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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’alouette hausse-col de la sous-espèce strigata au Canada

Habitat

Besoins de l’espèce

Dans son aire de répartition, l’Alouette hausse-col vit dans des espaces ouverts à végétation courte et clairsemée. Les besoins de l’Eremophila alpestris strigata sont semblables à ceux des autres sous-espèces. En Colombie-Britannique, les habitats comprennent des terres agricoles, des aéroports, des plages, des dunes, des terrains de jeux à herbes courtes, des bords de route et d’autres zones au sol dénudé. L’habitat de reproduction est limité aux champs d’herbes courtes des zones agricoles, des aéroports et des estuaires et aux plages sablonneuses à végétation clairsemée du bas Fraser (Butler et Campbell, 1987; Campbell et al., 1997).

Selon un inventaire récent des écosystèmes sensibles de l’est de l’île de Vancouver et des îles Gulf, les écosystèmes naturels à végétation clairsemée (comme les dunes, les gravières, les sablières et les falaises) sont les écosystèmes terrestres les plus rares de la région. Comme leur superficie totale est d’environ 37,9 hectares (Ward et al., 1998), il existe très peu d’habitats naturels pour la sous-espèce.

Dans l’État du Washington, le centre de l’aire de reproduction d’E. a. strigata est situé dans les prairies d’épandage fluvioglaciaire situées dans le sud de Puget Sound. Ces restes de prairies naturelles datent de la dernière période glaciaire. Les sols y sont minces et leur teneur en substances nutritives est faible; de plus, ils s’assèchent rapidement, ce qui contribue au maintien des prairies. Dans les États de Washington et de l’Oregon, il existe d’autres lieux de reproduction dans les îles formées dans les cours d’eau par les déblais de dragage, sur les plages côtières sablonneuses ou dans les zones perturbées des bases d’entraînement militaire (Rogers, 2000).

En Colombie-Britannique, le dernier lieu de reproduction connu est mentionné en 1981 à l’aéroport international de Vancouver (Butler et Campbell, 1987), et le signe le plus récent de reproduction potentielle provient de l’aéroport de Nanaimo, dans l’île de Vancouver (Beauchesne, 2002). Dans la région de Puget Sound, dans l’État du Washington, quatre des cinq lieux de reproduction connus sont situés dans des aéroports en service. Ailleurs, les aéroports constituent certains des derniers habitats où peuvent se réfugier des espèces de prairies, dont l’Alouette hausse-col. Cependant, une étude portant sur le succès de la nidification dans dix aéroports a révélé que la productivité y est beaucoup plus faible que dans d’autres habitats de prairies (Kershner et Bollinger, 1996). Les résultats laissent penser que les aéroports peuvent constituer des gouffres pour les populations, ce qui réduit à néant les avantages résultant de la conservation. La plupart des échecs de nidification signalés dans des aéroports sont dus à la destruction accidentelle des nids au moment du fauchage. Bien qu’on puisse modifier ailleurs les activités de fauchage en fonction des oiseaux nicheurs, les aéroports sont tenus de maintenir la végétation à certaines hauteurs pour respecter les normes de la Federal Aviation Administration; cela implique inévitablement de faucher la végétation durant la saison de reproduction.

Tendances

En Colombie-Britannique, l’habitat favorable à l’Alouette hausse-col de la sous-espèce strigata est très circonscrit et a subi sans aucun doute un déclin au cours des dernières décennies, en raison de l’urbanisation et d’autres aménagements qui se sont produits à l’intérieur de l’aire de reproduction.

Même si les données sur les anciens habitats sont incomplètes pour la province, on peut tirer certaines conclusions. Avant la colonisation par les Européens, les habitats se limitaient aux endroits à végétation clairsemée comme les flèches littorales, les plages et peut-être les écosystèmes à chênes de Garry, notamment ceux brûlés depuis peu par les Premières Nations. Selon une carte théorique des types d’habitats présents avant l’arrivée des Européens (1859) dans la vallée du bas Fraser, il y avait des prairies sur les berges du fleuve, du lac Sumas et dans le delta du fleuve (T. Lea, comm. pers.). Ces habitats étaient vastes à certains endroits, comme le décrit le lieutenant Charles Wilson, durant le relevé mené à la hauteur du 49e parallèle de 1858 à 1862 : « La prairie s’étend sur les berges de la rivière Chilukweyuk, située à environ 2 milles du camp, d’où la vue est superbe; on y aperçoit ses magnifiques herbes ondoyantes et ses rangées de peupliers, de saules, de frênes et d’érables au premier plan » (Chilliwack Museum, 2002). Même si le type de prairies n’est pas précisé, il se peut que certaines soient des prairies à herbes courtes, qui constituent un habitat pour l’Alouette hausse-col de la sous-espèce strigata. Brooks (1917) mentionne que l’oiseau est sporadique dans la région au début des années 1900; cependant, il y a peut-être eu reproduction dans un endroit inconnu à proximité (Rogers, 2000).

