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4. Menaces

4.1. Évaluation des menaces

Tableau 2. Tableau d'évaluation des menaces
MenaceNiveau de préoccupation2ÉtendueSituation chronologiqueFréquenceGravité3Certitude causale4
Espèces exotiques, envahissantes ou introduites
Plantes herbacées exotiques envahissantesÉlevéRépandueActuelleContinueModérée-élevéeMoyenne
Broutage par les bernaches du Canada introduitesFaibleLocaliséeActuelleRécurrenteModéréeFaible
Destruction ou dégradation de l’habitat
Construction domiciliaire et urbanisationMoyenLocaliséeHistorique et prévueInconnueModérée-élevéeMoyenne
Perturbation ou dommage
Piétinement et compactage du solMoyenLocaliséeRécurrenteRécurrenteModérée-élevéeMoyenne
Changement climatique et catastrophes naturelles
Changement du régime climatique, particulièrement quant aux précipitations du printemps et du début de l’étéMoyenRépanduePrévueSaisonnièreInconnueFaible
Changements dans la dynamique écologique ou les processus naturels
Empiétement des plantes ligneuses indigènes et exotiquesMoyenLocaliséeActuelleContinueModéréeMoyenne-faible

2Niveau de préoccupation : indication du degré d'importance (élevé, moyen, faible) de la gestion de la menace pour le rétablissement de l'espèce, au regard de l'objectif en matière d'effectif et de répartition. Ce critère prend en considération l'ensemble de l'information présentée dans le tableau.

3Gravité : reflète l'importance de l'effet à l'échelle de la population (élevée [effet très important à l'échelle de la population], moyenne, faible, inconnue).

4Certitude causale : indication du caractère probant des données concernant l'existence de la menace (élevée : les données disponibles relient fortement la menace à des stress pesant sur la viabilité de la population; moyenne : il y a une corrélation entre la menace et la viabilité de la population, par exemple selon l'opinion de spécialistes; faible : la menace est présumée ou plausible).

4.2. Description des menaces

4.2.1. Espèces exotiques, envahissantes ou introduites

La plus grave menace immédiate à laquelle est exposée la petite-centaurée de Muhlenberg au Canada est l’envahissement par des plantes herbacées exotiques (Tableau 2). Ces espèces introduites sont abondantes dans les milieux humides au printemps où pousse la petite-centaurée de Muhlenberg, et elles dominent les milieux de ce type dans toute l’aire de répartition canadienne de l’espèce. Nombre de ces espèces non ligneuses exotiques, dont la flouve odorante (Anthoxanthum odoratum) et l’agrostide stolonifère (Agrostis stolonifera), ont contribué à une accumulation de chaume qui rend la germination difficile, particulièrement pour les espèces annuelles à petites graines, comme la petite-centaurée de Muhlenberg. Toutes les espèces exotiques envahissantes exercent une compétition pour l’espace, mais ce sont les plantes vivaces poussant en touffes ou produisant des rosettes, comme le plantain lancéolé (Plantago lanceolata), la porcelle enracinée (Hypochaeris radicata) et le liondent des rochers (Leontodon taraxacoides), qui sont le plus à craindre, car elles monopolisent de grandes superficies de sol pendant de nombreuses années. Les plantes exotiques envahissantes exercent aussi une forte compétition pour l’eau et les éléments nutritifs, ce qui désavantage des petites annuelles telles que la petite-centaurée de Muhlenberg, qui possèdent un système racinaire peu développé et peu profond. Par conséquent, nous estimons que cette menace soulève un niveau de préoccupation élevé.

À l’heure actuelle, le broutage par les bernaches du Canada introduites résidentes constitue une faible menace pour les populations de petite-centaurée de Muhlenberg du parc Uplands et de l’île Chatham. Cependant, ces populations d’oiseaux semblent augmenter rapidement dans toute la région et causent des dommages à de nombreux prés côtiers et à de nombreuses mares printanières, par piétinement, broutage direct de la plupart des espèces herbacées et pollution par les excréments. Nous considérons que cette menace soulève pour l’instant un niveau de préoccupation faible.

4.2.2. Destruction et dégradation de l'habitat

La transformation de l’habitat par la construction résidentielle et l’urbanisation est une menace prévue pour la petite-centaurée de Muhlenberg dans toute son aire de répartition canadienne. La destruction des milieux propices à l’espèce et la fragmentation de l’habitat peuvent entraîner un isolement des populations actuelles et réduire leur capacité de se disperser vers de nouveaux sites. De plus, comme la petite-centaurée de Muhlenberg a besoin de mares printanières, les modifications hydrologiques causées par la transformation des milieux situés à proximité peuvent perturber le cycle vital de l’espèce et être une source de stress physiologique. Deux des trois populations ne semblent pas menacées à court terme par la construction domiciliaire et l’urbanisation, mais la population de la pointe Joan se trouve dans un secteur visé par un projet de développement résidentiel. Par conséquent, nous avons jugé que cette menace soulève un niveau de préoccupation moyen.

