Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEWIC sur le chabot de profoundeur (populations des Grands Lacs - Ouest du Saint-Laurent et population de l'Ouest) au Canada - Mise à jour

Répartition

Aire de répartition mondiale

Le chabot de profondeur ne vit que dans les lacs profonds et froids d’Amérique du Nord, surtout au Canada. Aux États-Unis, on ne trouve le chabot de profondeur que dans les Grands Lacs et dans quelques lacs intérieurs du Michigan et du Minnesota (Scott et Crossman, 1973). Généralement, le chabot de profondeur vit dans des lacs correspondant à des régions antérieurement englacées ou accessibles depuis des lacs pro-glaciaires (Dadswell, 1974).


Aire de répartition canadienne

Le chabot de profondeur vit presque exclusivement au Canada, où on le trouve surtout dans des zones autrefois englacées allant de la région de Gatineau, dans la partie sud-ouest du Québec, jusqu’aux Grands Lacs laurentiens puis, vers le nord-ouest, au Manitoba et en Saskatchewan et, vers le nord, jusqu’au Grand lac de l’Ours et au Grand lac des Esclaves (Parker, 1988). Une autre population isolée a également été reconnue dans le lac Waterton Supérieur, en Alberta du sud-ouest (McAllister et Ward, 1972) (figure 4). L’aire de répartition connue du chabot de profondeur est étendue, mais éparse. Cette répartition disjointe peut être attribuable à la dispersion des lacs offrant des conditions environnementales propices à l’espèce et situés dans des zones où ont existé des couloirs entre lacs glaciaires (Parker, 1988). Il est possible que la répartition connue du chabot de profondeur ne reflète pas adéquatement sa répartition réelle. Les lacunes dans l’information sur l’espèce sont également attribuables, en partie, à l’éloignement et aux difficultés logistiques inhérentes à l’échantillonnage des lacs écologiquement propices, ainsi qu’à l’isolement de l’espèce à de grandes profondeurs dans ces lacs. C’est ce qui fait que la majeure partie des données de répartition provient des déclarations de prises accessoires.

Un programme intensif d’échantillonnage sur place ayant pour cible le chabot de profondeur a été mené de mai à octobre 2004 (T. Sheldon, données inédites), à l’aide de pièges à ménés modifiés, de filets maillants et de chaluts, dans des lacs où des occurrences avaient été signalées auparavant et dans des lacs affichant une bathymétrie propice et ayant un historique postglaciaire. Au total, 35 lacs ont fait l’objet de cet échantillonnage, et des chabots de profondeur ont été pris dans 20 d’entre eux (tableau 2). Les efforts d’échantillonnage et les occurrences ont couvert l’essentiel de la répartition connue du chabot de profondeur, du lac Alexie (Territoires du Nord-Ouest), dans la partie nord-ouest de l’aire de répartition, au lac des Trente-et-un milles (Québec), dans l’extrême est de l’aire de répartition et au lac Waterton Supérieur (Alberta), à l’extrémité de sa zone sud-ouest. Le tableau 2montre les résultats de cette étude.

 

Tableau 2 : Résultats de l'étude menée en 2004 sur le chabot de profondeur dans les lacs intérieurs de toute son aire de répartition.
LacRégionLatitude
(N)
Longitude
(O)
Histo-
rique
2004
Étude
ER PM
(hres)
ER FM
(hres)
ER C
(hres)
N
Lac RoddickQC46 14' 54,4"75 53' 30,9"OuiOui408480,338
Lac des ÎlesQC46 27' 36,0"75 31' 59,2"OuiNon3914600
Lac des Trente-et-un millesQC46 12' 43,1"75 48' 46,4"OuiOui3063606
Lac HeneyQC46 01' 16,4"75 55' 29,2"OuiNon408480,330
Lac 259 (RLE)ON49 41' 19,9"93 47' 8,2"OuiOui4404006
Lac Teggau (RLE)ON49 42' 07,7"93 38' 53,1"NonOui396002
Lac 310 (RLE)ON49 39' 42,3"93 38' 13,6"OuiNon3302200
Lac 258 (RLE)ON49 41' 41,6"93 48' 02,9"NonNon3602400
Lac EagleON49 46' 15,5"93 36' 44,0"NonOui27232011
Lac BurchellON48 35' 07,6"90 37' 37,6"OuiOui34030017
Lac FairbankON46 27' 35,0"81 25' 37,0"OuiOui3573206
Lac CedarON46 02' 46,7"78 33' 11,9"OuiNon816960,330
Lac SaganagaON48 14' 32,7"90 56' 02,7"OuiOui384420,3310
Lac NipigonON49 27' 37,0"88 09' 57,6"OuiOui300240,332
High LakeMB/ON49 42' 05,2"95 08' 01,2"NonNon3602200
Lac WesthawkMB49 45' 32,0"95 11' 28,0"OuiOui1104920,336
Lac GeorgeMB50 15' 49,6"95 28' 16,2"OuiOui9609001
Lac des BoisMB49 41' 28,7"94 48' 53,3"OuiNon684360,330
Lac ClearwaterMB54 04' 05,5"101 05' 33,7"NonOui924880,335
Second lac CranberryMB54 39' 08,5"101 09' 58,2"NonOui420400,3318
Lac AthapapuskowMB54 33' 01,2"101 39' 05,4"OuiOui504480,339
Lac MirondSK55 07' 20,3"102 48' 07,6"OuiNon1200940,330
Lac La RongeSK55 12' 06,9"105 03' 59,2"OuiNon1100920,330
Lac ReindeerSK56 23' 34,7"102 58' 22,2"OuiOui3684604
Lac WollastonSK58 14' 59,3"103 29' 44,4"OuiOui5524804
Lac La PlongeSK55 08' 16,8"107 15' 43,2"OuiOui506460,332
Lac ChittyNT62 43' 42,0"114 07 57,2"NonNon7927200
Lac AlexieNT62 29' 02,8"110 52' 57,9"OuiOui8808601
Grand lac des EsclavesNT62 29' 15,0"110 52' 44,0"OuiOui5289409
Lac ColdAB54 31' 23,0"110 06' 30,8"NonNon7489200
Lac PeerlessAB56 40' 23,0"114 41' 04,0"NonNon506000
Lac Waterton SupérieurAB49 00' 17,9"113 54' 16,8"OuiOui7680028
Lac Kananaskis supérieurAB50 36' 41,4"115 09' 55,9"NonNon368000
Lac MinnewankaAB51 16' 02,2"115 25' 57,4"NonNon352000
Lac EmeraldBC51 26' 25,1"116 31' 39,8"NonNon384000

