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Loi sur les espèces en péril - Cahier de consultation au sujet de l'inscription sur la liste officielle, rorqual commun, population de l'Atlantique

Informations de base sur le rorqual commun

Statut : Espèce préoccupante

Dernière évaluation du COSEPAC : mai 2005

2.1. Distribution et migration des rorquals communs

Le rorqual commun est un cétacé d’eau profonde qui peut se retrouver dans tous les grands océans. Il est cependant plus abondant aux latitudes tempérées et polaires. Il fréquente les eaux côtières mais se retrouve en plus grand nombre en haute mer. Il semble être absent de la plupart des zones équatoriales et de la lisière de la banquise. Les rorquals communs de l’hémisphère nord (Balaenoptera physalus physalus) et ceux de l’hémisphère sud (B. p. quoyi) constitueraient des sous-espèces isolées géographiquement et probablement aussi sur le plan reproducteur. Des différences morphologiques permettent leur distinction. Deux populations distinctes fréquentent les eaux canadiennes, l’une dans le Pacifique et l’autre dans l’Atlantique.

Le rorqual commun est une espèce migratrice qui passe l’été dans les eaux nordiques riches en nourriture entre la baie de Baffin, au Canada et le cap Hatteras, en Caroline du Nord. L’aire de distribution hivernale des rorquals communs est peu connue.  Il parcourrait les eaux comprises entre la côte et la plateforme continentale des Grands Bancs de Terre-Neuve jusqu’au Golfe du Mexique. De façon générale, les aires d’estivage sont moins étendues que les zones d’hivernage. Il demeure que les limites de l’aire de distribution de ce cétacé tout au long de l’année sont mal documentées.

Dans l’Atlantique canadien, différents groupements estivaux se répartissent dans le golfe et l’estuaire du Saint-Laurent, la baie de Fundy, les eaux côtières et extra côtières de Terre-Neuve, au large du Labrador jusqu’au détroit de Davis ainsi que sur le Plateau Néo-écossais. En période estivale, de juin à l’automne, le rorqual commun est la grande baleine la plus fréquemment observée dans la baie de Fundy et sur le Plateau Néo-écossais. Il semblerait que les stocks de Terre-Neuve et de la Nouvelle-Écosse migrent vers le sud en hiver, le stock de Terre-Neuve investissant les lieux d’estivage laissés vacants par le stock de la Nouvelle-Écosse, qui migre plus au sud. En hiver, certains individus demeurent le long des côtes atlantiques de la Nouvelle-Écosse.

Dans l’estuaire du Saint-Laurent, près de Tadoussac, 88 individus ont été photo identifiés par une équipe de chercheurs, entre 1986 et 2001. De ce nombre, environ 30% sont considérés comme des résidents saisonniers puisqu’ils sont revus généralement d’année en année. La part restante est constituée de visiteurs réguliers ou occasionnels. En aval, le long de la côte nord du golfe du Saint-Laurent, plus de 300 rorquals communs différents ont été photo identifiés depuis le début des années 80.

2.2. Biologie et comportement du rorqual commun

2.2.1. Morphologie

Deuxième plus grand cétacé au monde après le rorqual bleu, le rorqual commun de l’Atlantique est plus petit que ses congénères de l’hémisphère sud et atteint une longueur moyenne de 24 m pour un poids moyen variant entre 40 et 50 tonnes.  La femelle est généralement plus grande que le mâle. Un corps effilé confère à l’animal un hydrodynamisme qui lui permet d’atteindre une grande vitesse de nage. Gris foncé à gris brunâtre sur le dos pour devenir blanc sur le ventre, le rorqual commun se distingue des autres espèces par une coloration asymétrique de la mâchoire inférieure (plus foncé du côté gauche) et des fanons (bande d’un blanc jaunâtre sur la droite, en avant, le reste étant gris-bleu).

