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Rapport de situation du COSEPAC sur L’escargot-forestier de Townsend Allogona townsendiana au Canada - 2013

Description et Importance de l’Espèce Sauvage

Nom et classification

Nom scientifique :
Allogona townsendiana (I. Lea, 1838)

Classification :

Règne
Animal
Embranchement
Mollusques
Classe
Gastéropodes
Sous-classe
Pulmonés
Ordre
Stylommatophores
Sous-ordre
Sigmurethres
Famille
Polygyridés
Sous-famille
Polygyrinés
Tribu
Allogonini
Genre
Allogona
Sous-genre
Dysmedoma
Espèce
Allogona townsendiana

Synonymes :
La compilation de la synonymie complète la plus récente est présentée par Pilsbry (1940). Subséquemment, Allogona townsendiana brunnea (Vanatta, 1924) et Allogona townsendiana frustrationis (Pilsbry, 1940) ont été ajoutés à la liste des synonymes par Branson (1977) et Forsyth (2004), respectivement.

Sous-espèces :
L’A. townsendiana ne comporte aucune sous-espèce reconnue (Forsyth, 2004; Forsyth, comm. pers., 2011).

Nom français :
Escargot-forestier de Townsend

Nom anglais :
Oregon Forestsnail

Localités types :
Helix townsendiana – près de la jonction de la rivière Willamette et du fleuve Columbia, État de Washington; A. t. brunnea – fleuve Columbia, près de Kelso, État de Washington; A. t. frustrationis – North Head, État de Washington.

Contexte taxinomique et similarités :
L’escargot-forestier de Townsend (Allogona townsendiana) appartient à la famille des Polygyridés, groupe d’escargots terrestres d’Amérique du Nord à la fois nombreux et diversifié (Pilsbry, 1940; Emberton, 1994, 1995). Il est classé dans le genre Allogona depuis la publication de Pilsbry (1939). Selon la classification couramment admise (Pilsbry, 1940; Emberton, 1995; Turgeon et al., 1998), le genre Allogona compte quatre espèces : l’escargot-forestier A. lombardii (Selway Forestsnail) (A.G. Smith 1943), l’escargot-forestier à larges bandes A. profunda (Broad-banded Forestsnail) (Say, 1821), l’escargot-forestier A. ptychophora (Idaho Forestsnail) (A.D. Brown, 1870) et l’escargot-forestier de Townsend. Les trois espèces de l’ouest – A. lombardii, A. ptychophora et A. townsendiana – appartiennent au sous-genre anatomiquement distinct Dysmedoma (Pilsbry, 1939, 1940; Emberton, 1995).

Au Canada, le genre Allogona est représenté par trois espèces :
l’escargot-forestier de Townsend, l’escargot-forestier A. ptychophora et l’escargot-forestier à larges bandes. Certaines coquilles trouvées en Colombie-Britannique et identifiées par Smith (1943) comme appartenant à l’escargot-forestier A. lombardi, identification jugée douteuse par La Rocque (1953), appartenaient probablement à l’escargot-forestier A. ptychophora (Forsyth 1999a).

Description morphologique

L’escargot-forestier de Townsend (voir les figures 1 et 2) est un grand escargot terrestre (diamètre de la coquille des adultes : 20-35 mm; 5¼-6 tours) à coquille légèrement aplatie et globulaire (Forsyth, 2004; Steensma et al., 2009). La coquille est jaune paille, ambrée ou brun rougeâtre, irrégulièrement sculptée de dépressions et ornée de fines stries spiralées et de petites côtes axiales irrégulières de couleur pâle ressemblant à des rides (Forsyth, 2004). Le périostracum, couche externe organique de la coquille formée de protéines, est dépourvu des fines structures semblables à des poils présentes chez d’autres espèces de Polygyridés. La coquille est blanc-gris chez les individus dont le périostracum et les stries spiralées sont érodés. Le bord de l’ouverture de la coquille, ou péristome, est épaissi et réfléchi vers l’extérieur. Contrairement à ce qu’on observe chez certaines espèces apparentées, il n’y a pas de denticule à l’intérieur de l’ouverture de la coquille chez l’escargot-forestier de Townsend.


Figure 1 . Escargot-forestier de Townsend (Allogona townsendiana) adulte

Photo d’un escargot-forestier de Townsend adulte (vue latérale) qui rampe sur un arbre tombé au sol.

Le 11 juin 2010, parc régional Colony Farm, Metro Vancouver. Photo : Jennifer Heron.

 


Figure 2 . Escargot-forestier de Townsend (Allogona townsendiana) sur la face inférieure de sa coquille, montrant le bord blanc de l’ouverture.

Photo de la face inférieure de la coquille de l’escargot-forestier de Townsend (voir description longue ci-dessous).

Le 11 juin 2010, parc régional Colony Farm. Photo : Jennifer Heron.

Description pour la figure 2

Photo de la face inférieure de la coquille de l’escargot-forestier de Townsend montrant le bord de l’ouverture, lequel est blanc, épaissi et réfléchi vers l’extérieur.


