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Programme de rétablissement multi-espèces visant les plantes en péril des chênaies de Garry au Canada (Proposé)


2. Rétablissement

2.1 Principales caractéristiques communes des espèces visées

Les espèces visées par le présent programme ont plusieurs caractères biologiques et plusieurs besoins en commun, en plus de partager le même habitat (voir dans la section 1 la description des chênaies de Garry) :

  • elles ont pratiquement la même aire de répartition (depuis la Californie et l'Oregon jusqu'au Washington et au sud de la Colombie-Britannique), les populations canadiennes se trouvant à la limite nord de cette aire;
  • à maturité, elles semblent bien adaptées à la sécheresse;
  • elles sont plutôt héliophiles et peu compétitives;
  • elles accusent un faible taux de germination des graines ou un faible taux de survie des semis;
  • leur potentiel de dispersion est plutôt limité, et leur habitat est très fragmenté, de sorte que les échanges génétiques entre populations sont peu probables, et les possibilités de colonisation sont limitées.

2.2 Menaces pour les populations et leur habitat

Les menaces pesant sur les espèces visées par le présent programme ont été classées en quatre grandes catégories : effets découlant directement de l'activité humaine, espèces exotiques, prédation et lutte contre les incendies. Elles sont énumérées au tableau 2, avec une indication de leur gravité pour chacune des espèces et son habitat. Il faut noter que ces catégories sont larges et peuvent se recouper et que les différentes menaces ont probablement des effets complexes et cumulatifs sur les espèces en péril et leur habitat.

Tableau 2. Menaces pesant sur les populations (P) ou l'habitat (H) des espèces en péril des chênaies de Garry. La gravité de chaque menace est qualifiée de faible, modérée, grave ou inconnue
MenaceIncidenceBalsamorhize à feuilles deltoïdesAster rigideTonelle délicateTritéléia de HowellViolette jaune des monts
1. Effets directs de l'activité humaine sur l'habitat
a) Perte d'habitat (urbanisation, développement agricole, etc.)P, HGraveGraveGraveGraveGrave
b) Fragmentation de l'habitat et effondrement démographiquePGraveGraveGraveGraveGrave
c) Dégradation de l'habitat (usage à des fins récréatives, utilisation ou entretien du terrain, etc.)P, HGraveModéréeModéréeGraveModérée
d) Mesures de restauration (fauchage, arrachage ou coupage de broussailles, application de pesticide, etc.)P, HFaibleGraveFaibleGraveModérée
2. Lutte contre les incendies
Modification de la structure et de la composition de la végétation (ombre, accumulation de chaume et de débris ligneux, envahissement par les arbres et les arbustes)P, HGraveGraveGraveGraveGrave
3. Espèces exotiques envahissantes
a) Arbustes (ombre, compétition, modification du milieu)P, HGraveGraveFaibleGraveGrave
b) Graminées et autres herbacées (ombre, compétition, modification du milieu)P, HFaibleGraveModéréeGraveGrave
4. Prédation
a) Broutement ou prédation des graines ou des bulbes par des espèces exotiques (limaces, écureuils, lapins, moutons féraux)PGraveModéréeInconnueInconnueInconnue
b) Broutement par les cerfsP, HGraveGraveInconnueInconnueInconnue


2.2.1 Effets directs de l'activité humaine sur l'habitat

L'étendue des chênaies de Garry de la région de Victoria est estimée à moins de 5 % de ce qu'elle était autrefois (MacDougall et al., 2004; Lea, 2002; Fuchs, 2001). En outre, un grand nombre des stations des espèces en péril associées aux chênaies de Garry ne bénéficient d'aucune protection juridique contre de futurs projets d'aménagement, puisqu'elles se trouvent sur des terrains privés. Ainsi, deux des huit stations connues de la balsamorhize à feuilles deltoïdes se trouvent sur des terrains privés, et une partie importante de celle de la flèche Tyee a été touchée par la construction résidentielle en 2003 (Ennis, comm. pers., 2003). Huit des 21 stations connues de l'aster rigide se trouvent sur des terrains privés. L'unique station de la tonelle délicate, à l'île Saltspring, est située sur un terrain privé et pourrait être détruite si le propriétaire décidait de construire une maison au bord de l'eau. Les anciens propriétaires en avaient l'intention, mais leurs plans ne se sont jamais matérialisés. Depuis quelques années, la construction résidentielle a connu un essor à l'île Saltspring, et les terrains riverains sont très recherchés. La population de l'île a augmenté de 78 % entre 1986 et 2001, et selon les projections démographiques elle pourrait augmenter encore de 43 % avant 2026 (Adams, comm. pers., 2003). Enfin, cinq des 13 stations connues du tritéléia de Howell et une des 13 stations connues de la violette jaune des monts se trouvent également sur des terrains privés.

Les pertes d'habitat survenues dans le passé n'ont épargné que des fragments de chênaie de Garry, de sorte qu'il n'y a pratiquement plus de dispersion possible pour les cinq espèces en péril visées par le présent programme, ni d'échange entre leurs populations. Or, les petites populations isolées sont sujettes à la dépression de consanguinité (Primack, 1998). La perte d'habitat ou la fragmentation de l'habitat peut signifier pour une espèce une moindre fréquentation par les pollinisateurs; cette menace a été signalée notamment pour les populations d'aster rigide de Fort Lewis, au Washington (Bigger, 1999). La fragmentation d'un milieu peut également favoriser son envahissement par des espèces exotiques ou entraîner, par suite de la formation d'écotones, une modification des processus écologiques comme les régimes de perturbation, le cycle des éléments nutritifs et le régime hydrologique.

La perte d'habitat peut menacer la survie des espèces en péril même dans les aires protégées, si les plans de gestion de ces aires ne sont pas mis en œuvre comme il se doit ou ne prévoient aucune disposition particulière à l'égard des plantes vasculaires rares. Récemment, dans certains parcs municipaux, notamment aux parcs Uplands et Saxe Point, la construction et l'entretien de chemins, de sentiers et d'autres aménagements ont causé des dommages à des plantes vasculaires rares (Douglas, obs. pers.; Penny, comm. pers., 2005). Les activités récréatives peuvent donner lieu au piétinement de plantes ou à la récolte de fleurs ou de plantes entières.

Les activités de restauration du milieu peuvent également causer par inadvertance des dommages aux espèces en péril ou à leur habitat. Ainsi, le fauchage, même à la fin de l'été, peut être néfaste pour l'aster rigide qui, contrairement à la plupart des herbacées non graminoïdes associées aux chênaies de Garry, n'entre pas en dormance entre le milieu et la fin de l'été. Le piétinement de la végétation, la destruction ou la perturbation accidentelle de sujets, le dégagement du sol et l'épandage de pesticides inappropriés peuvent tous nuire aux espèces en péril. La plus importante sous-population d'aster rigide du mont Tzuhalem a été détruite lorsqu'on a brûlé sur place un tas d'arbustes exotiques arrachés dans la réserve. En planifiant soigneusement les mesures de restauration des chênaies de Garry et en assurant un suivi approprié, on peut éviter les incidences négatives de ces activités sur les espèces en péril.

2.2.2 Lutte contre les incendies

La lutte contre les incendies d'origine naturelle ou humaine qui se pratique depuis l'arrivée des colons européens engendre une menace pour toutes les espèces en péril associées aux chênaies de Garry. La menace la plus évidente vient des espèces arbustives envahissantes, en particulier la symphorine blanche (Symphoricarpos albus), dont l'ombre peut éliminer les herbacées non graminoïdes indigènes, au nombre desquelles se trouvent les espèces visées par le présent programme. Autrefois, les populations autochtones pratiquaient le brûlage dans une grande partie du sud-est de l'île de Vancouver afin d'entretenir le type de végétation nécessaire à la survie de la faune et de la flore qui leur servaient de ressources alimentaires (Roemer, 1972; Turner, 1999). Les analyses paléoécologiques indiquent que cette pratique a assuré la permanence des chênaies de Garry durant plusieurs milliers d'années en empêchant l'évolution naturelle de la végétation vers une forêt coniférienne (Pellatt et al., 2001). D'après les registres historiques, le paysage aurait présenté une mosaïque de prairies, de prés riches et de fourrés (MacDougall et al., 2004). De nombreuses chênaies de Garry (en particulier celles des milieux mésiques à sol épais) dépendent du feu, qui maintient le couvert forestier et le sous-étage clairs et empêche l'accumulation de chaume. La lutte contre les incendies entraîne également une modification du régime hydrologique et du cycle des éléments nutritifs, qui peut être défavorable aux espèces visées par le présent programme.

