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Menaces et Facteurs Limitatifs

Menaces pesant sur l’escargot-forestier de Townsend

On s’est servi du calculateur des menaces de l’UICN et du Partenariat pour les mesures de conservation (Conservation Measures Partnership, ou CMP) (2006) afin de classer et d’énumérer les menaces qui pèsent sur l’escargot-forestier de Townsend (Salafskyet al., 2008; Master et al., 2009). L’exercice a été réalisé par l’équipe de rétablissement de l’escargot-forestier de Townsend (Oregon Forestsnail Recovery Team), laquelle est présidée par la rédactrice du présent rapport de situation; les coprésidents du Sous-comité de spécialistes des mollusques et un spécialiste de l’utilisation du calculateur des menaces ont par la suite pris part à une téléconférence (le 6 juin 2012) durant laquelle les résultats préliminaires ont été réexaminés. L’impact global des menaces pour l’escargot-forestier de Townsend est considéré comme très élevé (tableau 3). Les principales menaces de niveau 1 (classées par ordre d’impact, du plus élevé au plus faible) comprennent : menace no 1, Développement résidentiel et commercial; menace no 4, Transport et corridors de service; menace no 8, Espèces et gènes envahissants ou problématiques; menace no 6, Intrusions et perturbations humaines. Les menaces qui s’appliquent à l’escargot-forestier de Townsend sont décrites plus en détail plus bas, sous les rubriques des menaces de niveau 1 de l’UICN-CMP, et sont présentées en fonction de leur impact (du plus élevé au plus faible).

Tableau 3. Classification des menaces pesant sur l’escargot-forestier de Townsend. La classification est fondée sur le système commun de classification des menaces de l’UICN-CMP et concorde avec les méthodes employées par le COSEPAC, le Conservation Data Centre de la Colombie-Britannique et le cadre de conservation de la Colombie-Britannique (Ministry of Environment de la Colombie-Britannique, 2011a). Pour une description détaillée du système de classification, veuillez consulter le site Web du Partenariat pour les mesures de conservation (CMP, 2010). Pour connaître la façon dont les valeurs sont attribuées, référez-vous à Master et al. (2009) et aux notes au bas du tableau. Les menaces qui pèsent sur l’escargot-forestier de Townsend ont été évaluées dans l’ensemble de l’aire de répartition canadienne de l’espèce (tableau 1).
No de la menaceDescription de la menaceImpactaPortéebGravitécActualitéd
1Développement résidentiel et commercialÉlevéGrande (31-70 %)Extrême (71-100 %)Élevée
1.1Habitations et zones urbainesÉlevéGrande (31-70 %)Extrême (71-100 %)Élevée
1.2Zones commerciales et industriellesÉlevéGrande (31-70 %)Extrême (71-100 %)Élevée
1.3Tourisme et espaces récréatifsFaiblePetite (1-10 %)Faible (1-10 %)Élevée
2Agriculture et aquacultureFaibleRestreinte (11-30 %)Modérée (11-30 %)Élevée
2.1Cultures annuelles et pluriannuelles de produits autres que le boisFaibleRestreinte (11-30 %)Modérée (11-30 %)Élevée
2.2Plantations pour la production de bois et de pâteNégligeableNégligeable (< 1 %)Faible (1-10 %)Moyenne
2.3Élevage et élevage à grande échelleFaiblePetite (1-10 %)Faible (1-10 %)Élevée
3Production d’énergie et exploitation minièreFaiblePetite (1-10 %)Extrême (71-100 %)Moyenne
3.2Exploitation de mines et
carrières
FaiblePetite (1-10 %)Extrême (71-100 %)Moyenne
3.3Énergie renouvelableNégligeableNégligeable (< 1 %)Modérée (11-30 %)Élevée
4Transport et corridors de serviceÉlevéGénéralisée (31-70 %)Élevée (31-70 %)Élevée
4.1Routes et voies ferréesMoyenRestreinte (11-30 %)Élevée (31-70 %)Élevée
4.2Lignes de services publicsFaibleRestreinte (11-30 %)Modérée (11-30 %)Moyenne
5Utilisation des ressources biologiquesFaiblePetite (1-10 %)Élevée-modérée (11-70 %)Élevée
5.1Chasse et prélèvement d'animaux terrestresNégligeableNégligeable (< 1 %)Élevée (31-70 %)Élevée
5.2Cueillette de plantes terrestresNégligeableNégligeable (< 1 %)InconnueÉlevée
5.3Exploitation forestière et récolte du boisFaiblePetite (1-10 %)Élevée (31-70 %)Élevée
6Intrusions et perturbations humainesFaibleGénéralisée (31-70 %)Faible (1-10 %)Élevée
6.1Activités récréativesFaibleGénéralisée (31-70 %)Faible (1-10 %)Élevée
6.2Guerre, troubles civils et exercices militairesNégligeableNégligeable (< 1 %)Négligeable (< 1 %)Élevée
7Modifications du système naturelFaiblePetite (1-10 %)Élevée (31-70 %)Élevée
7.1Incendies et suppression des incendiesInconnuGénéralisée (31-70 %)InconnueÉlevée
7.3Autres modifications de l'écosystèmeFaiblePetite (1-10 %)Élevée (31-70 %)Élevée
8Espèces et gènes envahissants ou problématiquesMoyen-faibleGénéralisée (71-100 %)Modérée-faible (1-30 %)Élevée
8.1Espèces exotiques ou non indigènes envahissantesMoyen-faibleGénéralisée (71-100 %)Modérée-faible (1-30 %)Élevée
9PollutionInconnuPetite (1-10 %)InconnueÉlevée
9.3Effluents agricoles et forestiersInconnuPetite (1-10 %)InconnueÉlevée
10Phénomènes géologiquesNon calculéPetite (1-10 %)Élevée (31-70 %)Inconnue
10.1VolcansNon calculéInconnueInconnueFaible
10.2Tremblements de terre et tsunamisNon calculéPetite (1-10 %)Élevée (31-70 %)Inconnue
10.3Avalanches et glissements de terrainNégligeableNégligeable (< 1 %)Modérée (11-30 %)Inconnue
11Changement climatique et phénomènes météorologiques violentsNon calculéRestreinte-petite (1-30 %)Faible (1-10 %)Faible
11.2SécheressesInconnuGénéralisée (71-100 %)InconnueFaible
11.4Tempêtes et inondationsNon calculéRestreinte-petite (1-30 %)Faible (1-10 %)Faible

a Impact – Mesure dans laquelle on observe, infère ou soupçonne que l’espèce est directement ou indirectement menacée dans la zone d’étude. L’impact de chaque stress est déterminé selon les cotes de portée et de gravité en ne tenant compte que des menaces actuelles et futures. L’impact d’une menace correspond à la réduction de la population d’une espèce ou à la réduction de la superficie ou dégradation d’un écosystème. Le taux médian de déclin de la population ou de la superficie de l’habitat pour chaque combinaison de portée et de gravité se range dans les classes d’impact suivantes : très élevé (déclin de 75 %), élevé (40 %), moyen (15 %) et faible (3 %). La mention « inconnu » est employée lorsqu’on ne peut déterminer l’impact (p. ex., si la portée ou la gravité est inconnue).

