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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le requin griset au Canada

Biologie

Les connaissances actuelles sur les paramètres du cycle vital des élasmobranches du Pacifique sont résumées dans une matrice constituée et publiée sur un site Web par le Pacific Shark Research Centre aux laboratoires marins Moss Landing (http://psrc.mlml.calstate.edu/lht.php). La matrice comprend des renseignements actualisés sur la taxinomie, l’aire de répartition géographique, l’âge et la croissance, la longévité, la reproduction, la démographie, les interactions trophiques, l’utilisation de l’habitat, la génétique, le recrutement, la mortalité et le comportement de 102 espèces. Cette matrice a été utilisée comme référence reconnue sur la situation actuelle du requin griset dans le nord-est du Pacifique.

Cycle vital et reproduction

On croit que l’accouplement et la parade nuptiale ont lieu en eau profonde (Ebert, 2003). Bien que ces deux comportements n’aient pas été observés, on croit – en raison de l’apparition saisonnière de cicatrices sur les femelles – que le mâle saisit la femelle près des branchies, des nageoires pectorales et des flancs (Florida Museum of Natural History, 2006). Les requins grisets sont ovovivipares, c’est-à-dire que le jeune éclot dans le corps de la femelle avant d’être libéré. Les femelles ont un cycle de reproduction de deux ans et une gestation estimée de 12 à 24 mois (Ebert, 1990). Le nombre de petits portés par les femelles n’est recensé que dans trois comptes rendus crédibles, lesquels mentionnent 47, 51 et 70 petits d’une taille allant de 61 à 73 centimètres (cm) (Ebert, 2002; Ebert, 2003). Une mention non vérifiée d’un spécimen portant à lui seul 108 petits a été faite par un pêcheur en France au tournant du XXe siècle (Bigelow et Schroeder, 1948). Le requin griset est l’une des espèces les plus fécondes des élasmobranches.

L’obtention de données sur l’âge et la croissance est freinée par la difficulté à déterminer l’âge et par le manque de spécimens matures de grande taille (Ebert, 1986; McFarlane et al., 2002). McFarlane et al. (2002) estime que le requin griset immature grandit d’environ 25 cm par année. Dans la même étude on rapporte que la longueur selon l’âge des femelles immatures (N = 8) va de 130 cm, à l’âge de 4 ans, à 340 cm, à l’âge de 10 ans. Cette espèce présente un dimorphisme sexuel avec les femelles atteignant une plus grande taille que les mâles. On a rapporté des longueurs à la maturité, dans le cas de femelles, de 450 à 482 cm (Springer et Waller, 1969), de 421 cm (Ebert, 1986) et de 420 cm (Ebert, 2002). Une femelle d’une longueur de 405 cm portant cinq petits a été découverte échouée sur le rivage dans le détroit de Géorgie (Comox, Colombie-Britannique) en 2001 (King, comm. pers., 2006). La longueur à la maturité des mâles a été établie principalement à partir de spécimens des eaux sud-africaines et est de 310 cm (Ebert, 2002). On trouve rarement des animaux matures : une seule femelle mature a été recensée dans les eaux du nord-est du Pacifique (Ebert, 1986). Dans le cadre d’une seule étude par marquage effectuée le long de la côte ouest de l’île de Vancouver en 1994, aucune femelle mature n’a été capturée (N = 118) alors que 20 p. 100 de la population de mâles atteignait ou presque la longueur de première maturité sexuelle (N = 96) (figure 8).

L’âge à la maturité est inconnu en raison du manque de spécimens matures. Sur divers sites Web, on rapporte que l’âge de la maturité est de 11 à 14 ans pour les mâles et de 18 à 35 ans pour les femelles, et que la longévité, selon des estimations, pourrait atteindre 80 ans, mais ces valeurs n’ont pas été confirmées au moyen d’études valides sur la détermination de l’âge ni publiées dans la documentation scientifique (Florida Museum of Natural History, 2006). La longueur maximale rapportée est de 482 cm, mais des spécimens de plus de 500 cm pourraient exister (Compagno, 1984; Ebert, 2002). On considère fausses les mentions de spécimens d’une longueur supérieure à 800 cm.

Une relation longueur-poids des requins grisets femelles des eaux californiennes a été établie selon l’équation suivante : Poidskg= -37,5 + (6,64x10-2)(longueur totalecm)+(-3,11x10-5)(longueur totalecm2)+(1X10-8)(longueur totalecm3) (Ebert, 1986). Une étude récente utilisant des juvéniles capturés à Puget Sound a permis de découvrir que la relation allométrique longueur-poids est Poidskg = (7,80X10-7) * longueur totalecm3,38 (Gallucci et al., 2005).

Le temps de génération du requin griset est inconnu et la mortalité naturelle n’a jamais été estimée.

Herbivores/prédateurs

Les requins grisets adultes ne semblent pas avoir de prédateurs. Leur vie en eau profonde ainsi que leur grande taille limitent probablement leur potentiel à être des proies. Étant donné la taille importante de leur portée, la mortalité naturelle des jeunes requins grisets est probablement assez élevée. On croit que d’autres élasmobranches s’alimentent de requins grisets juvéniles mais un seul compte rendu le confirme, à savoir une prédation par le squale bouclé du Pacifique (Echinorhinus cookei) (Varoujean, 1972).

Déplacements et dispersion

Les connaissances relatives à la dispersion et aux déplacements du requin griset dans le nord-est du Pacifique se fondent uniquement sur des études localisées. La seule étude effectuée dans les eaux de la Colombie-Britannique a, en 1994, occasionné le marquage d’environ 214 individus. De ce programme, une seule recapture a été effectuée, soit une femelle de 170 cm qui avait été relâchée près de Tofino, qui a été recapturée près du même endroit par un pêcheur en 2000, et dont la longueur a été estimée entre 275 et 300 cm (McFarlane, comm. pers., 2006).