Avant 1926, on ne signale pas de reproduction d’Eremophila alpestris strigata dans la vallée du bas Fraser (Brooks et Swarth, 1925). À la fin des années 1920, c’est à Chilliwack et à Sumas que les premiers nicheurs ont été observés dans la région; en 1928, la reproduction est confirmée (Behle, 1942). En 1925, le lac Sumas a été asséché et 3 600 hectares du fond du lac ont été exposés et ultérieurement mis en culture. Or, l’apparition dans la région en 1926 de la sous-espèce strigata n’est probablement pas une coïncidence. Un ou deux ans après l’assèchement du lac, de vastes habitats à végétation clairsemée (soit le type d’habitat utilisé par l’Alouette hausse-col pour la nidification) sont apparus, et ce phénomène a été remarqué ailleurs; en Oregon, on a conclu que la sous-espèce strigata se déplaçait vers des terres qui avaient été déboisées et transformées en pâturages (Gabrielson et Jewett, 1940). Il est probable que l’assèchement du lac Sumas a produit des habitats pour l’E. a. strigata dans la vallée du bas Fraser. La population a peut-être été créée par l’arrivée de pionniers en provenance du sud ou par une augmentation du nombre d’oiseaux dans une petite population qui existait déjà dans la prairie de Sumas.

Durant les deux ou trois décennies qui ont suivi, les terres agricoles des régions de Chilliwack et de Sumas ont probablement continué à fournir des habitats. Dans les années 1960, l’introduction de pratiques culturales plus intensives a réduit la quantité d’habitats à tel point qu’il n’en reste presque plus.

Dans l’île de Vancouver et dans les îles Gulf, on ne connaît pas la quantité des anciens habitats de reproduction, mais on présume qu’elle était plus grande que ce qu’elle est maintenant. Au cours des 150 dernières années, les modifications apportées par les humains ont réduit les habitats terrestres naturels dans la région de 80 p. 100 (Ward et al., 1998) à 95 p. 100 (Fuchs, 2001). Le gouverneur Douglas affirme qu’il traversait des prairies ouvertes sur une distance de 6 milles à partir de Fort Victoria; cela indique l’existence à l’époque de grandes zones de prairies de ce type dans la région. Sur des cartes ayant trait aux anciennes communautés végétales ouvertes de la région de Victoria, les prairies et les savanes à chênes de Garry étaient vastes (T. Lea, comm. pers.), même si la plupart des données ont été compilées à partir de relevés effectués 30 ans ou plus après que le gouverneur eut interdit aux Premières Nations de brûler les prairies, au moment où il y avait déjà beaucoup de régénération de chênes de Garry et de douglas latifoliés (Lutz, 1995; Turner, 1999). À Victoria, on peut trouver des restes des vastes prairies ouvertes au parc Beacon Hill et dans la réserve écologique de Trial Island. Certains de ces secteurs, qui semblent propices à l’Alouette hausse-col, sont cependant très petits.

