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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Tétras des armoises (Centrocercus urophasianus phaios et Centrocercus urophasianus urophasianus) au Canada

HABITAT

Aux États‑Unis, l’habitat du Tétras des armoises correspond d’une manière générale à l’aire de répartition de l’armoise. Le Tétras des armoises est plus abondant dans les peuplements d’armoise tridentée que dans les peuplements d’armoise argentée. Selon une étude réalisée au Colorado, le choix des leks dépend dans une très large mesure de la présence à proximité (300 à 650 m) d’un peuplement dense d’armoises où les tétras peuvent se réfugier au besoin (Anon., 1996).

Aux États‑Unis, les habitats où poussait l’armoise ont été transformés par des moyens mécaniques ou chimiques (2‑4‑D) afin de mieux répondre aux besoins du bétail. C’est ainsi qu’en 1951, on avait déjà réduit de plus de moitié la superficie des peuplements d’armoise (Patterson, 1952; Wallestad, 1975). Le surpâturage a également contribué à réduire ces peuplements et, par ricochet, les populations de Tétras des armoises qui en dépendaient (Patterson, 1952).

Au Canada, l’aire de répartition du Tétras des armoises coïncide avec l’écorégion de la Prairie mixte. Dans cette écorégion, les communautés végétales sont dominées par la stipe chevelue (Stipa comata), le boutelou gracieux (Bouteloua gracilis), des agropyres (Agropyron dasystachyum et A. smithii), la koelérie à crêtes (Koeleria cristata) et le carex à feuilles filiformes (Carex filifolia). Les sols tchernozémiques bruns de texture moyenne à fine y sont communs. La région est chaude et sèche, avec 1 655 degrés‑jours de croissance et 310 mm de précipitations annuelles. La température moyenne en janvier est de –14,5 oC, et la température moyenne en juillet de 19,1 oC (Harris et al., 1983).

On a procédé à des évaluations détaillées de l’habitat caractéristique des leks au Canada. La topographie des leks de la Saskatchewan se caractérise par la présence de terrains plats, de tertres, de replis de terrain longeant des vallées ou de ruisseaux (figures 6 et 7) (Kerwin, 1971; Harris et Weidl, 1988).

Figure 6. Vue aérienne d’un lek occupé dans la vallée de la Frenchman, 1998.(Photo : S. McAdam)

Figure 6. Vue aérienne d’un lek occupé dans la vallée de la Frenchman, 1998.(Photo : S. McAdam)

Figure 7. Vue aérienne d’un habitat à lek dans la vallée de la Frenchman, 1998. (Photo : S. McAdam)

Figure 7. Vue aérienne d’un habitat à lek dans la vallée de la Frenchman, 1998. (Photo : S. McAdam)


On a mesuré en Saskatchewan la superficie et l’espacement des leks du Tétras des armoises. Les superficies variaient de 0,3 à 1,1 ha et étaient en moyenne de 0,7 ha. La distance qui sépare les leks était en moyenne de 3,5 km, la densité moyenne étant d’un lek par 36 km2 dans les habitats propices, soit la plus faible de toute l’aire de répartition du Tétras des armoises (Kerwin, 1971). Kerwin (1971) pense que cette densité plus faible serait attribuable au fait que les peuplements d’armoise argentée qui caractérisent cette province sont moins propices au Tétras des armoises que les peuplements d’armoise tridentée.

Harris et Weidl (1988) ont évalué les caractéristiques générales des habitats abritant des leks dans leur étude réalisée en Saskatchewan. Les zones à végétation clairsemée sont celles qui contiennent le plus de leks. Suivent par ordre décroissant les habitats à graminées courtes avec armoise argentée, les habitats à graminées courtes sans armoise argentée, les terrains dénudés, les terrains plats avec armoise argentée et les terrains traversés par des routes (figures 8 et 9). Ces chercheurs ont trouvé un lek dans un peuplement dense d’armoise argentée, un autre dans un pâturage de trèfle haut et d’armoise argentée, et un autre dans un peuplement d’élyme de Russie.

Figure 8.    Tétras des armoises mâles et femelles sur un lek de la région de Govenlock, 1988.(Photo : S. McAdam)

Figure 8.    Tétras des armoises mâles et femelles sur un lek de la région de Govenlock, 1988.(Photo : S. McAdam)

 

Figure 9. Tétras des armoises mâles et femelles sur un lek de la région de Govenlock. (Photo : S. McAdam)

Figure 9. Tétras des armoises mâles et femelles sur un lek de la région de Govenlock. (Photo : S. McAdam)

On a procédé à des recensements de la végétation sur 25 leks de l’Alberta en 1983. Le type de végétation le plus fréquent était composé de graminées indigènes avec faible proportion d’armoise argentée (47 p. 100), suivi de graminées indigènes avec forte proportion d’armoise argentée (17 p. 100), de graminées indigènes avec proportion moyenne d’armoise argentée (12 p. 100), de graminées indigènes avec armoise argentée éparse (9 p. 100), de terres cultivées (7 p. 100), de prairies humides (2 p. 100) et autres (6 p. 100) (Vriend et Gudmundson, 1996). Tous les leks de l’étude albertaine étaient situés à proximité de prairies humides (Dubé, 1985; Banasch, 1985).