4.2.3. Perturbation ou dommage

Le piétinement et le compactage du sol associés au passage de piétons, de bicyclettes, de chiens et de véhicules hors route peuvent modifier le régime hydrologique et favoriser l’établissement d’espèces exotiques envahissantes. La population de la pointe Joan, qui se trouve dans une clairière voisine d’un sentier pédestre, sera exposée à une pression accrue à mesure que le développement résidentiel accroîtra la fréquentation du sentier. L’habitat de la population du parc Uplands est fortement utilisé par les piétons, les bicyclettes et les chiens, ce qui peut être particulièrement nuisible durant les périodes de floraison et de fructification, alors que le sol s’assèche. Les véhicules hors route sont interdits à la pointe Joan et dans le parc Uplands, et leur utilisation est improbable dans le site de l’île Chatham où se trouve la troisième population. Cependant, malgré l’interdiction, le site de la pointe Joan risque d’être utilisé sans autorisation, et des traces de pneus sont observées périodiquement dans le parc Uplands. Jusqu’à ce qu’on puisse empêcher l’accès des véhicules hors route et des bicyclettes, ce facteur constituera une menace directe de piétinement pour la petite-centaurée de Muhlenberg. Globalement, nous estimons que cette menace soulève un niveau de préoccupation moyen.

4.2.4. Changement climatique et catastrophes naturelles

Le changement climatique pourrait avoir des effets dévastateurs sur les mares printanières. Selon certaines recherches, les grandes tendances du changement climatique planétaire devraient faire en sorte que le temps devienne plus chaud dans le sud-ouest de la Colombie-Britannique et que les étés y deviennent plus secs (Rodenhuis et al., 2007). Or, les petites dépressions à humidité printanière comme celles où pousse la petite-centaurée de Muhlenberg sont sans doute parmi les plus menacées, étant particulièrement exposées aux changements survenant dans les précipitations et les taux d’évaporation, qui déterminent leur durée d’inondation continue, la fréquence des épisodes d’inondation nécessaires à la reproduction des espèces des mares printanières ainsi que la répartition saisonnière de ces épisodes (Pyke, 2005). La disparition de certaines dépressions à humidité printanière pourrait être compensée par l’amélioration de milieux actuellement peu propices, mais il est peu improbable que des populations de petite-centaurée de Muhlenberg s’établissent dans ces nouveaux milieux sans intervention humaine, car l’espèce semble posséder une faible capacité de dispersion. Nous considérons que cette menace soulève un niveau de préoccupation moyen.

4.2.5. Changements dans la dynamique écologique ou les processus naturels

L’empiétement des espèces ligneuses indigènes et exotiques est relativement moins grave, car les plantes ligneuses se limitent normalement à la périphérie des milieux humides où pousse la petite-centaurée de Muhlenberg. Qu’elles soient indigènes ou exotiques, les plantes ligneuses ne poussent pas bien dans les micromilieux que privilégie la petite-centaurée de Muhlenberg, à cause de la longue période hivernale de saturation en eau et de la sécheresse extrême survenant en été. Il se peut cependant que des espèces ligneuses empiètent sur les microsites les mieux drainés situés dans l’habitat de la population de la pointe Joan ou en périphérie de l’habitat de cette population et de celle du parc Uplands. À mesure que les plantes ligneuses empiètent sur l’habitat, elles risquent de réduire la viabilité des populations de petite-centaurée de Muhlenberg en y jetant de l’ombre ou en y modifiant les conditions hydrologiques. Nous estimons que cette menace soulève un niveau de préoccupation moyen.

5. Objectifs en matière de populations et de répartition

Au Canada, la petite-centaurée de Muhlenberg pousse dans les milieux humides printaniers associés aux chênaies de Garry; son aire de répartition est donc naturellement très limitée. La destruction appréciable des milieux naturels survenue à l’intérieur de son aire de répartition depuis la colonisation européenne (Lea, 2006) a sans doute entraîné un déclin de la population. L’empiètement de la végétation, le développement et les répercussions des activités récréatives continuent d’aggraver la situation (COSEPAC, 2008). Étant donné que la majeure partie de l’habitat d’origine de l’espèce a été définitivement détruite, il est impossible de rétablir celle-ci dans sa zone d’occupation naturelle ou de lui faire retrouver ses anciennes chances de survie. Il existe actuellement trois populations connues de petite-centaurée de Muhlenberg au Canada, dont une ne comptait que deux individus lors du dernier relevé (COSEPAC, 2008; Fairbarns, 2009, comm. pers.).