b Portée – Proportion de l’effectif de l’espèce au Canada qui sera vraisemblablement touchée par la menace d’ici dix ans. Habituellement mesurée en tant que proportion de la population de l’espèce dans la zone d’étude (généralisée = 71-100 %; grande = 31-70 %; restreinte = 11-30 %; petite = 1-10 %).

c Gravité – Au sein de la portée, niveau de dommage (habituellement mesuré comme l’ampleur de la réduction de la population) que causera vraisemblablement la menace d’ici une période de dix ans ou de trois générations (extrême = 71-100 %; élevée = 31-70 %; modérée = 11-30 %; faible = 1-10%).

d Actualité – élevée = Menace toujours présente; moyenne = menace pouvant se réaliser à court terme (dans moins de dix ans ou de trois générations) ou qui n’est plus présente, mais qui pourrait revenir à court terme; faible = menace pouvant se réaliser à long terme ou qui n’est plus présente, mais qui pourrait revenir à long terme; négligeable = menace qui s’est réalisée dans le passé, mais qui est peu susceptible de revenir, ou menace qui n’aurait aucun effet direct, mais qui peut être limitative.

Menace no 1 de l’UICN-CMP. Développement résidentiel et commercial – impact : élevé; portée : grande; gravité : extrême

1.1 Habitations et zones urbaines et 1.2 Zones commerciales et industrielles

Le territoire des administrations locales d’Abbotsford, de Mission, de Chilliwack, de Langley et de Hope comprend des milieux naturels, de gros ravins et des zones riveraines qui représentent un habitat central pour l’escargot-forestier de Townsend. L’accroissement de la population humaine dans ces zones urbaines de faible altitude constitue une menace pour l’habitat. En effet, les activités humaines associées à l’urbanisation, notamment celles qui requièrent un déboisement ou la destruction de l’habitat de l’espèce ou qui viennent modifier les régimes hydrologiques naturels de sorte que les conditions dans l’habitat restent trop sèches ou trop humides durant de longues périodes, peuvent avoir un impact sur le microhabitat et la structure globale du peuplement forestier nécessaires au maintien des populations de l’espèce.

On compte au moins 73 ensembles résidentiels urbains distincts dans l’aire de répartition principale de l’escargot-forestier de Townsend (Abbotsford, Chilliwack, Agassiz, Maple Ridge, Mission et Langley). Dix-sept d’entre eux (Greater Vancouver Real Estate, 2011) se trouvant dans les municipalités de Mission, d’Abbotsford (figure 12) et de Chilliwack semblent avoir entraîné une conversion directe des forêts décidues servant d’habitat naturel et peuvent avoir nui à l’habitat de l’escargot-forestier de Townsend ou à des populations de l’espèce (d’après les estimations effectuées à l’aide de l’imagerie satellitaire Google Earth par l’organisation Greater Vancouver Real Estate [2011]). L’urbanisation a mené à l’établissement de nouvelles grandes collectivités et de nouvelles infrastructures, comme des écoles, des routes, des installations commerciales centrales et, dans certains cas, des terrains de golf et autres infrastructures récréatives. La majorité des travaux ont été réalisés sur des terres naturelles de propriété privée, dans la région du mont Sumas et d’autres zones rurales d’Abbotsford, sur le mont Vedder, à Whatcom et dans d’autres zones naturelles de Chilliwack, dans la vallée du bas Fraser (Greater Vancouver Real Estate, 2011).


Figure 12. Ensembles résidentiels urbains (points rouges sur la carte), dans la Ville d’Abbotsford (Greater Vancouver Real Estate, 2011).

Image aérienne annotée des ensembles résidentiels urbains (voir description longue ci-dessous).

La grande zone naturelle en vert, à l’est, représente le mont Sumas.

Description pour la figure 12

Image aérienne annotée des ensembles résidentiels urbains, dans la Ville d’Abbotsford. La grande zone à droite de l’image, représente le mont Sumas.


Aujourd’hui, la majorité des milieux naturels de grande étendue qui subsistent à l’intérieur de l’aire de répartition principale de l’escargot-forestier de Townsend sont de propriété privée (ils appartiennent soit à l’administration locale, soit à une société de développement privée [promoteur]) (tableau 1). Chaque administration municipale a un plan communautaire officiel dans lequel des zones précises sont réservées pour les travaux d’aménagement résidentiel et commercial qui seront nécessaires pour répondre à la croissance démographique. En vertu de la Local Government Act de la Colombie-Britannique, tout propriétaire foncier qui divise sa propriété doit mettre en réserve 5 % des terres qui seront divisées pour en faire un parc, ou bien qu’il verse un montant en contrepartie. Cependant, cette mesure ne fournit pas forcément un habitat aux espèces en péril, parce que si le plan communautaire officiel ne précise pas le type et le site des parcs à aménager, l’administration locale peut préférer recueillir l’argent et l’affecter à des projets communautaires ailleurs dans la municipalité. Sans mentionner que si l’on construit une propriété sans faire de sous-division (p. ex. construction d’une maison, d’une grange), la mise en réserve des terres n’est pas requise (Wetland Stewardship Partnership, 2007). Certaines municipalités comportent des zones de permis d’aménagement fragiles sur le plan écologique et peuvent exiger que les activités d’aménagement soient menées en dehors de ces zones qui renferment des composantes valorisées de l’écosystème (p. ex. espèces en péril). Par contre, si rien n’est prévu à cet égard dans le plan communautaire officiel, les composantes valorisées de l’écosystème telles que l’escargot-forestier de Townsend sont laissées sans protection.