2.2.2. Reproduction

Chez le rorqual commun, la maturité sexuelle est atteinte en moyenne vers 6–7 ans chez la femelle et vers 7–8 ans chez le mâle (pour une taille moyenne de 17,2 m). L’accouplement et le vêlage semblent avoir lieu en hiver sous de basses latitudes. La femelle donne naissance à un seul petit (de 6 m environ) après 11 à 12 mois de gestation et le veau est sevré 6 et 7 mois plus tard. L’intervalle entre deux naissances est estimé à environ 2 ans et demi. La population de rorqual commun pourrait se reproduire à un rythme annuel de 8 veaux par 100 femelles adultes. Cependant le taux de survie des veaux et des juvéniles reste mal connu.

2.2.3. Comportement social et relations entre les espèces

L’attachement entre la mère et son petit semble prendre fin au sevrage et, de façon plus générale, aucun lien durable ne semble se former entre les individus d’une même population. Cependant, il arrive que quelques animaux forment une association temporaire surtout lors des déplacements (2 à 7 individus) et sur les sites d’alimentation (2 et plus).

Des aires de distribution et une alimentation communes favorisent le côtoiement de différentes espèces de baleines à fanons. Il n’est pas rare de rencontrer des groupes formés de grands rorquals (bleus et communs) et un certain nombre d’individus hybrides ont été répertoriés dans l’Atlantique-Nord, particulièrement en Islande. Dans les aires de recoupement, il est probable que cette espèce partage les mêmes ressources alimentaires que d’autres espèces de rorquals.  Par exemple, il pourrait y avoir compétition entre le rorqual à bosse et le rorqual commun dans les secteurs d’alimentation abritant des bancs de capelan si cette ressource s’avérait limitée.

2.2.4. Régime alimentaire

La diète variée du rorqual commun est autant fonction de la disponibilité des proies que de la préférence pour certaines d’entre elles. Cette stratégie d’alimentation flexible permet à l’animal de changer de cible si une proie en particulier diminue. Dans la même situation, l’espèce sténophage (diète restreinte) qu’est le rorqual bleu est nettement désavantagée. En Atlantique nord, les principales proies du rorqual commun sont de petits invertébrés, des poissons regroupés en banc et des calmars. Dans les eaux canadiennes, il s’alimente principalement de krill, de capelans et, dans une moindre mesure, de harengs. Les rorquals communs qui fréquentent l’estuaire de Saint-Laurent profitent présumément de la grande concentration de krill et de capelan particulière à l’embouchure du Saguenay. Le capelan semble être la principale proie des rorquals communs circulant au large de Terre-Neuve tandis que ceux de la baie de Fundy s’alimenteraient essentiellement de krill. Des rorquals communs ont déjà été observés à se nourrir de harengs au large de la Nouvelle-Écosse.

2.2.5. Habitat

D’après la définition de la LEP, un «habitat»peut comprendre : les aires de mise bas, de croissance et d’alimentation et les routes migratoires dont la survie de l’espèce dépend, au cours du cycle annuel et pour chacune des classes d’âge et de sexe. Malheureusement, les informations récoltées à ce jour sur le rorqual commun portent davantage sur les zones nourricières estivales que sur les aires d’hivernage.

Si le rorqual commun navigue intensément en eau côtière durant l’été, certains individus pourraient gagner le large et également le sud pendant l’hiver. La distribution géographique des rorquals communs suggère une préférence, en période estivale, pour des régions où la température de l’eau de surface est peu élevée comme dans la baie de Fundy et pour les remontées d’eau profonde (upwellings). Le long des côtes, il s’alimente sur des sites de forte concentration de proies, comme c’est le cas à la tête du Chenal Laurentien (Estuaire du Saint-Laurent).  L’est de la Nouvelle-Écosse fournirait suffisamment de nourriture pour alimenter des rorquals communs durant toute l’année.

