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Évaluation et Rapport de situation du COSEWIC sur le chabot de profoundeur (populations des Grands Lacs - Ouest du Saint-Laurent et population de l'Ouest) au Canada - Mise à jour

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COSEPAC
Résumé

Chabot de profondeur
Myoxocephalusthompsonii

Populations des Grands Lacs - Ouest du Saint-Laurent
Populations de l'Ouest

Information sur l’espèce

Le chabot de profondeur, Myoxocephalus thompsonii, est un chabot de lac d’Amérique du Nord. Il règne à son sujet beaucoup de confusion et d’erreurs, faute de connaissances précises sur les différences entre trois taxons étroitement apparentés : le chabot de profondeur, les formes dulcicoles du chaboisseau à quatre cornes (Myoxocephalus quadricornis) et la forme marine du chaboisseau à quatre cornes. Ce manque de clarté, qui a donné lieu à des identifications erronées, se traduit par une taxinomie embrouillée. On a cependant démontré que le chabot de profondeur est spécifiquement distinct des diverses formes du chaboisseau à quatre cornes. Il a un corps allongé, est dépourvu d’écailles et se distingue des autres cottidés par l’absence de cornes céphaliques, une membrane branchiale détachée de l’isthme et une nette séparation entre les deux nageoires dorsales.

 

Répartition

Le chabot de profondeur vit presque exclusivement au Canada. L’espèce se retrouve partout dans les zones autrefois englacées allant de la région de Gatineau, dans le sud-ouest du Québec, jusque dans les Grands Lacs laurentiens, vers le nord-ouest dans tout le Manitoba et en Saskatchewan et, vers le nord, jusqu’aux Grands lacs de l’Ours et des Esclaves. Une autre population isolée a également été reconnue dans le lac Waterton Supérieur, dans le sud-ouest de l’Alberta. Sa répartition dans cette aire très vaste est éparse, en raison de l’éparpillement des lacs offrant les conditions environnementales propices à la vie de l’espèce et situés dans des zones où ont existé des couloirs entre lacs glaciaires. Les lacunes dans l’information sur l’espèce sont également attribuables, en partie, à l’éloignement et aux difficultés logistiques inhérentes à l’échantillonnage des lacs écologiquement propices, ainsi qu’à l’isolement de l’espèce à de grandes profondeurs dans ces lacs.

 

Habitat

Le chabot de profondeur est une espèce de fond que l’on ne trouve que dans les lacs froids, profonds et fortement oxygénés de son aire de répartition. Dans ces lacs, il occupe les zones les plus profondes mais, à mesure que la latitude augmente, il tend à se trouver également dans des eaux moins profondes.

 

Biologie

On sait peu de choses sur la biologie du chabot de profondeur. On lui attribue un âge maximal de sept ans. Les femelles sont matures à trois ans, et les mâles, à deux ans. Les Diporeia spp. et Mysis relicta constituent la majeure partie de l’alimentation du chabot de profondeur dans toute son aire de répartition. Le chabot de profondeur est lui-même un élément important de l’alimentation des piscivores, comme le touladi (Salvelinus namaycush) et la lotte (Lota lota). Il n’y a pour ce poisson pratiquement aucune possibilité de migration ou de dispersion entre les lacs intérieurs, bien que l’on ait constaté l’existence d’une dérive des larves du lac Huron au lac Érié.

 

Taille et tendances des populations

Les données sur les populations de chabots de profondeur à l’échelle de leur aire de répartition se limitent à leur absence ou à leur présence et doivent être interprétées avec prudence. On sait que le chabot de profondeur se trouve dans 62 lacs canadiens. Dans le cadre d’une étude couvrant toute son aire de répartition et réalisée en 2004, on a capturé des chabots de profondeur dans 16 lacs sur les 23 où leur présence avait déjà été signalée. On n’en a pas trouvé dans 7 lacs où ils avaient déjà été vus, mais on en a trouvé dans 4 lacs où ils n’avaient jamais été observés. Trente lacs où des chabots de profondeur ont été signalés n’ont été échantillonnés que sporadiquement, et la situation actuelle des populations de ces lacs n’est pas connue. Les programmes à long terme de pêche indicatrice au filet menés dans les Grands Lacs permettent de confirmer que le chabot de profondeur est abondant dans les eaux profondes du lac Michigan, et est répandu dans les lacs Supérieur et Huron, bien que sa densité soit plus faible dans ce dernier lac. Dans les Grands Lacs d’aval, le chabot de profondeur est rarement observé, mais il a fait une réapparition remarquée en 1996 dans le lac Ontario, tandis que des larves ont été signalées dans le lac Érié, après avoir fort probablement dérivé depuis le lac Huron.

 

Facteurs limitatifs et menaces

Les lacs où vit le chabot de profondeur doivent se trouver dans les limites des anciens lacs pro-glaciaires, car la répartition actuelle de l’espèce n’indique aucune dispersion secondaire au-delà des limites de ces lacs dans l’ensemble du Canada. Le chabot de profondeur peut être sensible aux modifications de la composition spécifique ou à la pollution des lacs où il vit. Les tendances temporelles, par exemple, de l’abondance de ce chabot dans le lac Michigan s’expliquent par la prédation exercée par le gaspareau et la lotte. De même, un déclin récent des Diporeia spp. (peut-être lié à l’invasion de la moule zébrée) dans les Grands Lacs d’aval peut représenter une menace pour les populations de chabots de profondeur. Finalement, le chabot de profondeur peut souffrir des effets négatifs de l’eutrophisation des lacs, qui occasionne une baisse de la teneur en oxygène au niveau où vit normalement l’espèce, c’est-à-dire au fond des lacs.

 

Importance de l’espèce

Le chabot de profondeur est un élément important de l’alimentation des piscivores d’eau profonde dans les lacs où il vit. Dans les Grands Lacs, l’espèce constitue un excellent indicateur de la santé de la communauté et de l’habitat des poissons d'eau profonde. Sa réapparition, en 1996, dans le lac Ontario témoigne d’une série de modifications dans la communauté pélagique et d’une réduction possible des effets de la prédation de l’éperlan et du gaspareau. Enfin, cette espèce présente un intérêt particulier pour les spécialistes de la zoogéographie et de la dispersion postglaciaire au Canada.

 

Protection actuelle ou autres désignation de statut

En 1987, le COSEPAC avait désigné le chabot de profondeur parmi les espèces menacées dans les Grands Lacs. Les dispositions sur l’habitat de la Loi sur les pêches du gouvernement fédéral accordent une protection générale à l’habitat du chabot de profondeur. Les populations trouvées dans le lac Waterton Supérieur, dans le parc national des lacs Waterton, jouissent de la protection partielle assurée par la Loi sur les parcs nationaux.