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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la léchéa maritime au Canada

Biologie

Très peu d’études ont porté sur la biologie de reproduction de l’une ou l’autre espèce de la famille des Cistacées, et il existe peu de données portant spécifiquement sur la biologie du Lechea maritima var. subcylindrica ou de l’espèce Lechea maritima dans son ensemble. La plus grande partie de l’information exposée dans le présent rapport vise donc l’ensemble de la famille ou du genre, laquelle information a été complétée par des observations faites sur le terrain.


Cycle vital et reproduction

La léchéa maritime est une plante herbacée basse produisant surtout des tiges fructifères dressées et des pousses basales couchées, à partir d’une racine pivotante ligneuse. L’espèce se reproduit au moyen de graines, fleurit du milieu à la fin de l’été et produit des fruits vers le début de l’automne. Les fleurs demeurent ouvertes peu de temps (Hodgdon, 1938; Fernald, 1950), généralement par temps ensoleillé (Britton, 1894). Les fleurs sont brun rougeâtre, hermaphrodites, réunies en panicules (Hodgdon, 1938). Les étamines commencent par devenir exsertes, puis libèrent leur pollen une fois que l’ovaire a atteint la taille des sépales et que les trois stigmates rouges plumeux sont réceptifs (Barringer, 2004). Divers régimes de pollinisation et de reproduction ont été signalés chez les Cistacées, dont l’allogamie obligée, l’autogamie et la cléistogamie (Talavera et al., 1992), et la présence de fleurs cléistogames rudimentaires a déjà été observée chez le genre Lechea (Herrera, 1992; Nandi, 1998). Kearney (1901) a estimé que le Lechea maritima se reproduit par autofécondation. Cependant, si Hodgdon (1938) a raison d’affirmer que l’hybridation est fréquente entre les espèces de ce genre, il faut supposer que l’allogamie est possible dans une certaine mesure. Les petites fleurs à pétales rouges sembleraient convenir à la pollinisation par de petites espèces de diptères ou de lépidoptères, mais la morphologie des fleurs (étamines exsertes et stigmates plumeux), la préférence de la plante pour un habitat dégagé et l’absence apparente de nectar semblent plutôt indiquer que la pollinisation serait effectuée par le vent (Barringer, 2004).

Les pousses basales apparaissent après la floraison, vers la fin de l’été ou au début de l’automne, et leurs feuilles se développent entièrement dès l’automne (Britton, 1894). Après avoir survécu à l’hiver, ces pousses meurent durant le printemps ou l’été suivant ou produisent à leur extrémité des tiges fructifères dressées (Barringer, 2004). Les tiges fructifères demeurent souvent dressées jusqu’au printemps suivant, ce qui permet sans doute au vent de disperser les graines sur la neige ou la glace. En 2007, de vieilles tiges fructifères portaient encore des graines à la mi-février.

Il existe peu de données sur la longévité des léchéas, mais Hodgdon (1938) a remarqué que les plantes poussant à la limite nord de l’aire de répartition avaient plus tendance à être bisannuelles et qu’il leur arrivait de peu fructifier la première année. On a observé à quelques reprises des individus de léchéa maritime de très petite taille produisant un nombre limité de fleurs, apparemment au cours des deux années suivant la germination (C.S. Blaney, obs. pers., île Fox et île Hog, 2005). La racine pivotante de ces plantes mesurait à peine 1 mm de diamètre et ne produisait aucune pousse basale, alors que chez les plantes plus grandes qu’on trouve habituellement la racine est épaisse (plus de 5 mm) et ligneuse et produit une dense rosette de pousses basales. On peut donc supposer que ces plantes plus grandes ont beaucoup plus de deux ans, et la durée de génération de l’espèce (âge moyen de reproduction) est sans doute d’au moins 8 à 10 ans.


Herbivores

Aucun signe de consommation importante par les animaux n’a été observé durant les travaux sur le terrain, et aucun cas d’herbivorie n’est mentionné dans les publications pertinentes. Le site de certaines populations a déjà été employé comme pâturage, et la léchéa maritime a pu avoir subi un broutage à cette époque.


