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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la situation du fouille-roche gris au Canada – Mise à jour

Taille et tendances des populations

Des biologistes sont retournés aux emplacements originaux ainsi que dans plusieurs nouveaux sites de capture en Ontario et au Québec pour tenter d’évaluer la situation du fouille-roche gris au Canada (annexe 1). Dans la partie la plus occidentale de l’aire de répartition de l’espèce, on a observé des individus dans le lac Érié, près de Port Dover, en 1946-1947, à l’embouchure du ruisseau Pike, en 1980, et à l’île Pelée, en 1984 (Goodchild, 1994). Malgré l'absence de données récentes pour ces sites, deux individus ont été capturés dans le lac Érié, dans le parc provincial de Holiday Beach [Royal Ontario Museum (ROM) 70951], preuve que l’espèce fréquente toujours la région. En 1940, on a récolté un individu dans la Detroit River, un mille au Sud de Amherstburg, dans le comté d’Essex; un individu unique a de nouveau été capturé dans la Detroit River, près de l’île Bois-Blanc, en 1997 [ROM 70916].

À la suite de la récolte d’individus dans l’Est de l’Ontario, deux individus ont été capturés en 1948 dans un ruisseau sans nom près du lac Moira; comme on n’en a plus trouvé aucun lors d’un nouveau relevé effectué dans la région en 1997, on pense que la population a disparu de l’endroit (annexe 1) (Alan Dextrase, Ministère des richesses naturelles de l’Ontario (MRNO), communication personnelle). Neuf individus ont été observés dans la rivière Trent en 1976 [OMNRS64]; deux individus ont été trouvés au même endroit en 1997 [ROM 70990], et deux autres y ont été capturés en 2001 (Alan Dextrase, MRNO, communication personnelle). On a découvert une nouvelle population de fouille-roche gris en 1998 près de l’embouchure de la rivière Trent, où quatre individus ont été capturés (Alan Dextrase, MRNO, communication personnelle). Onze autres y ont été capturés en 2001, et les biologistes ont découvert un nouveau site de récolte en amont, où deux autres individus ont été capturés (Alan Dextrase, MRNO, communication personnelle). Dans la Trent, le fouille-roche gris est présent dans ces trois sites, qui sont séparés par des barrages.

Les biologistes du MRNO ont fait état de captures de fouille-roche gris dans la rivière Skootamatta en 1974. En 1991, ils sont retournés sur les lieux et en ont capturé 21 autres [ROM 70537]. Douze individus ont été récoltés dans la région lors d’un nouvel échantillonnage effectué en juin 2001 (Jason Lean, Trent University, communication personnelle).

Au Québec, on trouve le Percina copelandi dans plusieurs sites de la Montérégie. On en a capturé dans la rivière aux Outardes-Est, la rivière des Anglais et la rivière à la Truite en 1976, et on en a capturé encore dans les trois rivières en 1996 : treize individus dans la rivière aux Outardes-Est, quatre dans la rivière des Anglais et vingt dans la rivière à la Truite (Desrochers et al., 1996). La rivière Noire, qui avait fait l’objet de recherches en 1987, abritait toujours le fouille-roche gris en 1995, où deux individus ont été capturés (La Violette, 1998).

Dans le comté de Papineau, on a trouvé un fouille-roche gris dans la rivière des Outaouais près de Quyon, comme le signalent McAllister et Coad (1974). Chabot et Caron (1996) font état de la capture de trois autres individus dans la rivière entre Hull et Quyon en 1996.

Dans la région Chaudière–Appalaches, on a capturé des individus dans la rivière aux Bleuets en 1977, mais les recherches subséquentes réalisées en 1992 et en 1996 n’ont pas permis d’en trouver d’autres. On a aussi capturé d’autres individus dans la rivière du Sud, près de Montmagny, en 1941, puis de nouveau en 1964, mais on n’en a plus trouvé lors de nouvelles recherches effectuées dans la région en 1996 (Desrochers et al., 1996). L’espèce est sensible à la sédimentation et à la mauvaise qualité de l’eau. L’exploitation agricole et urbaine le long de ces rivières y a probablement accru la teneur en sédiments en suspension et entraîné la disparition de l’espèce (Lapointe, 1997). On trouvait encore le Percina copelandi dans le Bras Saint-Nicolas en 1997 (nombre exact inconnu), après l’y avoir observé en 1980 (Lapointe, 1997).

Dans la région de l’Estrie, on a capturé individus dans la rivière Niger près d’Ayer's Cliff en 1931, mais on n’en a plus trouvé lors d’une nouvelle recherche effectuée dans la région en 1996. Dans la rivière Maskinongé, des individus ont été capturés en 1934, mais on n’en a plus trouvé en 1996. Les notes de terrain de Desrochers et al. (1996) pour cette rivière font état d’une importante érosion des berges dans ce site par suite de l’augmentation de la circulation des bateaux. En 1969, on trouvait des individus du Percina copelandi dans plusieurs endroits le long de la rivière Yamaska; en 1995, on en a trouvé un dans la portion Sud-Est de la rivière (La Violette, 1998). Les autres sites de la Yamaska n’ont pas encore fait l’objet de nouvelles recherches.