Il est difficile de décrire des changements survenus dans l’habitat (baisse de productivité, compétition accrue, etc.) sur une espèce aquatique, migratrice et pélagique comme le rorqual commun. Cet animal semble cependant être physiquement capable de franchir de grandes distances pour trouver des parcelles adéquates. Les facteurs susceptibles de modifier l’étendue de l’habitat sont probablement davantage liés à des changements dans la productivité à une échelle plus globale. La qualité et la superficie de l’habitat dépendent également des interactions entre l’espèce, ses proies et ses concurrents.

2.2.6. Communication

Le rorqual commun est une baleine qui vocalise beaucoup. Il émet des sons à basse fréquence qui peuvent se propager sur des centaines voir des milliers de kilomètres. Les vocalisations pourraient annoncer une migration vers le sud en automne et une migration vers le nord à la fin de l’hiver. Les individus qui fréquentent le Plateforme néo-écossaise émettent leurs chants plus intensément vers la fin du mois d’août, tout l’automne et au milieu de l’hiver. Dans le Pacifique nord, les signaux (20Hz) employés par les rorquals communs sont associés au comportement reproducteur des mâles. Il est possible que les rorquals communs se servent du magnétisme de la terre pour s’orienter durant leur migration.

2.3. Pourquoi le COSEPAC a-t-il désigné le rorqual commun « espèce préoccupante» ?

Voici les raisons de la désignation du rorqual commun par le COSEPAC :

Dès la fin du 19ème siècle, l’amélioration des techniques de chasse permet de capturer le rorqual commun (espèce très rapide et dont le corps coule après la mort). Durant près d’un siècle, les stocks furent surexploités et de ce fait, dangereusement réduits. L’abondance de ces rorquals n’a pas été estimée avant l’ère de l’industrie baleinière.  On sait cependant que plus de 13 337 rorquals communs ont été abattus près de Terre-Neuve et du Labrador entre 1903 et 1945 et que le stock néo-écossais a subit les pressions de la chasse entre 1964 et 1971. La plus fiable des évaluations récentes date de 1999 et estimerait à 2 814 le nombre d’individus circulant entre le Banc Georges (N.-É.) et l’embouchure du golfe du Saint-Laurent et à environ 380 individus pour le golfe. Les activités de chasse interrompues au Canada depuis 1971, il n’en reste pas moins que plusieurs menaces d’origine anthropique sont potentiellement néfastes pour les rorquals communs.

2.4. Quelles menaces pèsent sur cette espèce ?

Une dégradation de l’habitat entraînée par une réduction de la disponibilité des proies, et une réduction de la valeur adaptative[1] (Fitness en anglais) provoquée par la pollution chimique entre dans la catégorie des facteurs limitants tandis que les prises accidentelles, les collisions et le dérangement par le bruit constituent des menaces. Des recherches sont toutefois nécessaires pour bien définir et comprendre l’impact de ces éléments sur le rétablissement et la pérennité de l’espèce.

2.4.1. Facteurs limitants

Baisse de l’abondance des proies

L’habitat des grands rorquals est intimement associé à la distribution des proies. Toute réduction de la disponibilité d’un type de proie peut, par conséquent, être perçue comme une réduction de l’habitat. Les phénomènes qui pourraient entraîner, directement ou indirectement, une diminution des proies sont un changement climatique, une compétition interspécifique et la pêche commerciale.

Contamination chimique

Il n’existerait aucune preuve que les baleines à fanons subissent les effets toxiques de la contamination de leur environnement par les métaux et les organochlorés. Cependant d’autres mammifères marins semblent être affectés par les produits chimiques immunotoxiques.  Les effets connus de ces polluants sur ces animaux sont : une diminution, altération de la réponse immunitaire, un désordre sur le plan reproducteur, des lésions et des cancers. Le taux de contamination aux organochlorés de certains rorquals communs du golfe Saint-Laurent est cependant suffisamment élevé pour susciter l’inquiétude mais toutefois inférieur à des taux enregistrés 20 ans plus tôt. Le degré de contamination pourrait varier selon la région géographique.

