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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’hespérie du Dakota (Hesperia dacotae) au Canada

Habitat

 

Besoins de l’espèce

Au Canada, l’hespérie du Dakota se rencontre uniquement dans deux types de prairies, soit la prairie humide-mésique à grandes graminées et barbons, occupant des terrains bas, et la prairie mésique-sèche à graminées mixtes (barbons), occupant des terrains élevés. Au Manitoba, toutes les populations sont associées à la prairie humide-mésique à grandes graminées (figure 4). En Saskatchewan, l’espèce se rencontre dans la prairie mésique-sèche à graminées mixtes, en terrain élevé (figure 4).

Au Manitoba, la plupart des prairies humides-mésiques à grandes graminées fréquentées par l’hespérie du Dakota sont de superficie petite (1,0 ha) à grande (400 ha ou plus) et forment des ouvertures entre les peuplements de chêne à gros fruits (Quercus macrocarpa Michx.). Toutes ces prairies ont un relief peu prononcé (dénivellations d’au plus un à deux mètres) et, dans la plupart des cas, comportent une alternance de sections humides (basses) et mésiques (élevées). Chacune de ces sections est caractérisée par une communauté végétale particulière. Dans de nombreux sites, les sections mésiques sont distribuées en parcelles allongées (occupant souvent moins de 1,0 ha) le long de sections humides plus basses. La végétation des zones basses humides est souvent dominée par la deschampsie cespiteuse (Deschampsia caespitosa (L.) Beauv.), l’agrostide stolonifère (Agrostis stolonifera L.), divers carex (Carex spp.) et joncs (Juncus spp.) ainsi que la muhlenbergie de Richardson (Muhlenbergia richardsonis (Trin.) Rydb.) (Catling et Brownell, 1987; Catling et Lafontaine, 1986). Des éléocharides (Eleocharis spp.) ont également été observées à certains endroits. Deux orchidées, la platanthère blanchâtre de l’Ouest (Platanthera praeclara Sheviak & Bowles), espèce en voie de disparition, et le cypripède blanc (Cypripedium candidum Willd.), étaient présents près de Tolstoi. En terrain élevé et mésique, la végétation est souvent dominée par le barbon à balais (Andropogon scoparius Michx.), le barbon de Gérard (A. gerardii Vitman), le sporobole à glumes inégales (Sporobolus heterolepis A. Gray) ainsi que diverses herbacées à feuilles larges comme le lis de Philadelphie (Lilium philadelphicum L.), le zygadène élégant (Zigadenus elegans Pursh), la campanule à feuilles rondes (Campanula rotundifolia L.) et la rudbeckie tardive (Rudbeckia serotina Nutt.). La potentille frutescente (Pentaphylloides floribunda (Pursh) A. Löve) était également présente dans de nombreuses prairies humides-mésiques. Le zygadène élégant est considéré comme une plante calciphile et a besoin d’un pH du sol supérieur à 7,0. Sa présence témoigne donc de la nature alcaline du sol de ces prairies (Sheviak, 1974). Dans la plupart des sites, l’hespérie du Dakota était présente uniquement dans les sections élevées mésiques de la prairie, où les graminées cespiteuses, comme le barbon à balais, étaient communes. Des descriptions détaillées des communautés végétales des prairies situées près de Tolstoi sont présentées par Catling et Brownell (1987) ainsi que Catling et Lafontaine (1986).

 Habitat de l’hespérie du Dakota

Figure 4.  Habitat de l’hespérie du Dakota. En haut, prairie mésique à grandes graminées et barbons, près de Lundar (Manitoba); en bas, prairie mésique-sèche à graminées mixtes (barbons) occupant un terrain élevé près d’Oxbow (Saskatchewan) (Photographies : R.P. Webster).

Au Manitoba, de nombreuses prairies abritant une population saine d’hespérie du Dakota sont utilisées comme prairies de fauche. Le fauchage ne semble pas avoir d’effets néfastes sur la communauté végétale de ces prairies. L’hespérie semble même plus commune dans certaines prairies fauchées que dans les prairies non fauchées. Durant la saison de vol de l’hespérie du Dakota, les prairies fauchées se distinguent des prairies non fauchées par l’absence de graminées mortes sur pied ainsi que par la présence de quelques arbustes, de colonies souvent étendues de graminées cespiteuses relativement courtes (barbons) et de plantes nectarifères abondantes et bien visibles. De petits arbustes, dont le Pentaphylloides floribunda, se rencontrent en bordure des prairies fauchées et, souvent, dans les prairies non fauchées.