L'envahissement des chênaies de Garry par des arbustes est bien visible dans la réserve de chênes de Garry de Cowichan et au lac Somenos, où la symphorine blanche domine le sous-étage par endroits. Il semble que la symphorine blanche ombrage et élimine la plupart des herbacées, ce qui donne à penser que les populations d'aster rigide, de tritéléia de Howell et de violette jaune des monts de ces localités ont déjà été plus abondantes qu'elles ne le sont aujourd'hui et qu'elles ont décliné à cause de l'envahissement de leur habitat par des arbustes. La violette jaune des monts est particulièrement héliophile et tire profit de l'ensoleillement important, de la chaleur et de l'humidité disponibles au début du printemps, avant l'apparition des feuilles du chêne de Garry et de la plupart des arbustes. L'espèce est rare dans les milieux dominés par des massifs denses de symphorine blanche et de genêt à balais, qui projettent une ombre épaisse sur le tapis forestier.

Un retour aux pratiques de brûlage pourrait détruire les populations et l'habitat d'espèces visées par le présent programme. Vu la quantité de chaume et de débris ligneux qui s'est accumulée, un feu aujourd'hui dégagerait probablement une chaleur beaucoup plus intense que les feux d'autrefois. Par la suite, le milieu serait probablement encore plus fortement envahi par des espèces exotiques, en particulier la houlque laineuse (Holcus lanatus) et le dactyle pelotonné (Dactylis glomerata). Toute activité de brûlage appellerait la plus grande prudence, et il y a intérêt à examiner d'autres solutions qui permettraient d'obtenir les mêmes résultats, par exemple l'abattage, l'arrachage, le fauchage et l'enlèvement des débris. L'élimination des feux fait planer une menace particulière sur la tonelle délicate. Le type de végétation où se trouve l'unique station de l'espèce était autrefois maintenu par des incendies naturels. En l'absence de feu, les matières combustibles se sont accumulées, et leur embrasement pourrait donner lieu à un incendie très destructeur. La population de tonelle délicate pourrait être complètement détruite.

La réintroduction d'un régime d'incendie dans ces écosystèmes soulèverait de graves problèmes en matière de sécurité publique et de dommage aux propriétés, dont il faudra tenir compte si jamais un tel projet était envisagé.

2.2.3 Espèces exotiques envahissantes

Les populations des cinq espèces en péril visées par le présent programme ainsi que leur habitat sont menacés par des espèces exotiques envahissantes, en particulier la canche précoce (Aira praecox), la flouve odorante (Anthoxanthum odoratum), la crételle hérissée (Cynosurus echinatus), plusieurs espèces de brome (Bromus spp.) et le dactyle pelotonné (Dactylis glomerata), qui forment plus de 80 % de la couverture dans la plupart des chênaies de Garry. Ces graminées font concurrence aux espèces indigènes pour les éléments nutritifs et l'eau. Elles sont susceptibles de modifier le milieu, notamment en contribuant à l'accumulation de litière. En outre, elle peuvent empêcher les plantules des espèces indigènes de s'établir. Plusieurs populations de balsamorhize à feuilles deltoïdes, d'aster rigide, de tritéléia de Howell et de violette jaune des monts sont menacées par le genêt à balais (Cytisus scoparius), qui envahit leur habitat et ombrage la couverture herbacée.

L'habitat de la tonelle délicate a été modifié de façon marquée par les espèces exotiques qui dominent maintenant le secteur, en particulier les graminées, surtout des bromes, qui forment une proportion importante de la couverture végétale.

On ne sait pas dans quelle mesure la violette jaune des monts a été touchée par la présence d'espèces exotiques. À l'exception du dactyle pelotonné, la plupart des graminées présentes dans l'habitat de la violette jaune des monts croissent lentement au printemps et ne semblent pas être en compétition avec la violette pour la lumière durant la période où cette espèce accomplit sa croissance, sa floraison et sa fructification. Par contre, ces graminées forment un gazon dense qui peut empêcher la germination des graines ou l'établissement des plantules de la violette, et elles sont en compétition avec la violette pour les éléments nutritifs et l'eau.

2.2.4 Prédation

L'incidence du broutement ainsi que de la prédation des graines et des bulbes sur les espèces visées par le présent programme n'a pas été beaucoup étudiée, notamment en ce qui concerne la tonelle délicate, le tritéléia de Howell et la violette jaune des monts. Il est cependant raisonnable de penser que ces facteurs peuvent avoir une incidence importante sur la régénération et la survie des populations, en particulier sur la survie des jeunes sujets. Un facteur qui pourrait menacer le tritéléia de Howell mais dont l'incidence sur l'espèce n'a pas été étudiée est l'accroissement de l'effectif de l'écureuil gris (Sciurus carolinensis), introduit dans la région, car les bulbes de liliacées font partie du régime alimentaire des écureuils.

On a observé des indices de prédation par des invertébrés et des mammifères sur la balsamorhize à feuilles deltoïdes, en particulier dans les milieux perturbés; cette prédation peut menacer la survie des jeunes sujets (Roemer, 2005). Des populations d'aster rigide situées dans des parcs ont également été fortement broutées par les cerfs et les lapins (Roemer, 2005). Cependant, la présence d'herbivores ne constitue pas forcément une menace; au mont Little Saanich, par exemple, où la population de cerfs est pourtant abondante, l'aster rigide est peu brouté (Fairbarns, 2005). Au mont Tuam, la violette jaune des monts semble fortement broutée par les moutons féraux et probablement par les cerfs.

La prédation des graines peut présenter une menace pour la balsamorhize à feuilles deltoïdes et l'aster rigide. Souvent, on ne trouve dans chacun des nombreux capitules de la balsamorhize à feuilles deltoïdes que quelques graines intactes. Dans une étude menée à Fort Lewis, au Washington, Bigger (1999) a observé que les deux tiers des ramets (tiges clonales) d'aster rigide dans ses parcelles d'étude étaient attaqués, en particulier par les larves d'un coléoptère. Il a également observé une corrélation entre la prédation des graines et la superficie de la parcelle, la prédation étant deux fois plus importante dans les grandes parcelles que dans les petites. Au Canada, la prédation des graines ne présente pour l'aster rigide qu'une menace modérée, puisqu'il semble que peu de tiges de l'espèce fleurissent, probablement en raison de la sécheresse qui sévit en été (Fairbarns, 2005).

2.3 Habitat essentiel

Pour l'instant, aucun habitat essentiel n'est proposé dans le présent programme aux fins de désignation aux termes de l'article 2 de la Loi sur les espèces en péril fédérale.

Bien que les besoins en matière d'habitat des espèces visées soient assez bien connus, il faudra que des travaux plus concluants soient réalisés avant que des parcelles spécifiques puissent être délimitées aux fins de la protection de l'habitat essentiel. Cette désignation devrait être proposée dans un ou plusieurs des plans d'action de rétablissement, une fois que les propriétaires fonciers et les organisations touchés auront été consultés, que des mesures  d'intendance auront été élaborées avec eux et que les travaux encore requis pour quantifier l'habitat essentiel de chaque espèce et les superficies nécessaires auront été réalisés.

Un programme d'études nécessaires à la désignation de l'habitat essentiel est proposé dans la section 2.3.4 du présent document, mais il convient ici de résumer les connaissances existant déjà sur les besoins en matière d'habitat des espèces visées et sur les milieux qu'elles occupent actuellement.

La présente section décrit donc, dans la mesure du possible, l'habitat actuel de chacune des espèces ainsi que leur habitat potentiel. Elle donne ensuite des exemples d'activités susceptibles de détruire l'habitat essentiel des espèces et présente un calendrier des études nécessaires pour définir cet habitat.

L'habitat actuel est décrit pour quatre des cinq espèces visées par le présent programme. L'habitat essentiel sera proposé à l'étape du plan d'action, après consultation des propriétaires et gestionnaires fonciers.

2.3.1 Habitat actuel

Cet habitat comprend tous les milieux actuellement occupés qui se trouvent sur des terres fédérales ou municipales ou qui sont menacés de disparition imminente, comme il est indiqué ci-dessous.

Balsamorhize à feuilles deltoïdes

L'habitat actuel de la balsamorhize à feuilles deltoïdes se trouve le long de la côte sud-est de l'île de Vancouver, dans des chênaies de Garry, depuis Langford et Colwood jusqu'à Victoria ainsi qu'à Duncan et à Campbell River. Ces stations sont généralement sèches en été et bien drainées en hiver et sont complètement exposées ou seulement en partie ombragées par des arbustes ou des arbres. (Pour plus de détails, voir plus loin la section « Description des besoins de l'espèce ».)