Dans la région de Lanaudière, on a capturé des individus dans la rivière du Chicot en 1941 et en 1971, mais une recherche plus récente effectuée en 1996 au moyen de divers types d’engins d’échantillonnage n’a pas permis d’en retrouver d’autres (R. Dumas, Société de la faune et des parcs du Québec (MEF), communication personnelle). Ailleurs dans la région, cinq individus ont été récoltés dans la rivière Bayonne en 1996; la dernière capture dans cet endroit remontait à 1971 (Lapointe, 1997).

Dans la région Mauricie–Bois-Francs, on a récolté des individus de Percina copelandi dans plusieurs endroits le long du Saint-Laurent. On en a capturé dans les rivières Gentilly et Bécancour, des affluents du Saint-Laurent, en 1941 et en 1964 respectivement. En 1996, Fournier et al.(1997) ont signalé la capture de trois individus dans le tronçon Gentilly–Batiscan du Saint-Laurent. Les derniers individus ont été trouvés près de Port-Saint-François en 1972; aucun n’a été capturé lors d’une nouvelle recherche effectuée dans la région en 1995 (Fournier, 1996).

On possède peu d’information sur la taille des populations de fouille-roche gris, ce qui ne permet guère de dégager des tendances démographiques. Les conditions d’habitat optimales pour la survie de l’espèce pourraient ne pas être présentes chaque année, ce qui pourrait entraîner des variations dans le succès de la reproduction et des changements dans l’abondance d’une année à l’autre. Selon Goodchild (1994), le fouille-roche gris serait peut-être capable de repeupler une région lorsque la qualité de l’eau s’y améliore. Au Québec, l’un des objectifs de l’équipe de rétablissement du fouille-roche gris est d’évaluer la possibilité de restaurer les habitats de l’espèce pour l’y rétablir (Équipe de rétablissement du fouille-roche gris, 2001).

Comme neuf sites du Québec n'ont fait l'objet d'aucun relevé depuis le dernier rapport de situation, on ne dispose pour eux d’aucune donnée récente. Il s’agit de la rivière Châteauguay, de la rivière Richelieu et de la Pointe-du-Buisson dans la région de la Montérégie, du ruisseau Salmon dans l’Estrie, des rivières aux Ormes, du Chêne et Henri dans la région Chaudière–Appalaches, de la rivière Bécancour dans la région Mauricie–Bois-Francs, et de la rivière L’Assomption dans la région de Lanaudière.

Les secteurs où on récolte des individus de cette espèces sont généralement situés dans des tronçons de cours d'eau non perturbés aux berges naturelles, se trouvant dans des milieux forestiers ou agricoles, et où l’eau est de bonne qualité (Lapointe, 1997). Les six plans d’eau du Québec où les biologistes sont retournés sans trouver d’individus étaient situés dans des régions où l’habitat avait été modifié, notamment où l’exploitation urbain et agricole avait causé un accroissement de la sédimentation (Lapointe, 1997). Ces sites sont les rivières Niger et Maskinongé dans la région de l’Estrie, les rivières du Sud et aux Bleuets dans la région Chaudière–Appalaches, Port-Saint-François dans le Saint-Laurent, et la rivière du Chicot dans Lanaudière (annexe 1). D’après Lapointe (1997), dans le Saint-Laurent, le drainage et l’exploitation agricole et urbaine ont fait augmenter la sédimentation. Dans la vallée du Saint-Laurent, 70 p. 100 des habitats forestiers ont disparu, et 40 000 km de cours d’eau ont été drainés, éliminant l’habitat optimal pour le fouille-roche gris (Équipe de rétablissement du fouille-roche gris, 2001).

La répartition du fouille-roche gris est plus vaste qu’on ne le croyait à l’origine, en particulier au Québec, compte tenu de sa rareté en Amérique du Nord. Depuis le rapport de situation original, plus de 127 individus du Percina copelandi ont été capturés dans quatre nouveaux plans d’eau en Ontario, et 102 dans six nouveaux plans d’eau au Québec. Dans la majorité de ces nouveaux sites, on a capturé moins de 10 individus sauf, en Ontario, dans la St. Clair River, où on en a récolté 65, et dans la rivière Moira, où en on en a récolté plus de 58, et, au Québec, dans la rivière Gatineau, où on a capturé 76, et dans la rivière Kinonge, où on en a capturé 16 (annexe 1). Ces nouvelles mentions de captures résultent probablement davantage de l’augmentation des activités d’échantillonnage que d’une hausse de l’effectif des populations, le Saint-Laurent et ses affluents ayant fait l’objet d’échantillonnages plus exhaustifs.

Moins de 100 individus de fouille-roche gris ont été capturés en Ontario avant 1993 (Goodchild, 1994). Depuis, on en a capturé plus de 184 dans la province, dans des affluents du lac Ontario ainsi que le long des rives et dans les affluents du lac Érié et du lac St Clair. Au Québec, on en a récolté plus de 700 avant 1993, et plus de 154 depuis, dans des affluents du Saint-Laurent, dans les régions Chaudière–Appalaches, Estrie, Lanaudière, Mauricie–Bois-Francs, Montérégie et Outaouais.