En général, on estime qu’une espèce doit probablement compter de multiples populations et des milliers d’individus pour que sa probabilité de persistance à long terme soit élevée (Reed, 2005; Brook et al., 2006; Traill et al., 2009). Traill et al. (2007) ont analysé plusieurs estimations publiées de l’effectif minimal d’une population viable (seuil de viabilité), et ils ont constaté que l’effectif médian requis pour qu’une plante ait une probabilité de survie de 99 % sur 40 générations est d’environ 4 800 individus (toutefois, Flather et al., 2011, Garnett et Zander, 2011, ainsi que Jamieson et Allendorf, 2012, ont fait une évaluation critique de cette analyse et de l’applicabilité de ses résultats). Cette information est utile, mais, pour élaborer des objectifs quantitatifs atteignables, il faut se fonder sur plus que des estimations générales du seuil de viabilité et notamment tenir compte des données historiques existant sur l’effectif et le nombre de populations, la capacité de charge des sites existants (et potentiels), les besoins des autres espèces en péril partageant le même milieu ainsi que la faisabilité d’établir des populations ou d’accroître certaines populations de l’espèce (Agence Parcs Canada, 2006; Flather et al., 2011; Jamieson et Allendorf, 2012). Puisqu’on ne dispose pas de suffisamment d’information de ce type sur la petite-centaurée de Muhlenberg, il est actuellement impossible de déterminer dans quelle mesure le rétablissement de l’espèce est réalisable et ainsi de fixer des objectifs quantitatifs à long terme. Les approches devant guider la planification des mesures de rétablissement (voir la section 6) visent à combler les lacunes dans les connaissances, de façon à ce qu’il soit possible dans le futur de fixer des objectifs de rétablissement quantitatifs réalisables à long terme quant à l’effectif et au nombre des populations. À l’heure actuelle, il est uniquement possible d’établir des objectifs à court terme centrés sur le maintien des populations connues et de l’habitat de l’espèce, jusqu’à ce que la possibilité de restaurer la population on d’en établir de nouvelles, en vue d’augmenter l’abondance et d’étendre l’aire de répartition, ait été évaluée.

Objectif 1 : Maintenir les populations de petite-centaurée de Muhlenberg du parc Uplands et de l’île Chatham.

Objectif 2 : Maintenir le milieu propice à la petite-centaurée de Muhlenberg à la pointe Joan, jusqu’à ce que la possibilité d’y restaurer la population ait été évaluée.

Objectif 3 : Accroître la population existante de la petite-centaurée de Muhlenberg ou en établir de nouvelles, en vue d’augmenter son abondance et d’étendre son aire de répartition5, si cela est jugé faisable et approprié sur le plan biologique.


5On veut plus précisément étendre la zone d’occupation de l’espèce et maintenir sa zone d’occurrence.

6. Stratégies et approches générales recommandées pour l'atteinte des objectifs

Pour atteindre les objectifs en matière de populations et de répartition fixés à l’égard de la petite-centaurée de Muhlenberg, nous proposons les stratégies et approches générales suivantes :

  • Protection de l’espèce et de son habitat : protéger les populations actuelles et leur habitat contre la destruction (par exemple la conversion des terres), en créant des mécanismes ou des instruments de protection.
  • Intendance : mobiliser les propriétaires et gestionnaires de terrains ainsi que les Premières Nations et obtenir leur participation aux activités et décisions visant le rétablissement de la petite-centaurée de Muhlenberg.
  • Rétablissement des populations : élaborer et mettre à l’essai des techniques d’introduction, de réintroduction et d’accroissement de l’effectif, en vue de rétablir l’espèce.
  • Sensibilisation du public et vulgarisation : sensibiliser le public à l’existence de l’espèce, aux mesures d’atténuation des menaces et des dommages, aux besoins de l’espèce et à sa valeur pour la conservation.
  • Surveillance des populations : répertorier les populations existantes et les autres sites propices et chercher à combler les manques de connaissances sur les tendances des populations, leur viabilité, la possibilité de les accroître ainsi que les techniques de rétablissement.
  • Recherche : chercher à combler les manques de connaissances sur la diversité génétique de l’espèce, sur les menaces auxquelles elle est exposée et sur ses besoins en matière d’habitat.

6.1. Orientation stratégique du rétablissement

Tableau 3. Tableau de planification du rétablissement
Menace ou limitePrioritéStratégie globale de rétablissementDescription générale des approches de recherche et de gestion
Construction domiciliaire et urbanisationÉlevéeProtection de l’espèce et de son habitat
  • Mettre en place des mécanismes ou instruments de protection pour l’habitat essentiel.
  • Décrire l’habitat de la petite-centaurée de Muhlenberg et préciser les attributs de son habitat essentiel.

Plantes herbacées exotiques envahissantes

Empiétement des plantes ligneuses indigènes et exotiques

Piétinement et compactage du sol

Broutage par les bernaches du Canada introduites

Manque de connaissances sur les mécanismes de reproduction

Limites causées par la spécificité de l'habitat, la compétitivité, l'effondrement démographique et la fragmentation des populations