Des plans d’agrandissement de parcs industriels et commerciaux ont été publiés pour certaines municipalités dans la vallée du bas Fraser. À titre d’exemple, d’après le « City in the Country Plan » de la Ville d’Abbotsford, il faudra agrandir les parcs industriels et commerciaux générateurs d’emplois de 1 300 acres au cours des 20 prochaines années, en construisant les ensembles résidentiels sur les versants, et non en empiétant sur la réserve de terres agricoles (City of Abbotsford, 2004).

1.3 Tourisme et espaces récréatifs

Dans la vallée du bas Fraser et le sud-est de Vancouver, la demande en matière de tourisme et d’espaces récréatifs a augmenté considérablement au cours de la dernière décennie. On continue de transformer les aires naturelles en terrains de golf, en terrains de camping, en parcs et en installations récréatives.

Cette menace s’applique à deux sites où vit l’escargot-forestier de Townsend, mais d’autres sites sont sans doute touchés, puisqu’on a tendance à moins tenir compte des terrains de golf et des installations récréatives dans les aires protégées existantes lorsque vient le temps d’évaluer les menaces. Au cours des 10 dernières années, on a aménagé de nombreux terrains de golf dans la vallée du bas Fraser, dans des milieux naturels où l’espèce peut s’être trouvée : Abbotsford (deux terrains), Chilliwack (cinq terrains), Langley (deux terrains), Aldergrove (secteur faisant partie d’Abbotsford; un terrain) et Hope (un terrain).

Dans les parcs déjà en place, de même que dans les propriétés régionales et municipales, l’aménagement d’espaces récréatifs peut nuire à la conservation de l’escargot-forestier de Townsend. Parmi les menaces éventuelles, mentionnons la construction de sentiers et l’aménagement d’emprises dans les parcs régionaux très fréquentés du Metro Vancouver, comme ceux de Colony Farm (figure 10), Brae Island et Cheam Lake Wetlands, ainsi que le couloir de verdure Brunette-Fraser; la création de nouveaux emplacements de camping (p. ex. dans les secteurs de Hope et de Chilliwack – au moins deux sites); et l’aménagement de terrains de golf dans les secteurs d’Abbotsford, de Chilliwack et de Hope. À titre d’exemple, dans le parc régional Neilson (district régional de la vallée du Fraser), on prévoit agrandir un terrain de jeux pour enfants dans une vaste étendue d’ortie dioïque où la présence de l’escargot-forestier de Townsend a été confirmée (Heron, obs. pers., 2011). Dans un autre site du parc régional Neilson, l’espèce occupe des étendues d’ortie dioïque qui longent l’avant-champ d’un terrain de baseball.

Le fait d’agrandir les espaces récréatifs vient intensifier la construction de routes et de sentiers, lesquels peuvent servir de corridors (vers des milieux naturels) qui facilitent et accélèrent la propagation d’espèces envahissantes (p. ex. les graines de plantes peuvent coller aux pneus de voiture et s’en décoller à un autre endroit) (Trombulak et Frissell, 2000) ainsi que le déplacement des mollusques non indigènes, notamment les limaces du genre Arion (voir la menace 8.1 de l’UICN-CMP).

Menace no 4 de l’UICN-CMP. Transport et corridors de service – impact : élevé; portée : grande; gravité : élevée

4.1 Routes et voies ferrées

La croissance démographique exige la construction de nouvelles infrastructures de transport et l’accès aux zones urbaines nouvelles et existantes. Des routes de transport sont souvent proposées dans les zones où l’impact sur les propriétaires fonciers privés sera le moindre, par exemple, sur des terres (et souvent des zones naturelles) qui appartiennent à l’administration locale ou au gouvernement provincial, sur des terres comprises dans la réserve de terres agricoles (dans ce cas, elles peuvent être de propriété privée) ou sur des terres situées dans des aires naturelles appartenant à un propriétaire foncier privé ou à une compagnie.

L’habitat de l’escargot-forestier de Townsend comprend des ravins et des criques où s’écoulent des cours d’eau naturels tant permanents que saisonniers. La construction de routes de transport dans les zones naturelles entraîne souvent des changements dans les cours d’eau existants (p. ex. si une route traverse un ruisseau; projets de prolongement de routes et d’autoroutes pour lesquels on prévoit le détournement, le remblayage et la modification de certains cours d’eau). Dans au moins 10 sites où l’escargot-forestier de Townsend a été observé, des travaux majeurs ont été réalisés au cours des 10 dernières années ou sont toujours en cours (p. ex. route Marshall, ruisseau Wren, route South Perimeter [tableau 1]). D’autres sites s’ajoutent à cette liste, dont certaines zones près de Westholme (île de Vancouver) qui longent une emprise de chemin de fer.

Dans l’aire de répartition de l’escargot-forestier de Townsend, les longues routes et les autres corridors de transport similaires ont déjà entraîné la fragmentation d’une grande partie de l’habitat naturel qui subsiste et représentent une menace à d’autres égards, notamment en raison de la fréquence d’utilisation par l’humain (menace 6.1 de l’UICN-CMP). La bordure des routes agit comme un corridor vers les milieux naturels; elle facilite et accélère la propagation des espèces introduites, comme lorsque les graines de certaines plantes viennent se coller aux pneus de voiture (Trombulak et Frissell, 2000) (menace 8.1 de l’UICN-CMP). Les routes constituent également des obstacles efficaces au déplacement des escargots. Elles viennent fragmenter l’habitat, en plus de fragmenter et d’isoler les populations qui, autrefois, étaient peut-être connectées (Baur et Baur, 1990).

4.2 Lignes de services publics

Les lignes de service mènent à l’isolement des populations et à l’augmentation des sécheresses en raison de l’effet de bordure et de la pénétration des peuplements et du vent, ce qui fait augmenter le taux de mortalité ainsi que les changements écosystémiques provoqués par les espèces introduites. Les travaux d’agrandissement des emprises et des installations hydroélectriques sont prévus dans l’ensemble de la vallée du bas Fraser, notamment dans les vastes zones d’urbanisation qui requièrent des infrastructures de services publics nouvelles ou améliorées. La menace s’applique à au moins cinq sites connus.

