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Loi sur les espèces en péril - Cahier de consultation au sujet de l'inscription sur la liste officielle, Chevalier cuivré

Informations de base sur le chevalier cuivré

Statut : En voie de disparition

Dernière évaluation du COSEPAC : novembre 2004

2.1. Description de l’espèce

Le chevalier cuivré (Moxostoma hubbsi, Legendre, 1942) est l’un des sept représentants du genre Moxostoma (famille des Catostomidés) au Canada. L'aspect métallique de ses écailles est d'ailleurs à l’origine de l’appellation. Dans cette famille, on compte trois autres espèces qui vivent dans la même région: le chevalier blanc (M. anisurum), le chevalier rouge (M. macrolepiotum), et le chevalier de rivière (M. carinatum).

2.2. Distribution de l’espèce

Le chevalier cuivré ne se retrouve nulle part ailleurs qu’au Canada et sa répartition se limite à quelques rivières dans les basses terres du sud-ouest du Québec. Il est le seul vertébré présent uniquement au Québec. Depuis 1942, année de sa découverte, il n’a été répertorié que dans certaines sections des rivières Richelieu, Yamaska, Noire et des Mille Îles, à l’embouchure de la rivière Maskinongé et dans quelques tronçons du fleuve Saint-Laurent, entre Vaudreuil et le secteur aval du lac Saint-Pierre. De nos jours, sa distribution se limite à certaines localisations dans la Richelieu, un court tronçon du fleuve Saint-Laurent et probablement, en groupement résiduel, dans la rivière des Mille Îles.

2.3. Biologie du chevalier cuivré

Le chevalier cuivré se distingue de ses congénères par de nombreuses caractéristiques biologiques notamment sa longévité (plus de 30 ans) et sa taille importante. 

2.3.1  Reproduction et fraye

Il atteint sa maturité sexuelle à un âge avancé (10 ans environ) et fraye plus tard en saison que ses congénères. La grande fécondité des femelles constitue aussi une de ses particularités. La période de reproduction se situe à la fin de juin et au début de juillet. Jusqu’à ce jour, deux sites de reproduction ont été identifiés, tous deux se situent dans la rivière Richelieu à plusieurs kilomètres de distances : l’un en amont, dans l’archipel des rapides de Chambly et l’autre, plus près du Saint-Laurent,  au bief aval du barrage de Saint-Ours.

2.3.2 Déplacements et migration

Les sites de prédilection des jeunes chevaliers diffèrent de ceux des adultes. Les jeunes chevaliers fréquentent les zones littorales où l’eau est peu profonde. Ils y séjournent au moins jusqu’au début de leur seconde année de vie. Les îles Jeannotte et aux Cerfs de la rivière Richelieu accueillent une importante zone d’alevinage. Les aires d’estivage et d’hivernage des jeunes de plus de deux ans et des adultes restent encore inconnues. Il est cependant possible que les adultes hivernent dans le tronçon Lavaltrie-Contrecoeur du corridor fluvial.

2.3.3 Régime alimentaire

Plus de 90% de la diète du chevalier cuivré est constituée de mollusques de petite taille. L’appareil pharyngien du chevalier cuivré est très bien adapté au broyage de ces petites proies à coquilles. Ce type d’alimentation est unique à cette espèce de poisson en Amérique du Nord.

2.3.4 Taille de la population

Depuis la découverte du chevalier cuivré en 1942, moins de 800 individus ont été recensés. Les marquages qui ont été faits dans les années 1990 dans la rivière Richelieu, n’ont donné lieu à aucune recapture ce qui rend impossible une estimation de la population. Actuellement, la seule estimation disponible est celle du groupement de Lavaltrie-Contrecoeur. Ce groupe ne compterait qu’une centaine d’individus La capture de juvéniles âgés de plus de deux ans est pratiquement nulle depuis 30 ans. Ces observations mettent en évidence un sérieux problème de recrutement.