L'habitat actuel est réparti entre huit localités canadiennes, dont une seule, la station de Fort Rodd Hill, se trouve sur une terre fédérale autre qu'une réserve indienne. Des sept autres stations de l'espèce, deux se trouvent sur des terrains privés et ne bénéficient d'aucune protection, une se trouve dans une réserve indienne (celle de la flèche Tyee) où elle bénéficie de mesures concrètes de protection et de rétablissement, et les autres sont dans des aires protégées.

Aster rigide

L'habitat actuel de l'aster rigide se trouve le long de la côte sud-est de l'île de Vancouver et aux îles Trial et Hornby, dans des chênaies de Garry ou des prés, depuis l'île Trial et Victoria jusqu'à Colwood, Langford et Sooke, vers l'ouest, et jusqu'à Duncan et Nanaimo, vers le nord. On trouve une autre station dans la région de Port Alberni. Ces stations sont sèches en été et bien drainées en hiver, complètement exposées ou partiellement ombragées par des arbustes ou des arbres dispersés. Les sols sont généralement minces (< 30 cm). (Pour plus de détails, voir plus loin la section « Description des besoins de l'espèce ».)

L'aster rigide est actuellement connu de 21 localités canadiennes. Les stations présentant un fort potentiel de protection ou qui ont une valeur énorme pour la survie de l'espèce au Canada comprennent celles qui se trouvent sur des terres fédérales à l'île Trial et au mont Little Saanich. On ne sait pas quelle proportion de ces stations se trouvent sur des terres fédérales; aussi faudra-t-il recenser et cartographier les stations pour être en mesure de désigner une superficie suffisante. Des superficies importantes d'habitat actuel se rencontrent également sur un terrain privé de la région de Harmac, au sud-est de Nanaimo. Ce terrain, qui abrite la plus importante population canadienne d'aster rigide, est menacé par un projet d'aménagement (Christy, 2005; Fairbarns, 2005).

Tonelle délicate

La tonelle délicate ne se rencontre que sur un talus abrupt près de Sansom Narrows, à l'île Saltspring. Cette station, qui se trouve au sein d'un peuplement d'érable à grandes feuilles et d'arbousier (Acer macrophyllum-Arbutus menziesii), est sèche en été, bien drainée en hiver et exposée (pour plus de détails, voir plus loin la section « Description des besoins de l'espèce »). Il sera peut-être nécessaire de désigner une plus grande superficie comme habitat essentiel de l'espèce; le cas échéant, cela se fera lors de l'élaboration du plan d'action, après consultation des propriétaires fonciers concernés.

Tritéléia de Howell

L'habitat actuel par le tritéléia de Howell se trouve le long de la côte sud-est de l'île de Vancouver, depuis Victoria jusqu'à Metchosin, y compris Langford et Saanich, et vers le nord jusqu'à Duncan. Le tritéléia de Howell pousse sur des sols modérément épais et sur des affleurements rocheux dans des chênaies de Garry. Ces stations sont sèches en été et bien drainées en hiver et sont à certains endroits ombragées par des arbustes et par des arbres dispersés. (Pour plus de détails, voir plus loin la section « Description des besoins de l'espèce ».)

Des 13 stations actuelles de l'espèce, 7 se trouvent dans des parcs ou d'autres types d'aires protégées, une se trouve dans une réserve indienne, et cinq sont sur des terrains privés. Les stations situées sur des terrains privés ne semblent pas, pour l'heure, menacées par des projets d'aménagement.

Violette jaune des monts

L'habitat actuel de la violette jaune des monts se trouve le long de la côte sud-est de l'île de Vancouver, depuis Victoria jusqu'à Metchosin, y compris Langford et Saanich, et vers le nord jusqu'à Duncan et Nanaimo, ainsi qu'à l'île Saltspring. Une station historique est répertoriée pour la région de Comox. Les stations de l'espèce sont situées dans des chênaies de Garry (bois et prés), où le sol est relativement épais et où le substratum et rocheux et peu exposé (pour plus de détails, voir plus loin la section « Description des besoins de l'espèce »). Certaines se trouvent sur des versants rocheux assez abrupts, où elles occupent des milieux où le sol est plus épais; d'autres se trouvent dans des prés de graminées pratiquement dépourvus d'arbres, à sol relativement épais et conservant probablement un peu d'humidité durant la période sèche de l'été.

La violette jaune des monts est actuellement signalée dans 13 localités canadiennes, dont une se trouve sur des terres fédérales au mont Little Saanich, 9 se trouvent dans des parcs ou d'autres types d'aires protégées, et 3 sont sur des terrains privés.

2.3.2 Habitat potentiel

L'habitat actuel décrit dans la section précédente est insuffisant pour assurer le plein rétablissement des espèces, tel qu'il est défini dans les buts de rétablissement propres à chaque espèce. Pour atteindre ces buts, il faudra désigner une superficie supplémentaire d'habitat essentiel. Cependant, pour être en mesure de le faire, il faudra mener des études plus approfondies et examiner les possibilités de translocation et notamment de réintroduction des espèces. Les milieux choisis comme habitat potentiel devront probablement d'abord être restaurés.

L'idéal serait de considérer comme habitat potentiel de la balsamorhize à feuilles deltoïdes, de l'aster rigide, du tritéléia de Howell ou de la violette jaune des monts, ou de plusieurs de ces espèces, toutes les chênaies de Garry qui se trouvent dans l'aire de répartition historique de es espèces (pour connaître les stations historiques, voir la section 3). Il faudrait retenir à titre d'habitat de qualité des chênaies qui ont un couvert forestier clair, un sol bien drainé ou sec une partie de l'année et une couverture relativement faible d'espèces exotiques envahissantes (en particulier de graminées et de genêt à balais). Comme les quatre espèces en question ont des besoins semblables en matière d'habitat et se rencontrent parfois dans les mêmes milieux, les mesures prévues pour leur rétablissement pourraient être mises en œuvre simultanément. De plus, l'effectif des stations actuelles du tritéléia de Howell et de la violette jaune des monts pourrait connaître un accroissement spectaculaire si on pouvait éliminer ou réduire les facteurs qui les limitent.

Comme il n'y a qu'une station de tonelle délicate au Canada, il faudra peut-être désigner une plus grande superficie d'habitat essentiel à l'île Saltspring pour augmenter les chances de plein rétablissement de l'espèce.

2.3.3 Exemples d'activités susceptibles de détruire l'habitat essentiel éventuellement désigné

L'étalement urbain, l'expansion agricole et les autres changements d'utilisation des terres sont manifestement les principaux facteurs qui risquent de causer des pertes d'habitat essentiel chez les espèces en péril visées par le présent programme. Pour écarter cette menace, il faudrait prévoir des mesures d'intendance ou d'autres formes de protection pour les milieux ainsi désignés. Les travaux d'entretien (par exemple l'aménagement et l'entretien de sentiers) et les activités récréatives (randonnée, vélo, VTT) sont également susceptibles de détruire l'habitat essentiel des espèces visées, et la protection de celui-ci exige la coopération des propriétaires ou des gestionnaires fonciers.

La protection de l'habitat essentiel devra dans la plupart des cas s'accompagner de mesures de restauration conformes aux lignes directrices établies par l'Équipe de rétablissement des écosystèmes du chêne de Garry comme appui à l'intendance des terres par leurs propriétaires. Les espèces exotiques envahissantes présentent une grave menace, puisque leur présence modifie tellement la composition et la structure de la végétation, le régime hydrologique et le cycle des éléments nutritifs que le milieu finit par ne plus répondre aux besoins des espèces visées. La lutte contre les incendies entraîne également une perte d'habitat essentiel; les arbustes et les conifères envahissent maintenant le sous-étage des chênaies de Garry, qui était autrefois maintenu dégagé par les incendies d'origine naturelle et le brûlage pratiqué par les populations autochtones. Les travaux de restauration doivent cependant être planifiés avec soin, car ils risquent de détruire l'habitat essentiel des espèces visées, surtout s'ils sont menés durant la saison de végétation; c'est le cas notamment pour l'élimination des espèces envahissantes (par désherbage ou épandage d'herbicide), l'élimination du chaume (par fauchage ou brûlage) ou l'élimination des arbustes et des conifères (par coupe ou brûlage dirigé). Il est également possible que les travaux de restauration aient des effets pervers sur l'habitat essentiel (érosion du sol ou envahissement par des graminées exotiques suite à l'élimination des arbustes, par exemple).

2.3.4 Études nécessaires à la désignation de l'habitat essentiel

Le tableau 3 donne les principaux caractères des milieux où poussent les espèces visées par le présent programme. Ces milieux sont décrits en détail à la section 3. Nous avons établi une liste des stations où on trouve une ou plusieurs des espèces visées (tableau 3), afin de faciliter la désignation de l'habitat essentiel. Chacune de ces stations a été évaluée d'après l'effectif des espèces présentes, la qualité du milieu et la protection dont il bénéficie.