Dispersion

Chez le genre Lechea, les graines sont sans doute dispersées lorsque le vent ou les précipitations agitent les branches de la plante, puisque ce phénomène a été observé chez d’autres genres de la famille des Cistacées (voir, entre autres, Talavera et al., 1992). Dans le cadre d’une étude sur la dispersion des graines de certaines espèces de Cistus, Bastida et Talavera (2002) ont constaté que la densité de graines dans le sol atteignait un maximum sous les plantes elles-mêmes, ce qui laisse penser que les graines sont principalement dispersées à de très courtes distances. Selon Thanos et al. (1992), les Cistacées ne semblent posséder aucun mécanisme spécialisé de dispersion des graines, et celles-ci restent sans doute à proximité de la plante mère. Il est cependant possible que les graines soient transportées sur de plus grandes distances par l’eau ou les forts vents, particulièrement sur la glace ou la neige. On a déjà observé que les tiges, qui demeurent souvent dressées pendant toute l’année suivant la floraison, pouvaient conserver des graines jusqu’à la mi-février. Aucun cas de dispersion par des animaux n’est mentionné dans les publications consultées pour le présent rapport, mais il est possible que des graines mouillées adhèrent, avec le sable, au pelage, aux plumes ou aux pattes de certains animaux.


Relations interspécifiques

Des études révèlent que la plupart des Cistacées ont des relations symbiotiques avec des champignons mycorhiziens spécifiques ou non spécifiques (Giovannetti et Fontana, 1982; Malloch et Thorn, 1985; Comandini et al., 2006). Malloch et Thorn (1985) ont étudié les genres nord-américains à cet égard et ont pu confirmer que certaines espèces des genres Lechea et Hudsonia présentent des signes d’ectomycorhizes dont le mycobionte n’a pas encore été identifié. En général, ces relations sont très bénéfiques pour la plante hôte, car elles facilitent le transport de l’eau et l’absorption des éléments nutritifs à partir du sol tout en augmentant la résistance de la plante à la sécheresse et aux pathogènes transmis par la terre, ce qui accroît sa capacité à supporter les conditions difficiles, telles que celles caractérisant les dunes. On ne sait pas exactement si l’absence de champignons compatibles est un facteur limitatif pour la répartition de la léchéa maritime. À cet égard, il est intéressant de se demander si le mycobionte des mycorhizes du Hudsonia tomentosa ne serait pas le Leccinum arenicola, champignon décrit pour la première fois à partir de spécimens provenant des dunes côtières du Nouveau-Brunswick (Redhead et Watling, 1979). Si les populations canadiennes du Lechea maritima et du H. tomentosa établissent des relations mycorhiziennes avec la même espèce de champignon, cela pourrait expliquer que les deux plantes poussent si souvent en association.

À partir d’observations faites sur le terrain et d’une analyse morphologique de spécimens d’herbier, Hodgdon (1938) a avancé que le Lechea maritima peut occasionnellement s’hybrider avec le L. villosa, le L. minor et le L. intermedia. Cependant, Hodgdon (1938) et David Lemke (comm. pers.), auteur de la future section sur les Lechea dans Flora of North America, estiment tous deux que ces espèces sont valides. L’aire de répartition du L. maritima ne chevauche que celle du L. intermedia, qui se rencontre également au Nouveau-Brunswick et à l’Île-du-Prince-Édouard, dans une variété d’habitats secs et perturbés. Les deux espèces ont été observées assez près l’une de l’autre dans trois des sites, mais aucun hybride n’a été détecté durant les relevés sur le terrain, et les deux espèces demeuraient nettement distinctes, tant sur le plan morphologique que sur le plan écologique.


Physiologie et adaptabilité

Chez le Lechea maritima, comme chez la plupart des Cistacées, la majorité des graines formant le réservoir de semences du sol possèdent généralement un tégument dur et imperméable, et seulement une petite proportion des graines peuvent germer à court terme (Thanos et al., 1992). Les graines peuvent donc rester longtemps en dormance, jusqu’à ce qu’elles subissent une scarification créant des ouvertures dans le tégument, ce qui permet l’absorption d’eau et la germination. Avec la petite taille des graines, qui favorise leur pénétration et leur accumulation dans le sol (Fenner, 1985), et avec la vaste gamme de conditions de lumière et de température permettant leur germination (Thanos et al., 1992), ce type de dormance primaire des graines fait partie d’une stratégie adaptative qui permet à l’espèce de persister dans un environnement difficile et de recoloniser efficacement les terrains gravement perturbés. Ces caractéristiques font que l’espèce est bien adaptée aux habitats dunaires, exposés à la fois aux inondations de tempête et à de graves sécheresses. Des essais ont révélé que les graines de Lechea maritima ont au départ un faible taux de germination (6 p. 100), mais qu’elles peuvent atteindre un taux de germination élevé (75 p. 100) une fois scarifiées (Thanos et al., 1992).