ÉlevéeIntendance
  • Élaborer des pratiques optimales de gestion de la petite-centaurée de Muhlenberg visant à appuyer les activités d’intendance des propriétaires fonciers, des employés de parc municipal et des Premières Nations.
  • Obtenir la participation des propriétaires et gestionnaires de terrains ainsi que des Premières Nations aux décisions et activités visant le rétablissement de l’espèce.
ÉlevéeRétablissement des populations
  • Élaborer et mettre en œuvre des plans de rétablissement (comprenant un volet de surveillance) pour les localités abritant actuellement des populations.
  • Élaborer et mettre en place le ou les plans de rétablissement/d'établissement de nouvelles populations conformément aux objectifs en matière de populations et de répartition.
ÉlevéeRecherche
  • Faire des recherches sur la biologie des populations, afin d’appuyer les mesures de rétablissement des populations (mécanismes de pollinisation, obstacles à la pollinisation, etc.).
  • Élaborer des techniques et fixer des priorités en matière d’établissement et d’accroissement des populations, en vue d’établir une ou plusieurs populations expérimentales.
  • Établir un seuil de viabilité ou toute autre cible adéquate d’effectif pour chacune des populations existantes.
  • Déterminer le nombre total de populations requis pour que l’espèce ait des chances raisonnables de persister au Canada.
MoyenneSensibilisation du public et vulgarisation
  • Sensibiliser le public à l’existence et à la valeur de conservation de la petite-centaurée de Muhlenberg et des espèces en péril partageant son habitat, aux menaces auxquelles elles sont exposées et aux mesures permettant de réduire les dommages qu’elles subissent.
  • Élaborer des priorités de sensibilisation et de vulgarisation au sujet des espèces en péril et de leur gestion (organismes bénévoles, Premières Nations, propriétaires et gestionnaires de terrains, etc.).

Manque de connaissances sur l’effectif et l’étendue des populations

Changement climatique, surtout en ce qui a trait aux précipitations du printemps et du début de l’été

MoyenneSurveillance des populations
  • Élaborer et mettre en œuvre un programme de relevés et de surveillance assurant un suivi des tendances des populations pendant 10 années consécutives, avec maintien subséquent de la surveillance selon les besoins.
  • Préciser les critères démographiques justifiant une réévaluation immédiate des priorités et mesures de rétablissement.
  • Présenter un rapport tous les deux ans sur les tendances des populations, la zone d’occupation et l’état de l’habitat.
Manque de connaissances sur la diversité génétique et les menacesFaibleRecherche
  • Évaluer et préserver la diversité génétique des populations canadiennes existantes de petite-centaurée de Muhlenberg.
  • Étudier l’impact possible des insectes et vertébrés herbivores sur les populations.

6.2. Commentaires à l'appui du tableau de planification du rétablissement

La protection de l’espèce et de son habitat dans les trois sites existants est une priorité de premier ordre pour le rétablissement de la petite-centaurée de Muhlenberg (Tableau 3). Il faudra faire preuve de diligence pour empêcher que l’espèce ne disparaisse de ces sites à cause de facteurs qui auraient pu être évités (dont la simple négligence). De plus, il faudra y maintenir des conditions écologiques convenant à la croissance et à l’établissement de la plante, notamment en combattant les espèces exotiques envahissantes et les espèces ligneuses indigènes empiétant sur l’habitat et en assurant le maintien des processus hydrologiques. Malgré certaines incertitudes concernant la possibilité d’introduire ou de réintroduire l’espèce dans des secteurs qu’elle n’occupe pas à l’heure actuelle, le choix de sites de translocation pouvant accueillir la petite-centaurée de Muhlenberg constituera un volet important du rétablissement de l’espèce. Dans la mesure du possible, il faudra répertorier les milieux humides printaniers qui sont envahis par la végétation, qui ont été dégradés ou dont le fonctionnement a été altéré d’autres façons et les restaurer de manière qu’ils puissent dans l’avenir servir d’habitat de rétablissement pour l’espèce, comme il a été recommandé pour d’autres espèces en péril des mares printanières (Agence Parcs Canada, 2006). Le choix de mares printanières qui sont actuellement en mauvais état permettra de limiter ou prévenir l’impact des mesures de translocation sur les espèces et communautés végétales en péril des mares printanières.

Comme les trois populations se trouvent sur des terrains dont les régimes de propriété sont très différents, les mesures d’intendance, de sensibilisation du public et de vulgarisation seront importantes pour le rétablissement de l’espèce et de son habitat. À la pointe Joan, la priorité sera d’informer les parties de la présence de la petite-centaurée de Muhlenberg, afin que l’espèce puisse être adéquatement protégée contre les effets de l’urbanisation et des autres utilisations du territoire. Dans le parc Uplands, il faudra faire participer les employés de ce parc municipal aux activités de rétablissement, de manière à ce que la population de petite-centaurée de Muhlenberg soit prise en compte dans le processus d’aménagement et de planification du parc. Dans le cas de la population de l’île Chatham, la pleine participation des Premières Nations sera une priorité.

Les travaux de recherche seront également importants pour le rétablissement de l’espèce, car de graves lacunes dans les connaissances limitent actuellement les possibilités de rétablissement. Il faudra mettre au point des techniques d’accroissement des populations et de translocation pour l’espèce. Il sera essentiel de faire des recherches sur la biologie des populations, pour combler certains manques de connaissances, notamment au sujet des obstacles à la pollinisation, et pour fixer des cibles de rétablissement quant au nombre et à la taille des populations. D’autres recherches seraient utiles, notamment sur la conservation du matériel génétique et sur d’autres aspects de l’autoécologie de l’espèce.