Des études plus approfondies sont nécessaires pour qu'on puisse désigner l'habitat essentiel des cinq espèces visées. Ces études devraient comprendre ce qui suit.

  • À l'aide de techniques de cartographie établies (appliquées durant les périodes opportunes de la saison de végétation), délimiter l'habitat actuel des espèces visées par le présent programme afin de pouvoir vérifier qui est propriétaire de ces terrains et consulter ces personnes. Délai proposé : 2008.
  • Effectuer des relevés détaillés des milieux occupés par les espèces visées afin de mieux cerner quels sont les caractères à rechercher pour la désignation de l'habitat essentiel, notamment en ce qui a trait à la texture et à l'épaisseur du sol, à la pente et à l'orientation du terrain et à la composition de la végétation. Délai proposé : 2009.
  • Repérer, cartographier et classer les chênaies de Garry du sud-est de l'île de Vancouver et des îles Gulf voisines pour lesquelles il n'y a aucune mention des espèces visées. Délai proposé : 2010.
    • Les milieux repérés comme habitat potentiel pour les espèces en péril associées aux chênaies de Garry devraient être explorés afin de voir s'ils n'abritent pas des populations non répertoriées de ces espèces et s'ils possèdent les caractères voulus pour l'implantation de ces espèces.
  • Compiler les données et résultats de recherche disponibles pour être en mesure de désigner l'habitat essentiel. Délai proposé : 2010.
Tableau 3. Stations des espèces en péril visées par le présent programme : effectif, qualité du milieu comme habitat potentiel de rétablissement et régime foncier
StationRégime foncierEffectif (nombre de tiges)Qualité de la station comme habitat potentiel de rétablissement
Balsam-
orhize à feuilles deltoïdes
Aster rigideTonelle délicateTritéléia de HowellViolette jaune
des monts
Excel-lenteBonneMoyen-neMédio-creIndéter-minée
Albert HeadParc régional   9     X
Beacon HillParc municipal1  200465  X  
Mont BearParc régional 300  78    X
Mont CamasTerrain privé 30       X
Canoe CoveTerrain privé   2    X 
Mont ChristmasTerrain privé?    86   X 
Baie CordovaTerrain privé 560      X 
Réserve naturelle de chênes de Garry de CowichanSociété canadienne de conservation de la nature 858 4503 200X    
Estuaire de la CowichanTerrain privé   62    X 
Chemin DarnleyTerrain privé Non réper-torié       X
Pointe DownesTerrain privé 7 300     X  
Parc FalaiseParc municipal    59   X 
Fort Rodd HillLieu historique national5       X 
Parc Francis-KingParc régional 438-478     X  
Au s.-e. du parc Francis-KingTerrain privé36In-
connu
      X 
Gordon HeadTerrain privé   51     X
HarmacTerrain privé 24 000     X  
Pointe HolmesTerrain privé?    In-
connu
    X
Mont HorthParc régional   3    X 
Plage Island ViewRéserve indienne   1    X 
Chemin KangarooTerrain privé In-
connu
       X
Mont Little SaanichTerres fédérales 12 000-45 000  25 X   
Mont MapleParc municipal 20        
Mont MaryMDN    In-
connu
    X
Mont MillParc régional553 990    X   
Mont FinlaysonParc provincial 200     X  
Mont MaxwellParc provincial et réserve écologique    Peut-
être
dis-
parue
 X   
Mont TolmieParc municipal 30  In-
connu
   X 
Mont TuamTerrain privé (loué par le gouvernement fédéral?)    53+   X 
Mont TzuhalemRéserve écologique463850  55X    
Au pied du mont TzuhalemTerrain privé   6   X  
Mont WellsParc régional 158    X   
Parc PlayfairParc municipal    282  X  
Sansom NarrowsTerrain privé  236-316   X   
Mont SkirtTerrain privé1       X 
Mont SmithParc urbain    490  X  
Lac SomenosParc provincial   12640 000+X    
Église St. Peter'sTerrain privé    5   X 
Lac ThetisParc régional100  1   X  
Île TrialTerres fédérales et provinciales 3 000-8 000     X  
Flèche TyeeRéserve indienne500     X   
Parc UplandsParc municipal 600  95  X  
Chemin White RapidsTerrain privé 15      X 
Chemin William HeadTerrain privé   14    X 
Witty's LagoonParc régional   43   X  
Monts WoodleyRéserve écologique 500       X

2.4 Faisabilité du rétablissement

Au sens large, le rétablissement d'une espèce est défini comme toute augmentation de ses chances de persister à long terme à l'état sauvage (Environnement Canada et al., 2004). Il n'est pas toujours possible de rétablir l'effectif et la répartition d'une espèce en péril à leur niveau historique, à cause de la perte d'habitat ou de l'impossibilité d'éliminer complètement les menaces et facteurs limitatifs qui jouent contre elle. Des études plus approfondies sont nécessaires pour qu'on puisse déterminer s'il existe des obstacles au rétablissement de certaines des populations actuelles des espèces visées par le présent programme ou à l'implantation de nouvelles populations. Cependant, aux fins du présent programme, nous avons présumé que le rétablissement est réalisable sur les plans technique et biologique (tableau 4).

Tableau 4. Faisabilité du rétablissement des espèces visées par le présent programme
CritèresBalsamorhize à feuilles deltoïdesAster rigideTonelle délicateTritéléia de HowellViolette jaune des monts
1. Y a-t-il suffisamment d'individus reproducteurs pour que le rétablissement soit réalisable?OuiOuiOuiOuiOui
2. Existe-t-il suffisamment d'habitat réel ou potentiel pour que le rétablissement soit réalisable?OuiOuiOuiOuiOui
3. Les menaces appréciables pesant sur les espèces ou leur habitat peuvent-elles être évitées ou atténuées grâce à des mesures de rétablissement?OuiOuiOuiOuiOui
4. Les techniques de rétablissement nécessaires existent-elles, et leur efficacité a-t-elle été démontrée?OuiOuiOuiOuiOui

2.5 Buts, objectifs et approches générales

2.5.1 Buts

Les buts du présent programme à l'égard de chacune des espèces en péril visées sont présentés au tableau 5. Les buts généraux sont à peu près les mêmes pour toutes ces espèces même si leur cycle biologique et leurs exigences en matière de microhabitat diffèrent par certains aspects. Comme le but premier est d'assurer la survie des espèces en péril (voir la section « Faisabilité du rétablissement » ci-dessus), le programme vise d'abord le maintien ou l'accroissement de leur effectif. On garantira ainsi la survie à court terme des espèces visées par le programme, tout en obtenant des données de base en vue de l'atteinte du troisième but, décrit ci-dessous. Dans la plupart des cas, l'élimination des facteurs limitatifs devrait donner ce résultat. Cependant, si l'effectif continue de décliner en dépit des mesures prises dans ce sens, il faudra tenter de l'augmenter par d'autres moyens.

À ce jour, aucune analyse de viabilité n'a été faite pour les populations des espèces visées. Les buts du rétablissement ont été définis à partir des données historiques et des connaissances actuelles sur les espèces. Ainsi, afin d'augmenter les chances de survie à long terme des espèces visées, le présent programme a pour deuxième but la conservation ou le rétablissement de leur effectif historique dans leur zone d'occurrence et leur zone d'occupation historiques.

Le troisième but du programme est d'assurer la viabilité des populations, avec une probabilité élevée ou modérée (dans le cas de la tonelle délicate) de survie. La probabilité de survie à long terme peut être estimée à l'aide de modèles démographiques prenant en compte les taux de natalité et de mortalité qui déterminent l'évolution de la taille d'une population (Caswell, 2001, cité par Miller, 2004). Le paramètre démographique le plus important pour la gestion des espèces en péril est le taux de croissance discret de la population, λ. Lorsque λ < 1, la population est en déclin; lorsque λ = 1, la population est stable; lorsque λ > 1, la population est en croissance. Comme la valeur de λl varie, une estimation simple n'est généralement pas une indication fiable de la tendance à long terme de la population. On a donc recours à des modèles stochastiques tenant compte de la variation annuelle de λ (représentée par log λs) pour prévoir avec une plus grande fiabilité les tendances démographiques à long terme (Caswell, 2001, et Caswell et Kaye, 2001, cités par Miller, 2004).