2.3.5 Habitat

Certaines études ont permis la description générale des cours d’eau fréquentés par le chevalier cuivré. Ce sont des rivières de moyenne envergure, aux berges abruptes et d’une profondeur variant entre 4 et 7 mètres. Leur fond est habituellement ferme et composé de gravier, de sable et d’argile. Le courant de ces cours d’eau est modéré et la température estivale est supérieure à 23°C. La présence de sections rapides est propice à la reproduction. Les deux frayères identifiées (archipel des rapides de Chambly et barrage de Saint-Ours) partagent les caractères suivants: eaux vives à courant modéré à faible, d’une profondeur variant entre 0,75 et 2 mètres; fond constitué de gravier de différentes tailles, de roches, de quartiers de roc envasés.

En 1998, un groupement de chevaliers cuivrés a été redécouvert dans le secteur Lavaltrie-Contrecoeur du fleuve Saint-Laurent. Ce tronçon fluvial pourrait être le site de rassemblements printaniers ou automnaux ou encore d’hivernage. La présence d’une frayère à cet endroit n’a pu être démontrée. Contrairement aux adultes qui évitent les secteurs peu profonds où la végétation est dense, les jeunes de l’année et ceux de un an, les préfèrent. L’important site d’alevinage, localisé dans le secteur des îles Jeannotte et aux Cerfs, est caractérisé par un courant et une pente faibles et par un substrat homogène constitué d’un mélange de particules fines d’argile-limon et de sable. Les alevins de l’année se regroupent de préférence dans les zones peu profondes (1,5 m) plantées d’herbes aquatiques.

2.4. Pourquoi le COSEPAC a-t-il désigné le chevalier cuivré comme une espèce en voie de disparition?

Voici les raisons de la désignation du chevalier cuivré par le COSEPAC :

  • Répartition mondiale restreinte à quelques cours d’eau de la plaine du Saint-Laurent ;
  • Rare dans toute son aire de répartition et effectif en déclin ;
  • Effectif faible : population totale estimée à quelques milliers d’individus au plus ;
  • Caractéristiques biologiques particulières : espèce spécialiste sur le plan du régime alimentaire, maturité sexuelle et périodes de fraye tardives ;
  • Dégradation et fragmentation de l’habitat
  • Introduction d’espèces potentiellement compétitrices ;
  • Vieillissement de la population et faible recrutement ;
  • Difficulté de reproduction en milieu naturel.

2.5.      Quelles menaces pèsent sur cette espèce ?

2.5.1      Particularités géographiques et biologiques

Répartition mondiale restreinte à quelques cours d’eau de la plaine du Saint-Laurent.

Depuis 1942, sa présence n’a été répertoriée que dans certaines sections des rivières Richelieu, Yamaska, Noire et des Mille Îles (un groupement résiduel), à l’embouchure de la rivière Maskinongé et dans quelques tronçons du fleuve Saint-Laurent, entre Vaudreuil et le secteur aval du lac Saint-Pierre. À l’heure actuelle, les groupements sont localisés dans la rivière Richelieu et un court tronçon du fleuve Saint-Laurent.

Espèce spécialiste sur le plan du régime alimentaire

Le très haut niveau de spécialisation de l’appareil pharyngien du chevalier cuivré restreint beaucoup son choix de proies. Son alimentation se limite presque exclusivement aux mollusques de petite taille.

Maturité sexuelle et période de fraye tardives

La maturité sexuelle à un âge avancé (10 ans) et une fraye tard en saison (saison de croissance écourtée et plus petite taille des alevins devant affronter leur premier hiver) sont deux facteurs qui contribuent à la vulnérabilité de l’espèce. Une mortalité hivernale des alevins de plus petite taille, sans être encore démontrée, est plausible.

Reproduction et vieillissement de la population

Diverses études démontrent que l’espèce éprouve de la difficulté à se reproduire en milieu naturel (maturité sexuelle et fraie tardive, régime alimentaire restreint). Le très faible recrutement est insuffisant pour équilibrer la mortalité naturelle. Les deux seules frayères connues sont celle de l’archipel du bassin de Chambly, en aval des rapides de Chambly, et celle de Saint-Ours. L’unique groupement à reproduction confirmée est dans la rivière Richelieu, en deux sites différents.