La conception du programme de surveillance est de première importance, particulièrement dans le cas d’une plante annuelle rare qui a toutes les chances de connaître des fluctuations démographiques ou de dépendre d’un réservoir de semences (Bush et Lancaster, 2004). Il faudra recueillir des données régulièrement, pendant plusieurs années, pour pouvoir tenir compte de ces fluctuations. De plus, il faudra recueillir ces données à la fois durant les années où l’espèce est absente et durant celles où elle est présente, afin d’obtenir de l’information sur l’effet des conditions environnementales. Si un réservoir de semences est présent dans le sol, il constitue un élément important du cycle vital, et il faut en tenir compte dans les estimations d’effectif : la présence d’un seul individu visible peut révéler la présence d’un réservoir de semences viable (Bush et Lancaster, 2004).

Un volet important du programme de surveillance consistera à préciser les critères démographiques (taux de déclin des populations, en termes d’effectif et de répartition) justifiant une réévaluation immédiate des priorités et mesures de rétablissement. Ces critères pourront ensuite être intégrés aux plans d’aménagement. De plus, il faudra une surveillance régulière des populations pour assurer un suivi de la viabilité de l’espèce, de sa réaction aux menaces et aux mesures d’aménagement ainsi qu’au succès des mesures de translocation. Comme les mesures de translocation comportent des risques importants, elles devront être accompagnées d’un programme de suivi visant à surveiller leur impact sur les autres espèces, les communautés et les processus écologiques.

7. Habitat essentiel

Des superficies d’habitat essentiel de la petite-centaurée de Muhlenberg sont désignées dans le présent programme de rétablissement. Aux termes du paragraphe 2(1) de la Loi sur les espèces en péril, l’habitat essentiel est « l’habitat nécessaire à la survie ou au rétablissement d’une espèce sauvage inscrite, qui est désigné comme tel dans un programme de rétablissement ou un plan d’action élaboré à l’égard de l’espèce », tandis que l’habitat, s’agissant d’une espèce sauvage terrestre, s’entend de « l’aire ou le type d’endroit où un individu ou l’espèce se trouvent ou dont leur survie dépend directement ou indirectement ou se sont déjà trouvés, et où il est possible de les réintroduire. »

7.1. Désignation de l'habitat essentiel de l'espèce

L’habitat essentiel de la petite-centaurée de Muhlenberg est désigné dans le présent programme de rétablissement dans la mesure où le permettent les meilleures données disponibles. Tel que désigné ci-après, l’habitat essentiel est insuffisant pour l’atteinte des objectifs en matière de populations et de répartition fixés pour l’espèce. L’habitat essentiel peut être entièrement désigné dans le cas de deux des occurrences connues (parc Uplands et pointe Joan), mais on manque d’information pour pouvoir le faire dans le cas de la troisième occurrence (île Chatham). Le calendrier des études recommandées (section 7.2, Tableau 4) décrit les activités requises pour la désignation des superficies d’habitat essentiel additionnelles nécessaires à l’atteinte des objectifs en matière de populations et de répartition fixés pour l’espèce.

Au Canada, l’habitat de la petite-centaurée de Muhlenberg se trouve dans la zone biogéoclimatique côtière à douglas et est généralement constitué de superficies réceptrices d’eau telles que mares printanières et zones de suintement en bordure des marais salés côtiers (Matt Fairbarns, obs. pers., 2005; COSEPAC, 2008). Les études menées sur le terrain en 2009 dans deux des localités existantes (parc Uplands et pointe Joan) ont fourni l’information additionnelle requise pour la désignation de l’habitat essentiel dans ces deux localités.

La petite-centaurée de Muhlenberg a sans doute directement besoin de clairières lui assurant les forts taux d’éclairement requis pour la germination de ses graines. Ces clairières doivent être assez grandes pour que la plante elle-même ainsi que la superficie de sol abritant son réservoir de semences ne soient pas ombragées par la végétation environnante. On peut établir la taille minimale de ces clairières en fonction de la hauteur de la végétation risquant de pousser dans le secteur et de faire de l’ombre sur la petite-centaurée de Muhlenberg (Spittlehouse et al., 2004). Il faut aussi tenir compte du fait que les plantes hautes, en tombant à la fin de leur vie, recouvrent le sol sur une distance égale à leur hauteur.

Outre la présence de clairières, certains facteurs hydrologiques sont critiques pour la survie de l’espèce. Ces facteurs sont directement reliés aux précipitations (Graham, 2004). La petite-centaurée de Muhlenberg pousse en effet dans des terrains dégagés plats ou en dépression qui reçoivent l’eau des terrains environnants, qui constituent leur bassin versant. L’eau ainsi reçue par ruissellement de surface ou suintement souterrain est essentielle à la survie de la petite-centaurée de Muhlenberg. Ces bassins versants sont généralement petits et séparés du reste du réseau hydrographique de l’ensemble du paysage.

L’habitat essentiel requis pour la survie de chaque colonie6 de petite-centaurée de Muhlenberg (y compris le réservoir de semences du sol) comprend deux éléments : la superficie minimale de clairière et la superficie du bassin versant. Ces éléments sont toujours reliés à un individu ou à une colonie et se chevauchent toujours dans une certaine mesure (aucun traitement particulier n’est accordé à ces zones de chevauchement de l’habitat essentiel). Par défaut, la superficie minimale de clairière requis pour que la lumière atteigne les plants est la zone délimitée par une distance de 20 m autour de chaque colonie (ou plant) dans toutes les directions (20 m est habituellement la hauteur maximale atteinte par les arbres dans les sols entourant la petite-centaurée de Muhlenberg). Le bassin versant est délimité par la ligne séparant les eaux s’écoulant vers la colonie de celles s’écoulant dans une autre direction. En général, ce bassin versant est relativement petit et séparé du reste du réseau hydrographique de l’ensemble du paysage.