Historique = Signalement(s) historique(s) de chabots de profondeur au même endroit avant l’étude de 2004
ER PM = Effort de recherche à l’aide de pièges à ménés
ER FM = Effort de recherche à l’aide de filets maillants
ER C = Effort de recherche au chalut
N = Nombre de chabots de profondeur trouvés à chaque endroit
RLE = Région des lacs expérimentaux

Remarque : Le chalut est du même type que celui de Dadswell (1972). La nappe de filet maillant mesurait 1 m x 15 m, avec un maillage de 1 cm.

On a trouvé des chabots de profondeur dans quatre lacs où leur existence n’avait jamais été signalée jusqu’ici : les lacs Eagle et Teggau, dans le nord-ouest de l’Ontario, le lacs Clearwater et le second lac Cranberry, dans le nord-ouest manitobain. L’occurrence du chabot de profondeur dans le second lac Cranberry constitue la première mention du chabot de profondeur dans le bassin versant de la rivière Nelson, au Manitoba. La présence du chabot de profondeur dans le lac Eagle, dans le lac Clearwater et dans le second lac Cranberry est importante, car elle permet de penser qu’il peut se trouver dans des lacs de pêche relativement accessibles et populaires, mais qu’il n’a pas été repéré en raison de la difficulté inhérente à l’échantillonnage de poissons de petite taille tout au fond de ces lacs profonds. Elle indique aussi une forte probabilité de présence du chabot de profondeur dans d’autres lacs profonds et éloignés.

Les lacs où l’existence du chabot de profondeur a déjà été documentée mais n’a pas été confirmée par l’échantillonnage de 2004 comprennent le lac des Îles et le lac Heney, dans la région de Gatineau (Québec); le lac Cedar, le lac des Bois et le lac 310 de la Région des lacs expérimentaux (Ontario); les lacs Mirond et La Ronge, dans le nord-est de la Saskatchewan. La non-capture de chabots de profondeur dans les lacs où ils ont déjà été repérés peut être attribuable à un mode d’échantillonnage peu adéquat pour une espèce difficile à capturer. L’absence, toutefois, du chabot de profondeur des deux lacs québécois est plus préoccupante, car elle peut être attribuable à un changement récent des conditions lacustres, le lac des Îles et, plus particulièrement, le lac Heney ayant subi au cours de la dernière décennie une hausse de l’eutrophisation. L’absence, finalement, du chabot de profondeur dans le lac Cedar est fort probablement attribuable à une erreur d’identification de l’unique chabot de profondeur trouvé dans l’estomac d’un touladi il y a plus de 30 ans, étant donné qu’un échantillonnage intense réalisé dans le lac pendant trois jours en août 2004 n’a produit que 113 chabots à tête plate (Cottus ricei) (Sheldon et al., données inédites). Banville (Daniel Banville, ministère des Ressources naturelles et de la Faune, Sainte-Foy, Québec, comm. pers., 2006) a signalé la prise récente de ce que l’on a cru être un chabot de profondeur dans le lac Simoneau, près du mont Orford, au Québec, ainsi qu’une mention ancienne de prise dans le lac Memphrémagog, également dans les Cantons de l’Est. Claude Renaud, du Musée canadien de la nature, a par la suite identifié que le poisson pêché dans le lac Simoneau comme étant un chabot visqueux (Cottus cognatus). Le signalement ancien du spécimen pris dans le lac Memphrémagog n’a pas été vérifié et, comme il s’agit probablement aussi d’un chabot visqueux, n’est pas accepté en tant qu’identification authentique.

Des chabots de profondeur ont été trouvés à toutes les étapes de leur vie dans tous les Grands Lacs, sauf le lac Érié (Smith, 1985), où la présence d’aucun spécimen adulte n’a été jamais documentée et où seules des larves ont été signalées (p. ex. Trautman, 1981; Roseman et al., 1998; voir plus loin).