Steensma et al. (2009) ont étudié et décrit les œufs de l’escargot-forestier de Townsend. Les œufs, pondus individuellement ou en grappes, sont ronds, globuleux, opaques et blanc grisâtre, légèrement aplatis et à fine texture granuleuse. En captivité, les grappes comptent en moyenne 34 œufs mesurant chacun de 2,5 à 4,0 mm de diamètre; en moyenne, les premiers œufs pondus sont généralement plus gros que les derniers.

La coquille des jeunes individus est plus mince, translucide et non érodée. Le péristome est mince et non réfléchi. Les jeunes mesurent 2 mm de diamètre à la naissance, et de 3 à 3,5 mm de diamètre à six semaines (Steensma et al., 2009). Lorsqu’ils atteignent 4 mm de diamètre, les jeunes sont capables de former un épiphragme (mucus asséché) par temps sec. À l’âge de deux mois, ils mesurent 5 mm de diamètre (Steensma et al., 2009).

D’autres descriptions morphologiques de l’escargot-forestier de Townsend sont fournies par Pilsbry (1940), Kozloff (1976) et Forsyth (2004). L’escargot-forestier de Townsend est rarement confondu avec les autres escargots terrestres présents dans son aire de répartition en Colombie-Britannique, bien que le risque de méprise s’élève chez les individus immatures. Forsyth (2004) compare en détail l’escargot-forestier de Townsend à d’autres escargots terrestres sympatriques similaires.

Structure spatiale et variabilité de la population

Aucune étude n’a été consacrée au Canada à la structure spatiale et la variabilité des populations ni aux caractéristiques génétiques de l’espèce.

Unités désignables

L’escargot-forestier de Townsend est représenté par une seule unité désignable au Canada. Aucune sous-espèce n’est reconnue. L’espèce est confinée à l’aire écologique nationale du Pacifique reconnue par le COSEPAC (2011), et on ne dispose d’aucune information sur la structure génétique ni sur le caractère distinct ou l’importance au plan évolutif des différentes populations.

Importance

Les forêts côtières de la Colombie-Britannique abritent relativement peu d’escargots terrestres indigènes de grande taille, et l’escargot-forestier de Townsend représente une composante importante de la biodiversité dans ces écosystèmes. Les escargots terrestres utilisent le calcium et d’autres minéraux présents dans la nature, ces substances étant nécessaires au développement de leur coquille.

L’escargot-forestier de Townsend est utilisé comme outil d’interprétation par divers organismes de conservation pour illustrer l’importance des espèces rares et en péril dans les forêts décidues riveraines encore présentes dans la vallée du bas Fraser. Des organismes de conservation, comme l’Association de conservation de la vallée du Fraser (Fraser Valley Conservancy) (MacMillan, comm. pers., 2012) et le Programme de conservation de la côte sud (South Coast Conservation Program) (Robbins, comm. pers., 2012; Welstead, comm. pers., 2012) l’utilisent également comme exemple pour informer les propriétaires fonciers des initiatives d’intendance auxquelles ils ont accès.

On ignore l’état des connaissances traditionnelles autochtones, puisqu’on ne dispose d’aucune information sur l’escargot-forestier de Townsend ou sur son importance culturelle ou économique pour les membres des Premières nations. Toutefois, l’ortie dioïque (Urtica dioica), qui partage apparemment son habitat (voir Besoins en matière d’habitat et Relations interspécifiques), semble avoir une importance culturelle.

À l’instar d’autres escargots terrestres herbivores, l’escargot-forestier de Townsend accomplit des fonctions écologiques importantes dans les écosystèmes forestiers à titre de décomposeur et de consommateur de matières végétales vivantes et en décomposition (Mason, 1970; Richter, 1979, 1980a,b; Gervais et al., 1998).

Certaines espèces interviennent également dans la dispersion des graines de plantes (Gervais et al., 1998), de spores de champignons (Burke et al., 1999) et de lichens (Boch et al., 2011). Burke (1999) a émis l’hypothèse selon laquelle l’escargot de Puget (Cryptomastix devia) contribuerait à la dispersion des spores de champignons, en particulier de mycorhizes formant des associations avec les racines de diverses espèces d’arbres et favorisant la croissance des arbres. L’escargot-forestier de Townsend est de la même taille que l’escargot de Puget et pourrait sans doute jouer un rôle similaire. L’importance de ce rôle est inconnue, mais elle pourrait être considérable compte tenu de la taille relativement grande de l’espèce et de son abondance locale dans les milieux humides propices.

L’abondance de l’escargot-forestier de Townsend peut être élevée dans certains sites (Conservation Data Centre de la Colombie-Britannique, 2013), et l’espèce peut constituer une source de nourriture importante pour d’autres invertébrés et diverses espèces d’oiseaux ou de petits mammifères. Les coquilles constituent probablement une source de calcium importante pour d’autres invertébrés.

L’espèce atteint la limite septentrionale de son aire de répartition au Canada, et pourrait donc comporter des adaptations uniques présentant un intérêt particulier sur le plan scientifique et en matière de conservation (Scudder, 1989).

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