À l’intérieur des secteurs délimités dans les Figure 4 et Figure 5, l’habitat essentiel des populations de la pointe Joan et du parc Uplands est constitué des superficies minimales de clairière et des bassins versants correspondants associés à chaque individu ou colonie de petite-centaurée de Muhlenberg ayant été répertorié. L’habitat essentiel de ces populations a été cartographié en 2009 (Fairbarns, données inédites, 2009).

Bien que le BC Conservation Data Centre possède des données indiquant une occurrence de l'espèce sur l'île Chatham, la présence de la plante et de son habitat n'a pas été confirmée récemment. L'habitat essentiel de cette population n'a donc pas été désigné, en attendant des études subséquentes.

Les attributs suivants de l’habitat essentiel englobent la gamme de caractéristiques observées dans l’un ou l’autre des sites mais non nécessairement dans tous les sites connus. Ils risquent donc de ne pas exclure certains types de milieux qui ne conviennent pas à l’espèce. Voici les attributs de l’habitat essentiel de la petite-centaurée de Muhlenberg :

  • Dépression peu profonde, à versants dont l’inclinaison est inférieure à 2 %, se trouvant à une altitude de 0,5 à 90 m au-dessus du niveau de la mer.
  • Portion la plus basse de la dépression exposée au soleil, à végétation courte ou clairsemée, des plantes ligneuses pouvant se trouver dans les secteurs peu susceptibles d’être inondés en hiver.
  • Sol de la portion la plus basse généralement mince (< 10 cm), à drainage médiocre, renfermant en général une proportion négligeable d’éléments grossiers.
  • Sol demeurant généralement humide durant tout l’hiver, mais déjà très sec au milieu de l’été (juin-juillet).

6Le terme « colonie » désigne ici un groupe de plusieurs individus poussant en étroite proximité et correspond au mot anglais patch. Aucune définition exacte de la colonie n’a été faite sur les plans de l’échelle cartographique et de la distance minimum de séparation entre deux colonies; celles-ci sont délimitées d’après les relevés menés par un biologiste connaissant bien l’espèce. En l’absence d’information précise sur l’étendue des réservoirs de semences, on présume que ceux-ci sont inclus dans chaque colonie. La seule information connue quant à l’étendue géographique des réservoirs de semences de la petite-centaurée de Muhlenberg est déduite d’après les caractéristiques physiques des graines, qui permettent de conclure que sa distance de dispersion est probablement très limitée (COSEPAC, 2008).

Carte montrant le secteur o&#249; se trouve l&#8217;habitat essentiel &#224; la pointe Joan
© Sa Majesté la Reine du chef du Canada

Figure 4: Secteur (~ 0,36 ha) où se trouve l'habitat essentiel de la petite-centaurée de Muhlenberg à la pointe Joan, près de Nanaimo, entièrement situé en terrain privé. La superficie d'habitat essentiel existant à l'intérieur de ce secteur est d'environ 0,1 ha.

Carte montrant le secteur o&#249; se trouve l&#8217;habitat essentiel &#224; dans le parc Uplands
© Sa Majesté la Reine du chef du Canada

Figure 5: Secteur (~ 2,7 ha) où se trouve l'habitat essentiel de la petite-centaurée de Muhlenberg dans le parc municipal Uplands, à Victoria. La superficie d'habitat essentiel se trouvant dans ce secteur est d'environ 1,42 ha.

7.2. Calendrier des études visant à délimiter l'habitat essentiel

Tableau 4. Calendrier des études
Description de l’activitéJustificationÉchéance
Délimiter l’habitat essentiel de la population de l’île Chatham, en confirmant que la population y est toujours présente, en précisant son emplacement et en décrivant les attributs de l’habitat qui sont requis pour l’établissement et la persistance de l’espèce, y compris les conditions hydrologiques du milieu où vit la petite-centaurée de Muhlenberg.Requis pour la délimitation de l’habitat essentiel.2014
Déterminer les conditions associées à l’habitat des populations de petite-centaurée de Muhlenberg les plus nordiques du territoire des États-Unis.Requis pour une meilleure compréhension des conditions et processus nécessaires au maintien de l’espèce.2015
Délimitation de sites propices à la réalisation d’expériences sur l’établissement de nouvelles populations de petite-centaurée de Muhlenberg ou d’augmentation de l’effectif.Requis pour déterminer s’il est possible d’accroître la population de petite-centaurée de Muhlenberg ou d’en établir de nouvelles, en vue d’augmenter l’abondance et l’aire de répartition de l’espèce.2016

7.3. Activités risquant de détruire l'habitat essentiel

On trouvera au Tableau 5 des exemples d’activités risquant fortement de détruire l’habitat essentiel. Il est important de noter que certaines activités peuvent détruire l’habitat essentiel même si elles se déroulent à l’extérieur de celui-ci. Une telle destruction survient lorsque toute partie de l’habitat essentiel est dégradée, de manière permanente ou temporaire, de sorte que le milieu ne peut plus répondre aux besoins de l’espèce. Cette destruction peut résulter d’une ou plusieurs activités se déroulant à un moment précis, ou encore des effets cumulatifs d’une ou plusieurs activités se déroulant pendant un certain temps.