À Puget Sound, l’Aquarium de Seattle a mené un petit projet de recherche comprenant un marquage in situ et l’observation vidéo de requins grisets à partir d’une seule station (Larson et Christiansen, 2003; Larson et al., 2005). Depuis 2001, 45 requins ont été marqués par une étiquette-aiguillon visible en acier inoxydable Floy VM69. Seize de ces requins ont été revus au moins une fois, dont un individu qui a été observé durant quatre périodes d’observation distinctes au cours des 699 jours qu’il a passés au large (Christiansen, communication personnelle (comm. pers.), 2006). En 2005, sept requins ont été marqués d’émetteurs radio. Des résultats préliminaires issus du programme de marquage par étiquette visible et du programme de marquage par émetteurs radio portent à croire que les déplacements sont limités puisque certains de ces requins sont restés à proximité immédiate de l’endroit où s’est effectué le marquage (Christiansen, comm. pers., 2006). De manière générale, les requins semblent plus nombreux pendant la période de juillet à septembre.

Le Fish and Wildlife de Washington se joint aux efforts en participant à un programme de marquage de quatre ans à Puget Sound (de 2003 à 2006) (Bargmann, comm. pers., 2006). Environ 200 requins ont été capturés jusqu’à maintenant et tous sont des juvéniles (Gallucci et al., 2005). En 2005, on a marqué les individus capturés par des étiquettes classiques et placé des émetteurs radio sur 20 requins juvéniles. Des premières données non publiées permettent de croire que les juvéniles ont un domaine vital restreint (Bargmann, comm. pers., 2006). Les efforts investis dans le cadre de l’étude pour capturer des individus matures dans les eaux plus profondes de Puget Sound ont été vains.

Une troisième étude actuellement en cours aux îlots Flora (49°30,9′N, 124°34,5′O) du détroit de Géorgie, en Colombie-Britannique, s’effectue à partir d’une seule zone d’observation où, selon la saison, les requins grisets sont présents en grand nombre (Dunbrack et Zielinski, 2003). À l’aide de la vidéosurveillance, Dunbrack et Zielinski (2003) ont remarqué que les requins fréquentant leur site de recherche n’avaient été observés que du 28 mai au 16 octobre et que la période de plus grande abondance se situait entre la mi-juin et la mi-juillet. Tous les requins observés sont des individus immatures (Dunbrack, comm. pers., 2006). Dunbrack croit que le détroit de Géorgie, de même que d’autres zones situées à proximité du rivage de la côte de la Colombie-Britannique, sont principalement des zones nourricières et que les animaux matures se trouvent surtout au large, dans les eaux plus profondes (Dunbrack, comm. pers., 2006). Cependant, une femelle mature (longueur = 405 cm; portée de cinq petits) a été découverte échouée près de la région de Comox, dans le détroit de Géorgie, en 2001. Cela porte à croire que certains des requins grisets présents dans le détroit de Géorgie seraient matures (King, comm. pers., 2006). La tendance générale des déplacements proposée par Dunbrack rejoint celle proposée par Ebert (2003) pour d’autres régions. À partir des marques de cicatrices, Dunbrack (comm. pers., 2006) a étudié le temps de résidence de quelques individus pendant une période d’une semaine. Généralement, les animaux demeurent quelques jours au même endroit, puis cèdent la place à d’autres.

Aucune étude de suivi à long terme n’a été effectuée sur le requin griset. De façon générale, les habitudes de déplacement comprennent une migration d’individus matures vers des zones nourricières moins profondes afin de mettre bas. Les juvéniles semblent utiliser les eaux côtières moins profondes et demeurent longtemps dans des zones assez restreintes. Le comportement migratoire relatif à la saison et/ou à la latitude n’a pas été consigné. Dans le détroit de Géorgie et à Puget Sound, le nombre de requins trouvés dans les eaux peu profondes augmente durant les mois d’été.

Relations interspécifiques

Du point de vue alimentaire, le requin griset est généraliste, s’alimentant surtout la nuit d’une grande diversité de proies, notamment des céphalopodes, des Crustacés, plusieurs espèces de poissons osseux (p. ex. du merlu, du hareng, des espèces de poissons plats, de la morue, des maquereaux et du sébaste), des requins et des raies ainsi que de la charogne de mammifères marins comme des marsouins, des dauphins et des otaries (Compagno, 1984; Ebert, 1986; Ebert, 1994; Ebert, 2003). Lors d’une étude effectuée sur la côte ouest de l’île de Vancouver, on a examiné le contenu stomacal de 56 requins grisets juvéniles. Quarante-huit des estomacs examinés étaient vides, sept contenaient du saumon et un contenait du calmar (Benson et al., 2001).

Adaptabilité

Lerequin griset compte parmi les espèces de requins possédant la plus vaste aire de répartition dans le monde (Compagno, 1984; Ebert, 1986). Leur forme corporelle ressemble beaucoup aux formes fossiles présentes il y a 200 millions d’années (Florida Museum of Natural History, 2006). Cette espèce peut vraisemblablement s’adapter aux fluctuations naturelles ayant cours dans l’environnement comme les changements dans le type et dans la disponibilité des proies. On ne sait pas dans quelle mesure le requin griset peut s’adapter aux modifications environnementales d’origine humaine ou aux modifications dues à la mortalité par la pêche dans la structure de la population.