Tableau 5. Buts du présent programme à l'égard de chacune des espèces visées

Espèce
Buts du programme de rétablissement
Balsamorhize à feuilles deltoïdes
  • Maintenir ou accroître l'effectif actuel des populations de la balsamorhize à feuilles deltoïdes.
  • Rétablir la balsamorhize à feuilles deltoïdes dans sa zone d'occurrence et sa zone d'occupation historiques approximatives (établir au moins deux nouvelles populations viables [dans la région de Victoria et la région de Metchosin]).
  • Obtenir une population canadienne entièrement viable ayant une probabilité élevée de survie à long terme.3
Aster rigide
  • Maintenir ou accroître l'effectif actuel des populations de l'aster rigide.
  • Rétablir l'aster rigide dans sa zone d'occurrence et sa zone d'occupation historiques approximatives (établir au moins deux nouvelles populations viables dans la région de Victoria).
  • Obtenir une population canadienne entièrement viable ayant une probabilité élevée de survie à long terme.4
Tonelle délicate
  • Maintenir ou accroître l'effectif actuel de l'unique population canadienne de la tonelle délicate.
  • Maintenir à peu près la zone d'occurrence actuelle de l'espèce et augmenter sa zone d'occupation (établir au moins deux nouvelles sous-populations à l'île Saltspring).
  • Obtenir une population canadienne entièrement viable de l'espèce, avec une probabilité modérée de survie à long terme.5
Tritéléia de Howell
  • Maintenir ou accroître l'effectif actuel des populations du tritéléia de Howell.
  • Rétablir le tritéléia de Howell dans sa zone d'occurrence et sa zone d'occupation historiques approximatives (établir au moins deux nouvelles populations [dans la région de Victoria et la région de Metchosin]).
  • Obtenir une population canadienne entièrement viable ayant une probabilité élevée de survie à long terme.4
Violette jaune des monts
  • Maintenir ou accroître l'effectif actuel des populations de la violette jaune des monts.
  • Rétablir la violette jaune des monts dans sa zone d'occurrence et sa zone d'occupation historiques approximatives (établir au moins deux nouvelles populations [dans la région de Victoria et la région de Metchosin]).
  • Obtenir une population canadienne entièrement viable ayant une probabilité élevée de survie à long terme5.

3 Après 10 ans, quatre populations protégées stables ou en croissance avec, selon un modèle stochastique, un taux de croissance de leur effectif global (log λs) ≥1,0. (Les tendances démographiques seront estimées à partir des données recueillies lors des suivis annuels. En attendant le début des relevés détaillés ou des analyses démographiques, il serait utile de réaliser une étude pilote afin de vérifier si une période de 10 ans est suffisante pour déterminer les tendances des populations visées et pour mettre au point un plan d'échantillonnage qui permette de déceler les changements démographiques.

4 Après 10 ans, 10 populations protégées stables ou en croissance avec, selon un modèle stochastique, un taux de croissance de leur effectif global (log λs) ≥1,0. (Les tendances démographiques seront estimées à partir des données recueillies lors des suivis annuels. En attendant le début des relevés détaillés ou des analyses démographiques, il serait utile de réaliser une étude pilote afin de vérifier si une période de 10 ans est suffisante pour déterminer les tendances des populations visées et pour mettre au point un plan d'échantillonnage qui permette de déceler les changements démographiques.

5 Après 10 ans, l'effectif de l'espèce à l'île Saltspring devra être d'au moins 1 000 individus avec, selon un modèle stochastique, un taux de croissance de l'effectif (log λs) ≥ 1,0.

2.5.2 Objectifs

Les objectifs à court terme énoncés au tableau 6 sont les mêmes pour toutes les espèces en péril visées par le présent programme. Ils contribueront à l'atteinte des buts généraux de rétablissement. Il s'agit, dans un premier temps, d'assurer la protection des espèces et de leur habitat, de recueillir de l'information et de surveiller les stations actuelles. Ces premières étapes sont importantes pour une mise en œuvre judicieuse des mesures de rétablissement à long terme, surtout en ce qui a trait à la restauration de l'habitat, à l'accroissement des populations actuelles et à l'implantation de nouvelles populations.

Tableau 6. Objectifs de rétablissement pour les cinq espèces visées par le présent programme
ObjectifsDélai proposé
1) Assurer la protection des populations actuelles au moyen de mesures d'intendance et d'autres mécanismes.5 ans
2) Intéresser les propriétaires fonciers au rétablissement des espèces en péril visées et à la protection de leur habitat.5 ans
3) Assurer le suivi des populations afin de déterminer leurs tendances démographiques; surveiller leur habitat afin d'évaluer l'impact des menaces.Objectif permanent
4) Caractériser l'habitat des populations : texture et épaisseur du sol, pente et orientation du terrain, communautés végétales, etc.5 ans
5) Mener des recherches pour mieux comprendre la biologie et les exigences écologiques des espèces en péril visées ainsi que les effets sur leurs populations des espèces exotiques et de la lutte contre les incendies.Objectif permanent
6) Élaborer pour chaque station un plan adaptatif de restauration du milieu.5 ans
7) Repérer et classer des milieux propices à chacune des espèces en vue du transfert d'individus.5 ans
8) Augmenter l'effectif des populations actuelles, au besoin, en fonction des buts fixés.5 à 10 ans
9) Implanter de nouvelles populations ou sous-populations des espèces visées, en fonction des buts fixés.5 à 10 ans

Protection des populations actuelles

Il faut, dans la mesure du possible, assurer la protection à long terme des populations actuelles des espèces en péril. Cela peut se faire de plusieurs façons : acquisition du terrain par des organismes publics ou privés de conservation de la nature, accords d'intendance ou engagements de conservation pris officiellement par les propriétaires fonciers, mise en application des dispositions de la Wildlife Act, etc.

Mise à contribution des propriétaires fonciers

La collaboration et la participation active des propriétaires fonciers en matière de protection des espèces et de leur habitat est indispensable pour atteindre les objectifs de rétablissement. Cette collaboration nécessitera une communication proactive entre les équipes de rétablissement et les responsables des stations (propriétaires ou gestionnaires fonciers), qui doivent être encouragés à collaborer avec les chercheurs et à participer activement à la surveillance et au rétablissement des populations ainsi qu'à la restauration de leur habitat.

Surveillance des populations et de leur habitat

Il faudra élaborer un programme de surveillance pour chacune des espèces en péril visées par le présent programme afin de préciser leurs tendances démographiques et de déceler les facteurs actuels ou éventuels les menaçant ou menaçant leur habitat. Les programmes de suivi doivent être élaborés en collaboration avec les propriétaires et les gestionnaires fonciers et doivent être axés sur l'état de l'habitat, les menaces, la réaction des populations à ces menaces ainsi que l'effectif et les tendances des populations individuelles. Le suivi doit être assuré au moins une fois par an. L'information recueillie doit être acheminée aux parties intéressées et utilisée pour la mise à jour des plans de gestion des stations.

Caractérisation de l'habitat

Il est nécessaire d'inventorier et de cartographier de façon détaillée les stations actuelles des espèces en péril dans les chênaies de Garry du sud de l'île de Vancouver et des îles Gulf voisines pour être en mesure de mieux comprendre les besoins de ces espèces en matière d'habitat. L'information ainsi recueillie servira, avec celle recueillie lors des suivis, à repérer des milieux pouvant être désignés comme habitat essentiel des espèces et à définir les priorités en matière de recherches. Les données à recueillir sont les suivantes :

  • le nombre d'individus par grandes classes d'âge;
  • la superficie de la zone d'occupation ();
  • le type de substrat (texture et épaisseur du sol, teneur en matière organique, etc.);
  • la position géographique, la pente et l'orientation de la station;
  • la structure et l'âge de la chênaie;
  • la composition de la végétation, y compris la couverture végétale ou l'effectif des espèces associées, en particulier les exotiques.
Études biologiques et écologiques

Pour être en mesure de bien gérer le rétablissement des espèces en péril et de leur habitat, il ne suffit pas d'étudier les tendances démographiques des populations et les caractères des milieux qui les abritent; il faut aussi connaître la biologie des espèces et l'écologie des communautés dont elles font partie. Il serait donc utile d'aménager des parcelles expérimentales de chacune des espèces visées, dans une ou plusieurs localités.

Pour mieux comprendre la dynamique des populations, il faut approfondir les connaissances sur la démographie (taux de survie des plantules et des juvéniles, longévité des sujets, longévité des graines, etc.), la génétique, la germination des graines, la pollinisation et la dispersion des espèces visées. Pour être en mesure de contrer la menace que constituent les espèces exotiques, il faut acquérir une meilleure connaissance de la biologie de ces espèces, de leur impact sur les espèces en péril visées et des moyens permettant de les éliminer. Les conséquences de la lutte contre les incendies et de l'abandon des pratiques de brûlage ainsi que l'impact éventuel d'un retour au brûlage ou à d'autres formes de perturbation et des pratiques d'entretien (fauchage, abattage des arbustes ou des arbres, etc.) doivent également être étudiés plus à fond.