Tableau 5. Exemples d'activités risquant de détruire l'habitat essentiel.
ActivitésEffets sur l’habitat essentielLocalités particulièrement vulnérables
Développement foncier ou changements dans l’utilisation des terres

Ces activités peuvent causer une transformation directe du terrain, compacter le sol, faire de l’ombre (plantes introduites, structures aménagées à proximité, etc.), modifier le régime d’humidité (ouvrages de retenue nuisant au drainage, fossés réduisant l’écoulement de l’eau jusqu’aux plantes, structures déviant l’écoulement souterrain, etc.), ou introduire des espèces exotiques (ensemencement ou plantation délibérés ou introduction accidentelle, par exemple par des machines non nettoyées).

Certains travaux de construction ou d’aménagement paysager peuvent détruire l’habitat essentiel même s’ils se déroulent à l’extérieur de celui-ci. Par exemple, les grands immeubles peuvent faire de l’ombre sur les plantes même s’ils sont construits à bonne distance, et certaines activités, comme l’aménagement de routes, de sentiers, de fossés ou d’installations d’irrigation, peuvent modifier le régime hydrologique d’une superficie d’habitat essentiel.

Île Chatham

Pointe Joan

Passage de véhicules

Cette activité peut nuire indirectement à l’espèce en provoquant un compactage du sol et une perte de végétation aboutissant à des changements hydrologiques (tels qu’une diminution de l’infiltration de l’eau ou une augmentation du ruissellement). Une destruction directe de l’habitat est probable, à cause de l’érosion accrue, et les plantes elles-mêmes risquent de subir un stress et de mourir parce que le milieu ne leur fournit plus un régime hydrique adéquat.

De plus, cette activité a pour effet probable d’introduire ou de propager des espèces exotiques. Les plantes exotiques envahissantes peuvent concurrencer la petite-centaurée de Muhlenberg, limiter les quantités de lumière, d’eau et d’éléments nutritifs disponibles et ainsi faire en sorte que l’habitat ne réponde plus aux exigences de l’espèce.

Pointe Joan

Parc Uplands

Activités récréatives dommageables (bicyclettes, piétons et chiens)L’enrichissement en azote par les excréments des chiens modifie le régime nutritif de l’habitat de la petite-centaurée de Muhlenberg. Les activités récréatives peuvent aussi causer un compactage du sol et l’introduction d’espèces exotiques envahissantes (dont les effets sont décrits sous la rubrique « Passage de véhicules »).

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Parc Uplands

8. Évaluation des progrès réalisés

Les indicateurs de rendement présentés ci-dessous permettent de baliser et de mesurer les progrès réalisés vers l’atteinte des objectifs en matière de populations et de répartition fixés pour le rétablissement de la petite-centaurée de Muhlenberg au Canada. Ces progrès seront donc évalués selon les critères suivants :

Objectif 1 : Maintenir les populations de petite-centaurée de Muhlenberg du parc Uplands et de l’île Chatham.

  • D’ici 2018, des pratiques de gestion exemplaires ont été élaborées et mises en oeuvre dans au moins un de ces deux sites.
  • Les populations existent encore.
  • D’ici 2023, l’effectif des deux populations est stable ou en augmentation7.

Objectif 2 : Maintenir le milieu propice à la petite-centaurée de Muhlenberg à la pointe Joan, jusqu’à ce que la possibilité d’y restaurer la population ait été évaluée

  • D’ici 2018, des pratiques de gestion exemplaires ont été élaborées et mises en oeuvre.
  • Les milieux propices à la petite-centaurée de Muhlenberg à la pointe Joan existent encore.

Objectif 3 : Accroître la population existante de la petite-centaurée de Muhlenberg ou en établir de nouvelles, en vue d’augmenter son abondance et d’étendre son aire de répartition, si cela est jugé faisable et approprié sur le plan biologique.

  • D’ici 2018, des superficies propices ont été choisies pour l’établissement ou la restauration d’une population de petite-centaurée de Muhlenberg.
  • D’ici 2018, des techniques de multiplication ont été mises au point.
  • D’ici 2023, au moins une expérience d’introduction, de réintroduction ou d’accroissement de l’effectif est en cours dans une superficie propice.

7Il est à signaler qu’on peut s’attendre à ce que les populations fluctuent; des données à long terme sont donc nécessaires pour réaliser les estimations (Bush et Lancaster 2004).

9. Énoncé sur les plans d'action

Un ou plusieurs plans d’action seront prêts d’ici 2018.