Dans l’île de Vancouver et dans les basses-terres continentales, les habitats de plages sablonneuses et de dunes ont été radicalement modifiés depuis l’arrivée des Européens et le commencement de la récolte de bois à grande échelle; cela a entraîné des changements dans les quantités et les types de bois qui se déposent sur les plages. Jadis, une grande partie du bois qui s’y trouvait était constituée de gros arbres déracinés par les cours d’eau. Comme ces pièces à structures relativement complexes (p. ex. des troncs avec leurs mottes racinaires) ne roulaient pas, elles aidaient à stabiliser les plages sablonneuses et les dunes. Avec l’intensification de l’exploitation forestière et du flottage du bois, une grande quantité du bois déposé sur les plages est de nature beaucoup moins complexe. De nos jours, les troncs sont ébranchés et les mottes racinaires sont coupées. Selon des relevés non officiels, entre 70 et 87 p. 100 du bois qui se retrouve sur les plages de la Colombie-Britannique a été coupé à la scie. Ainsi, les billes jouent le rôle de rouleaux plutôt que de structures stabilisantes et modifient considérablement la dynamique des communautés de plages sablonneuses et de dunes (E. Baron, Parcs Canada, comm. pers. sur la foi de D. Fraser; Maser et Sedell, 1994). Pour illustrer les changements aux habitats de plage, Page (en préparation) analyse des photographies aériennes d’habitats de dunes dans le sud de l’île de Vancouver et constate que, durant une période de 40 ans (se terminant au milieu des années 1990), les sites perdent de 21 à 50 p. 100 des dunes ouvertes, les zones à herbes et à bryophytes subissent un déclin de 6 à 52 p. 100, et le couvert forestier et arbustif augmente de 46 à 220 p. 100; ces changements peuvent avoir un impact sur une espèce d’oiseau qui préfère les zones d’herbes ouvertes à la forêt. De plus, de nombreuses flèches littorales à végétation clairsemée et de nombreux endroits sur des battures de la région ont été utilisés pour construire des maisons ou mettre en place des industries légères; par conséquent, ces endroits ne conviennent plus à l’Eremophila alpestris strigata ou à d’autres espèces d’oiseaux des prairies (Dawe et al., 2001).

En résumé, l’exploitation des forêts et l’assèchement des milieux humides à des fins agricoles dans le sud-ouest de la Colombie-Britannique ont fait augmenter par le passé l’étendue des habitats terrestres; ensuite, ces habitats ont subi un déclin en raison de l’urbanisation et de l’intensification des activités agricoles. Dans la région, on continue à transformer des terres agricoles en zones résidentielles, en terrains de golf, en développements commerciaux ou en serres industrielles, ce qui nuit à l’Alouette hausse-col (Dawe et al., 2001). Au même moment, comme la plupart des habitats naturels sont détruits ou considérablement modifiés, on ne trouve que des restes d’habitats naturels potentiels.

De plus, le déclin des populations dans l’État du Washington est lié à la perte d’habitats. Dans l’ouest de cet État, les habitats de prairies ont baissé de 98 p. 100 depuis la colonisation; ils ont été transformés en zones urbaines ou agricoles non propices à l’espèce, sont redevenus forêts en raison de l’interdiction de brûler ou ont été envahis par des plantes exotiques (Smith et al., 1997; Rogers, 2000).

Protection et propriété des terrains

Quelques anciens lieux de reproduction sont situés dans des parcs régionaux des îles Sea et Iona. Dans celui de la plage d’Iona, se trouvent quelques hectares de dunes et de flèches littorales; cependant, une partie de ces habitats subissent l’impact de la récupération des billes. La zone de conservation de l'île Sea, adjacente à l’aéroport international de Vancouver et qui fait partie de la région autrefois utilisée par l’Eremophila alpestris strigata pour nicher, comprend 140 hectares de zones boisées, de milieux humides et d’habitats de vieux champs, qui sont gérés par Environnement Canada. Cette zone peut offrir des habitats propices à condition que la végétation des champs soit coupée courte. Par ailleurs, une quantité inconnue d’habitats de vieux champs existe dans la réserve naturelle de Terra Nova, à Richmond; toutefois, on n’est pas certain qu’ils soient favorables à l’Alouette hausse-col.

Un petit nombre d’habitats potentiels existent encore sur des terres agricoles privées. D’autres habitats de reproduction potentiels se trouvent aux aéroports internationaux de Vancouver et de Victoria et aux aéroports de Boundary Bay, de Nanaimo, d’Abbotsford et de Chilliwack. Cependant, aucun de ces endroits n’est géré dans le but de conserver l’habitat de l’Alouette hausse-col.

Dans les États de Washington et de l’Oregon, il n’existe aucune mention d’Eremophila alpestris strigata dans les refuges nationaux de faune (USFWS, 2002). La plupart des habitats de reproduction qui restent sont situés dans des réserves militaires (Rogers, 2000).