Plans de restauration et gestion des stations

Toutes les stations des espèces visées nécessitent des travaux de restauration visant à arrêter l'envahissement par des espèces arbustives indigènes ou exotiques et à éliminer le chaume de graminées exotiques envahissantes accumulé en l'absence de feu. Divers travaux peuvent s'avérer nécessaires pour rétablir le milieu dans son état naturel, favoriser la germination des graines et la survie des plantules des espèces en péril visées et réduire la compétition : abattage d'arbres ou d'arbustes, désherbage, fauchage ou brûlage dirigé, etc. Les mesures de restauration doivent être décidées en fonction de plans individuels de gestion des stations et doivent être modifiées au besoin en fonction de l'information issue des suivis et des recherches.

Repérage et classement de milieux propices au rétablissement des espèces

Suite à l'atteinte de l'objectif 4 et à la lumière de l'information recueillie dans le cadre de l'objectif 5, il faudra repérer des milieux additionnels pouvant servir au rétablissement des espèces visées et classer ces milieux par ordre de priorité et de faisabilité.

Accroissement des populations existantes et implantation de nouvelles populations

Il est possible qu'on constate lors des suivis un déclin de l'effectif de certaines stations, en dépit des mesures prises pour éliminer les menaces. Il peut donc s'avérer nécessaire, pour atteindre les buts fixés, d'augmenter l'effectif de ces stations au moyens de semis ou de boutures. Il faudra peut-être aussi rétablir les espèces dans les localités où elles ont déjà été présentes afin qu'elles retrouvent à peu près leur zone d'occurrence historique. Avant toute tentative d'augmentation des effectifs, il faudra probablement restaurer les milieux et prendre des mesures pour éliminer ou prévenir les facteurs susceptibles de menacer les nouvelles populations ou leur habitat.

Le plan d'action comprendra une série de mesures destinées à accroître l'effectif de chacune des espèces visées. Il précisera les conditions particulières dans lesquelles on aura recours à l'augmentation des populations actuelles et à l'implantation de nouvelles populations et donnera des lignes directrices à cet égard, d'après celles énoncées par le ministère de l'Environnement de la Colombie-Britannique dans Guidelines for Translocation of Plant Species at Risk in British Columbia (en préparation).

2.5.3 Approches générales contre les menaces

Quatre approches générales ont été définies pour l'atteinte des buts et objectifs de rétablissement des espèces visées par le présent programme, à savoir la protection ou l'intendance de l'habitat, la gestion des stations, la collecte d'information et l'accroissement de l'effectif (par accroissement des populations existantes ou implantation de nouvelles populations). L'adoption des mêmes approches générales pour les cinq espèces visées permet un gain d'efficacité ainsi qu'une réduction des coûts associés aux mesures concrètes de rétablissement. Le tableau 7 énumère les approches retenues, indique les objectifs correspondants ainsi que les menaces que ces approches visent à éliminer. Il propose également des mesures à prendre et indique les résultats attendus.

Tableau 7. Approches générales visant à atteindre les buts et objectifs du présent programme
PrioritéObjectif(s)Approche généraleMenaces viséesMesures proposéesRésultats attendus (cibles mesurables)
Élevée1,2Protection et intendance de l'habitat1 – 4
  • Classer les stations par ordre de priorité (voir le tableau 3).
  • Trouver qui sont les propriétaires des terrains et communiquer avec eux.
  • Déterminer quelle est la meilleure option pour chacune des stations (acquisition, servitude, intendance, etc.) et la mettre en œuvre si possible.
  • Établir un rapport de communication et de coopération avec les propriétaires ou les administrateurs fonciers et lancer les mesures de rétablissement.
  • Liste des stations situées sur des terrains privés, par ordre de priorité
  • Communication établie avec les propriétaires fonciers et mesures de protection en place si possible
  • Pour les cas où la protection des terrains privés n'est pas possible, définition des responsabilités d'intendance si possible
  • Mesures concrètes de gestion des espèces en péril en œuvre dans toutes les aires protégées
Élevée2, 3, 4, 5, 6, 8Gestion des stations1b, 1c, 1d, 2, 3, 4
  • Prendre des mesures pour réduire l'impact des espèces exotiques envahissantes sur les chênaies de Garry et les espèces en péril qu'elles abritent (d'après les résultats des recherches).
  • Protéger autant que possible les espèces en péril par la mise en place de filets, l'épandage de terre de diatomées ou tout autre moyen jugé nécessaire.
  • Au besoin, mettre en œuvre un programme de fauchage, de désherbage ou de brûlage dirigé et l'adapter au gré des circonstances.
  • Vigueur accrue des individus et des populations
  • Aucune baisse d'effectif sur une période de 5 à 10 ans
Élevée3,4,5,6,7

Collecte de données :

  • inventaire
  • surveillance
  • recherches
1b, 1c, 1d, 2, 3, 4
  • Réaliser l'inventaire des stations et la caractérisation de l'habitat des espèces visées.
  • Cartographier les stations avec précision en vue de la surveillance à long terme.
  • Mener les recherches nécessaires pour mieux comprendre les tendances démographiques des populations.
  • Mener des recherches sur les espèces exotiques présentes : biologie, impact sur les espèces en péril visées, moyens d'éliminer les espèces nuisibles, etc.
  • Réaliser des expériences in situ et ex situ pour combler le manque de connaissances sur la compétition, la germination, la survie, etc.
  • Base de données SIG sur les stations
  • Données de base sur les exigences en matière d'habitat, la phénologie, la longévité des graines, les particularités de la germination, le taux de survie des plantules et des juvéniles et la longévité des individus
  • Connaissance de base de la menace venant des espèces exotiques présentes
Moyenne3,4,5,7, 8, 9Accroissement des populations actuelles et implantation de nouvelles populations1a, 1b, 1c, 3b, 4a
  • Utiliser les résultats des recherches pour définir des mesures de rétablissement des populations actuelles.
  • Mettre en œuvre dans les stations existantes des mesures susceptibles de favoriser le taux de recrutement et la survie des individus.
  • Utiliser les connaissances acquises par les recherches, les expériences et les mesures de rétablissement mises en œuvre pour définir des moyens d'implanter de nouvelles populations.
  • Implanter de nouvelles populations dans des milieux propices si nécessaire et si possible.
  • Vigueur accrue des individus et des populations
  • Aucune baisse d'effectif sur une période de 5 à 10 ans
  • Populations expérimentales établies

Protection et intendance de l'habitat

La perte d'habitat et la fragmentation de l'habitat ont toujours été les principales menaces pour les espèces en péril des chênaies de Garry. Ces menaces peuvent être éliminées ou réduites grâce à des ententes de conservation ou d'intendance de l'habitat. Après avoir cartographié les stations, recensé les populations et caractérisé le milieu, il faudrait classer les stations par ordre de priorité. Il faudrait ensuite trouver qui sont les propriétaires des terrains et communiquer avec eux afin de convenir de mesures de protection appropriées et d'établir une communication et une coopération permanentes en matière de protection des espèces en péril dans les chênaies de Garry.

Gestion des stations

Des travaux d'entretien et de restauration sont nécessaires pour réduire l'impact des espèces exotiques envahissantes sur les chênaies de Garry et les espèces en péril qu'elles abritent. Il faudra également empêcher dans la mesure du possible les herbivores et les détritivores de causer des dommages aux espèces visées (en particulier les jeunes sujets de la balsamorhize à feuilles deltoïdes), en plaçant des filets, en épandant de la terre de diatomées ou en utilisant tout autre moyen jugé nécessaire. Une approche adaptative permettra d'optimiser la gestion de chacune des stations.

Collecte d'information : inventaire, suivi et recherches

L'inventaire des stations, le suivi des populations et de l'habitat ainsi que les recherches sont tous nécessaires pour mieux comprendre les espèces en péril dans les chênaies de Garry. Voici les principales études requises :

  • Estimations précises des populations actuelles, comme point de référence pour le suivi démographique à long terme
  • Recherches sur la biologie, la dynamique des populations, les tendances démographiques et les exigences écologiques des espèces en péril visées
  • Recherches sur la biologie des espèces exotiques présentes dans les chênaies de Garry, sur l'impact de ces espèces sur les espèces en péril visées, et sur les moyens permettant d'éliminer les espèces exotiques nuisibles
  • Expériences in situ et ex situ visant à combler le manque de connaissances sur la compétitivité des espèces visées, les conditions de germination des graines, les taux de survie, etc.
Accroissement des populations actuelles et implantation de nouvelles populations

Le présent programme de rétablissement des espèces en péril dans les chênaies de Garry vise en priorité la protection et la gestion de leur habitat actuel. L'Association botanique du Canada (Canadian Botanical Association, 2004) ne recommande pas le déplacement de populations actuelles dans des milieux plus propices pour compenser ou atténuer la perte d'habitat. Le transfert et la réimplantation ne devraient être envisagés que pour augmenter l'effectif des stations actuelles, créer de nouvelles populations ou rétablir les zones d'occurrence et d'occupation des espèces visées. Dans ces cas, il y a lieu de surveiller de près les populations donneuses afin de s'assurer qu'elles ne déclinent pas par suite du prélèvement d'individus ou de matériel de multiplication. Le rétablissement des espèces dans leurs stations historiques ne doit pas être envisagé en remplacement de la protection et de la gestion des stations actuelles.