Au Manitoba, les plantes indicatrices de la présence de l’hespérie du Dakota dans la prairie humide-mésique à grandes graminées sont le Lilium philadelphicum, le Zigadenus elegans, le Campanula rotundifolia et le Rudbeckia serotina. À l’exception des prairies situées près de Tolstoi et de Stuartburn, l’hespérie du Dakota a été observée dans presque tous les sites où ces quatre espèces végétales étaient présentes. Par contre, elle a rarement été trouvée dans les prairies où ces quatre plantes étaient absentes (un site abritait seulement trois de ces espèces). Au Dakota du Nord, McCabe (1981) a rarement trouvé l’hespérie du Dakota dans des prairies exemptes de Z. elegans et considère cette plante comme un indicateur extrêmement fiable de l’habitat du papillon. Cette plante est beaucoup plus facile à détecter que l’hespérie du Dakota, et sa floraison coïncide presque parfaitement avec la période de vol du papillon au Manitoba (McCabe, comm. pers., 2002). La biologie de l’hespérie du Dakota est cependant entièrement indépendante de cette plante (McCabe, 1981).

Près d’Oxbow, en Saskatchewan, la prairie mésique-sèche à graminées mixtes occupe des terrains élevés, sur des crêtes et des flancs de colline surplombant la rivière Souris. La végétation y est dominée par diverses espèces de barbons, dont le barbon à balais (Andropogon scoparius) , et de stipes (Stipa spp.). Une plante caractéristique de ce type de prairie est l’échinacée à feuilles étroites (Echinacea angustifolia (DC.) Heller). Sur les crêtes et les flancs de colline, l’hespérie du Dakota se rencontrait surtout à proximité de peuplements de cette échinacée.

Tendances

On ne saura jamais de façon précise quelle était l’aire de répartition originale de l’hespérie du Dakota en Amérique du Nord, car une bonne partie du territoire anciennement couvert par la prairie à grandes graminées et la prairie à graminées mixtes avait déjà été affectée aux cultures en rangs ou gravement dégradée par le surpâturage avant la tenue des premiers inventaires de cette espèce et d’autres insectes prairiaux. La prairie à grandes graminées a déjà occupé une superficie d’environ 34 000 000 ha (340 000 km2) en Amérique du Nord (Samson et Knopf, 1994). Une bonne partie de cette prairie a disparu entre 1850 et 1920. La prairie à grandes graminées ne couvre plus que 500 000 ha, ce qui représente une perte de plus de 99 p. 100. La prairie à graminées mixtes a subi une perte comparable (Samson et Knopf, 1994).

Au Manitoba, la prairie à grandes graminées s’étendait autrefois sur quelque 600 000 ha (Samson et Knopf, 1994), mais elle n’occupe plus qu’environ 5 000 ha (incluant les sites fauchés à la fin de l’automne), ce qui représente un déclin de 99,5 p. 100. Le déclin est encore plus important dans le cas de la prairie à graminées mixtes. En Saskatchewan, la superficie occupée par la prairie à graminées mixtes a diminué de près de 82 p. 100 (Samson et Knopf, 1994).

On ignore si l’hespérie du Dakota se rencontrait dans tout le territoire anciennement occupé par la prairie à grandes graminées et la prairie à graminées mixtes. Toutefois, les distances génétiques observées entre plusieurs populations largement séparées occupant la portion méridionale de l’aire de répartition de l’hespérie révèlent que ces populations étaient encore reliées les unes aux autres il n’y a pas si longtemps (Britten et Glassford, 2002). Le déclin des populations d’hespérie du Dakota a probablement été proportionnel à celui des prairies à grandes graminées et à graminées mixtes, au Canada et aux États-Unis. La plupart des populations d’hespérie du Dakota en Amérique du Nord sont aujourd’hui très fragmentées et confinées à quelques prairies reliques (Cochrane et Delphey, 2002).

Avant 2001, l’hespérie du Dakota était connue au Canada de 18 sites, répartis en six centres de population isolés (base de données de collecte de la CNC; Biological and Conservation Data System, Conservation Manitoba). Elle n’a été trouvée que dans deux de ces centres de population en 2002. Elle semble disparue des sites qu’elle occupait autrefois près de Winnipeg (1933), Fannystelle (1991), Brandon (1950) et Miniota (1944). Toutefois, il existe encore une très faible possibilité que des populations aient réussi à subsister dans la région de Miniota. Pour cela, il faudrait qu’il y ait encore des restes de prairie mésique-sèche à graminées mixtes non perturbée le long de la rivière Assiniboine. Près de Winnipeg, il reste très peu de prairies, et l’hespérie du Dakota a probablement disparu de la région. La prairie située près de Fannystelle a été convertie en terre agricole peu de temps après 1991 (culture de lin en 2002). Aucune prairie n’a été trouvée près de Brandon, et on peut supposer que la population qui occupait cette région a disparu. Aussi récemment qu’en 2000, l’hespérie du Dakota a été observée en faible nombre dans un complexe de prairie de 2 200 ha de la région de Tolstoi/Stuartburn, dans le sud-est du Manitoba (Britten, comm. pers., 2002). Aucun adulte n’a été observé dans les 19 sites (incluant les sept sites anciennement occupés) visités en 2002 (Webster, 2002). Il se peut que l’hespérie du Dakota ait disparu de ce complexe de prairie. D’autres inventaires devront toutefois être réalisés pour confirmer cette hypothèse.