Aire de répartition en régression

Il ne fait aucun doute que les activités d’origine anthropique contribuent à mettre en péril l’espèce. En effet, les cours d’eau que fréquentent les chevaliers cuivrés se trouvent dans les régions les plus densément peuplées du Québec. Certains autres endroits à l’intérieur de l’aire de répartition pourraient présenter les caractéristiques requises pour la reproduction du chevalier cuivré (rapides du Grand Moulin de la rivière des Mille Îles, chenaux de Dorion et ceux de Sainte-Anne-de-Bellevue). Cependant, aucun chevalier cuivré n’a été répertorié sur ces sites.

2.5.2 Dégradation, fragmentation et modification de l’habitat

Parmi les hypothèses avancées pour expliquer le déclin de l’espèce, les plus importantes sont sans doute la dégradation et la fragmentation de son habitat. La dégradation de la qualité des cours d’eau est causée, entre autres, par l’apport excessif de nutriments et par l’accélération des processus d’érosion (envasement).

Activités agricoles, forestières et d’urbanisation

Il est probable que le chevalier cuivré soit disparu des rivières Yamaska et Noire à cause d’importants problèmes liés aux activités agricoles intensives, aux coupes forestières et au développement urbain:désoxygénation (eutrophisation), d’envasement et turbidité (eau trouble). Ces modifications détruisent l’habitat et perturbent l’ensemble de la chaîne alimentaire; Le chevalier cuivré et ses proies, des mollusques, sont particulièrement sensibles à ce type d’agression. L’apport excessif de fertilisants dans les cours d’eau entraîne une prolifération des plantes aquatiques qui attire par exemple la carpe (Cyprinus carpio), le crapet soleil (Lepomis gibbosus) et la tanche (Tinca tinca), nouvellement introduite. Ces espèces entreraient en compétition avec le chevalier cuivré ce qui aurait pour effet de diminuer le nombre d’habitats disponibles pour les jeunes de l’année. Pour les adultes, cette multiplication des herbiers agit à leur détriment car ils évitent le plus souvent ce type d’habitat.

La découverte de colonies de moule zébrée (Dreissena polymorpha) dans la rivière Richelieu est alarmante. La moule pourrait s’approprier des sites qui abritent notamment certains mollusques qui font partie du régime alimentaire du chevalier cuivré. De plus, reconnue pour sa grande capacité à concentrer les contaminants dans son organisme, cette moule pourrait intoxiquer le chevalier cuivré s’il en devenait friand.

Certains contaminants provenant de l’usage des pesticides et des rejets des stations d’épuration pourraient troubler les signaux hormonaux empêchant mâles ou femelles d’être aptes à se reproduire.  Les géniteurs, les œufs et les larves du chevalier cuivré sont davantage exposés aux contaminants que leurs congénères qui frayent plus tôt en saison car la période de fraye coïncide avec la diminution du débits des cours d’eau et aux pics d’épandage de pesticides en agriculture. Ces mêmes polluants sont susceptibles de contaminer les proies du chevalier cuivré qui, par leur ingestion, le sera à son tour.

Ouvrages de régulation des eaux

Nombreux sont les barrages qui ont été construits dans l’aire de répartition du chevalier cuivré et qui ont entravé et entravent toujours sa libre circulation. C’est le cas du barrage de Saint-Ours (entre 1967 et 2001). À partir du printemps 2001, la passe migratoire multispécifique Vianney-Legendre du barrage Saint-Ours a permis au chevalier cuivré de se rendre aux frayères de l’archipel du bassin de Chambly plusieurs kilomètres en amont. Les rivières Yamaska, Noire et des Mille Îles sont aussi entravées par des ouvrages qui gênent la circulation du chevalier cuivré.

Dérangement

Dans l’archipel du bassin de Chambly, tout près des rapides, la frayère fréquentée par le chevalier cuivré est aussi visité par des plaisanciers et des vacanciers. Les déplacements humains sur les îles dérangent les géniteurs et, à certains sites les œufs sont piétinés. En 2002, dans le but de protéger l’habitat du chevalier cuivré, le refuge faunique Pierre-Étienne-Fortin a été créé et une réglementation a été établie.

2.5.3 Autres facteurs

La baisse des niveaux d’eau dans le fleuve Saint-Laurent pourrait rendre inaccessibles des lieux propices à la fraie du chevalier cuivré et limiter ses aires d’alimentation.

Comme le Chevalier cuivré était un aliment prisé au 19e siècle, la surpêche a pu fragiliser certaines populations.