quoique la population de loin la plus abondante [2001] pousse sur un substrat de petites pierres dolomitiques). L’espèce se trouve toujours à des endroits non perturbés (sauf pour deux individus poussant près d’un sentier). Populations généralement petites. » [traduction de l’anglais] (Johnson, 2002). L’espèce a été observée jusqu’à 6 ou 7 kilomètres à l’intérieur de la péninsule Bruce (Owen Sound Field Naturalists, 2001).

Aux États-Unis, le C. hillii est souvent associé aux graminées des savanes et des prairies, comme le barbon de Gérard (Andropogon gerardii), le barbon à balais (Schizachyrium scoparius), le faux-sorgho penché (Sorghastrum nutans), la danthonie à épi (Danthonia spicata), la deschampsie flexueuse (Deschampsia flexuosa) et la koelérie à crêtes (Koeleria macrantha), ainsi qu’à des verges d’or, des asters et d’autres herbacées à grandes feuilles des prairies (Higman et Penskar, 1999). En Ontario, pour les 41 populations dont l’habitat est décrit, les espèces végétales mentionnées comprennent 26 herbacées, 1 lichen, 2 mousses, 7 arbustes et 11 arbres. La strate herbacée est le plus souvent dominée par le Danthonia spicata, avec le C. hillii, et l’Arctostaphylos uva-ursi est l’espèce associée la plus fréquente, suivie par le lichen Cladina rangiferina, la fougère Pteridium aquilinum et la graminée Schizachyrium scoparium. La strate arborescente est le plus souvent dominée par le pin gris, l’épinette blanche et le thuya occidental, et la strate arbustive, par le Juniperus communis, suivi par le Juniperus horizontalis.

Les alvars riverains boisés de l’île Manitoulin, des îles voisines et de la côte ouest de la péninsule Bruce sont d’une importance capitale pour la survie à long terme de la population canadienne de chardon de Hill. Autrefois, ces alvars faisaient partie d’un paysage façonné par des facteurs naturels, notamment la sécheresse et le feu. À l’île Manitoulin et, surtout, dans la péninsule Bruce, ce paysage se transforme à vive allure, les plus beaux sites riverains étant utilisés pour la construction de résidences et d’immeubles en copropriété. Ce type d’aménagement suppose la suppression du régime naturel d’incendies de même que la dégradation du milieu naturel. Seulement 6 sites de C. hillii sont supposés disparus, les causes n’étant pas tout à fait élucidées. Bien que l’espèce semble subsister à certains endroits, la pression visant la lutte contre les incendies près des habitations mènera à un autre stade de succession, soit celui de terrains boisés et, par conséquent, de la perte de la population. 

Tendances en matière d’habitat

Les alvars et les savanes de l’île Manitoulin et de la péninsule Bruce sont en déclin depuis une centaine d’années, résultat de la succession végétale naturelle à laquelle la lutte contre les feux de végétation laisse libre cours, de la mise en culture des terres, de l’exploitation croissante des rives (sections non boisées ou déboisées spécialement pour l’aménagement) pour l’habitation et les loisirs (y compris la circulation en VTT) et de l’exploitation commerciale des sables. La rive sud de l’île Manitoulin et la rive ouest de la péninsule Bruce sont très prisées comme secteurs d’habitation, ce qui aura presque certainement des conséquences pour les populations de C. hillii se trouvant sur des terrains privés. Les projections démographiques pour le sud de l’Ontario donnent à penser que le développement du nord du comté de Bruce et de l’île Manitoulin est susceptible de s’intensifier (Comité des initiatives de croissance intelligente de l'ouest de l'Ontario, 2003). Des 64 sites actuels de C. hillii, une vingtaine bénéficient d’une protection totale ou partielle du fait qu’ils se trouvent dans des parcs ou des réserves de propriété publique ou privée.

Protection et propriété des terrains

La propriété des terrains abritant les 64 sites actuels de Cirsium hillii se répartit comme suit :

  • 36 sites se trouvent sur des terrains privés, appartenant à un propriétaire unique ou à plusieurs propriétaires différents;
  • 11 sites se trouvent sur des terres publiques appartenant à des organismes gouvernementaux de conservation et possédant le statut de parc provincial ou national (sites 9, 15, 39, 44, 48, 49, 60, 61, 62, 63 et 64);
  • 4 sites se trouvent sur des terrains privés appartenant à des organismes non gouvernementaux (ONG) de conservation (le site 50 appartient à la Federation of Ontario Naturalists et les sites 42 et 54, à Conservation de la nature Canada);
  • 5 sites se trouvent sur des terres appartenant aux Premières nations;
  • 8 sites se trouvent en partie sur des terres publiques et en partie sur des terres privées (sites 4, 13, 14, 16, 22, 33, 47 et 53).

Les 6 sites disparus se trouvaient sur des terrains privés. La propriété des terrains abritant des sites de C. hillii est indiquée dans la section Taille et tendances des populations. 

Des 11 sites entièrement situés sur des terres publiques ou appartenant à des ONG de conservation, seul le site 60, qui se trouve dans un parc provincial, bénéficie de mesures concrètes de gestion ou de protection.

La majorité (36) des sites actuels de l’espèce se trouvent sur des terrains privés. Sept autres se trouvent en partie sur des terrains privés. Parmi ces 43 sites, certains se trouvent dans des aires d’intérêt naturel et scientifique (AINS) d’importance provinciale. C’est le cas notamment du site 52. Or, les AINS sont classées dans la catégorie 2 aux termes de la Déclaration de principes sur l’aménagement du territoire de l’Ontario, ce qui signifie que l’aménagement et les modifications y sont permis « s’il est démontré qu’ils n’auront pas de répercussions néfastes sur l’intégrité des éléments ou des fonctions écologiques qui ont justifié la désignation de la zone » (Gouvernement de l’Ontario, 1997). La Loi sur l’aménagement du territoire de l’Ontario oblige les autorités locales à tenir compte des déclarations de principes faites en vertu de la Loi. Heureusement, quelques-unes des populations les plus abondantes et les plus saines de C. hillii, notamment les sites 2, 15, 44 et 60, se trouvent sur des terres publiques.