On construit actuellement une ligne de transport d’énergie entre Coquitlam et Hope qui passe par des milieux pouvant servir d’habitat à l’escargot-forestier de Townsend et qui n’ont fait l’objet d’aucune vérification. La perte d’habitat qui en résulte ne survient pas aux mêmes endroits que là où les routes sont construites, et l’impact global est cumulatif.

Menace no 8 de l’UICN-CMP. Espèces et gènes envahissants ou problématiques – impact : moyen-faible; portée : généralisée; gravité : modérée-faible

8.1 Espèces exotiques ou non indigènes envahissantes

On a relevé la présence d’espèces introduites de gastéropodes, d’invertébrés et de végétaux dans la majorité des milieux servant d’habitat à l’escargot-forestier de Townsend, quoiqu’on ne connaisse pas parfaitement la portée de ces introductions, ni la nature des espèces présentes. Plus de 90 % des sites abritent des espèces introduites, comme la ronce discolore (Rubus armeniacus)et d’autres végétaux non indigènes, des gastéropodes, des lombrics et divers coléoptères carabidés. Soulignons que les gastéropodes terrestres envahissants peuvent faire compétition à l’escargot-forestier de Townsend et avoir le dessus sur lui, et qu’ils peuvent même en faire leur proie.

Les espèces introduites d’invertébrés, en particulier les gastéropodes, peuvent constituer une menace pour l’escargot-forestier de Townsend si elles lui font compétition pour la nourriture ou les abris ou s’ils en font leur proie. Rollo et Wellington (1979) ont observé des agressions intra spécifiques et interspécifiques chez les limaces et une compétition pour les refuges. Les espèces introduites de gastéropodes d’origine européenne sont répandues dans les zones urbaines et agricoles de la vallée du bas Fraser et le sud de l’île de Vancouver, et plusieurs espèces ont gagné les milieux forestiers (Forsyth, 1999b, 2001). Ces espèces continuent de se répandre avec l’aide involontaire de l’humain lorsque des végétaux de pépinière, des plantes ornementales ou d’autres matières sont transportés avec de la terre, ou encore, lorsque des résidus de jardin sont éliminés (Forsyth, 1999b). On sait également que les routes favorisent la propagation des espèces introduites et accroissent la prédation exercée sur les gastéropodes (Trombulak et Frissell, 2000).

Quatre espèces introduites que l’on trouve souvent à l’échelle locale dans la vallée du bas Fraser, soit la grande limace cendrée (Limax maximus), la limace Arion subfuscus (Dusky Arion), la limace rouge (Arion rufus) et la limace Deroceras invadens (Longneck Fieldslug) sont particulièrement agressives. L’escargot Oxychilus draparnaudi (Dark-bodied Glass-snail), espèce carnivore introduite, est commun à l’échelle locale dans le sud de l’île de Vancouver (région de Victoria) et dans des secteurs du Metro Vancouver (Forsyth, 1999b). Il est sans doute présent aussi dans l’aire de répartition de l’escargot-forestier de Townsend dans la vallée du bas Fraser. L’escargot Oxychilus draparnaudi peut être un prédateur important des jeunes escargots-forestiers de Townsend et des œufs de l’espèce (Ovaska, comm. pers., 2012) et est désigné comme une menace éventuelle pour les gastéropodes indigènes dans d’autres endroits où il a été introduit (Frest et Rhodes, 1982). D’autres gastéropodes introduits, dont l’escargot Cepea nemoralis, la limace rouge et la petite limace grise (Deroceras reticulatum), peuvent également faire concurrence à l’escargot-forestier de Townsend.

Bien que la majorité des espèces envahissantes de gastéropodes se trouvent principalement dans les zones fortement utilisées et modifiées par l’humain, certaines d’entre elles ont atteint des milieux intacts de forêts conifériennes et ont ainsi élargi leur aire de répartition (Ovaska, comm. pers., 2012). Dans l’État de Washington, la limace rouge est présente dans les forêts anciennes, et on croit qu’elle peut être en train de déloger la limace-banane Ariolimax columbianus (Banana Slug), espèce indigène (Burke et al., 1999). En se concentrant dans les petites parcelles d’habitat où les abris possibles et le couvert de fuite sont moins importants, les escargots risquent d’être plus vulnérables aux prédateurs.

Certaines espèces végétales envahissantes viennent modifier la végétation du tapis forestier et la structure des sols et favorisent la pénétration de la lumière dans le tapis forestier. Ainsi, la plus grande quantité de lumière rend le microclimat et le sous-étage plus secs, entraîne la dessiccation du tapis forestier et augmente le stress de la  déshydratation que subissent les gastéropodes qui ont besoin de beaucoup d’eau et d’humidité. Les végétaux envahissants tels que le houx commun (Ilex aquifolium) et le daphné lauréole (Daphne laureola) sont susceptibles de gagner les zones perturbées. On sait que le lierre commun (Hedera helix) se répand et qu’il a tendance à déloger les végétaux indigènes du tapis forestier. Le houx commun et la ronce discolore sont aussi des végétaux envahissants très répandus dans les écosystèmes indigènes du sud de l’île de Vancouver; on sait qu’ils délogent les espèces végétales indigènes, et il se peut qu’ils aient un impact sur l’ortie dioïque. L’escargot-forestier de Townsend semble en mesure de survivre dans un habitat où la ronce discolore est présente (p. ex. parc régional Colony Farm [figure 10]).

Les espèces envahissantes représentent sans doute une menace à tous les sites où vit l’escargot-forestier de Townsend, mais il subsiste une incertitude quant à l’impact de la menace.

Menace no 6 de l’UICN-CMP. Intrusions et perturbations humaines – impact : faible; portée : grande; gravité : faible

6.1 Activités récréatives

Parmi les activités récréatives pratiquées dans l’habitat de l’escargot-forestier de Townsend, mentionnons le camping, la randonnée (p. ex. dans le parc régional Sumas Mountain), la marche et le vélo (p. ex. dans le couloir de verdure Brunette-Fraser), l’équitation (parc régional Campbell Valley [figure 7]) et la conduite de véhicules tout-terrain (VTT) et de motos tout-terrain (p. ex. sur des terres privées). Il ne faut pas oublier non plus la conduite de motos hors route, notamment sur le mont Sumas. De telles activités peuvent mener à la dégradation de l’habitat sous l’effet de la compaction des sols et peuvent être une cause de mortalité accidentelle pour l’espèce, surtout en bordure des sentiers.