On a procédé, au cours de l’été 1995, à une évaluation de la végétation de cinq leks abandonnés et de 12 leks fréquentés de l’Alberta. Madsen (1995) a observé que la plupart des parcelles à densité forte ou moyenne d’armoise situées à proximité des leks abandonnés ou fréquentés présentaient un couvert végétal d’armoises dont les densités et les hauteurs (tableaux 4 et 5) sont propices à l’alimentation, au repos, à la nidification et à l’hivernage des Tétras des armoises. Les caractéristiques des peuplements d’armoises argentées, d’herbacées à feuilles larges et de graminées mesurés en 1969 et en 1995 se sont avérés en général comparables.


Tableau 4. Mesures de la densité du couvert végétal dans les habitats abritant des leks de Tétras des armoises (selon Madsen,1995).
Type d’habitatDensité par transect de 61 m
Peuplement dense d’armoisePlus de 25
Peuplement modérément dense d’armoise10 à 25
Peuplement d’armoise de faible densité3 à 10
Peuplement d’armoise clairsemé0 à 3
Prairie humideS/O
Champ cultivéS/O
AutresS/O

Les Tétras des armoises nichent en général à proximité des leks. Une étude réalisée au Montana montre que la majorité des nids (68 p. 100) se trouvent à moins de 2,5 km d’un lek (Wallestad et Pyrah, 1974). Plusieurs autres études démontrent l’importance du couvert végétal pour la survie des nichées (Gregg et al., 1994; Banasch, 1985; Connelly, 1991). Le succès de la nidification est accru quand le nid est établi dans les armoises en étant dissimulé tant par les côtés que par le haut. Girard (1935) a noté que la totalité des nids examinés dans le cadre de son étude (N = 50) étaient situés sous les armoises et près d’un cours d’eau, ce qui montre l’importance pour cette espèce de la proximité d’eau courante pendant la période de nidification.

Tableau 5. Besoins du Tétras des armoises quant aux densités et hauteurs des armoises dans les habitats renfermant des leks (selon Madsen, 1995).
 NidificationCouvaisonAlimentation et reposHivernage
% du couvert végétal20-401520-5020
Hauteur des plantes (cm)17-7915-4515-3025
CommentairesComme pour l’habitat hivernal; couvert plus dense dans un rayon de 60 cm Site mésique en fin d’été, à végétation succulente Pente de moins de 5 %. Pas de broutage hivernal.

Les besoins des jeunes Tétras des armoises en matière d’habitat évoluent au cours de leur développement. Une étude réalisée en Saskatchewan a montré que les poussins restent près du nid, dans un habitat de graminées et d’armoises argentées, pour une période pouvant atteindre quatre semaines après l’éclosion (Kerwin, 1971). La plupart des nichées (90 p. 100) se déplacent ensuite pour trouver un milieu riche en herbacées à feuilles larges succulentes, habituellement à proximité d’eau (Banasch, 1985). L’armoise occupe une place grandissante dans le régime des jeunes et ces derniers se retrouvent, à l’automne, dans un habitat dominé par cette espèce (Wallestad, 1971). Au Canada, les variations saisonnières du choix de l’habitat de nidification et d’élevage des poussins sont moins marquées qu’aux États‑Unis puisque la plupart des habitats à armoise y sont associés à des cours d’eaux ou à des vallées.

Les mâles et les femelles sans nichée exploitent plus les habitats caractérisés par la présence de graminées et d’armoise argentée et moins les prairies humides, par rapport aux femelles avec nichée (Kerwin, 1971).

Les Tétras des armoises adultes recherchent de préférence les vallées et les abords de cours d’eau où pousse l’armoise argentée (Vriend et Gudmundson, 1995). Ces milieux plus humides se caractérisent par la présence de plantes plus hautes et plus robustes offrant une meilleure alimentation et une meilleure protection contre les prédateurs ailés que les milieux plus secs. Ils se caractérisent en outre par leur micro‑climat plus doux, qui permet aux tétras de dépenser moins d’énergie pour leur thermorégulation (Hupp, 1987).

Les habitats que le Tétras des armoises exploite en été ne diffèrent pas significativement de ceux qu’il exploite en hiver. Toutefois, le maintien des peuplements d’armoise dans les bassins hydrographiques est important en ce qui concerne la gestion de l’habitat hivernal (Hupp, 1987; Remington et Braun, 1985), car ce paramètre pourrait être le facteur limitant le plus important au Canada.

Aux États‑Unis, on soupçonne la dégradation et la disparition des habitats d’avoir contribué au déclin des populations de Tétras des armoises (WSSGTC, 1995). Au Canada, la perte d’habitats au profit de l’agriculture n’est pas considérée comme un facteur important du déclin récemment observé (Vriend et Gudmundson, 1995; Harris, comm. pers.). Toutefois, à l’échelle historique, il est certain que le remplacement de 75 p. 100 de la prairie mixte par des terres cultivées ou par des terrains pavés (Holroyd, 1996) a contribué au déclin à long terme de l’espèce.