L’hespérie du Dakota est encore commune localement dans la région des lacs, entre les lacs Manitoba et Winnipeg. En 2002, sa présence a été observée dans 17 sites, depuis Eriksdale jusqu’à Lundar et St. Laurent, vers le sud, et Inwood, vers l’est. La même année, l’hespérie a été trouvée dans quatre des cinq sites où elle était autrefois présente, et onze nouveaux sites ont été découverts dans la région. Un certain nombre des nouveaux sites comportaient de grandes étendues de prairie (200 ha ou plus) et abritaient une population relativement dense (25 adultes par hectare) d’hespérie du Dakota. Même si plusieurs de ces prairies étaient fauchées tard en automne, elles semblaient abriter une population vigoureuse d’hespérie du Dakota. La plupart des sites inventoriés en 2002 se trouvaient en bordure d’une route achalandée. Un nombre important de populations additionnelles existent sans doute dans les secteurs plus éloignés des routes. De nouveaux inventaires s’imposent pour en déterminer le nombre et mieux estimer l’abondance et la superficie totale de la zone d’occupation de cette hespérie dans tous les sites. Cependant, de nombreuses prairies de la région ont été gravement perturbées par le surpâturage, et certaines semblent avoir été labourées et converties en prairies de fauche. On ignore combien de prairies indigènes ont ainsi disparu au cours des dernières années.

Une population vigoureuse d’hespérie du Dakota est encore présente au sud de Griswold. Découverte en 1991, elle constitue la seule population connue dans l’ouest du Manitoba. Le complexe de prairie humide-mésique à barbons et grandes graminées où elle évolue est fauché tard en automne. Une petite prairie humide-mésique à barbons et grandes graminées (20 ha), également fauchée tard en automne, a été découverte immédiatement à l’ouest de Baldur. Aucune hespérie du Dakota n’y a été observée, mais cet habitat semble idéal pour l’insecte. L’existence de cette prairie donne à croire que d’autres prairies pouvant servir d’habitat à l’hespérie du Dakota pourraient encore se trouver dans le sud-ouest du Manitoba.

Trois populations d’hespérie du Dakota ont été découvertes en Saskatchewan en 2001 et 2002 sur le dessus ou à proximité de collines de prairie surplombant la rivière Souris (Hooper, 2003). Au cours des dernières années, l’aménagement d’un terrain de golf a entraîné la perte d’une portion de cet habitat près d’Oxbow. Comme la découverte de ces trois populations est encore toute récente, il est difficile de se prononcer sur les tendances des populations d’hespérie du Dakota en Saskatchewan.

Aux États-Unis, la dernière mention de l’hespérie du Dakota en Iowa remonte à 1992, et l’espèce est aujourd’hui tenue pour disparue de cet État (Schlicht et Orwig, 1998). Au Minnesota, sept des 63 colonies connues ont disparu, dont celles de deux comtés (Cochrane et Delphey, 2002). La plupart des sites encore existants sont vulnérables et ne bénéficient d’aucune protection. Au Dakota du Nord, depuis les années 1980 et le début des années 1990, l’hespérie du Dakota a disparu de 11 des 43 sites connus. La plupart de ces populations ont disparu lorsque la prairie où elles évoluaient a été convertie en cultures en rangs ou dégradée par le surpâturage, l’invasion de mauvaises herbes exotiques (et les herbicides utilisés contre elles) et les mesures de lutte contre les incendies sur les terres publiques (Royer et Royer, 1997). À l’heure actuelle, la situation d’aucune des populations connues au Dakota du Nord n’est considérée comme sûre (Cochrane et Delphey, 2002). Au Dakota du Sud, cinq des 53 populations connues ont disparu, dont trois depuis le début des années 1990. Toutefois, plusieurs des 16 complexes de population semblent pour l’instant ne courir aucun danger (Cochrane et Delphey, 2002).

Protection et propriété des terrains

Au Manitoba, presque tous les sites où l’hespérie du Dakota est présente se trouvent sur des terrains privés. À l’heure actuelle, la plupart des sites ne sont pas exploités à des fins agricoles ou sont utilisés comme prairies de fauche. Dans les prairies de fauche, le foin semble être récolté à la fin de l’été, chaque année ou une année sur deux. Les populations d’hespérie du Dakota semblent bien se porter dans ces sites. Un des sites se trouve dans la Réserve de prairie d’herbes longues du Manitoba, d’une superficie de 2 200 ha, et est protégé en vertu du programme d’habitats fauniques essentiels. L’hespérie du Dakota y a été observée en faible nombre en 2000, mais non en 2002.

Les trois localités où l’hespérie du Dakota a été observée en Saskatchewan se trouvent sur des terrains privés. Le site situé près d’Oxbow se trouve en partie sur un terrain privé et en partie sur un terrain appartenant à la municipalité régionale (Bow Valley Regional Park).