Les activités récréatives peuvent avoir une incidence considérable là où l’espèce se limite à de petites parcelles d’habitat (p. ex. couloir de verdure Brunette-Fraser – district régional du Metro Vancouver; parc régional Neilson – district régional de la vallée du Fraser). Le piétinement accidentel, par exemple, peut mener à une mortalité importante, surtout durant la saison de reproduction printanière, lorsque les escargots sont actifs.

Les zones très fréquentées à des fins récréatives comprennent des milieux dans les parcs des districts régionaux du Metro Vancouver et de la vallée du Fraser; des milieux sur le mont Sumas, sur des terres du gouvernement de la Colombie-Britannique ou des terres privées (y compris les terres appartenant aux administrations locales); certaines parties de la TWU-ESA; et certains parcs provinciaux, dont ceux de Cultus Lake (Chilliwack) et de Bridal Veil Falls (près de Hope) (figure 9).

La randonnée, la conduite de VTT et les activités connexes peuvent également favoriser la propagation d’espèces introduites (voir la menace 8.1 de l’UICN-CMP). L’utilisation des sentiers pour l’équitation a sans doute aussi un impact sur l’habitat (notamment en raison du piétinement des sentiers ou des bordures et de la défécation des chevaux qui favorise la propagation de champignons, de graines, etc.).

Les activités récréatives constituent une menace dans au moins 58 sites, quoique, dans bien des cas, il soit probable que les dommages causés à l’espèce et à l’habitat se limitent à la bordure des sentiers.

6.2 Guerre, troubles civils et exercices militaires

Les activités menées sur les terres gérées par le ministère de la Défense nationale (MDN) et qui sont considérées comme nécessaires à la sécurité nationale englobent non seulement l’entraînement militaire, mais aussi des exercices menés par d’autres organisations, comme la police. Les Forces canadiennes et la Gendarmerie royale du Canada effectuent des entraînements à pied dans des zones boisées appartenant au MDN. Outre l’entraînement, il faut réaliser des travaux d’aménagement pour répondre aux exigences opérationnelles et assurer l’entretien nécessaire (p. ex. entretien des routes) dans les secteurs d’entraînement afin d’en conserver l’utilité.

On a relevé des populations d’escargots-forestiers de Townsend sur des terres du MDN éloignées des routes, dans des zones boisées qui seront conservées comme telles et qui ne sont utilisées qu’à l’occasion pour les entraînements à pied. Dans un site en particulier où des entraînements ont lieu depuis plus de 25 ans, les sols ne semblent pas compactés. Le fait que certaines populations sont toujours présentes et que l’on trouve de jeunes individus indique qu’il s’agit d’une menace négligeable.

Menace no 2 de l’UICN-CMP. Agriculture et aquaculture – impact : faible; portée : restreinte; gravité : modérée

2.1 Cultures annuelles et pluriannuelles de produits autres que le bois

L’habitat de forêts conifériennes compris dans la réserve de terres agricoles est sujet au déboisement et à la conversion. Dans certains cas, les propriétaires fonciers et gestionnaires peuvent déboiser les terres en prévision d’un aménagement agricole, malgré le fait qu’il n’y aura aucune culture, aucun pâturage et aucune autre activité agricole sur ces terres avant plusieurs années. À l’heure actuelle, on n’exige aucune évaluation environnementale visant les espèces en péril, ni aucun relevé avant le déboisement des terres à des fins agricoles. Il s’agit d’une menace éventuelle dans bon nombre de sites agricoles de la vallée du bas Fraser où les champs agricoles sont entourés d’un habitat naturel (l’escargot-forestier de Townsend a été observé en bordure de ces champs) (Bianchini, comm. pers., 2012). La menace s’applique aux zones restantes de l’habitat (p. ex. bordures des fossés, bordures des cultures, pourtour des champs agricoles) où l’espèce peut demeurer à l’intérieur de petites parcelles d’habitat.

2.2 Plantations pour la production de bois et de pâte

Les plantations pour la production de bois et de pâte sont présentes dans l’ensemble des régions de Chilliwack et de Hope. La première licence de propriété forestière de production de bois feuillu dans la vallée du bas Fraser, accordée en 1985, a mené à la récolte d’une grande partie des peuplements anciens de peupliers (Pollon, 2010). La gestion des plantations de conifères ne favorise pas un sous-étage diversifié et à niveaux multiples. Les petites trouées dans les milieux humides peuvent agir comme des puits de population là où l’escargot-forestier de Townsend peut être encore présent. Soulignons également que l’exploitation forestière se poursuit dans ces peuplements, ce qui détruit petit à petit l’habitat et les parcelles restantes.

2.3 Élevage et élevage à grande échelle

On a observé des effets néfastes sur l’habitat de l’escargot-forestier de Townsend découlant du pâturage dans au moins trois sites (Conservation Data Centre de la Colombie-Britannique, 2013). On ne connaît pas l’impact du pâturage sur les gastéropodes, mais le rassemblement des animaux d’élevage près des cours d’eau, dans les zones riveraines fragiles, entraîne souvent une mortalité directe en raison du piétinement des individus et de l’habitat (p. ex. ortie dioïque et autres plantes herbacées).

Menace no 3 de l’UICN-CMP. Production d’énergie et exploitation minière – impact : faible; portée : petite; gravité : extrême

3.2 Exploitation de mines et carrières

L’extraction de gravier constitue une menace circonscrite dans certains sites de la vallée du bas Fraser, notamment sur le mont Sumas. L’empreinte écologique globale des gravières est assez faible, mais pourrait augmenter au fil du temps, sans compter que l’extraction de gravier est une activité qui entraîne une perte d’habitat complète.

3.3 Énergie renouvelable

Les projets énergétiques indépendants sont nombreux dans la vallée du bas Fraser et ont un impact sur les milieux riverains pouvant servir d’habitat à l’escargot-forestier de Townsend. L’empreinte écologique globale de ces projets énergétiques est limitée, mais la perte d’habitat riverain associée aux postes électriques est susceptible d’avoir un impact global sur l’espèce.