Les tentatives d'implantation ou de réimplantation doivent se faire avec la participation active du Groupe de mise en œuvre du rétablissement des plantes en péril de l'ERECG et conformément aux indications du plan d'action (voir la section « Objectifs » plus haut). Il faut s'assurer au préalable que les conditions du milieu récepteur répondent aux besoins des espèces et que les éléments susceptibles de menacer les nouvelles populations ont été éliminés ou neutralisés (par la préparation ou la restauration du milieu, l'élimination des espèces compétitrices, l'arrosage, la mise en place de clôtures, etc.).

2.6 Répercussions pour les espèces non visées

Les espèces associées aux chênaies de Garry dépendent des processus intrinsèques de cet écosystème, lesquels ont été profondément modifiés depuis l'établissement des colons européens (on pense notamment au régime de feu, à la dynamique des peuplements et à la propagation des espèces exotiques envahissantes). Il est donc probable que la plupart des mesures proposées dans le présent programme bénéficieraient à l'ensemble de la communauté végétale. Ce ne sera cependant pas toujours le cas, et, pour chaque mesure envisagée pour le rétablissement d'une espèce, il faudra tenter de prévoir les effets possibles sur les autres espèces présentes, surtout les espèces en péril. Vu le nombre élevé d'espèces en péril et la forte concentration d'espèces rares dans certaines localités, il est évident qu'on ne peut prévoir tous les effets positifs et négatifs possibles des mesures de rétablissement. Les répercussions des mesures de gestion sur les espèces non visées seront considérées à une étape ultérieure, lors de la mise en œuvre du plan d'action ou des évaluations in situ.

Afin d'éviter tout conflit avec d'autres mesures de rétablissement en cours ou à venir, il faudra demeurer en communication permanente avec les groupes de mise en œuvre du rétablissement (GMOR) et les comités directeurs suivants de l'ERECG :

  • GMOR - Inventaires, cartographie et communautés végétales
  • GMOR - Planification de la conservation et protection des milieux
  • GMOR - Restauration et gestion
  • GMOR - Invertébrés en péril
  • GMOR - Vertébrés en péril
  • GMOR - Recherches
  • GMOR - Communication, coordination et mise à contribution du public
  • Comité directeur - Espèces envahissantes
  • Comité directeur - Multiplication des plantes indigènes
  • Comité directeur - Feu et dynamique des communautés

2.7 Lacunes dans les connaissances relatives à toutes les espèces ou à la plupart d'entre elles

Le programme général de rétablissement des chênaies de Garry et des écosystèmes associés (GOERT, 2002) fait ressortir les lacunes existant dans les connaissances sur ces écosystèmes. Des recherches permettront de parfaire les connaissances nécessaires au rétablissement des espèces visées par le présent programme, comme il est indiqué précédemment dans la description des objectifs et des approches générales. Les recherches les plus pressantes concernent la répartition de ces espèces, leur effectif et leurs tendances démographiques ainsi que les effets sur elles et sur leur habitat de la lutte contre les incendies, de la présence d'espèces exotiques et des activités de restauration du milieu.

L'information manquante sur la biologie de chacune des espèces visées par le présent programme concerne notamment la compétition (en particulier avec les espèces exotiques) et les facteurs démographiques (dormance des graines, germination, survie des plantules et des jeunes sujets, longévité des individus). Il n'existe pratiquement aucune information sur la dynamique des populations de ces espèces, notamment sur la durée de dormance des graines enfouies dans le sol, la proportion des plantules qui survivent jusqu'à la maturité et la longévité des plantes matures (dans le cas des vivaces).

Aux États-Unis, les recherches sur l'aster rigide n'ont permis d'établir aucune corrélation entre la biologie de reproduction de l'espèce et sa rareté; elles ont montré que la production de graines de l'aster rigide se situe dans la plage normale pour les Astéracées (Clampitt, 1987; Giblin et Hamiliton, 1999). Chez les populations observées par Douglas et Illingworth (1996), la proportion de tiges florifères était relativement élevée (30 à 50 %); par contre, Fairbarns (2005) a recensé très peu de tiges florifères. On connaît peu de choses sur la biologie et l'écologie du tritéléia de Howell dans l'ensemble de son aire. Il n'existe aucune information sur la dynamique des populations de l'espèce, notamment en ce qui concerne la dormance des graines, le taux de survie des plantules et la longévité de la plante.

2.8 Mesures achevées ou en cours

On trouvera ci-dessous des exemples de mesures axées sur une ou plusieurs des espèces en péril visées par le présent programme, qui ont déjà été mises en œuvre ou sont en voie de l'être. Certaines suivent les recommandations de Maslovat et Fairbarns (2005) et de Miller (2005); plusieurs proviennent d'une liste de recherches en cours compilée par Mike Meagher, du groupe de mise en œuvre du rétablissement responsable du volet recherches (Meagher, comm. pers., 2004). Pour compléter ces mesures locales, il y aurait lieu d'examiner les recherches menées aux États-Unis ainsi que les techniques de gestion et de restauration proposées par les chercheurs américains, notamment celles décrites par Fitzpatrick (2004).

2.8.1 Autres programmes de rétablissement

  • GOERT (Garry Oak Ecosystems Recovery Team). 2002. Recovery Strategy for Garry Oak and Associated Ecosystems and their Associated Species at Risk in Canada: 2001-2006. Version préliminaire du 20 février 2002. (document disponible en format PDF de 768Ko, en anglais seulement))
  • Maslovat, C., et M. Fairbarns. 2005. Programme national de rétablissement multi-espèces visant les espèces en péril des prés maritimes associés aux chênaies de Garry. Rapport préliminaire présenté à l'Équipe de rétablissement des écosystèmes du chêne de Garry.
  • Miller, M.T. 2005. Programme national de rétablissement multi-espèces visant les plantes en péril des mares printanières et autres milieux humides saisonniers associés aux chênaies de Garry. Rapport provisoire présenté à l'Équipe de rétablissement des écosystèmes du chêne de Garry.

2.8.2 Information et sensibilisation du public

  • Préparation et diffusion de fiches d'information sur les espèces en péril dans les chênaies de Garry et les écosystèmes associés de Colombie-Britannique (GOERT, 2003).
  • Activités de sensibilisation du public, dont des ateliers tenus par l'ERECG.
  • Services du coordonnateur de l'intendance du mont Tzuhalem, retenus par les Cowichans pour la sensibilisation du public aux espèces en péril, en dehors de la réserve.
  • Préparation, par CRD Parks (service des parcs du district régional de Victoria), d'un plan de communication provisoire pour la réserve naturelle des monts Sooke et le parc régional du mont Wells. Ce plan prévoit la mise en place de panneaux d'interprétation au mont Wells pour signaler la présence d'espèces rares et expliquer la nécessité de ne pas sortir des sentiers. Cette information sera également affichée sur le site web du service.

2.8.3 Communication avec les propriétaires fonciers

  • Oak Bay Parks (service des parcs d'Oak Bay) a été contacté au sujet de la protection des espèces en péril dans le parc Uplands.

2.8.4 Protection de l'habitat

  • L'ERECG a fait l'inventaire des chênaies de Garry non protégées jugées prioritaires, puis elle a organisé ou animé des ateliers avec d'éventuels partenaires afin de discuter de la protection et de la conservation de ces écosystèmes.

2.8.5 Inventaire, cartographie et relevé de l'habitat

  • De nombreux relevés ont été faits par des botanistes d'expérience dans les chênaies de Garry pour le compte du Centre de données sur la conservation de la Colombie-Britannique, du Fonds interministériel pour le rétablissement, de l'ERECG et d'autres organismes.
  • Les écosystèmes fragiles de l'est de l'île de Vancouver et des îles Gulf ont été inventoriés (Ward et al., 1998).
  • L'inventaire et la cartographie des plantes rares ont été réalisés pour le parc Uplands et la pointe Cattle, à Oak Bay (Collier et al., 2004), ainsi que pour le parc Beacon Hill, à Victoria.

