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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la situation du chardon de Hill (Cirsium hillii) au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

1) Habitat restreint

Le chardon de Hill ne se rencontre que dans les alvars et les savanes des rives du lac Huron et de la baie Georgienne. Or, ces écosystèmes comptent parmi les plus menacés de l’Amérique du Nord et de l’Ontario. Autrefois plus abondants et plus étendus dans le sud de l’Ontario, ces milieux subissent aujourd’hui des pressions de toutes sortes, dont le cours dans certains cas, notamment celui de l’accroissement de la population humaine, ne peut pratiquement pas être inversé. 

2) Succession végétale et absence de perturbations

En l’absence du régime naturel d’incendies, tous les sites actuels de Cirsium hillii sont de plus en plus menacés par la succession végétale qui rend l’habitat de l’espèce plus ombragé. Ce changement s’opère surtout depuis quelques décennies et a été signalé notamment par Morton au site 9 et par Beecroft au site 60. À l’exception de Fisher Harbour, aucun site ne compte plus de 15 individus reproducteurs. Bien qu’il s’agisse d’une « photo instantanée », elle soulève néanmoins d’importantes questions quant au potentiel actuel de reproduction des populations et aux facteurs pouvant entraîner le faible taux de floraison. Au dernier relevé, certains sites (notamment le site 4) ne comportaient que des pieds végétatifs (rosettes) ou avait un nombre de pieds florifères très faible, tel que le site 44, situé sur des terres appartenant à Parcs Canada et où la population comptait moins de 1 p. 100 de pieds reproducteurs. Le programme visant le rétablissement du régime naturel d’incendies dans ces écosystèmes semble limité. Il est probable qu’un programme beaucoup plus ambicieux soit nécessaire pour maintenir la répartition et l’abondance actuelles du chardon de Hill.

3) Aménagement des rivages

La majorité (35) des populations ontariennes de chardon de Hill sont situées sur des terrains privés faisant partie de l’un des plus beaux paysages riverains de la province. Les municipalités encouragent le développement de ces secteurs; le développement a eu lieu à un rythme qui n’aurait pas été imaginé facilement il y a à peine 10 ans. Par exemple, la Carter Bay, à l’île Manitoulin (6 000 acres répartis sur 17 km de rive englobant le plus riche système dunaire de la province), et la baie Gauley sur la côte ouest de la péninsule Bruce, sont aujourd’hui des réalités. Les projections démographiques pour le sud de l’Ontario donnent à croire que la demande pour des résidences permanentes au bord de l’eau se maintiendra et continuera d’exercer une pression sur les populations de chardon de Hill. On a constaté que cinq des sites sont menacés par le développement résidentiel (sites 3, 6, 51, 52 et 55).

4) Demande pour l’agrégat

Les alvars qui constituent l’habitat du Cirsium hillii sont aussi recherchés par l’industrie à des fins d’extraction d’agrégat. On peut s’attendre à ce que le site découvert en 2002 (site 35), qui compte à lui seul environ 45 p. 100 des pieds reproducteurs de tout l’effectif canadien de l’espèce, soit détruit d’ici quelques années par les activités d’extraction et de concassage d’agrégat. Parmi les 3 sites de l’île Great La Cloche et de l’île Little La Cloche, les sites 33 et 35 sont sous licence pour l’extraction d’agrégat (permis d’exploitation de la carrière La Cloche 3863 émis le 29 mai 1990). Les deux îles sont la propriété du même particulier, et son permis s’applique aux régions de Great La Cloche et de Little La Cloche situées au sud et au sud-est de la route 6 (comm. pers. Hallaiken, 2004). Cela constitue une zone d’environ 20 km² dont la majeure partie est de l’alvar de choix.

5) Espèces envahissantes 

Certaines espèces envahissantes peuvent avoir une incidence éventuelle sur le Cirsium hillii en Ontario. En 2002, l’auteur a observé les espèces suivantes au sein des populations de chardon de Hill ou à proximité : le mélilot blanc, Melilotus alba (à l’île Great La Cloche) et la centaurée maculée, Centaurea maculosaLittle Eagle Harbour-Coal Oil Point). Ces espèces envahissantes pourraient être particulièrement nuisibles dans les alvars, les savanes et les boisés à sol sableux.

6) Véhicules et motos tout-terrain

Les véhicules et les motos tout-terrain (VTT) ont causé des dommages dans plusieurs sites de l’espèce, notamment le site 60, où on pense que les VTT ont complètement détruit une sous-population. D’autre part, à l’île Manitoulin, certains sites n’ont pas encore été touchés, mais ils le seront probablement tôt ou tard puisque la population humaine de l’île augmente. Les alvars sont des lieux de choix pour la pratique du tout-terrain, et il y a gros à parier que d’ici quelques années, ce loisir causera un stress important à un grand nombre des populations de C. hillii.

7) Agriculture 

Pour l’heure, l’agriculture ne présente pas une véritable menace pour le chardon de Hill : à moins que les pratiques agricoles ne changent dans le sud de l’Ontario, les alvars où pousse l’espèce ne sont pas prêts d’être mis en culture. Cependant, à l’île Squirrel, la population recensée par Dodge au début du siècle dernier a probablement été détruite par la mise en culture des terres, comme d’ailleurs presque toute la végétation naturelle de l’île, sauf celle des marais.

8) Broutage par les cerfs 

L’attrait comme aliment agréable au goût générale et l’incidence du broutage par les cerfs sur les individus matures du Cirsium pitcheri, observé au site 44 par le rédacteur en 2002, sont inconnus. Par contre, l’île Manitoulin est bien connue pour sa forte population de cerfs de Virginie. Dans le cas d’un autre chardon de l’Ontario, le chardon de Pitcher, Cirsium pitcheri, une espèce en voie de disparition, le broutage par les cerfs a été relevé comme étant un facteur limitatif important dans le parc provincial Pinery (Ontario) (Maun, 2000).