Menace no 5 de l’UICN-CMP. Utilisation des ressources biologiques – impact : faible; portée : petite; gravité : élevée-modérée

5.1 Chasse et prélèvement d’animaux terrestres

On a observé à quelques occasions des personnes qui recueillaient des escargots terrestres pour les consommer (Bianchini, comm. pers., 2012); la portée de cette menace est donc négligeable à l’heure actuelle. Soulignons également qu’une fois que la personne a recueilli les escargots faciles à prélever (p. ex. lorsque 70 % des escargots ont été prélevés dans un lieu donné), il est peu probable que la même zone soit visitée une seconde fois ultérieurement.

5.2 Cueillette de plantes terrestres

L’ortie dioïque a une importance culturelle pour les Premières nations de la région, sans compter que bien des gens en consomment. Étant donné la sensibilisation de plus en plus grande en ce qui concerne les plantes indigènes locales, la consommation d’espèces indigènes et la tendance générale à la consommation de produits locaux, certaines exploitations agricoles de la région offrent maintenant l’ortie dioïque. Toutefois, il est probable qu’elles ne fassent que cueillir la plante sans la cultiver. Pour l’instant, il s’agit d’une menace négligeable pour l’escargot-forestier de Townsend.

5.3 Exploitation forestière et récolte du bois

L’exploitation forestière et les activités d’extraction des ressources forestières par le passé ont eu un impact sur l’aire de répartition de l’escargot-forestier de Townsend en Colombie-Britannique. Les terres forestières, notamment dans les zones rurales de Mission, Chilliwack et Hope, font toujours l’objet d’une exploitation marquée en raison de la demande élevée de produits forestiers. Les pratiques d’aménagement forestier, y compris l’éclaircie précommerciale, l’élagage, l’élimination de certaines essences, la fertilisation, l’exploitation de parcelles et la coupe à blanc ont, selon toute vraisemblance, une incidence négative sur les populations d’escargots-forestiers de Townsend.

L’éclaircie précommerciale et l’élagage réduisent la quantité de feuilles ou de branches mortes sur le tapis forestier qui servent d’abri à l’escargot-forestier de Townsend, ou modifient le moment où elles tombent au sol. L’élagage qui vient éliminer les branches latérales réduit le couvert forestier global, ce qui réduit l’humidité relative et entraîne la dessiccation du tapis forestier. De plus, l’élimination des arbres et l’utilisation de la machinerie peuvent mener à la compaction du couvert végétal, écraser des individus de l’espèce, perturber les débris ligneux de grande dimension et les abris et entraîner des effets localisés. Aujourd’hui, les pratiques d’aménagement forestier intensif visent à enlever les débris ligneux de grande dimension à la récolte de deuxième rotation. Les débris de ce type peuvent donc se faire rares dans les forêts qui font l’objet d’un aménagement intensif. On croit que les grumes sont importantes pour assurer le maintien de microclimats stables pour le développement des œufs et qu’ils constituent un microhabitat propice pour l’escargot-forestier de Townsend.

La récolte de peuplements forestiers accentue l’isolement des sous-populations, réduit l’habitat disponible et favorise la sécheresse associée aux effets de bordure et la pénétration des peuplements et du vent, ce qui conduit à une augmentation du taux de mortalité et à des changements écosystémiques liés aux espèces introduites. Bon nombre de mentions de l’escargot-forestier de Townsend proviennent de terres publiques provinciales du district de la forêt de Chilliwack (Ministry of Forests, Lands and Natural Resource Operations de la Colombie-Britannique, 2012). Le district de la forêt de Chilliwack s’étend sur 1,4 million d’hectares environ (Ministry of Forests, Lands and Natural Resource Operations de la Colombie-Britannique, 2012). Les peuplements dont l’altitude est inférieure à 350 m représentent un habitat potentiel pour l’escargot-forestier de Townsend.

Certaines zones des monts Sumas et Vedder présentent de petites parcelles d’habitat qui sont toujours exploitées, mais l’affectation des terres changera sans doute une fois les activités d’exploitation terminées. Des activités d’exploitation forestière sont toujours en cours à Hope et à Chilliwack (point le plus à l’est de l’aire de répartition de l’espèce). Mentionnons que la menace s’applique à 11 sites.

Des activités de récolte illégale de thuyas et de feuillus sont menées aussi dans l’ensemble de l’aire de répartition de l’escargot-forestier de Townsend. Toutefois, on ne connaît pas l’incidence de la récolte illégale.

Menace no 7 de l’UICN-CMP. Modifications du système naturel – impact : faible; portée : petite; gravité : élevée

7.1 Incendies et suppression des incendies

Burke et al. (1999) soutiennent que les incendies représentent une menace pour les populations de gastéropodes dans l’État de Washington. La menace est présente partout dans l’aire de répartition de l’escargot-forestier de Townsend, surtout dans les grandes étendues naturelles, dans les zones adjacentes à des routes et à des emprises et dans les aires récréatives où l’on fait des feux de camp.

Les forêts décidues comprises dans l’aire de répartition de l’espèce demeurent humides tout au long de l’année, mais les incendies sont toujours possibles, surtout de juillet à septembre.

L’activité humaine peut accroître les risques d’incendie. C’est le cas notamment lorsque l’on ne porte pas attention aux feux de camp, que l’on jette des cigarettes au sol ou que l’on utilise de l’équipement de camping ou de la machinerie mal câblés. Des incendies de forêt surviennent chaque année, malgré tous les efforts déployés pour en réduire la fréquence, l’ampleur et la propagation dans le cadre des programmes de suppression des incendies (p. ex. brûlage de broussailles).

On procède au débroussaillage, à la mise en andains et au brûlage périodique des végétaux et des débris ligneux sur les terres privées et publiques dans l’ensemble de l’aire de répartition de l’escargot-forestier de Townsend. Même si le brûlage ne touche que de petites étendues, il est possible que l’activité nuise à des populations non connues de l’espèce. La fumée, le charbon et les débris que produit le brûlage périodique des broussailles ont également une incidence négative sur la qualité de l’habitat.

Tous les sites où l’escargot-forestier de Townsend est présent sont menacés par les incendies; toutefois, ils ne peuvent être touchés tous en même temps. Puisque l’on ignore la probabilité qu’un incendie se déclare dans un site donné ainsi que le moment où un tel événement peut se produire, on ne peut se prononcer sur l’impact global des incendies.