2.4.2. Menaces

Enchevêtrement dans des engins de pêche

Après la chasse, désormais interdite en eaux canadiennes, l’empêtrement dans les engins de pêche semble être la menace la plus importante pour la population de rorqual commun. Il est cependant difficile d’en évaluer les répercussions, d’abord, parce que le nombre de prises accidentelles semble être sous évalué parce que non rapportées ou parce que la victime n’a pu être identifiée ou qu’elle n’a jamais été retrouvée. Ensuite, il semble que le rorqual commun est moins susceptible de s’emmêler dans des engins que ses congénères (rorqual bleu, petit rorqual) à cause de ces plus courts appendices et de sa grande force. En dernier lieu, comme le rorqual commun expose moins son corps lors de ses plongées, les marques de filets ou de câbles restent souvent cachées à l’observateur. Des cas d’empêtrement de rorqual commun qui ont été signalés, certains ont été fatals. Plus que sur la côte du Pacifique, la population de l’est canadien voit son aire de distribution chevaucher des zones de pêche ce qui accroît les risques.

Collision avec les navires

Ce sont les rorquals communs qui sont le plus souvent victimes de collisions avec des navires commerciaux longs et rapides. De nombreux navires ont été aperçus poussant de leur étrave une carcasse. Les collisions ne sont pas toutes mortelles bien que le nombre de ces dernières soit sous-estimé puisque le corps du rorqual a tendance à couler après la mort. On estime à 4% le nombre d’individus vivants photo identifiés qui portent les marques d’accidents navals. L’accoutumance des rorquals au bruit des navires dans les zones de fort achalandage pourrait réduire leur vigilance face à ces embarcations et causer des accidents. Toute augmentation de la taille des navires ou de leur nombre constituerait une menace supplémentaire pour le rorqual commun. Ce serait le cas dans la voie maritime du Saint-Laurent qui est la principale voie d’entrée de la flotte commerciale sur la côte est de l’Amérique et dans les parages du port d’Halifax.

Pollution sonore

Le niveau de bruit ambiant dans l’océan a beaucoup augmenté à l’échelle du globe au cours du siècle dernier. Les bruits émis par les navires commerciaux, les détonations associées à l’exploration sismique et tout autres sons de basse fréquence pourraient vraisemblablement entraîner des modifications comportementales et physiques chez le rorqual commun. La distance entre la source du bruit et l’animal, la fréquence d’émission, l’intensité et la durée du bruit, la répétition des phénomènes bruyants, la capacité auditive et le degré d’accoutumance de l’animal sont tous des facteurs interdépendants qui déterminent l’ampleur de l’impact.

En réaction à certains bruits, les rorquals peuvent suspendre leurs activités d’alimentation ou de reproduction, dévier de leur route, ou encore, abandonner un habitat important. Des sons récurrents, même de faible intensité, pourraient entraîner un stress chronique et affecter la santé des individus à long terme. Dans le cas de bruits très puissants ou encore lorsque la source est très proche, il peut résulter une perte de sensibilité auditive ou la perte de l’ouïe. Les bruits d’origine humaine risquent aussi de masquer des sons qui pourraient avoir une grande importance pour la reproduction, l’alimentation et la navigation du rorqual commun.

Exploration sismique et exploitation pétrolière et gazière

Les sons émis par les activités d’exploration sismique et d’exploitation pétrolière et gazière, en plus d’être soupçonnés d’engendrer des dommages physiques, pousseraient les rorquals communs à éviter ces zones et à interrompre leurs plongées (le niveau sonore étant moins intense près de la surface). Les impacts de ce type d’exploitation soulèvent de nombreuses interrogations surtout en ce qui a trait à la capacité du son à voyager dans l’environnement aquatique. Le problème concerne particulièrement les populations de rorqual commun parce que les secteurs à forts potentiels d’hydrocarbures chevauchent les zones abritant des concentrations relativement denses de l’espèce.

La chasse

Bien qu’interrompue au Canada, la chasse persiste en Atlantique nord notamment au Groënland (récolte de subsistance) et éventuellement en Islande (qui est intéressée à reprendre cette activité).