2.8.6 Recherches sur les espèces en péril

  • L'ERECG a appuyé, amorcé ou poursuivi des recherches dans les domaines suivants :
    • programmes de rétablissement;
    • incidence des mammifères herbivores et des plantes exotiques sur la diversité végétale;
    • gestion écologique des espèces indigènes;
    • historique des feux.
  • Le Centre de recherches agroalimentaires du Pacifique a fait des essais de multiplication de la balsamorhize à feuilles deltoïdes, de l'aster rigide et de la violette jaune des monts (Ehret et al., 2004).
  • Des graines de la balsamorhize à feuilles deltoïdes récoltées au mont Tzuhalem ont été semées à la pépinière Sylvan Vale Nursery, et les semis ont été transplantés à Somenos.

2.8.7 Recherche sur les espèces envahissantes et les moyens de les éliminer

  • L'ERECG a compilé une bibliographie commentée sur les espèces envahissantes présentes dans les chênaies de Garry et les écosystèmes associés et a conçu et essayé un outil d'aide à la décision en matière de lutte contre ces espèces.
  • L'ERECG a appuyé, amorcé ou poursuivi des recherches sur l'envahissement des milieux par le genêt à balais et la symphorine blanche, la régénération de ces espèces et les moyens de les éliminer.
  • Le Centre de foresterie du Pacifique a mené des recherches sur l'impact de quatre espèces exotiques envahissantes, le genêt à balais, l'ajonc d'Europe (Ulex europaeus), le daphné lauréole (Daphne laureola) et le lierre commun (Hedera helix), et sur la lutte contre ces espèces; il a également suivi la progression du genêt à balais et de l'ajonc d'Europe en Colombie-Britannique.
  • Des mesures ont été prises en vue d'éliminer les espèces envahissantes au lieu historique national Fort Rodd Hill, y compris dans la station de la balsamorhize à feuilles deltoïdes (Reader, comm. pers.), ainsi qu'à la réserve écologique du mont Tzuhalem, et des mesures visant à éliminer le genêt à balais et l'ajonc d'Europe ont été prises à l'île Trial.

2.8.8 Plans de gestion

  • Somenos Marsh Management Plan (Williams et Radcliffe, 2001) : plan d'aménagement du marais Somenos. Site web : http://www.northcowichan.bc.ca/pdf/somenos_mgt_plan.pdf
  • CRD Parks Master Plan (diponible en format PDF de 4,72 Mo, en anglais seulement) (Capital Regional District Parks, 2000) : plan directeur du service des parcs du district régional de Victoria, plans connexes de lutte contre les espèces envahissantes et de surveillance des plantes rares et plans particuliers visant les parcs individuels.
  • Plan de gestion des espèces rares du parc Uplands et de la pointe Cattle (en préparation).
  • Mount Tzuhalem Ecological Reserve: Purpose statement (BC Parks, 2003a) : énoncé d'intention concernant la réserve écologique du mont Tzuhalem.
  • Trial Islands Ecological Reserve: Purpose statement (BC Parks, 2003b) : énoncé d'intention concernant la réserve écologique de l'île Trial.
  • En 2003-2004 et 2004-2005, la Municipalité d'Oak Bay et le Programme de gérance de l'habitat se sont attachés à élaborer des lignes directrices pour la gestion à long terme des espèces rares du parc Uplands et de la pointe Cattle.

2.8.9 Restauration du milieu

  • Mill Hill Regional Park Restoration Plan (CRD Parks, 2003) : plan de restauration du parc régional Mill Hill. Projet pilote pour la restauration des parcs du district régional de Victoria, ayant pour objet d'éliminer le genêt à balais et le daphné lauréole et de surveiller et rétablir les populations d'espèces en péril dans les chênaies de Garry.
  • La Société canadienne pour la conservation de la nature (SCCN) a mené des travaux de débroussaillage (genêt à balais et symphorine blanche) et créé des parcelles expérimentales dans la réserve naturelle de chênes de Garry de Cowichan et dans la station de la balsamorhize à feuilles deltoïdes de Campbell River (Ennis, comm. pers.).

2.9 Incidences socioéconomiques

Les espèces visées par le présent programme n'ont pas de valeur économique ou sociale particulière, autre que celle que leur confèrent les valeurs historique, culturelle et esthétique associées à la conservation des chênaies de Garry. La mise en œuvre du programme aura donc peu d'incidences socioéconomiques, sauf dans quelques localités, où ces incidences toucheront un secteur très limité.

Le rétablissement des espèces en péril et la restauration des milieux menacés associés aux chênaies de Garry favoriseront la biodiversité, la santé et la productivité de l'environnement et une meilleure appréciation de ces espèces et milieux particuliers, ce qui aura globalement une utilité sociale dans le sud-ouest de la Colombie-Britannique. En effet, la beauté naturelle des chênaies de Garry et écosystèmes connexes de la vallée du Bas-Fraser, des îles Gulf et de l'île de Vancouver constitue une ressource importante pour la population de la province, en permettant une industrie récréotouristique vigoureuse. La protection de ces espaces naturels, de leur biodiversité et de leur potentiel récréatif est d'une immense valeur pour l'économie locale.

Certaines activités menées dans les chênaies de Garry ou à proximité peuvent avoir un impact sur des espèces en péril sensibles. Les activités risquant ainsi de nuire aux espèces en péril et à l'intégrité des chênaies sont celles qui :

  • modifient ou perturbent des processus écologiques importants pour le maintien de ces milieux;
  • provoquent directement ou indirectement l'introduction d'espèces indigènes ou exotiques pouvant altérer le milieu biotique ou abiotique de manière à nuire à des processus importants pour le maintien des chênaies;
  • détruisent ou endommagent directement une espèce en péril (piétinement, utilisation de véhicules, etc.);
  • modifient ou détruisent des chênaies de Garry (travaux de terrassement, etc.).

Les mesures de rétablissement pourraient cependant affecter certaines activités socio­économiques : activités récréatives; lotissement de terres privées; exploitation et entretien des parcs. Cependant, cet impact devrait demeurer faible dans presque tous les cas.

Les chênaies de Garry sont des éléments rares du paysage, et la superficie globalement requise pour leur protection physique est relativement restreinte. Une réduction efficace des activités pouvant leur nuire peut être obtenue par une planification minutieuse et une évaluation environnementale des travaux de développement et autres activités prévues ainsi que par une bonne disposition des corridors destinés au transport et aux activités récréatives.

Le rétablissement des chênaies de Garry et des espèces en péril qui leur sont associées exigera une planification intelligente de tout projet de développement et une désignation adéquate des usages convenant à chaque milieu sensible. Les responsables de l'aménagement des parcs et autres terres publiques devront envisager de gérer les accès et les équipements de manière à conserver ou améliorer les chênaies de Garry dont ils auront assumé l'intendance.

2.10 Échéance prévue pour l'élaboration du plan d'action

L'élaboration du plan d'action pour le rétablissement des espèces en péril dans les chênaies de Garry n'est pas encore commencée. Une version provisoire de ce plan sera disponible d'ici mars 2010.

2.11 Évaluation et mesures de rendement

L'efficacité des approches et les progrès accomplis vers l'atteinte des objectifs de rétablissement seront évalués essentiellement par le suivi des populations et de leur habitat, le minimum acceptable étant le maintien ou l'accroissement de la taille des populations et des zones d'occurrence et d'occupation des espèces. Le programme sera évalué au terme de cinq ans afin de mesurer les progrès accomplis et de définir de nouvelles approches ou apporter d'autres modifications au besoin.

Les mesures ci-dessous peuvent également servir d'indication des progrès accomplis vers le rétablissement.

  • Désignation officielle de l'habitat essentiel dans le plan d'action
  • Comblement de lacunes dans les connaissances requises
  • Atteinte du niveau recommandé de protection de l'habitat
  • Intégration de mesures particulières au plan de gestion d'un certain nombre d'aires protégées abritant des espèces en péril visées
  • Augmentation du nombre de populations protégées grâce à l'acquisition de terrains ou à des accords d'intendance
  • Élaboration d'un programme de recherche visant à augmenter les connaissances sur la biologie des espèces envahissantes et sur les moyens d'éliminer les espèces nuisibles
  • Mise en œuvre de mesures de restauration de l'habitat (élimination des espèces exotiques, élimination des arbustes et des conifères s'il y a lieu, etc.) dans plusieurs stations
  • Fin de l'analyse de la taille et des tendances démographiques des populations actuelles en vue de déterminer s'il est nécessaire de prendre des mesures pour augmenter l'effectif des espèces
  • Fin de la recherche et du classement de sites potentiels de rétablissement dans les chênaies de Garry
  • Inscription des cinq espèces visées sur la liste des espèces en péril établie aux termes de la Wildlife Act de la Colombie-Britannique.