7.3 Autres modifications de l’écosystème

La fauche et la coupe de végétaux (mesures servant souvent à la suppression des incendies) ont un effet négatif sur l’escargot-forestier de Townsend. En effet, l’élimination des végétaux peut nuire à l’espèce en réduisant la capacité de rétention de l’eau dans l’habitat et en augmentant le stress de déshydratation, ce qui entraîne une mortalité directe, l’activité principale des gastéropodes consistant principalement à éviter la déshydratation (Prior, 1985). La menace est présente dans une petite partie de l’aire de répartition de l’espèce, notamment à la limite des zones urbaines, le long des routes, des sentiers et d’autres types d’emprises, dans les zones agricoles et dans les aires récréatives où l’on peut être appelé à limiter les risques associés aux feux de camp.

L’étroite relation entre l’escargot-forestier de Townsend et l’ortie dioïque peut nuire de façon indirecte à l’habitat de l’espèce. En effet, on décide parfois d’éliminer la plante dans les aires récréatives très fréquentées par l’humain, puisqu’elle a tendance à irriter la peau.

Menace no 9 de l’UICN-CMP. Pollution – impact : inconnu; portée : petite; gravité : inconnue

9.3 Effluents agricoles et forestiers

Les pesticides, surtout ceux qui visent les gastéropodes, peuvent nuire aux populations d’escargots-forestiers de Townsend en tuant à la fois les individus et les œufs. C’est seulement sur les propriétés privées à proximité des maisons, des granges ou d’autres structures construites par l’humain et lorsque l’on confond l’escargot-forestier de Townsend avec une espèce nuisible que des pesticides visant spécialement les gastéropodes sont susceptibles d’être employés. De façon générale, l’utilisation d’herbicides dans les parcs et les aires protégées est à la baisse en raison des règlements municipaux et régionaux qui en limitent l’application (p. ex. à Richmond). On mène actuellement des initiatives à l’échelle provinciale pour examiner la possibilité d’interdire l’usage de pesticides à des fins esthétiques à la maison (Nagel, 2011). Toutefois, l’interdiction des pesticides demeure controversée dans certaines municipalités (p. ex. Cassidy, 2011).

Les effluents agricoles et forestiers sont susceptibles de nuire à l’habitat et aux individus de l’espèce. À titre d’exemple, l’utilisation d’herbicides visant à limiter la régénération de l’érable à grandes feuilles dans les terres forestières commerciales peut aussi avoir un impact sur les populations d’escargots dans les peuplements matures adjacents sous l’effet du ruissellement. En effet, les jeunes érables à grandes feuilles qui poussent dans les plantations de conifères font compétition aux essences commerciales, et des herbicides sont appliqués sur la souche ou les feuilles pour en limiter la croissance. Ce type de traitement peut causer des dommages à l’habitat des escargots terrestres ou en réduire l’étendue.

On observe fréquemment l’escargot-forestier de Townsend en bordure des forêts et des sentiers, trois des sites connus étant adjacents à des sentiers récréatifs très fréquentés dans des parcs urbains. D’autres escargots terrestres, dont le Arianta arbustorum (Copse Snail), préfèrent se déplacer le long des routes sans toutefois les traverser, ce qui comprend des routes non revêtues d’une largeur de 3 m seulement (Baur et Baur, 1990). L’application d’herbicides (et la. fauche, voir plus haut) visant à limiter les végétaux en bordure des routes et des sentiers nuit sans doute aux gastéropodes à ces endroits, sans compter que les effets cumulatifs et persistants des herbicides dans de tels milieux peuvent conduire à un déclin à long terme des populations de gastéropodes. L’utilisation d’herbicides est moins fréquente de nos jours, et bon nombre de municipalités interdisent certains de ces produits. Toutefois, on ne sait pas exactement dans quelle mesure la pratique était courante ou l’est encore dans l’aire de répartition de l’espèce.

Il est possible que les eaux de ruissellement agricoles aient un impact sur l’espèce. On a constaté la présence de l’escargot-forestier de Townsend à côté de zones de ruissellement d’eaux agricoles et urbaines, mais l’impact global sur l’espèce est inconnu. La superficie des cultures de bleuets continue de s’étendre dans la vallée du bas Fraser, notamment dans de nombreux sites potentiels adjacents à l’habitat de l’escargot-forestier de Townsend. Les préoccupations concernant les ravageurs des fruits, comme la drosophile à ailes tachetées (Drosophila suzukii), ont mené à des applications intensives sur les haies, dans les zones riveraines et sur d’autres végétaux qui produisent des fruits sauvages et qui peuvent servir de refuges pour la drosophile. Ce type d’intervention peut constituer un problème pour les espèces qui vivent dans un habitat de lisière comme l’escargot-forestier de Townsend. Les pesticides et les engrais constituent une menace pour l’espèce dans une grande partie de l’habitat propice, surtout à proximité de la limite entre les zones urbaines et agricoles.

La menace s’applique à 13 sites connus. Toutefois, il existe sans doute d’autres sites adjacents à des zones agricoles où s’écoulent des effluents. L’impact de la menace est inconnu et requiert des études plus poussées.

Menace no 10 de l’UICN-CMP. Phénomènes géologiques – impact : non calculé; portée : petite; gravité : élevée

10.2 Tremblements de terre et tsunamis

Les mentions et l’habitat potentiel de l’espèce sont associés entre autres à des zones de la vallée du bas Fraser qui pourraient être touchées par la hausse des niveaux d’eau causée par des tremblements de terre ou des tsunamis. On ne peut toutefois prédire le moment où de tels phénomènes surviennent.

10.3 Avalanches et glissements de terrain

L’habitat de l’escargot-forestier de Townsend comprend des versants abrupts et des zones riveraines où des glissements de terrain et des affouillements de faible importance peuvent survenir, notamment là où les routes sont réputées comme instables ou dont les ponceaux fournissent un drainage inadéquat. La menace s’applique surtout aux zones boisées autour de Chilliwack et de Hope. De façon générale, on considère qu’il s’agit d’une menace négligeable, puisque la portée l’est également.