10. Références

Agence Parcs Canada. 2006. Programme de rétablissement multi-espèces visant les plantes en péril des mares printanières et autres milieux humides saisonniers associés aux chênaies de Garry au Canada, 99 pages, Série de Programmes de rétablissement de la Loi sur les espèces en péril, Agence Parcs Canada, Ottawa (Ontario).

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Annexe A : Effets sur l'environnement et les espèces non ciblées

Une évaluation environnementale stratégique (EES) est effectuée pour tous les documents de planification du rétablissement publiés en vertu de la Loi sur les espèces en péril, conformément à la Directive du Cabinet sur l’évaluation environnementale des projets de politiques, de plans et de programmes. L’objet de l’EES est d’incorporer les considérations environnementales à l’élaboration des projets de politiques, de plans et de programmes publics pour appuyer une prise de décisions éclairée du point de vue de l’environnement.

La planification du rétablissement vise à favoriser les espèces en péril et la biodiversité en général. Il est cependant reconnu que certains programmes peuvent, par inadvertance, avoir des effets environnementaux qui dépassent les avantages prévus. Le processus de planification, fondé sur des lignes directrices nationales, prend en compte directement tous les effets environnementaux, notamment les incidences possibles sur les espèces non ciblées ou leur habitat. Les résultats de l’EES sont directement inclus dans le programme lui-même, mais également résumés dans le présent énoncé, ci-dessous.

L’aire de répartition de la petite-centaurée de Muhlenberg chevauche celle de tout un cortège de plantes et d’invertébrés en péril, qui constituent un des plus remarquables assemblages connus d’espèces au Canada (GOERT, 2002). Comme les sites pouvant servir à l’introduction de la petite-centaurée de Muhlenberg n’ont pas encore été choisis et que de grandes concentrations d’autres espèces en péril sont présentes dans certaines localités, il est impossible de prévoir toutes les répercussions positives et négatives possibles des activités de rétablissement. Cependant, plusieurs de ces espèces sont menacées par les mêmes principaux facteurs (développement foncier et espèces introduites) que la petite-centaurée de Muhlenberg. Par conséquent, la plupart des activités proposées (protection et restauration de l’habitat, etc.) devraient globalement avoir un effet positif sur les espèces et communautés indigènes non ciblées ainsi que sur leur habitat.

Cependant, certaines mesures d’aménagement à grande échelle, comme l’élimination des espèces envahissantes ou l’application d’herbicides, si elles ne sont pas planifiées et mises en œuvre avec soin, pourraient avoir un effet négatif sur d’autres espèces végétales en péril (par exemple à cause du piétinement, de l’empoisonnement, de l’herbivorie accrue ou de la dispersion accidentelle d’espèces exotiques). Le piétinement associé aux activités de rétablissement menées sur les lieux (relevés, recherche, restauration, aménagement, etc.) constitue une menace pour les espèces en péril poussant à l’intérieur ou à proximité des lieux abritant la petite-centaurée de Muhlenberg ou étant proposés pour la translocation de cette espèce. De plus, l’accroissement des populations au moyen de génotypes provenant d’autres localités risque de nuire aux populations existantes (McKay et al., 2005).

Les effets potentiellement nuisibles des mesures de rétablissement peuvent être atténués ou évités à l’étape de la mise en œuvre des projets, grâce à l’adoption de procédures de terrain adéquates et/ou à la participation active de l’Agence Parcs Canada et de l’Équipe de rétablissement des écosystèmes du chêne de Garry. De plus, toutes les mesures d’accroissement ou d’établissement de populations devront être effectuées conformément au principe de précaution, et les recherches devront comporter des essais de translocation expérimentale (Maslovat, 2006). Une démarche permettant de réduire au minimum les effets négatifs de la translocation consisterait à choisir les sites de restauration ou de translocation parmi des sites qui sont déjà trop dégradés pour héberger des populations viables d’autres espèces en péril. Par ailleurs, certaines activités prévues par le programme de rétablissement pourraient exiger une évaluation environnementale conformément à la Loi canadienne sur l’évaluation environnementale (LCEE). Toutes les activités qui exigeraient une évaluation environnementale à l’échelle du projet seront évaluées en temps voulu, conformément aux dispositions de la LCEE.

Les mesures visant à favoriser le rétablissement de la petite-centaurée de Muhlenberg devraient, si elles sont menées de manière transparente et enrichissante sur le plan de l’information, profiter à toutes les espèces en péril et à leur habitat, en sensibilisant le public aux graves conséquences environnementales des espèces exotiques envahissantes ainsi qu’à la nécessité de préserver les processus écologiques naturels et de protéger les milieux naturels contre les effets du développement foncier. Le présent programme aura des bienfaits pour l’environnement, du fait qu’il favorise la conservation et le rétablissement de la petite-centaurée de Muhlenberg, composante naturelle de la biodiversité. Il est même probable que la restauration de l’habitat de la petite-centaurée de Muhlenberg profitera à d’autres espèces indigènes vivant dans le même milieu. Le processus d’EES a révélé que le présent programme de rétablissement aura probablement plusieurs effets bénéfiques pour l’environnement et les autres espèces. La mise en œuvre du présent programme de rétablissement ne devrait avoir aucun effet nuisible évident sur l’environnement.