Menace no 11 de l’UICN-CMP. Changement climatique et phénomènes météorologiques violents – impact : non calculé; portée : restreinte-petite; gravité : faible

11.2 Sécheresses

Les sécheresses accrues en été pourraient nuire aux milieux occupés par l’escargot-forestier de Townsend et réduiront certainement l’humidité des sites, élément nécessaire à un microhabitat propice. Les sécheresses viennent s’ajouter à d’autres menaces, comme le détournement et le remblayage des cours d’eau, et pourraient augmenter dans les milieux naturels au cours de la prochaine décennie. L’impact de la menace est toutefois inconnu.

11.4 Tempêtes et inondations

Certains secteurs de l’habitat de l’escargot-forestier de Townsend, comme le fond de la vallée du bas Fraser, sont situés dans la zone inondable du fleuve Fraser (Ministry of Environment de la Colombie-Britannique, 2011b). Dans l’aire de répartition de l’espèce, ce sont des secteurs de Langley, de Pitt Meadows, de Chilliwack, de Kent, d’Abbotsford, de Tsawwassen, de Mission, de Hope, de Port Coquitlam et de Surrey qui sont les plus vulnérables aux inondations (Fraser Basin Council, 2011). La vallée du bas Fraser a connu des inondations majeures : la plus importante est survenue en 1894 et la deuxième plus importante, en 1948. Selon les prévisions, il y a une chance sur trois qu’une inondation de pareille ampleur se produise au cours des 50 prochaines années dans la vallée du bas Fraser (Fraser Basin Council, 2011). Dans l’ensemble, on considère que la gravité de la menace est faible.

Nombre de localités

La menace no 1 de l’UICN-CMP, soit le développement résidentiel et commercial, est celle qui pèse le plus sur l’escargot-forestier de Townsend au Canada. Le développement aura vraisemblablement un impact sur la majorité des grandes étendues de terres privées dans les zones riveraines et les zones boisées à faible altitude. On compte actuellement 66 sites occupés par l’espèce, et au moins 95 propriétaires fonciers différents (l’habitat de l’espèce est parfois associé à plusieurs propriétaires sans que l’on sache à qui appartiennent les terres en question). Au moins 56 sites sont de propriété privée. Cela comprend des terres d’administrations locales, qui sont considérées comme des terres privées en Colombie-Britannique. Si chaque parcelle de terrain occupée par l’escargot et appartenant à une personne, une entreprise ou une organisation différente est considérée comme une localité, le nombre total de localités au Canada associées à l’espèce dépasse largement le seuil de 10 localités établi par le COSEPAC, puisque la cadence et la portée du développement varient sans doute d’un propriétaire à l’autre.

Facteurs limitatifs pour l’escargot-forestier de Townsend

Capacité de déplacement

La capacité de déplacement de l’escargot-forestier de Townsend est faible, selon toute vraisemblance. On demeure incertain quant à l’étendue d’habitat nécessaire pour assurer le maintien d’une population dans un site ou une parcelle. Les escargots sont de nature sédentaire et cryptique, et leur capacité naturelle à coloniser est sans doute limitée.

Extrême nord de l’aire de répartition mondiale

Au Canada, l’escargot-forestier de Townsend est au point le plus au nord de son aire de répartition mondiale, ce qui augmente sans doute sa sensibilité au changement climatique et aux fluctuations stochastiques des populations.

Besoins en matière d’humidité

Lorsque le tapis forestier devient fortement exposé aux vents et à la lumière du soleil et que les végétaux du sous-étage poussent en moins grande abondance, les risques de déshydratation sont plus importants chez les mollusques terrestres (Prior, 1985; Burke et al., 1999), qui peuvent aussi perdre des quantités d’eau plus importantes par évaporation, à travers la peau (Dainton, 1954a,b; Machin, 1964a,b,c; Burton, 1966; Prior, 1983; Prior et al., 1983; Prior, 1985). On sait que les escargots présentent des mécanismes de « recherche d’eau » en cas de déshydratation après une baisse à court terme de l’activité locomotrice (Prior, 1985). La physiologie et l’activité de l’escargot-forestier de Townsend entraînent des risques de perte d’eau continue en raison de la déshydratation. Tous les escargots laissent une trace de mucus dilué en se déplaçant et subissent une perte d’eau constante par évaporation, à travers la surface des poumons et le tégument. Plusieurs études écologiques et physiologiques indiquent un lien entre la température corporelle, le niveau d’hydratation et l’activité locomotrice (Machin, 1975; Peake, 1978; Burton, 1983; Riddle, 1983; Martin [1983], tel que cité in Prior [1985]). En l’espace de deux heures, les limaces actives peuvent perdre de 30 à 40 % de leur poids corporel initial, et on a constaté une corrélation entre la sélection de l’habitat par les limaces et la disponibilité de l’eau (Prior, 1985). Même si cette information porte sur les limaces, la situation est sans doute comparable dans le cas de l’escargot-forestier de Townsend.

Composition des sols en minéraux

La teneur en minéraux (dont le magnésium et le calcium) et le pH des sols peuvent être des facteurs importants dans la sélection du microhabitat ar les escargots. Bien que ces éléments n’aient pas été étudiés pour l’escargot-forestier de Townsend, on sait qu’il s’agit de facteurs déterminants chez d’autres gastéropodes pour ce qui est des préférences en matière d’habitat (Wareborn, 1969; Hylander et al., 2004).

Prédateurs indigènes

Parmi les invertébrés indigènes pouvant représenter des prédateurs de l’escargot-forestier de Townsend, mentionnons l’escargot Haplotrema vancouverense (escargot carnivore) et les carabidés (p. ex. le carabidé Scaphinotus angusticollis [Snail-killer Carabid]) (Ovaska, comm. pers., 2012; Sopuck, comm. pers., 2012). On croit que ces espèces sont toutes les deux des « spécialistes » des gastéropodes (Thiele, 1977) et suivent les traces de mucus des limaces. L’escargot Haplotrema vancouverense a été observé en train d’attaquer et de tuer des limaces (Ovaska et Sopuck, données inédites, 2000). Ces prédateurs invertébrés (et d’autres) sont courants dans l’habitat de l’escargot-forestier de Townsend, bien qu’on ne connaisse aucune association obligatoire. Compte tenu de la concentration de prédateurs dans les petites parcelles d’habitat où le couvert de fuite est limité, la prédation exercée sur l’escargot-forestier de Townsend pourrait augmenter. La menace que représentent la compétition et la prédation peut être plus importante lorsque ces facteurs limitatifs sont associés à des espèces introduites et à d’autres pressions liées au développement.

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